Reichsgau Wartheland

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Le Reichsgau de Wartheland, 1944

Le Reichsgau Wartheland, « Gau du Reich (Reichsgau) du pays de la Warta (Wartheland, Région de Warta) », à l'origine appelé Reichsgau Posen, désigne, pour les nazis, le territoire de Grande-Pologne occupé puis annexé au Troisième Reich après la défaite de l'armée polonaise en 1939. Constitué à partir de territoires ayant appartenu au Reich avant la Première Guerre mondiale, dévolue à la Pologne en 1919, le Reichsgau Wartheland, parfois brièvement dénommé Warthegau, est créé le en application du décret signé par Hitler et qui organise les territoires polonais échus au Reich. Couvrant une surface de 43 905 km2 pour 4 693 700 habitants en 1941, le Gau est majoritairement peuplé de Polonais, mais comporte une minorité allemande significative. Confié à Arthur Greiser, ancien président du Sénat de Dantzig, le Reichsgau vit sous un régime légal spécifique aux territoires annexés au Reich. Dans ce cadre, le programme racial nazi est appliqué avec fanatisme : déchristianisation, expulsion ou extermination des Juifs et des Polonais, prélude à la colonisation par des Allemands du Reich ou des Volksdeutsche (population allemandes ayant émigré dans l'ensemble de l'Europe). Épargné durant la majeure partie du conflit, Le Gau s'enfonce dans le chaos lors de l'offensive soviétique lancée à partir du 12 janvier 1945 : les populations allemandes, abandonnées par les responsables mis en place à partir de 1939, fuient dans le désordre vers l'Ouest, tandis que la ville de Posen, capitale du Gau, est encerclée et assiégée pendant près d'un mois par des unités soviétiques supérieures en nombre et en matériel.

Création d'un Gau exemplaire au sein du Troisième Reich[modifier | modifier le code]

Contexte de la mise en place du Reichsgau[modifier | modifier le code]

Après la conquête de la Pologne proprement dite, les territoires dévolus au Reich sont définitivement réorganisés en deux entités distinctes : les territoires annexés au Reich et les territoires destinés à former le Restsstaat, l'État résiduel, polonais. Préparé dans un contexte marqué par les hésitations de Hitler sur la nature du cadre administratif destiné à régir les territoires dévolus au Reich, le décret du 8 octobre 1939, destiné à être appliqué le 1er novembre suivant[1], organise ces territoires annexés : sont créés deux Gaue, le Gau Wartheland (qui porte, jusqu'au 29 janvier 1940, le nom de Gau de Posnanie [2]), et le Gau de Dantzig-Prusse Occidentale, tandis que d'autres territoires sont rattachés au Gau de Basse Silésie ou au Gau de Prusse Orientale.

Sur le modèle de ce qui avait été mis en place en Autriche, sont mis en place deux Gaue particuliers dans les territoires annexés, des Reichsgaue. Comme dans l'Altreich, le Gauleiter exerce son autorité à la fois sur le parti et sur les services locaux de l'administration centrale[3]. Mais, souhaitant façonner un Gau modèle, un Mustergau, parmi les Gaue du Troisième Reich[4], le Gauleiter, Arthur Greiser, affranchi des règles de droit en vigueur dans l'Altreich, dispose d'une latitude totale dans l'administration du territoire dont il a la charge : ce dernier érige ainsi son Gau en « zone expérimentale » de l'ordre nouveau national-socialiste[5].

Le Gauleiter[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Arthur Greiser et Gauleiter.
Arthur Greiser, Gauleiter du Warthegau, à Posen en octobre 1939.

Le décret du 8 octobre 1939 confère la dignité de Gauleiter à Arthur Greiser, membre du NSDAP depuis décembre 1929, président du Sénat de Dantzig depuis 1934. Nommé à la demande expresse de Hitler, il est secondé par August Jäger, ancien fonctionnaire du ministère des affaires ecclésiastiques et vétéran du Kirchenkampf[4].

Proche de Himmler[6] et de Bormann[7], il cumule, comme Albert Forster, Gauleiter de Dantzig-Prusse Occidentale, ses fonctions de Gauleiter avec celles de Reichsstatthalter, et, à ce titre, exerce rapidement un pouvoir absolu dans sa circonscription[3]. Le cumul de l'ensemble des fonctions du pouvoir, à la fois gouverneur, chef de l'administration d'État et responsable du parti, aboutit non seulement à placer le Gauleiter directement sous le contrôle du Führer et chancelier, mais aussi à octroyer au Gauleiter en poste toujours davantage de pouvoirs spéciaux dans les domaines de compétences les plus divers[8]. Le 29 septembre 1941, il défend la totalité de ses prérogatives dans un courrier au ministre de l'Intérieur Frick, insistant sur la mission politique et raciale que lui a confiée Hitler[9], affirmant à cette occasion son rôle dans l'élaboration des projets coloniaux pour le Gau (il aspire à le transformer en grenier à blé du Reich[10]).

