Reine Prat

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Reine Prat
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Reine Prat
Biographie
Naissance
(71 ans)
Marseille
Nationalité
Française
Activité
Autres informations
A travaillé pour
Ministère de la culture, Ministère des affaires étrangères, Mairie de Marseille, Centre national de la cinématographie.

Reine Prat, née le à Marseille, est agrégée de lettres et inspectrice générale honoraire de la création, des enseignements artistiques et de l’action culturelle au Ministère de la culture. Elle est autrice de deux rapports ministériels, en 2006 et 2009, pour l'égalité femmes/hommes dans le secteur des arts et de la culture.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études et carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Agrégée de lettres modernes, Reine Prat intègre le Ministère de la culture en 1981 en tant que chargée de mission à la direction du développement culturel, avant de devenir conseillère pour le théâtre et l'action culturelle à la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) en région Provence Alpes Côte d'Azur[1].

Conseillère à la ville de Marseille pour la politique culturelle, elle a ensuite dirigé Arcanal, association pour le développement des images de la culture sous tutelle du Centre national de la cinématographie. C'est à ce moment-là qu'elle rencontre la théoricienne et activiste des médias Nathalie Magnan qu'elle invite à participer à l'écriture du catalogue de films d'Arcanal, devenue aujourd'hui Images de la culture.

De 1995 à 1998, elle assure la direction de l’Institut français de Marrakech qu'elle contribue à réorganiser et à moderniser notamment dans le secteur éducatif et de la médiathèque. Elle lance et assure le suivi du chantier de réhabilitation de la maison et du jardin (Riad) de l'orientaliste et traductrice du Coran Denise Masson, en lien avec la fondation Denise Masson, créée au sein de la Fondation de France. Selon le vœu de la donatrice, elle fait de ce riad un lieu de résidences et de rencontres intellectuelles et artistiques reliant les deux rives de la Méditerranée, animé par l'Institut français de Marrakech. C'est dans ce cadre qu'Abdellatif Laâbi, exilé en France, revient au Maroc.

Reine Prat passe commande à des artistes français et marocains d’œuvres spécifiquement conçues pour les espaces de l'Institut français. Ce programme, élaboré avec le concours de Jean-Louis Froment, a notamment permis l’émergence d’artistes comme Hicham Benohoud, Safa Erruas, Younès Rahmoun, Batoul Shimi et la réalisation au Maroc de travaux d'Annette Messager, Pascal Convert, Anne-Marie Jugnet, Bernard Faucon et d’autres[2].

Elle rejoint le Ministère de la culture et de la communication en 1998, d'abord à la Direction de la Musique, du Théâtre et du Spectacle vivant (DMDTS aujourd'hui DGCA) où elle exerce les fonctions de conseillère pour le théâtre auprès du directeur Dominique Wallon. Elle est successivement chargée par Catherine Tasca de la coordination du bicentenaire de Victor Hugo puis de la conception et de la mise en œuvre de l’Année George Sand par Jean-Jacques Aillagon.

De retour à la DMDTS, de 2005 à 2010, comme inspectrice générale de la création, des enseignements artistiques et de l'action culturelle, elle est chargée par le directeur, Jérôme Bouët, d'une mission pour l'égalité et la diversité dans les arts du spectacle.

De 2010 à 2013, elle intègre la DRAC Guyane comme conseillère spéciale pour la politique linguistique, le patrimoine immatériel, le livre et la lecture. Son action porte notamment sur la reconnaissance du multilinguisme et sur un projet de classement au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco du rituel wayana, le maraké, projet qui n'aboutit pas. En 2013, elle est nommée directrice régionale des affaires culturelles (DRAC) en Martinique.

Les rapports de la mission Égalités[modifier | modifier le code]

En avril 2006, alors chargée de mission auprès du directeur pour l'égalité homme/femme dans les arts du spectacle à la DMDTS, Reine Prat est l'autrice d'un rapport qui expose, chiffre et documente pour la première fois la sous-représentation des femmes aux responsabilités mais aussi leurs difficultés d'accès aux moyens de productions et aux subventions dans le secteur culturel[3].

Ce rapport est intitulé Pour l'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, à la maîtrise de la représentation[4]. Premier écrit officiel sur les questions de genre publié par le Ministère de la culture, le rapport rappelle également le rôle et la responsabilité de l'État dans la réduction des inégalités et invite à une mobilisation globale du secteur culturel pour œuvrer à plus de parité et d'égalité.

Alors que la prise de conscience et les déclarations d'intention semblaient annoncer des changements profonds, en mai 2009, un second rapport signé Reine Prat, confirme l'exposé de 2006, affine l'analyse et renforce les propositions : Pour l'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, aux moyens de production, aux réseaux de diffusion, à la visibilité médiatique - 2 - De l'interdit à l'empêchement[5].

Ce rapport fait « l'effet d'une bombe »"[6] selon la formule de la journaliste et essayiste Mona Chollet qui sera reprise par la presse et les professionnels des arts et de la culture de l'époque[7],[8].

À la lecture de ce second rapport et devant le constat d'une situation qui n'évolue pas, des collectifs de professionnels du secteur de la culture se constituent[9]. Parmi eux, le mouvement HF se crée dès 2009 à Lyon, sous l'impulsion de Sylvie Mongin-Algan, donnant naissance à l'association HF Rhône Alpes aujourd'hui présidée par Anne Grumet[10]. Désormais ce mouvement est présent dans plusieurs régions de France et chaque antenne se mobilise pour continuer à interpeller les milieux professionnels, les élus et le public pour une parité réelle dans les arts et la culture [11],[12],[13].

En 2013, la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin s'appuie sur les rapports de Reine Prat pour présenter devant la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat un exposé sur le thème « La place des femmes dans l'art et la culture »[14],[15].

Depuis la parution de ses deux rapports, Reine Prat poursuit ses travaux et réflexions sur l'égalité et les discriminations dans les arts et la culture. Elle est ainsi régulièrement sollicitée et citée par les médias comme experte de cette question notamment aux côtés de professionnelles telle Aurore Evain[16],[17] . Elle est invitée en août 2018 aux côtés de Carole Thibaut au micro de Romain de Becdelievre pour une émission radiophonique intitulée Inégalités femme/homme dans le spectacle vivant : rien ne change ? sur France Culture[18].

En 2021 elle publie Exploser le plafond. Précis de féminisme à l'usage du monde de la culture aux éditions Rue de l'échiquier dans la collection Les Incisives.

Engagements associatifs et activisme[modifier | modifier le code]

En 1998, Reine Prat crée l’association De la mule au web avec Nathalie Magnan et Patrick Ciercolès, plus tard rejoints par Liliane Schaus, dans un but éditorial. Après la publication de Morgiou 1923-1944, mes souvenirs, signé Gaby Robert de Morgiou, la mère de Reine Prat, l'association est mise en sommeil. Depuis le décès de Nathalie Magnan survenu le 15 octobre 2016, De la mule au web s’investit dans la préservation et la valorisation des archives de cette pionnière du media-activisme et du cyberféminisme en France.

Présidente de l'association, Reine Prat coordonne en 2018 l’événement TRANS//BORDER, Les Enseignements de Nathalie Magnan ,au Mucem et à la Friche Belle de Mai, à Marseille[19],[20]. Cette manifestation prend pour point de départ les travaux de Nathalie Magnan, à la fois théoricienne, cinéaste engagée, navigatrice et enseignante, et met à l'honneur de nombreux artistes, chercheurs et activistes qui continuent d'explorer son œuvre[21].

En 2019, Reine Prat répond à l'invitation de la plateforme de recherche HerStory visant à fabriquer des archives vivantes et féministes à travers les voix d'artistes et militants du monde entier. L'archive vidéo de Reine Prat rejoint celle de Rokhaya Diallo, Elisabeth Lebovici, Silvia Federici, Isabelle Cambourakis, Émilie Notéris et tant d'autres.

En février 2020, elle intervient à l’invitation de Si/si, les femmes existent pour le lancement du Jeu de 7 familles Résistantes sur le thème « Redonner leur place aux femmes dans l’histoire »[22].

En 2020, Reine Prat dépose les archives de Nathalie Magnan, avec qui elle s'est mariée le 31 janvier 2015 et dont elle est l'ayant droit, aux archives de la critique d’art (ACA) à Rennes[23].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Reine Prat, Exploser le plafond. Précis de féminisme à l'usage du monde de la culture, Paris, Rue de l'échiquier, 2021
  • Reine Prat, Arts et culture... Et que rien ne change ! dans Travail, genre et sociétés 2015/2 (no 34), pages 187 à 191

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mots D'Elles - Episode 7 - Reine Prat (lire en ligne)
  2. Hervé GAUVILLE, « ARTS. A Marrakech, le Bayonnais invite à un trajet allant de l'art à la vie, et vice versa. Le «mur mur» ouvert de Pascal Convert. Pascal Convert à l'Institut français de Marrakech, Jbel Guéliz. Tél. (212.4) 44.69.30. Jusqu'au 4 janvier. », sur Libération (consulté le )
  3. « Les hommes à l'avant-scène », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. Reine Prat, « Mission EgalitéS - Rapport 2006 », sur Ministère de la Culture,
  5. « Arts du spectacle - Pour l'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, aux moyens de production, aux réseaux de diffusion, à la visibilité médiatique - 2 - De l'interdit à l'empêchement », sur Vie publique.fr (consulté le )
  6. « Les arts du spectacle, une affaire d’hommes », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  7. « les rapports Reine Prat », sur Si/si, les femmes existent (consulté le )
  8. « La parité en question dans le théâtre », sur France Culture (consulté le )
  9. « Liberté, égalité, sororité : le boom des collectifs féministes », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. « Mme Anne GRUMET - Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes », sur www.haut-conseil-egalite.gouv.fr (consulté le )
  11. Christine Siméone, « Comment le matrimoine culturel s'est imposé en quelques années », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  12. « Journées du patrimoine 2021 : les monuments Normands à ne pas rater », sur France 3 Normandie (consulté le )
  13. Ouest France, « Sur scène et dans les musées, les femmes peinent toujours à se faire une place », sur Ouest France,
  14. « La place des femmes dans l'art et la culture : le temps est venu de passer aux actes », sur www.senat.fr (consulté le )
  15. « Délégation aux droits des femmes : compte rendu de la semaine du 11 février 2013 », sur www.senat.fr (consulté le )
  16. « Etats généraux de l’égalité (EGE) dans les arts et la culture », sur Ministère chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances (consulté le )
  17. « Culture : où sont les femmes ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. « Inégalités femme/homme dans le spectacle vivant : rien ne change ? », sur France Culture (consulté le )
  19. « TRANS // BORDER », sur Mucem — Musée des civilisations et de la Méditerranée (consulté le )
  20. INHA, « TRANS//BORDER, Les Enseignements de Nathalie Magnan », sur gap.inha.fr, (consulté le )
  21. « «Trans//Border», Nathalie Magnan forever », sur Makery (consulté le )
  22. « texte intervention Reine Prat pour Si/si », sur Si/si, les femmes existent (consulté le )
  23. « FR ACA NMAGN - Archives de la critique d'Art », sur www.archivesdelacritiquedart.org (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]