Rembrandt Bugatti

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Rembrandt Bugatti

Description de l'image  Rembrandt bugatti 1910.jpg.
Naissance 16 octobre 1884
Milan (Italie)
Décès 8 janvier 1916 (à 32 ans)
Paris (France)
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Artiste sculpteur animalier
Famille

Rembrandt Bugatti (Rembrandt Annibale Bugatti) (16 octobre 1884 à Milan - 8 janvier 1916 à Paris) est un artiste sculpteur animalier français d'origine italienne. Il est le frère cadet d'Ettore Bugatti (fondateur de la marque Bugatti en 1909).

Portrait de Samuel White Stockton, cimetière du Père-Lachaise

Jeunesse en Italie et premières sculptures[modifier | modifier le code]

Le 16 octobre 1884, Rembrandt Bugatti naît à Milan en Italie. Il est le plus jeune fils du décorateur et architecte Carlo Bugatti (créateur et fabricant de mobiliers extraordinaires), le frère de Dejanice Bugatti et du constructeur automobile Ettore Bugatti, l'oncle de Jean Bugatti. Son prénom fut choisi par son parrain Giovanni Segantini.

Enfant, il se met à sculpter, encouragé par le chef de file des peintres divisionnistes lombards Giovanni Segantini, et par Paul Troubetzkoy, sculpteur renommé italien et russe, un ami de la famille Bugatti. Rembrandt Bugatti va modeler avec de la plastiline.

En 1901, il réalise sa première œuvre : « Ritorno dal pascolo » (quatre vaches l'une derrière l'autre sur le chemin du retour). Ritorno dal pascolo est l’une des premières sculptures modelées lors d’un séjour en montagne aux côtés de l’oncle Segantini. Rembrandt et ses cousins partent souvent tous ensemble dans les montagnes de l'Engadine à Maloja. Cette vallée de toute beauté, Segantini et Bice l’avaient déjà choisie pour y vivre. Ce fut le lieu de rendez-vous avec Friedrich Nietzsche, Rainer Maria Rilke, Sigmund Freud et les peintres Gustav Klimt et Giovanni Giacometti.

"Ritorno dal pascolo" est une sculpture tout à la fois analytique, synthétique et dynamique. Le volume est modelé à main libre, les détails sont simplement ébauchés pour accrocher la lumière et fragmenter la surface en une multitude de plans qui s'interpénètrent et donnent l'impression du jeu sous-jacent des os et des muscles. Les sabots enfoncés dans la terrasse, à larges coups de pouce, et les vides entre les pattes donnent le rythme de la marche.

Les vaches de montagne vivent à l’étable l’hiver et, de juin à septembre, occupent les alpages, en liberté. L’espace leur appartient. Petites et musclées, elles ont le ventre gonflé du veau de l‘année. Sur le chemin du retour, chacune est occupée à sa façon, chacune a son caractère : l’une broute au passage tout en marchant, l’autre meugle le cou tendu en avant la tête haute, la troisième tourne la tête pour voir en arrière et humer l’air, la largeur de la muqueuse du mufle traduit l’importance de l’odorat. Elles forment un petit troupeau sur le chemin du retour après une journée au pré, les mamelles pleines appellent la traite, à les regarder, on pourrait presque les entendre et les sentir.

Sans le connaître, à la même époque, le sculpteur français le plus célèbre, Auguste Rodin (1840-1917), écrira en 1901 : « laisser au modèle ses mouvements propres, naturels(…). Le seul mouvement intéressant, vivant, utile pour l’artiste est le mouvement que le modèle accomplit, lorsque seule la nature lui impose ses lois ».

Installation à Paris et carrière[modifier | modifier le code]

En 1903, âgé de 19 ans, Rembrandt s'installe à Paris, cette ville dont le rayonnement attire tous les artistes modernes du début du XXe siècle. Il s'associe à l'éditeur et fondeur d'art français Adrien-Aurélien Hébrard. Ce dernier est le fils du sénateur Adrien Hébrard, directeur du journal Le Temps. Il dirige une fonderie d'Art (Fonderie Hébrard) et une Galerie d'Art 8 rue Royale à Paris. Rembrandt Bugatti va signer un contrat d'exclusivité avec Hébrard. Le chef d'atelier Albino Palazzolo sera son mouleur-fondeur exclusif.

A.A.Hébrard et son chef d’atelier Albino Palazzolo ont créé une nouvelle dynamique pour les arts du feu qu’ils soutiennent, la fonte à cire perdue en bronze ou en argent. Ainsi, « la reproductibilité » est devenu une propriété essentielle de l’œuvre d’Art sans qu’elle ne perde son « aura » son caractère original et authentique. Pour relever ce véritable défi, A.A.Hébrard, collectionneur, ingénieur chimiste, éditeur et marchand d’Art, impose pour la première fois une production, strictement limitée et numérotée, d’une qualité exceptionnelle.

Chaque année, A.A.Hébrard expose les nouvelles œuvres de Bugatti dans sa galerie parisienne. Tous les cinq ans, il organise une rétrospective et présente Rembrandt Bugatti dans les Salons officiels (toujours dans la section d’Art Moderne Italien) ou étrangers de l'époque, entre Paris, Venise, Milan, Bruxelles, Berlin, Anvers et New-York.