Comme beaucoup de responsables nazis en poste dans les territoires annexés ou simplement occupés, il fait preuve de rapacité, allant jusqu'à détourner pour son profit personnel les deux tiers des salaires versés aux travailleurs juifs du ghetto de Łódź[11].

La mise en place des structures administratives[modifier | modifier le code]

À la fin du mois d'octobre 1939, l'administration militaire mise en place lors de la conquête cesse de fonctionner, conformément au décret du 8 octobre : cette administration cède la place dans un premier temps à un vide juridique, qui est comblé au printemps 1940, puis, dans un second temps, à un régime administratif et légal différent de celui ayant cours dans le Reich[12].

Dans ce Reichsgau, une nouvelle administration, appuyée dans un premier temps par les services administratifs de l'armée qui restent sur place[13], est installée par le Gauleiter, parfois contre l'avis du ministère de l'Intérieur[14]. Conscient de cette opposition à sa politique, Greiser défend néanmoins l'idée, le temps du conflit, d'un modus vivendi entre le ministère de l'Intérieur et les représentants nazis sur place, ces derniers se révélant le plus souvent totalement incompétents sur le plan administratif[9]. Mais, appelant de ses vœux une politique de germanisation rapide, « brutale » et affranchie des cadres réglementaires et législatifs de l'Altreich, Greiser, appuyé par Hitler, met en place une administration composée de vétérans du NSDAP, tandis que les fonctionnaires du Reich ou du land de Prusse sont renvoyés dans l'Altreich[15].

L'« état d'exception administratif »[12], permis par le renvoi dans l'Altreich, le Reich dans ses frontières de 1937, des fonctionnaires de l'État, entraîne la mise en place, sur le territoire du Reichsgau, d'un enchevêtrement de pouvoirs spéciaux et remet en cause le principe de l'unité juridique et administrative du Reich[14]. Dès le mois de novembre 1939, les responsables politiques du Gau constatent par exemple l'autonomie d'action de la SS[16], ce dont Greiser se plaint devant Goebbels en janvier 1940[17].

Comme dans l'ensemble des Gaue du Reich[18], Himmler nomme en effet un Chef des SS et de la police, Wilhelm Koppe[19]. Celui-ci est investi des prérogatives de représentant permanent du Reichsstatthalter Greiser, en plus de ses compétences sur la politique raciale dans le Gau[20].

Un territoire à part dans le Reich[modifier | modifier le code]

Le décret du 8 octobre définit les obligations des personnes résidant dans les territoires annexés : intégré du point de vue économique, le Reichsgau voit sa population allemande (7 % de la population totale), privée d'un certain nombre des droits des citoyens de l'Altreich. Conçu comme une zone expérimentale pour la société national-socialiste, le Reichsgau constitue, avec l'ensemble des territoires polonais annexés, une zone de non droit, un rechtsfrei Raum[4] : en effet, dans ces territoires intégrés au sein du Reich, les garanties de droit existant pour les citoyens de l'Altreich ne s'appliquent pas, tout comme le code pénal en vigueur dans le Reich[5]. De plus, ces Allemands ne peuvent se déplacer librement dans le Reich qu'après avoir obtenu un laissez-passer particulier tandis que les Polonais et les Juifs voient leurs déplacements limités dans le Gau[2].

De même, le droit foncier, théoriquement régi par la loi de septembre 1933, ne peut être utilisé dans le Reichsgau : En effet, les propriétés dépendent de Himmler, commissaire du Reich pour le renforcement de la race allemande et sont octroyées à titre provisoire, à charge pour le colon et sa descendance de rembourser la dette ainsi contractée ; s'il en est incapable, sa propriété, révocable, s'apparentant à une tenure, à un fief, lui est reprise par le Reichsführer SS[21].

Allemands et Polonais dans le Gau[modifier | modifier le code]

Territoire polonais annexé au Reich, Le Reichsgau constitue, avec les autres territoires polonais annexés, le premier champ d'expérimentation des projets coloniaux et raciaux nazis[15], selon les projets exposés par Hitler en octobre 1939[22]. Ainsi, rompant délibérément avec la politique de germanisation des Polonais menée par le Reich entre 1871 et 1918[23], Hitler projette dans un premier temps une prise de possession, une germanisation, du sol, les Polonais en ayant été expulsés au préalable[24].

Les responsables allemands dans le Gau mènent, dans le cadre du programme Heim ins Reich, « un foyer dans le Reich[25] », une politique brutale à l'encontre des populations polonaises et juives, tout en favorisant la minorité allemande. Cette politique brutale en Pologne annexée doit être menée, selon Hitler, selon les principes du Volkstumskampf, le combat racial, et ainsi être affranchi de tout cadre juridique[26] : Aussi Greiser applique-t-il avec zèle ce que ses subordonnés appellent la « politique des trois E : expulsion, exploitation, extermination » (en allemand, « drei A System »)[27].

