Relations entre l'Afrique du Sud et Israël

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Relations entre Israël et l'Afrique du Sud
Drapeau d'Afrique du Sud
Drapeau d’Israël
Afrique du Sud et Israël
Afrique du Sud Israël

Les relations entre l'Afrique du Sud et Israël font référence aux relations diplomatiques entre la république d'Afrique du Sud et l'État d'Israël. Les deux pays sont membres des Nations Unies. Les deux États entretenaient une étroite coopération durant l'époque de l'apartheid en Afrique du Sud (1948-1991), bien que ce système ségrégationniste soit officiellement condamné par Israël qui s'était jointe aux sanctions de l'ONU.

Depuis les années 1990 et la fin de l'Apartheid en Afrique du Sud, leurs relations se sont fortement détériorées, et la position de l'Afrique du Sud penche davantage en faveur des Palestiniens. Le régime de ségrégation pratiqué entre les juifs et les arabes en Israël fait régulièrement l'objet de comparaisons avec l'ancien régime de ségrégation institutionnalisée en Afrique du Sud.

Chronologie des relations[modifier | modifier le code]

Premières années après la création d'Israël[modifier | modifier le code]

En 1947, l'Afrique du Sud fait partie des 33 États votant en faveur du plan de partage de la Palestine des Nations unies, recommandant la création d'un État juif en Palestine. Le , neuf jours après la déclaration d'indépendance d'Israël, le gouvernement sud-africain de Jan Smuts, un partisan de longue date du sionisme, accorde de facto une reconnaissance à l'État d'Israël[1]. L'Afrique du Sud est la septième nation à reconnaître le nouvel État juif.

Daniel Francois Malan-David Ben-Gurion1953.jpg

Les relations diplomatiques entre Israël et l'Afrique du Sud sont officiellement établies en 1949, quand Israël a établi un consulat général à Pretoria. Le Premier ministre sud-africain Daniel François Malan se rend pour la première fois en Israël en 1953 et rencontre son homologue israélien David Ben-Gourion.

Pendant les années 1960 et 1970[modifier | modifier le code]

En 1967, la victoire rapide d'Israël dans la guerre des Six Jours de 1967, suivie six ans plus tard par la Guerre du Kippour, aliène fortement ses relations avec la plupart des pays africains[2]. Dans le même temps, en Afrique du Sud, Israël est devenu l'objet d'une admiration généralisée, en particulier parmi les dirigeants politiques et militaires du pays. En 1973, les seuls pays africains a garder des relations diplomatiques avec Israël sont le Malawi, le Botswana, le Swaziland, le Lesotho et l’Afrique du Sud[3]

Néanmoins, Israël dénonce officiellement le système de ségrégation raciale en Afrique du Sud sur la scène internationale, tout en entretenant une collaboration secrète avec le gouvernement sud-africain[4]. L'ambivalence de l'État hébreu va jusqu'à une prise de contact et une brève collaboration entre le Mossad et l'opposant et futur président sud-africain Nelson Mandela en Éthiopie[5]. Parallèlement, la poursuite des relations entre les deux gouvernements se justifie par une forme de realpolitik alors qu’après la guerre du Kippour, en 1973 suivi des émeutes de Soweto en 1976, les deux gouvernements étaient impopulaires dans le monde entier[4].

En 1977, un embargo est décrété par l'ONU contre l'Afrique du Sud[6]. Alors qu'Israël soutient officiellement cet embargo, le maintien de ses relations économiques et commerciales avec le gouvernement sud-africain dans une Afrique du Sud, achève d’alimenter les hostilités entre Tel Aviv et la plupart des pays africains[3].

Cependant, la majorité des représentants du gouvernement, dirigée par le ministre de la Défense Yitzhak Rabin, souhaitaient maintenir le statu quo avec l'Afrique du Sud et rendre leur relation encore plus secrète. Le ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, adopte une position intermédiaire, affirmant qu'Israël ne mènera pas de politique contre l'Afrique du Sud, mais qu'il suivrait l'approche adoptée par les États-Unis et l'Europe occidentale[4].

Fin de la guerre froide et du système de l’apartheid en Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

En février 1990, le président sud-africain Frederik De Klerk libère Nelson Mandela, lève l'interdiction du congrès national africain et annonce le début de négociations constitutionnelles. Le 30 juin 1991, les dernières lois de l'apartheid sont abolies. Quelques jours plus tard, le , quatre jours après que les États-Unis ont pris des mesures pour mettre fin à leurs sanctions économiques et culturelles contre l'Afrique du Sud, Israël lève également ses sanctions.

En , le président sud-africain De Klerk (qui recevra le prix Nobel de la paix avec Nelson Mandela en 1993 pour son engagement pour mettre fin à l’apartheid) se rend en Israël[7]. Le Premier ministre israélien Yitzhak Shamir lui affirme qu'Israël n'envisage nullement de faire « des concessions territoriales » concernant les régions arabes occupées lors de la guerre de [7].

