Relations entre la Corée du Nord et la France

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Relations entre la Corée du Nord et la France
Drapeau de la Corée du Nord
Drapeau de la France
Corée du Nord et France
     Corée du Nord      France

Cet article traite des relations franco-nord-coréennes.

Au sein de l'Union européenne, la France est le seul pays, avec l'Estonie, à ne pas reconnaître la République populaire démocratique de Corée ou Corée du Nord.

Cette situation se traduit par la faiblesse des relations bilatérales entre les deux pays.

Des relations bilatérales encore peu développées[modifier | modifier le code]

Les échanges économiques[modifier | modifier le code]

Les échanges commerciaux bilatéraux sont peu développés : en 2005, les importations françaises en provenance de la Corée du Nord s'élevaient à 24 millions d'euros, et les exportations françaises vers la Corée du Nord à 6 millions d'euros, soit un volume total d'échanges commerciaux de 30 millions d'euros[1], représentant 1 % du commerce extérieur nord-coréen[2]. Le volume de commerce bilatéral a nettement baissé et s'établissait en 2014 à un peu plus de 6 millions d'euros[1].

Une seule entreprise française est implantée en Corée du Nord ; elle produit du ciment en association avec une entreprise locale[3].

Le bon niveau de formation des salariés nord-coréens représente un atout, mais les investissements français restent moins importants que ceux de leurs homologues allemands et britanniques[4].

Expatriés[modifier | modifier le code]

La France accueille une dizaine d'étudiants nord coréens en architecture depuis 2012[3], ainsi que les diplomates (et leurs familles) de la délégation générale de la République populaire démocratique de Corée auprès de l'UNESCO. D'autres pays européens que la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Autriche, accueillent également des étudiants nord-coréens en architecture.

Des Français sont également présents en Corée du Nord, pour des motifs économiques, ou dans le cadre d'opérations de coopération publiques ou privées : depuis janvier 2006, un lecteur de français est installé à Pyongyang ; deux ONG françaises, Première Urgence[5] et Triangle Génération Humanitaire[6] mènent des projets d'aide humanitaire.

Enlèvements[modifier | modifier le code]

Selon plusieurs témoignages, trois Françaises ont été enlevées par les services de renseignements nord-coréens et retenues dans ce pays. Plusieurs témoignages font également état d'enlèvements, par la Corée du Nord, de femmes de diverses nationalités au Japon, à Macao, en Thaïlande, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Roumanie, au Liban et en Syrie[7].

Apprentissage des langues[modifier | modifier le code]

Le français a longtemps été l'une des principales langues d'enseignement étrangères en Corée du Nord, compte tenu notamment des liens entretenus par la République populaire démocratique de Corée avec certains États francophones du Tiers monde comme l'Algérie et la Guinée[réf. nécessaire]. La promotion plus récente de l'anglais en Corée du Nord s'est largement opérée au détriment du français[8].

Le choix de la France de ne pas établir de relations diplomatiques participe également au recul de l'enseignement du français en Corée du Nord : il en résulte notamment l'absence de représentation de l'Alliance française en République populaire démocratique de Corée, palliée en partie par l'installation d'un lecteur français à Pyongyang depuis janvier 2006. Avant cela, l'enseignement du français était assurée exclusivement par la Suisse[9]. Suite à la visite de Jack Lang du 9 au 13 novembre 2009, chargé de faire un rapport sur les possibles relations diplomatiques entre Paris et Pyongyang, la France a pris la décision d'améliorer sa visibilité culturelle avec l'implantation d'une Alliance française et un centre culturel en Corée du Nord[10].

Quant à l'enseignement du coréen en France (exclusivement en cycle post-baccalauréat avant 2011, date à laquelle il est apparu au lycée Magendie à Bordeaux), il reste très en retard par rapport à l'apprentissage du japonais et du chinois, bien que le coréen soit la langue commune à la Corée du Nord et à la Corée du Sud, ce dernier État étant devenu la onzième puissance économique mondiale. Les manuels de coréen disponibles en France se basent sur le coréen standard utilisé à Séoul et en Corée du Sud, les différences avec le coréen en usage au nord étant de toute façon minimes.