Littéralement envoûté par le monde animal, le jeune sculpteur trouve le parc zoologique du Jardin des Plantes de Paris insuffisant pour son inspiration et ses modèles. Il part s'installer à Anvers en Belgique où la direction du zoo d'Anvers se montre très accueillante à l'égard des artistes. En 1906, le directeur du zoo d'Anvers, Michel L'Hoest, mettra un atelier à sa disposition. Le Jardin Zoologique d'Anvers est déjà considéré au tournant du siècle comme le plus important du monde. C’est une oasis de verdure au milieu de la ville à côté de l’imposante Gare Centrale, symbole de l’évolution et du modernisme.

Rembrandt Bugatti au Zoo d'Anvers en 1910.

À Paris, Rembrandt Bugatti habite près de la Ménagerie du Jardin des Plantes. Pour la première fois, Rembrandt Bugatti contemple les animaux sauvages. Sa rencontre avec les lions, les lionnes, les panthères, les léopards, les jaguars, les loups, les vautours, les éléphants… va le bouleverser et guider son destin dans une trajectoire foudroyante.

Pendant quinze ans, Bugatti va vivre avec eux pour les observer longuement, pour fixer dans la plastiline et le plâtre leurs morphologies, leurs attitudes, leurs comportements, leurs signaux, leurs sonorités, chacun dans son monde sensoriel. Sa sculpture procède entièrement de ce contact journalier, de ce dialogue, de cette communion avec les animaux.

Dès le début, Rembrandt Bugatti choisit le modelage à main libre sans repère ni mesure, sans esquisse préparatoire, comme un acrobate sans filet (la voie la plus spontanée, la plus primitive et la plus forte pour traduire le vivant en trois dimensions) et la vitesse dans l’exécution pour transcrire son génie dans la matière. Bugatti va créer une œuvre puissante et dynamique, universelle et intemporelle, authentique telle que définie par Walter Benjamin : « ce qui fait l’authenticité d’une chose est tout ce qu’elle contient de transmissible de par son origine, de sa durée matérielle à son pouvoir de témoignage historique ».

De 1907 à 1914, Rembrandt Bugatti va modeler une œuvre complète de faune animal avec un immense talent. Les animaux sauvages sont devenus ses amis de tous les jours.

En 1911, à Paris, la Galerie Hébrard présenta une collection de 100 sculptures. L'avant-garde européenne est alors en pleine effervescence.

L’acuité de son œil de sculpteur a permis à Rembrandt Bugatti de voir le même animal dans le temps et l’espace avec un regard différent, d’en capter une nouvelle synthèse et d’en fixer les lignes de force dans la matière avec une parfaite maîtrise. Sa vision de l’animal a évolué d’une saisie extrêmement fougueuse et rapide des volumes, vers un regard tout à la fois précis et complexe. Tout en laissant libre cours à son intuition, Rembrandt Bugatti a su faire coexister l’abstraction et la figuration à travers les lignes et les volumes. Entre 1903 et 1914, en dix ans d’une fulgurante production, Bugatti a parcouru l’expressionnisme des Fauves, la synthèse des formes et le dynamisme futuriste.

Guerre et suicide[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, tous les animaux sauvages du zoo d'Anvers sont tués. Rembrandt s'engage alors dans la Croix-Rouge pour soutenir les blessés et devient tuberculeux. Pour venir en aide à sa famille il part à Milan et décide de s'engager dans l'armée italienne en aout 1915. À Paris, les commandes et ventes de sculptures s'effondrent, la Galerie Hébrard est fermée. Rembrandt Bugatti, réformé, revient à Paris en décembre 1915. Il ne peut plus accepter l'aide financière de son frère Ettore, en difficultés. Rembrandt se suicide dans son atelier de Montparnasse le 8 janvier 1916 à l'âge de 32 ans.

Dans une lettre adressée à son frère Ettore, Rembrandt Bugatti avait écrit en 1911 : «… sois rosse avec les hommes, gentil avec ta femme, Dieu avec tes enfants et bon pour les animaux… ».

Hommages[modifier | modifier le code]

En hommage posthume, Ettore et son fils Jean Bugatti reprendront l'éléphant dressé (1904) de Rembrandt Bugatti pour créer en argent ou bronze argenté la mascotte du radiateur de la plus belle voiture du monde, la Bugatti Royale de 1926.

Comme les usines de son frère avaient été installées à Molsheim, la ville a décidé de baptiser son second collège "Rembrandt Bugatti".

Le 27 Mars 2014 ( et pendant quatre mois) le musée de Berlin Alte Nationalgalerie présente une exposition rétrospective entièrement consacrée à Rembrandt Bugatti. Avant le musée de Berlin le Zoo d'Anvers fut le premier à présenter une rétrospective de l'oeuvre sculptée de Bugatti, en 1955.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vittore Rossi-Sachetti, "L'œuvre de Rembrandt Bugatti-Carlo Bugatti et son art", éd.A.A.Hébrard Paris 1907
  • Marcel Schiltz, "Rembrandt Bugatti", éd.Société Royale de Zoologie Anvers 1955
  • Mary Harvey, "The Bronzes of Rembrandt Bugatti, an illustrated catalogue and biography", éd. Palaquin Publishing 1979
  • J.C et V.F. Des Cordes, "Rembrandt Bugatti, Catalogue raisonné", éd. de l'Amateur 1987
  • Edward Horswell, "Rembrandt Bugatti, life in sculpture", Sladmore Edition Londres 2004
  • Veronique Fromanger, "Rembrandt Bugatti Sculpteur-Répertoire monographique", éd. de l'Amateur 2010 (ISBN 978-2-85917-499-6)
  • Philipp Demandt et Anke Daemgen, "Rembrandt Bugatti, Der Bildhauer 1884-1916", Hirmer Verlag 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]