Relations entre Israël et la Turquie

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Relations entre Israël et la Turquie
Drapeau de la Turquie
Drapeau d’Israël
Turquie et Israël
     Turquie      Israël

Les relations entre Israël et la Turquie ont été meilleures qu'entre l'État hébreu et beaucoup de pays à majorité musulmane du Moyen-Orient. Toutefois, depuis l'abordage par l'armée israélienne d'un navire turc pour Gaza en 2010, les relations entre ces deux pays connaissent un regain de tension.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des communautés juives vivaient depuis de nombreux siècles dans les pays conquis ensuite par les Ottomans. Puis en 1492, l'empire ottoman a accueilli des Juifs chassés d'Espagne, du Portugal et d'Italie méridionale par l'Inquisition, de Provence et de certains pays germaniques par les souverains[1]. Enfin, de nombreux Juifs ont été sauvés par la Turquie durant la Seconde Guerre mondiale[2] ; parmi eux, plusieurs centaines d'universitaires et d'artistes, qui ont joué un rôle de premier plan dans la modernisation de la Turquie[3].

Ankara fut le premier État à majorité musulmane qui reconnut l'État hébreu, de facto en 1949 puis de jure un an plus tard. En 1958, le Premier ministre israélien Ben Gourion signa avec son homologue turc Adnan Menderes un accord de coopération contre « le radicalisme au Moyen-Orient et contre l'influence soviétique » — au point qu’Al-Dawa, journal des Frères musulmans en Égypte appela la Turquie « un second Israël », qui devrait être détruit lui aussi. La coopération entre les deux États va se prolonger jusqu'au début des années 1960, puis se ralentir lorsque la Turquie prend le parti de se rapprocher davantage de ses voisins arabo-musulmans[4]. En 1967, la Turquie vote pour retrait des troupes israéliennes de Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du Golan, mais contre la désignation d’Israël comme agresseur dans la guerre des Six Jours ; Ankara refuse également de rompre ses relations diplomatiques avec Tel Aviv[5].

Néanmoins, le coup d'État militaire de 1980 et la formation d'un gouvernement par Turgut Özal modifièrent la donne. En 1986, la Turquie nomma à Tel Aviv un chargé d'affaires ayant rang d'ambassadeur, geste diplomatique fort. Puis en 1991, les deux États procèdent à la nomination d'ambassadeurs dans leurs capitales. Les accords d'Oslo vont fortement accélérer le processus de rapprochement des deux États.

À partir de 2007, les relations entre les deux pays se dégradent. Cela s'explique par plusieurs facteurs: le premier est l'idéologie islamiste et pro palestinienne de l'AKP (dont plusieurs membres de ce parti sont considérés comme antisémites[6]). L'AKP est lié aux Frères Musulmans et au Hamas[7]. Le second, c'est la réussite économique de la Turquie et la volonté des dirigeants turcs de devenir une puissance importante du Moyen-Orient. Le pouvoir turc utilise la cause palestinienne pour gagner la sympathie du monde arabe et pour gagner du poids au Moyen Orient[8].

Le 31 mai 2010, des commandos de la marine de guerre israélienne ont pris d'assaut le ferry turc Mavi Marmara, navire amiral d'une flottille humanitaire internationale en partance pour Gaza, dans les eaux internationales. Dix passagers trouvent la mort. Le raid déclenche une indignation internationale et une sérieuse dégradation des relations entre Israël et la Turquie qui exige des « excuses » ainsi que la levée du blocus de Gaza. Désormais, Ankara s'en remet à la Cour internationale de justice pour statuer sur la légalité du blocus de Gaza.

Le Mavi Marmara faisait partie de la Première Flottille de la Liberté et voguait vers Gaza lorsqu'il a été attaqué par Israël. Le rapport du Conseil des droits de l'homme des Nations unies (ce conseil est très controversé et est considéré par de nombreux observateurs comme étant anti israélien[9],[10]) a jugé que l'attaque d'Israël violait les droits de l'Homme et le droit international. Le rapport déclarait que « le comportement de l'armée israélienne et autres personnels envers les passagers de la flottille n'était pas seulement disproportionné par rapport à la situation mais démontrait des niveaux de violence totalement inutile et incroyable, et un niveau inacceptable de brutalité. Un tel comportement ne peut être ni justifié ni toléré pour des motifs de sécurité ou autres. Il constitue une violation grave des droits de l'homme et du droit humanitaire international. ».

Le 22 mars 2013, pour la première fois dans l'histoire d'Israël, un Premier ministre s'excuse de l'attaque des forces qu'il dirige contre des civils. Benyamin Netanyahou appelle le dirigeant turc Recep Tayyip Erdoğan pour les présenter au peuple turc, admet que ces erreurs ont conduit à des pertes humaines qui n'auraient pas dû avoir lieu et a donné son accord pour l'indemnisation des familles, encore en débat. Ses excuses auraient été faites à la suite de pressions américaines. La Turquie, pour la normalisation des relations bilatérales, demande désormais la levée du blocus de la bande de Gaza.

En dépit des négociations entre les deux États, un tribunal d'Istanbul condamne, en mai 2014, quatre anciens responsables militaires israéliens impliqués dans l'assaut contre la flottille qui étaient jugés depuis 2012 par contumace. Elle demande à Interpol d'agir en vue de leur arrestation[11]. Courant 2015, un autre convoi baptisé Flottille de la Liberté III tente de briser le blocus de la bande de Gaza, transportant à son bord d'importantes personnalités politiques. L'armée israélienne, pour éviter le fiasco de 2010, intimide une partie du convoi et en prend possession sans violence pour la conduire au port d'Ashdod.

Il faut attendre le 16 décembre de la même année pour que le principe et les détails d’une reprise des relations diplomatiques entre Israël et la Turquie soient conclus[12]. L'accord prévoirait le retour d’un ambassadeur dans les deux capitales, l’annulation des poursuites turques contre de hauts responsables militaires israéliens, la création d’un fonds doté de 20 millions de dollars, destiné à dédommager les familles des victimes, l'expulsion de Turquie de Saleh Al-Arouri, activiste du Hamas qui aurait dirigé l’enlèvement et l’meurtre de trois adolescents israéliens en Cisjordanie, en juin 2014. Enfin, les deux pays envisagent une vaste coopération dans le domaine gazier, avec notamment la construction d’un pipeline israélien passant par la Turquie, destiné à acheminer le produit des gisements gaziers de Léviathan vers l’Europe.

Ce rapprochement entre les deux pays serait dû, selon les spécialistes, à l'isolement de la Turquie sur la scène internationale qui en mal d'alliés, voudrait renouer avec Israël [13].

Le 27 juin 2016, Israël et la Turquie annoncent la normalisation de leurs relations diplomatiques — l'accord est signé le 28 juin — : Israël verse 20 millions de dollars aux familles des dix Turcs tués lors de l'assaut du Mavi Marmara et accepterait que les Turcs acheminent, via le port israélien d’Ashdod, «plus de 10.000 tonnes d’assistance humanitaire» pour la construction avec des fonds turcs d’une centrale électrique, d’une usine de dessalement et d’un hôpital à Gaza. La Turquie s’est aussi engagée à empêcher le Hamas, au pouvoir à Gaza, de mener des activités contre Israël depuis son territoire[14].

Domaines de collaboration[modifier | modifier le code]

Caricature du comportement de Recep Tayyip Erdoğan par rapport au conflit israélo-palestinien, par Carlos Latuff.

La coopération entre Israël et la Turquie est extrêmement vaste et recouvre de nombreux domaines, comme l'économie, la technologie militaire, le tourisme, la culture. Les liens politiques et diplomatiques sont très forts, le partenariat israélo-turc étant largement soutenu par les États-Unis[15],[16].

Technologies[modifier | modifier le code]

La Turquie et Israël ont signé en février et deux accords de coopération militaire et d'échanges de haute technologie.

Eau[modifier | modifier le code]

Le potentiel hydrologique de la Turquie est important, par rapport aux autres pays du Moyen-Orient.

L'un des rares moyens d'Israël de faire face à sa pénurie d'eau est l'importation par tankers.

En , Israël et la Turquie ont signé un accord portant sur 50 millions de m3 d'eau douce par an pendant vingt ans, pour une valeur d'environ un milliard d'euros.

Début , malgré les dernières tensions entre Israël et la Turquie, les Turcs envoient deux bombardiers d'eau en Israël pour faire face à l'incendie qui ravage le mont Carmel[17].

Énergie[modifier | modifier le code]

En , le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a déclaré lors de sa visite en Inde que Israël et la Turquie ont un projet de pipelines qui permettra de fournir du gaz et du pétrole à l'Inde. Selon le premier ministre turc « l'Inde aura ainsi plus facilement accès aux sources d'énergie proposées par l'Asie centrale et la région caspienne ».

Les pipelines sortiront de la région de la mer Caspienne pour aboutir au port méditerranéen de Ceyhan en Turquie. De là des pipelines supplémentaires traverseront Israël pour conduire le gaz et le pétrole au port d'Eilat sur la mer Rouge. En plus de l'Iran, c'est le canal de Suez que les pétroliers indiens pourront éviter en faisant parvenir les matières par le golfe d'Eilat[18].

Militaire[modifier | modifier le code]

Les accords militaires actuels entre Israël et la Turquie sont ambigus pour un gouvernement d'un pays à majorité musulmane, mais sont un exemple du rôle géostratégique que peut jouer la Turquie dans cette région.

La Turquie et Israël ont signé en février et deux accords de coopération militaire et d'échanges de haute technologie. Israël pouvait également se servir de l'espace aérien et maritime turc pour ses entraînements.