Les expulsions, prélude à la germanisation totale du Gau[modifier | modifier le code]

Expulsion des habitants polonais de la ville de Schwartzenau en 1939

Des listes d'habitants polonais et juifs sont ainsi établies, mais se révèlent rapidement peu fiables, en raison des massacres désordonnés perpétrés par les Allemands lors de leur avancée en Pologne et de la fuite de certains habitants de la région[27].

À la fin de l'année 1940, les SS ont expulsé 325 000 Juifs et Polonais du Wartheland et du corridor de Dantzig vers le Gouvernement général après avoir confisqué leurs biens. Les enfants et les vieillards meurent en route ou dans les camps de transit provisoires de Potulice, Smukal (à Bydgoszcz) et Toruń. En 1941, 45 000 personnes supplémentaires sont ainsi déplacées. Les expulsions sont organisées de manière systématique à partir de la fin de l'année 1939 ; des Umwanderzentralstelle, offices pour les migrants, sont installés dans les principales villes du Gau et reçoivent pour mission d'organiser les expulsions. Des fichiers de personnes à expulser et des plans de transport sont établis, des camps d'étape sont mis en place. Cependant, rien n'est fait dans le Gouvernement général pour accueillir cette population[28].

Ces expulsions, destinées à renforcer la proportion d'Allemands dans le Reichsgau, visent à porter la part de population allemande à 50 % de la population totale du Reichsgau en 1945 en refoulant les Polonais et les Juifs dans le Gouvernement Général de Pologne. Ceci est effectué dans le cadre d'un plan élaboré au printemps 1940 par Konrad Meyer-Hetling, le concepteur d'un des nombreux avant-projets du schéma général de l'Est[29]. Cependant, ces programmes d'expulsions se heurtent aux réalités de l'économie de guerre allemande. Greiser refuse ainsi à un cadre de l'administration du chef de la police et des SS, responsable de la politique raciale, l'expulsion d'ouvriers agricoles polonais[10].

Colonisation et germanisation : les Allemands dans le Wartheland[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Generalplan Ost.

Une politique visant la germanisation du Wartheland, région dans laquelle vit une minorité allemande dispersée correspondant à 10 % de la population[30], est également rapidement mise en place dans les mois qui suivent l'annexion du territoire et la mise en place des administrations civiles et partisanes. Dès la visite de Himmler à Greiser le 24 octobre 1939, le Reichsführer SS affiche au grand jour ses ambitions quant à la colonisation des territoires nouvellement annexés : il fixe des objectifs à cette occasion pour la colonisation du Wartheland et de la Prusse occidentale[31]. Le plan élaboré en 1940 à sa demande mentionne la création d'un Grenzwall, front pionnier et frontalier, le long de la frontière avec le Gouvernement général : Himmler souhaite la mise en place d'un couloir de germanisation du Wartheland, aboutissant à la création de colonies agricoles et à un réaménagement du territoire rural conforme aux théories de Walter Christaller[29].

Ainsi, le décret du 4 mars 1941 détaille les modalités de la germanisation des populations non allemandes des territoires annexés, définies, dans un premier temps, à l'automne 1939 par Himmler seul[32], puis appliquées au cours de l'année 1940 par Himmler et Greiser. Satisfait, Himmler l'étend ensuite à l'ensemble des territoires annexés[33]. Quatre catégories sont ainsi définies pour le classement de la population des territoires contrôlés par le Reich : les citoyens du Reich et les Volksdeutsche qui doivent acquérir la citoyenneté après une période de vie dans l'Altreich forment les deux premières catégories. Les membres des « peuples étrangères de valeur » et les « renégats allemands » (couples mixtes germano-polonais, personnes nées de ces couples mixtes ou fréquentant une église polonaise) forment la troisième catégorie et se voient octroyer une nationalité révocable tandis que les « nationalités étrangères » forment la quatrième[33][34].