Des possibilités d'ouverture de relations diplomatiques non concrétisées[modifier | modifier le code]

La France choisit la Corée du Sud dans le contexte bipolaire de la guerre froide[modifier | modifier le code]

L’ambassade de France en République de Corée est ouverte en 1949. L'ambassadeur en poste depuis mars 1950 est fait prisonnier en juillet 1950 un mois après le début de Guerre de Corée. Il est retenu en RPDC jusqu'en mai 1953. Cet évènement inédit contribue à expliquer la réticence française à établir des relations diplomatiques officielles avec la RPDC[11]. Lorsque revient un ambassadeur de France à Séoul en 1954, présence qui n’a plus été interrompue depuis, les relations diplomatiques franco-coréennes n’ont été effectives que durant une vingtaine d’années. La France a participé, aux côtés des États-Unis, à la guerre de Corée : il en résulte que les associations d'amitié franco-coréennes, composées notamment des anciens combattants du bataillon français de Corée, marquées par un fort anticommunisme, ont contribué à l'établissement de relations privilégiées avec la Corée du Sud. Au demeurant, dans le contexte de la guerre froide, l'établissement de relations diplomatiques avec l'une ou l'autre Corée reflétait la bipartition du monde. Parmi les États occidentaux, seuls quelques pays neutres – comme la Suède – avaient établi des relations diplomatiques avec les deux États coréens aspirant chacun à représenter l'ensemble de la péninsule.

Des échanges cependant accrus dès les années 1960[modifier | modifier le code]

Toutefois, les succès économiques de la Corée du Nord dans les années 1960 et 1970, ainsi que la politique d'indépendance du président Kim Il-sung vis-à-vis de l'URSS (la Corée du Nord n'a pas abrité de troupes soviétiques après 1948 et n'a pas adhéré au COMECON), ont alors valu à la Corée du Nord de jouir en Occident d'une meilleure image que d'autres démocraties populaires.

C'est dans ce contexte qu'a été fondée par Jean Suret-Canale, en 1969[12], l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC)[13], à l'initiative notamment d'élus de différentes sensibilités politiques (communistes, gaullistes, socialistes).

En 1968, la Corée du Nord établissait un bureau commercial en France (devenu en 1984 une délégation générale), permettant depuis cette date des échanges diplomatiques entre les deux pays.

Le 15 février 1981, François Mitterrand, alors candidat à l'élection présidentielle, a effectué une visite en Corée du Nord[14]. Toutefois, contrairement aux engagements du candidat, la France ne franchit alors pas le pas de la reconnaissance diplomatique : selon Jacques Attali dans Verbatim, cette décision serait imputable aux conseillers de l'ancien président socialiste qui l'auraient dissuadé. L'établissement d'une assez forte ambassade de l'Unesco à Paris peut néanmoins être perçu comme un palliatif à l'absence de relations diplomatiques : aujourd'hui encore, le délégué général de la République populaire démocratique de Corée en France a rang d'ambassadeur (auprès de l'UNESCO). Les fonctions d'ambassadeur auprès de l'UNESCO et de délégué général auprès de la République française sont actuellement exercées par S.E Son Mu Sin.

L'après guerre froide[modifier | modifier le code]

La fin de la guerre froide, et l'entrée simultanée des deux Corée à l'ONU en 1991, change la donne : la quasi-totalité des États du monde reconnaissent l'un et l'autre États coréens. Des contacts sont pris entre la Corée du Nord et les principaux États occidentaux en vue de l'établissement de relations diplomatiques.

Toutefois, en 2000, alors que la France présidait cette année-là l'Union européenne, le président Jacques Chirac et le Premier ministre Lionel Jospin ont réagi vivement à la décision de plusieurs de ses partenaires européens (dont l'Allemagne et le Royaume-Uni) d'annoncer unilatéralement l'établissement de relations diplomatiques avec la Corée du Nord[15], alors même que la France avait affirmé sa communauté de vues avec Séoul au lendemain de la déclaration Nord-Sud du 15 juin 2000[16]. La France maintient sa décision de ne pas reconnaitre la Corée du Nord.

Le débat actuel[modifier | modifier le code]

Délégation générale de la République populaire démocratique de Corée en France

Les arguments diplomatiques officiels[modifier | modifier le code]

Officiellement, la France met trois conditions à l'établissement de relations diplomatiques[17] :

  • la poursuite du rapprochement inter-coréen ;
  • l'abandon par la Corée du Nord de son programme nucléaire, alors que les négociations sur la question nucléaire en Corée se poursuivent ;
  • l'amélioration de la situation des droits de l'homme.

La position de la France n'est pas totalement isolée : le Japon et les États-Unis ont aussi choisi de ne pas reconnaître Pyongyang.

Deux facteurs d'évolution : le niveau de décision politique et les relations avec Séoul[modifier | modifier le code]

Des délégations de diplomates français se rendent régulièrement à Pyongyang, mais elles se situent à un niveau bien inférieur à celles des États-Unis : l'ancienne secrétaire d'État américaine Madeleine Albright a ainsi été accueillie à Pyongyang. La France et la Corée du Nord ont par ailleurs accueilli des délégations parlementaires de l'un et l'autre pays[18].

Le principal facteur d'évolution de la position diplomatique française vis-à-vis de Pyongyang tient donc aux choix personnels successifs des plus hautes autorités françaises (Président de la République, Premier ministre), mais aussi à un facteur externe : la qualité des relations bilatérales avec la Corée du Sud.[réf. nécessaire]

La position française dans les négociations sur le nucléaire nord-coréen[modifier | modifier le code]

La France déclare soutenir le processus de négociations à six (les deux Corées, les États-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) tendant à la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Dans le cadre de ces discussions, la France s'est réjouie[19] de l'accord signé à Pékin le 13 février 2007 qui prévoit, en contrepartie de l'arrêt des activités du réacteur nucléaire de Yongbyon, une aide économique et énergétique à la Corée du Nord.

Cependant, alors que l'accord prévoit l'ouverture de discussions en vue de la normalisation des relations diplomatiques entre les États-Unis et la Corée du Nord d'une part, le Japon et la Corée du Nord d'autre part, il ne dit rien sur l'ouverture possible de relations diplomatiques avec la France ni sur une éventuelle participation française aux mesures d'aide économique mentionnées dans l'accord. Alors que le président américain George W. Bush ne fait pas référence à la résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations unies qui a mis en place des sanctions après l'essai nucléaire nord-coréen du 9 octobre 2006[20], le communiqué du ministère français des affaires étrangères insiste tout particulièrement sur l'obligation pour la Corée du Nord de se conformer à la résolution 1718[19].

L'aide humanitaire à la Corée du Nord[modifier | modifier le code]

Contrairement à des pays comme notamment la Corée du Sud, mais aussi la Suède et le Royaume-Uni, la France et la majorité des pays de l'Union européenne n'ont pas fourni d'aide humanitaire bilatérale après que la Corée du Nord a été touchée, en août 2007, par les pires inondations depuis quarante ans ; l'Union européenne a en revanche fourni une aide significative[21].

Les contacts diplomatiques[modifier | modifier le code]

Malgré l'absence de relations diplomatiques complètes, des diplomates français effectuent des voyages officiels à Pyongyang. Du 29 janvier au 2 février 2008, une délégation du ministère français des affaires étrangères, qui comprenait deux sous-directeurs du ministère des Affaires étrangères (chargés respectivement de la zone Asie et de la coopération internationale et du développement), s'est ainsi rendue en Corée du Nord[22]. La visite de Jack Lang, du 9 au 13 novembre 2009[23], a amené à la prise de décision française d'implanter plusieurs structures culturelles, un attaché humanitaire et d'offrir davantage d'aide à la Corée du Nord. Cependant, cet accord ne prévoit pas l'implantation d'une ambassade comme l'espérait le régime nord-coréen[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « TradeMap, base de données du [[Centre du Commerce International]] » (consulté le 20 juin 2015)
  2. Voir l'article détaillé Économie de la Corée du Nord
  3. a et b « La France et la Corée du Nord »,‎ (consulté le 21 juin 2015)
  4. Régis Arnaud, Un pays stalinien tellement attractif dans Challenges, no 52, 19 octobre 2006, p. 44
  5. (fr) « Corée du Nord », Première Urgence (consulté en )
  6. (fr) « Corée du Nord », Triangle Génération Humanitaire (consulté en )
  7. (fr) François Hauter, « Les captives étrangères de la Corée du Nord », sur http://www.lefigaro.fr, Le Figaro,‎ (consulté le 9 septembre 2009)
  8. Le français n'est plus enseigné en lycée, mais seulement dans les cycles d'enseignement supérieur. Plus de la moitié des élèves de l'Institut des langues étrangères de Pyongyang (60 %) apprennent aujourd'hui l'anglais (voir présentation de la politique linguistique de la Corée du Nord sur le site de l'Université de Laval)
  9. (fr) « Absence d'Alliance française en République populaire démocratique de Corée », Sénat français,‎ 2005-2006 (consulté en )
  10. a et b Harold Thibault, « La France veut établir des liens culturels et humanitaires mais pas diplomatiques avec la Corée du Nord », sur Aujourd'hui la Corée,‎ (consulté le 19 décembre 2009)
  11. http://www.ambafrance-kr.org/Histoire
  12. Source : Biographie de Jean Suret-Canale, sur le site de l'université Paris-Diderot
  13. Blog de l'Association d'amitié franco-coréenne
  14. François Mitterrand était accompagné de Lionel Jospin et Gaston Defferre, alors respectivement Premier secrétaire du Parti socialiste et président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale. Ils ont été reçus par le Président Kim Il-sung (source : Le Monde, édition des dimanche 15 et lundi 16 février 1981, p. 14). Toujours selon le quotidien Le Monde (édition du mardi 17 février 1981, p. 1), François Mitterrand a retiré de cette rencontre l'impression qu'il y a entre Pékin et Pyongyang un "rapprochement évident sans qu'il y a ait rupture avec l'URSS" de la part de la Corée du Nord. François Mitterrand a décrit le président Kim Il-sung comme un homme "ayant beaucoup de bon sens, beaucoup de réalisme" (ibid.).
  15. débats en séance publique à l'Assemblée nationale le 24 octobre 2000, voir [1]
  16. réponse du ministre des affaires étrangères à la question écrite du député Emmanuel Hamel [2]
  17. réponse du ministre des affaires étrangères en mai 2005 à la question écrite du député Georges Hage : [3]
  18. En particulier, une délégation du Sénat français a été accueillie en République populaire démocratique de Corée en 2002 (source : Sénat).
  19. a et b Voir la réaction de la France sur le site du ministère des affaires étrangères
  20. Voir la déclaration du président George W. Bush sur le site du département d'État américain
  21. Source : liste des donateurs selon les Nations-Unies, sur le site reliefweb (consulté le 1er septembre 2007)
  22. "Une délégation du ministère français des affaires étrangères à Pyongyang : vers l'établissement de relations diplomatiques complètes ?", article sur le site de l'association d'amitié franco-coréenne
  23. AFP, « Jack Lang en visite en Corée du Nord pour réfléchir à l'établissement de relations diplomatiques », sur Aujourd'hui la Corée,‎ (consulté le 19 décembre 2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]