L'alliance militaire entre les deux pays est rompue depuis juin 2010, aux lendemains de l'attaque d'un navire turc en route pour la Palestine (Flotille de la paix) par Tsahal qui a fait 19 morts. Depuis, les Israéliens ont conclu une alliance avec la Grèce[réf. souhaitée], tandis que la Turquie s'est tournée vers la Syrie[réf. souhaitée].

Médiation[modifier | modifier le code]

Israël et la Syrie[modifier | modifier le code]

Depuis 2008, à l’initiative des autorités turques, la Turquie assure une médiation entre Israël et la Syrie pour relancer des pourparlers de paix entre les deux pays, rompus en 2000. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a affirmé que cette initiative s'inscrivait dans la volonté plus large d'Ankara de contribuer à la paix au Proche-Orient. Toutefois, suite à la guerre civile syrienne et aux frappes aériennes menées par Israël sur le sol syrien, les discussions ont été abandonnées.

Israël et le Pakistan[modifier | modifier le code]

En , une réunion « historique » entre les ministres israélien et pakistanais des Affaires étrangères s’est tenue à Istanbul. Silvan Shalom a estimé que ces discussions représentaient « une avancée considérable » et « le début d’une nouvelle période de relations ouvertes et d’intérêts mutuels » ; il a dit espérer qu’elles puissent conduire « à une relation diplomatique entière avec le Pakistan, comme nous aimerions le faire avec tous les pays arabes. » Les deux hommes se sont ensuite serré la main devant les caméras en compagnie du ministre d’État turc Mehmet Aydın qui représentait le Premier ministre Erdoğan. La Turquie a ainsi pu jouer de ses liens avec Islamabad et Tel Aviv[réf. nécessaire] pour favoriser le rapprochement entre les deux pays.

Échanges commerciaux[modifier | modifier le code]

Israël est l'un des pays non européens avec qui la Turquie a le plus intensifié ses échanges commerciaux depuis les années 1980. Le volume des échanges est passé de cinquante millions de $ en 1985 à 1,3 milliard en 2002[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Mantran (dir.), Histoire de l'empire ottoman, éd. Fayard, 1989, p. 135
  2. Stanford Jay Shaw, Turkey and the Holocaust. Turkey's role in rescuing Turkish and European Jewry from Nazi persecution, 1933-1945, Londres, éd. Macmillan / New York University Press, 1993
  3. Arnold Reisman, Turkey’s Modernization. Refugees from Nazism and Ataturk’s Vision, Washington, New Academia Publishing, 2006; Dirk Halm et Faruk Sem, Exil sous le croissant et l’étoile, Paris, Turquoise, 2009.
  4. Kemal Karpat, Turkey's Foreign Policy in Transition. 1950-1974, Leyde, Brill, 1975, pp. 114-125
  5. Kemal Karpat, op. cit., pp. 130-131
  6. « Regain d’antisémitisme en Turquie : menaces et marques d’admiration pour Hitler ; appels à envoyer les juifs dans des camps et à leur faire payer un « impôt spécial » | Memri » (consulté le 10 juin 2016)
  7. « L'AKP et sa politique concernant le Hamas: lutter contre la radicalisation | Cicad », sur www.cicad.ch (consulté le 10 juin 2016)
  8. (fr) « Réconciliation turco israélienne: isolée, la Turquie aspire à réparer ses relations avec Israël mais le chemin est semé d'embûches », sur Le Huffington Post (consulté le 10 juin 2016)
  9. « Israel and the UN », sur tribunedigital-chicagotribune (consulté le 10 juin 2016)
  10. Claudia Rosett, « Don't Let Iran On The Human Rights Council - Forbes », sur Forbes,‎ (consulté le 10 juin 2016)
  11. « Mavi-Marmara », l'affaire qui a consommé la rupture entre Israël et la Turquie, lemonde.fr, 27 mai 2014.
  12. « Après des années de froid diplomatique, Israël et la Turquie se rapprochent », sur Le Monde,‎
  13. Caroline HAYEK, « Turquie-Israël : l’alliance de deux loups solitaires - Caroline HAYEK », sur L'Orient-Le Jour,‎ (consulté le 10 juin 2016)
  14. AFP, « Israël et la Turquie normalisent leurs relations: pourquoi et comment? », sur Libération.fr,‎
  15. Elise Ganem, L'Axe Israël-Turquie. Vers une nouvelle dynamique proche-orientale ?, éditions L'Harmattan, 2005
  16. [1]
  17. http://www.romandie.com/ats/news/101203135815.pntv2t9t.asp
  18. http://a7fr.net/article/59945.htm
  19. Jean-François Pérouse, La Turquie en marche. Les grandes mutations depuis 1980, éd. de la Martinière, 2004, p. 343

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]