Relations économiques entre l'Amérique espagnole et l'Europe

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Hernán Cortés, conquérant de l'empire aztèque. Toutefois, contrairement à la légende, les richesses en or de l'empire aztèque se révélèrent moins abondantes que prévu. Ce furent les mines d'argent du XVIIIe siècle et non l'or des Aztèques qui firent la richesse et la renommée du Mexique

Les relations économiques entre l'Amérique espagnole et l'Europe à l'époque moderne.

Le commerce entre l'Amérique et l'Europe débute dès la fin du XVe siècle, tout juste après la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. Ces échanges, d'abord faibles, s'intensifient au fil des siècles.

Transport maritime[modifier | modifier le code]

Entre 1540 et 1650, environ 11 000 navires espagnols ayant fait le voyage entre l'Espagne et l'Amérique ont été recensés, ceux transportant les cargaisons les plus précieuses regroupé dans la Flotte des Indes entre 1566 et 1790. De ceux-ci, 519 furent perdus (la majorité dans des tempêtes) et seulement 107 du fait d'attaques ennemies, c'est-à-dire 20 % des pertes totales.

Ce dont l'Europe manque et que l'Amérique possède[modifier | modifier le code]

L'or et l'argent[modifier | modifier le code]

La capture de l’empereur inca Atahualpa par Francisco Pizarro rapporta l'équivalent d'un demi siècle de production européenne en métaux précieux

Il existe deux sources d'approvisionnement en or et en argent : les mines et les butins de guerre.

Le siècle le plus florissant a été le XVIIIe siècle grâce aux mines d'argent du Mexique et du Pérou

  • Le métal extrait est composé surtout du métal argent et non pas d'or.
  • Contrairement aux idées reçues, c'était au cours du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle que la production et l'arrivage de métaux précieux en Europe ont été les plus importants. La production du XVIe siècle (siècle d'or) n'a été que le tiers de la production du XVIIe siècle et le cinquième de la production du XVIIIe siècle.

Un afflux relatif de métaux précieux en Europe

  • Les mines américaines vont dominer largement les mines européennes et africaines réunies pour alimenter le stock des métaux précieux en Europe.
  • En chiffres, l'historien Hume estime le stock de métaux précieux en Europe juste avant le départ de Christophe Colomb à environ 600 millions de pesos [réf. nécessaire]. Grâce aux arrivages américains, le stock de métaux précieux en Europe aurait doublé entre 1500 et 1650, et aurait triplé entre 1650 et 1800. En 1800, on avait un stock de métaux précieux en Europe estimé à 3 milliards et demi de pesos contre 600 millions en 1500. Toutefois, Fernand Braudel[réf. nécessaire] émet des estimations plus basses et selon lui, le stock des métaux précieux en Europe n'aurait augmenté que de 20 % entre 1500 et 1800.
  • L'augmentation du stock de métaux en Europe grâce aux arrivages américains est à relativiser.
Les métaux précieux perdent de la valeur au fil des siècles : si on s'inspire de l'historien Earl Hamilton sur l'Histoire des prix[réf. nécessaire], le stock de 600 millions de pesos en 1500 permet de faire plus d'achats de blé que le stock de 3 milliards en 1800. Donc le pouvoir d'achat en Europe n'a pas augmenté grâce aux métaux précieux d'Amérique.
Pierre Chaunu[réf. nécessaire] - il s'agit d'une comparaison de valeur ajoutée entre la production de blé dans le bassin méditerranéen et la production des mines en Amérique- a calculé la valeur de la production de blé en Méditerranée en équivalent pesos et la valeur de la production des mines américaines en équivalent pesos: la comparaison est que pour le XVIe siècle, la Méditerranée produit rien que sur le blé, une valeur (en numéraire) trente-cinq fois supérieur à la production des mines américaines. Pour le XVIIe et le XVIIIe siècle, jamais la production des mines américaines ne surpasse en valeur la production du blé en Méditerranée. Par conséquent, certes la production des mines américaines est énorme, mais il ne s'agissait pas d'une production qui domine tout le reste de l'économie.

L'Europe connaît de nouveaux produits[modifier | modifier le code]

Le maïs, une plante venue du Nouveau Monde

L'Amérique exporte vers l'Europe des produits nouveaux

  • Les produits exotiques importés en grande quantité du Nouveau Monde comme le tabac, des produits de teinture, la cochenille, l'indigo, le bois brasil etc.
  • Des produits déjà connus en Europe et développés en Amérique pour les importer ensuite en Europe : le sucre, les bovins (élevés en grand nombre à Cuba), etc.
  • Des espèces inconnues en Europe mais qui vont se développer sur le vieux continent : maïs, pomme de terre, etc.