A partir des années 1990, si les relations bilatérales se poursuivent, les condamnations d'un pays envers l'autre pour racisme d'État changent de sens. C'est désormais Israël qui est le pays le plus ciblé par les condamnations internationales auxquelles l'Afrique du Sud prend part, en raison de son traitement des Palestiniens[8].

Le , le président sud-africain Nelson Mandela, premier président noir du pays élu en 1994, déclare lors de la journée de solidarité internationale au peuple palestinien: « Nous savons que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens »[9].

Deux ans plus tard, Nelson Mandela se rend pour la première fois en Israël et dans les territoires palestiniens à la fin de son mandat, visite les territoires palestiniens occupés, et exhorte les Palestiniens à ne pas se décourager dans leur lutte[9]. Il déclare notamment, en présence de Yasser Arafat : « Nous avons connu, nous aussi, des jours terribles, le sacrifice de camarades, et de fortes frustrations ».

Relations contemporaines[modifier | modifier le code]

Depuis la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, le traumatisme subi par la population sud-africaine à l'époque de ce système ségrégationniste en fait un fer de lance de la lutte internationale pour la liberté et les droits des Palestiniens.

En 2001, lors de la Conférence de Durban contre le racisme, les pays africains et arabes condamnent la politique menée dans les territoires occupés[3]. En 2009 ils soutiennent la commission d’enquête de l’ONU, présidée par le juge sud-africain Richard J. Goldstone, accusant Israël d’avoir commis des crimes à dans la Bande de Gaza, lors de la guerre de 2008-2009[3]'.

En , la ministre des Affaires étrangères sud-africaine, Lindiwe Sisulu, annoncé l'abaissement de niveau de représentation diplomatique entre l'Afrique du Sud et Israël, après la mort de 52 Palestiniens lors de manifestations contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem[10]. L'ambassade d’Afrique du Sud en Israël devient un simple bureau de liaison, sans mandat politique ou commercial[10].

Domaines de coopération[modifier | modifier le code]

Relations commerciales[modifier | modifier le code]

A partir des années 1970, le commerce a été un facteur de rapprochement important entre les deux États[4]. Alors que les deux pays étaient isolés sur la scène internationale, leurs besoins se révèlent complémentaires. Israël produisait des armes et recherchait des marchés pour les vendre, tandis que l’Afrique du Sud recelait des minerais essentiels pour Israël, notamment du charbon, du chrome et de l'uranium dont elle fournira 500 tonnes à l’État juif en 1976[4].

Coopération militaire[modifier | modifier le code]

Le programme nucléaire israélien a probablement été développé en partenariat avec l'Afrique du Sud[11]. Des révélations de l'ancien ministre sud-africain Aziz Pahad publiées en 1997, évoquent un essai nucléaire effectué par Israël au dessus de l'océan indien le , avec la participation de l'Afrique du Sud[11].

Israël et l'analogie de l'apartheid[modifier | modifier le code]

En , onze chercheurs spécialistes de l’Afrique et sa diaspora publient une étude sur l’analogie entre l’apartheid en Afrique du Sud d’hier et la situation qui prévaut entre Israël et la Palestine aujourd’hui[12].

Cette réflexion s’inscrit dans le débat intense sur les relations entre Israël et la Palestine en cours dans l’université en Amérique du Nord comme en Afrique du Sud et pousse certains à préconiser une campagne non-violente internationale de boycott, de désinvestissement et voire de sanctions contre Israël[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jan Smuts given honor where honor was due », sur The Jerusalem Post | JPost.com (consulté le )
  2. « Le retour d’Israël sur la scène diplomatique africaine », sur Franceinfo, (consulté le )
  3. a b c et d Agence Ecofin, « Israël, le nouvel ami de l’Afrique », sur Agence Ecofin (consulté le )
  4. a b c d et e « L’alliance inavouée d’Israël avec l’Afrique du sud », sur Books, (consulté le )
  5. Cyrille Louis, « Mandela aurait été entraîné par le Mossad en Éthiopie », sur Le Figaro.fr, (consulté le )
  6. « Afrique du Sud: la France aurait vendu des armes au régime de l’apartheid », sur RFI, (consulté le )
  7. a et b « Visite du président sud-africain en Israël », sur Les Echos, (consulté le )
  8. Alain Gresh, « Regards sud-africains sur la Palestine », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  9. a et b BFMTV, « Pourquoi Israël boude l'hommage à Mandela », sur BFMTV (consulté le )
  10. a et b « Il n'y aura pas d'ambassadeur sud-africain en Israël jusqu'à nouvel ordre », sur RFI, (consulté le )
  11. a et b Béatrice FAILLES, « Révélations sur la coopération nucléaire entre Israël et le régime de l'apartheid. Un ministre sud-africain affirme qu'un essai a bien eu lieu en 1979. », sur Libération.fr, (consulté le )
  12. a et b « Israël, Afrique du Sud : les liaisons dangereuses », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )