Relations industrielles

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Les relations industrielles désignent la discipline qui étudie les phénomènes du monde du travail. Les fonctions propres au champ des relations industrielles sont: conseil, relations de travail, gestion des ressources humaines et recherche et planification. Ces fonctions sont susceptibles d'être exercées tant à l'intérieur des syndicats ouvriers que patronaux, que dans les entreprises, privées ou publiques, de production de biens ou de services, ou encore au sein de divers organismes et services gouvernementaux responsables de l'élaboration et de l'administration des politiques publiques en matière de travail.

Institutionnalisation[modifier | modifier le code]

Le terme «relations industrielles » étant un calque de l'anglais - ceux de « relations de travail » ou encore « relations professionnelles » paraissent plus juste. Ce dernier terme est le plus utilisé dans la francophonie puisqu'il attirerait davantage l'attention sur la fonction du salarié que sur le lieu où se nouent les relations en cause. [1]

Les relations professionnelles se sont développées dans le contexte du remplacement graduel du système de production artisanal en Europe par le mode de production capitaliste à partir du XVIIIe siècle. Selon les économistes classiques tel Adam Smith, le travail devait être considéré comme un bien soumis aux lois de l'offre et de la demande et que les intérêts à long terme des travailleurs sont protégés par la main invisible plutôt que par l'action syndicale. Au milieu du XIXe siècle, Karl Marx considère au contraire que les travailleurs n'ont pas à supporter les conséquences funestes de l'économie de marché et va même jusqu'à prédire que la souffrance engendrée conduiront à une prise de conscience des ouvriers et au renversement du système capitaliste. Vers la fin du XIXe siècle, les économistes Sidney et Béatrice Webb affirment que le travail n'est pas un bien comme les autres: ils sont les premiers à formuler une théorie du syndicalisme et du pouvoir de négociation des travailleurs et des employeurs. Vers le début du XXe siècle, Richard T. Ely et John Rogers Commons, précurseurs des relations industrielles en Amérique du Nord, réclament des gouvernements des lois autorisant les syndicats, le salaire minimum, le travail des enfants, etc. De telles mesures ne seront réellement adoptées qu'après la crise économique des années 1930, sous l'impulsion des travaux de John Maynard Keynes qui démontrera qu'un marché peut atteindre une position d'équilibre de sous-emploi en dépit d'un grand nombre de chômeurs et d'équipement industriel inutilisé. [2]

Le terme ne fera son entrée dans la terminologie anglo-saxonne qu'en 1885 et institutionnalisé qu'en 1924 avec la création d'un département de relations industrielles au sein du ministère du Travail au Royaume-Uni. L'agitation syndicale du début du XXe ayant capté l'attention des intellectuels américains et britanniques, les industrial relations deviendront l'objet d'étude scientifique de même qu'une discipline universitaire reconnue à part entière[3] et ce, alors qu'en Europe, ce domaine n'était encore étudié que par les sociologues, politologues et économistes. Aux États-Unis, le premier cours de relations de travail a été donné à l'Université du Wisconsin en 1920 alors qu'au Royaume-Unis, ce sera John Hicks qui donnera les premiers cours sur le sujet au début des années 1930.[4] L'entrée en scène des relations industrielles dans le monde académique français peut être situé en 1946 avec la publication de Problèmes humains du machinisme industriel de Georges Friedmann, même si l'ouvrage concerne davantage la sociologie du travail que les relations industrielles tel qu'on l'entendait dans les pays anglophones. De plus, le terme « relations industrielles » n'est utilisé dans des travaux français qu'à partir des années 1970. [5]

Approches théoriques[modifier | modifier le code]

Les cadres de références en relations industrielles renvoient à trois visions du monde, soit l'unitarisme, le pluralisme et le radicalisme (ou marxisme). L'unitarisme postule une source unique d'autorité et nie les différences d'intérêts entre travailleurs, détenteurs de capitaux, gestionnaires, etc., tous travaillant dans la même direction. Dans cette perspective, le syndicalisme est donc vu comme inutile voire nuisible car la loyauté des employés à leur entreprise est considérée comme acquise. Contrairement au paradigme unitariste, le cadre pluraliste repose sur le constat que des mécanismes régulateurs doivent harmoniser les différences d'intérêts que des groupes peuvent avoir au sein d'une entreprise. Le syndicalisme est ainsi vu comme sain puisqu'il est l'expression légitime des intérêts d'un groupe et permet de rétablir les pouvoirs au sein de l'entreprise. Dans l'approche radicale, le conflit entre classes ouvrières et dirigeantes est inévitable étant donné l'asymétrie et l'inégalité engendrée par la nature même du capitalisme.[6]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « relations professionnelles », sur Office québécois de la langue française.
  2. Jean Boivin, Introduction aux relations industrielles, Gaëtan Morin Éditeur, (ISBN 9782896320639), p. 10.
  3. Michel Lallement,, Sociologie des relations professionnelles, La Découverte, (lire en ligne).
  4. (en) Paul Blyton et al., The SAGE Handbook of Industrial Relations, SAGE Publications, (lire en ligne), p. 35 et 39.
  5. (en) Philip Almond, « Industrial Relations as a Discipline and Field in France and the UK », Relations industrielles,‎ , p. 328 (lire en ligne).
  6. Renaud Paquet et al., « Des théories du syndicalisme : synthèse analytique et considérations contemporaines », Relations Industrielles,‎ , p. 308 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]