La production agricole américaine correspond à 20 % des importations européennes en provenance d'Amérique

  • De 1500 à 1700 : les importations de produits agricoles correspondent à environ 20 % de la valeur totale des importations d'Amérique.
  • Le reste (80 %) est constitué par les métaux précieux.
  • Au XVIIIe siècle, la tendance s’inverse : la proportion des produits agricoles augmente d'année en année dans les importations en provenance d'Amérique grâce au développement des colonies espagnoles, brésiliennes, mais aussi anglaises (les Treize Colonies). Michel Morineau (spécialiste d'histoire économique) écrivait: "Ainsi trois siècles après Christophe Colomb, l'Amérique sans avoir failli à son rêve de l'or, a considérablement élargi sa vocation, devenue une terre de culture et d'élevage, encore exotique certes, mais sur le point d'assumer plus à plein, sinon entièrement, toutes les richesses, toutes les virtualités du potentiel de ses terres fertiles".

L’Amérique, quel débouché pour l'Europe?[modifier | modifier le code]

Loin derrière la France, la République de Gênes fut le deuxième fournisseur de l'Amérique espagnole au XVIIe siècle

L'Europe vend à ses colonies américaines toutes sortes de produits

  • Des produits agricoles comme le vin, des raisins secs, des armes, des esclaves ou des clous.
  • Ce qui domine par-dessus tout ce sont les produits textiles. En valeur, ils représentent plus de la moitié des exportations de l'Europe vers l'Amérique (60 % environ). Les produits agricoles représentent moins d'un tiers des exportations et le reste est constitué de toute sorte de produits divers : outils agricoles, cire, papier

La balance des paiements est favorable à l'Europe

  • Les Européens importent d'Amérique ibérique entre 1701 et 1710, 6 millions de pesos de marchandises par an
  • L'Europe exporte vers l'Amérique plus de 7 millions de pesos par an constitués essentiellement par du textile.

Classement selon l'importance dans le commerce américano-européen en 1686 par pays.

  • La France, pour 3 millions de pesos, soit 40 % du total des exportations de l'Europe vers l'Amérique espagnole, est le premier partenaire commercial de l'Amérique espagnole.
  • La ville de Gênes pour 1 million de pesos de vente en Amérique, soit 10 % de part de marché, est le deuxième partenaire commercial le plus important de l'Amérique espagnole.
  • L'Angleterre, 10 % de part de marché également.
  • Les Pays-Bas obtiennent 9 % de part de marché.
  • L'Espagne 5 % de part de marché.
  • Hambourg, avec 300 000 pesos d'exportation, possède 3 % de part du marché.

Les conséquences économiques des richesses américaines sur l'Europe[modifier | modifier le code]

Les régions, certaines villes qui se sont spécialisés dans la production pour le marché américain possèdent une forte dépendance envers le marché américain :

  • par exemple Gênes, qui produit surtout du papier pour l'Amérique. L'ambassadeur de Gênes disait en 1600, "la Ville de Gênes serait en faillite si l'Amérique n'existait pas".
  • Pour la Bretagne française, la dépendance était élevée. La Bretagne s'était spécialisée dans une branche qui était le textile haut de gamme pour l'Amérique et la Bretagne en dépendait beaucoup pour le développement de son économie.

Grosses fortunes et grosses faillites européennes : les marchands et l’Amérique[modifier | modifier le code]

Jamais quantité d'or et d'argent disponible en Amérique n'assure à 100 % des affaires florissantes pour les marchands européens.

  • Trop de produits amenés en Amérique amenuisaient les ventes et les prix. L'offre dépassait souvent les capacités de la demande. On trouvait parfois tellement de marchandises que les prix baissent jusqu'à atteindre des prix inférieurs aux prix européens.
    • En 1661, il y avait une crise lourde avec chute de prix du négoce des marchandises en provenance de la Bretagne-Normandie. Pour les marchands qui voulaient vendre des toiles de Bretagne, ils se retrouvaient avec 30 % à 40 % de perte.
    • L'année 1686 alors qu'on avait beaucoup de liquidités en Amérique pour acheter, on se retrouvait quand même avec une foire exécrable où on vendait à perte sur plus de la moitié du chargement sans parler des invendus.
    • Les exemples d'années de crise en sont nombreux. Au XVIIIe siècle, les annales indiquent une série de faillites spectaculaires de grandes compagnies commerciales françaises installées à Cadix et à Séville.
  • Des accidents de liquidités disponibles pouvaient parfois se produire.
    • Par exemple, à la foire de Portobelo, en 1678, les marchands sont venus avec 25 millions de pesos de marchandises et en face les Péruviens ne disposaient que de 15 millions de pesos de liquidité. La foire se transforme en débâcle.

Les conditions d'une bonne foire

  • des disponibilités en liquidé suffisantes chez les acheteurs
  • pas de surplus de marchandises en vente
en 1658, il y eut dans les chroniques une foire sensationnelle et les marchands ne trouvaient même pas de mots pour la décrire. Des choses étonnantes se produisaient au niveau des échanges, des matelots ont en effet réussit à vendre leurs vêtements usés au poids de l'argent[1].

La rentabilité du commerce américano-européen

  • En moyenne, les prix, une fois arrivés en Amérique, sont multiples par deux voire trois. Une fois tous les frais déduits, la rentabilité moyenne serait de 20 à 30 % selon les archives des marchands de Saint-Malo (XVIIe siècle).

Du roi au paysan, à chacun ses profits[modifier | modifier le code]

Bataille entre l'Invincible Armada et la flotte anglaise, XVIe siècle; l'invincible armada fut équipée en partie grâce aux arrivages des métaux précieux d'Amérique
  • D'immenses fortunes se sont constituées grâce au commerce entre l'Amérique et l'Europe. L'historien Garcia Baquero Gonzalez dit qu'il y a peu d'équivalent dans l'Histoire de l'humanité en ce qui concerne la vitesse avec laquelle on a bâti ces fortunes[2].
  • Sans pour autant représenter la majorité de la population européenne, de nombreux gens vivaient du commerce transatlantique :
    • Le circuit financier qui s'était développé parallèlement au commerce faisait travailler : assureurs et banquiers.
    • Le transport des marchandises faisait vivre armateurs et marins.
    • Les agricultures espagnole et portugaise profitaient du débouché américain : le vigneron andalou exportait vers la Nouvelle-Espagne et le vigneron portugais vers le Brésil.
Les bénéfices tirés des métaux précieux pour le Roi d'Espagne étaient très insuffisants par rapport aux dépenses nécessaire pour notamment faire la guerre. Les dettes par exemple de Charles Quint étaient supérieures au total des arrivages de métaux précieux d'Amérique durant son règne…
  • Sur le plan militaire, l'Invincible Armada a été équipée en partie grâce aux métaux précieux d'Amérique. Il est indéniable aussi et on a des témoignages dessus disant que la campagne des Pays-Bas a été en partie subordonnée au succès des arrivages de métaux. Pierre Chaunu dans Séville et la Belgique disait « Un puissant retour ne présageait rien de bon pour les provinces révoltées. Un médiocre entretenait l'espoir et la résistance morale ».

Le rôle de l'Amérique dans l'inflation européenne du XVIe au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution des prix.

Il y a eu une inflation en Europe entre 1500 et 1800 et l'apport de métaux précieux d'Amérique pourrait en être responsable comme l'a tenté de le démontrer l'historien américain Earl Hamilton. Mais cette thèse est à relativiser. L'historien Michel Morineau, quant à lui, dit "Jamais un gros paquet de pesos arrivés à Séville ne parvint a déclencher une flambée des cours (cours des céréales)."

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Morineau: Incroyables gazettes et fabuleux métaux
  2. Antonio Garcia Baquero: "La Carrera de Indias: Suma de la contratacion y oceano de negocios", Séville, 1992, traduit en français par Bartolomé Bennassar: "La carrera de Indias. Histoire du commerce hispano-américain (XVIe-XVIIIe siècle)", Desjonquères, Paris, 1993.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Chaunu: Séville et l'Atlantique, SEPVEN, 12 vol. Paris, 1955-59 (un classique)
  • Antonio Garcia Baquero: La Carrera de Indias: Suma de la contratacion y oceano de negocios, Séville, 1992, traduit en français par Bartolomé Bennassar : La carrera de Indias. Histoire du commerce hispano-américain (XVIe – XVIIIe siècle), Desjonquères, Paris, 1993.
  • Earl Hamilton : American Treasure and the price Revolution in Spain, 1501-1650, Cambridge, 1934. (Un classique mais qui est contesté)
  • Michel Morineau : Incroyables gazettes et fabuleux métaux, Paris, 1985. (un livre stimulant qui révise l'histoire économique de l'Amérique espagnole)