Cette politique est appliquée avec beaucoup de rigueur par Greiser selon les termes du décret du 4 mars 1941, remanié en janvier 1942[34], premier Gauleiter à dresser une Volksliste, liste du peuple, recensant tous les Allemands résidant dans le Gau[35], cependant établie selon des critères politiques et culturels, et non raciaux[36]. Dans le Reichsgau, les responsables nazis cherchent à appliquer le souhait exprimé par Hitler d'une totale germanisation en dix années[37] et d'une assimilation complète du territoire au Reich, aux plans racial, politique, culturel, social et économique. La population des individus « assimilables » est ainsi répartie en quatre catégories : les membres du peuple allemands, pouvant être admis au sein du NSDAP, forment la première catégorie, les citoyens du Reich ne pouvant pas entrer au NSDAP la seconde. Les Volksdeutsche, les « allogènes de valeurs » ainsi que les « renégats allemands » constituent la troisième catégorie, les « nationaux révocables », tandis que « allogènes racialement apparentés » constituent la dernière catégorie. Selon une enquête de 1942 portant sur 4 500 habitants du Kreis de Wollstein, 7 % de la population est germanisable, 16 % doivent être rapidement expulsés, les trois quarts restants devant rester sur place provisoirement, comme main d’œuvre[38]. En janvier 1944, la Volksliste du Reichsgau compte 510 000 inscrits, dont plus de 80 % dans les catégories I et II[35]; de même, peu de temps avant la libération de la ville par les Soviétiques, la ville de Łódź compte 100 000 Allemands[39].

15 mars 1944, cérémonie d'accueil du millionième Volksdeutsche, en l’occurrence un colon originaire de la mer Noire, accueilli dans le Gau.

Ce mouvement de germanisation comprend également un programme d'installation de Volksdeutsche et aboutit à tripler la population allemande dans le Gau en quatre années. À la fin de 1943, 925 000 Allemands sont recensés dans le Gau, contre 325 000 en 1939[40]). Originaires de Roumanie (pour 77 000 d'entre eux[41]), des territoires annexés en 1939 par l'Union soviétique, de la Baltique[42], ils sont accueillis dans le cadre du programme mis en œuvre par le Gauleiter du Wartheland, Arthur Greiser et par Adolf Eichmann[43]. La présence de ces Volksdeutsche incite les autorités nazies et les responsables de la politique raciale, Himmler le premier, à prôner l'expulsion des Polonais et des Juifs des territoires annexés vers le Gouvernement général[44]. Greiser met rapidement en application cette doctrine afin de faciliter l'accueil des Allemands de Bessarabie de Roumanie, lotis sur des terres ayant appartenu à des paysans polonais expulsés[43]. Par ailleurs, l'arrivée de ces Volksdeutsche fournit aussi l'occasion aux responsables du Gau d'étendre aux nouveaux arrivants leur politique hostile au christianisme[45].

Construction d'un village de colonisation dans le Warthegau (photographie prise en 1940)

Conséquence de ce mouvement de germanisation, les projets de colonisation fleurissent au Wartheland, considéré comme un espace vierge à aménager[46]. Présentés au palais des Princesses de Berlin, lors d'une exposition destinée au grand public, à la fin de l'année 1941, les projets coloniaux nazis dans les territoires polonais annexés doivent être réalisés sans tenir compte de l'histoire du territoire. Sont ainsi proposés des projets de villages adaptées à la communauté du peuple, laVolksgemeinschaft nazie, pacifiée, et des plans de maisons pour ce Gau destiné à ne pas constituer un territoire frontalier[47].

Dans ce contexte de germanisation à outrance, les responsables du Gau et du Reich exaltent le caractère germanique du Gau dans toutes les circonstances : de nombreuses localités sont renommées, Lodz, par exemple, devenant Litzmannstadt, du nom de Karl Litzmann, héros de la bataille de Lodz en 1914[48].

Cette germanisation s'accompagne d'une politique religieuse de déchristianisation radicale et acharnée. En effet, ce territoire à part à l’intérieur du Reich est confié à un proche de Himmler et Bormann, farouches opposants au christianisme[49]. Il est ainsi distinct de l'Altreich du point de vue religieux. En effet, dès le 14 mars 1940, Greiser définit, dans une série de dispositions appelée les « Treize Points », la politique religieuse qu'il entend mener dans son Gau[4]. L'Église catholique est séparée en une Église allemande et une Église polonaise, dotées de statuts et de droits différents. L'Église catholique romaine pour les Polonais du Wartheland, selon la terminologie officielle, et l'Église allemande sont brisées. 45 églises, sur les 834 du district de Posen, restent ouvertes, tandis que près de 1 300 églises sont fermées dans le Gau. 500 d'entre elles deviennent des dépôts de munitions. De même, les sanctuaires, crucifix et statues votives érigées sur la voie publique sont systématiquement détruits, tandis que les deux tiers des prêtres catholiques du Gau sont assassinés[50]. Le Vatican, parfaitement informé de cette situation, ne proteste pas de manière officielle[51]. Les églises protestantes sont aussi touchées par cette rage, en dépit des multiples appels du surintendant évangélique Paul Blau (de) à Hitler, qui ne reçoit aucune réponse[45].

Les Polonais dans le Wartheland[modifier | modifier le code]

Exécution de civils polonais à Burgstadt le 20 octobre 1939

Soumis à un traitement discriminatoire, perçus comme des serfs[52], les Polonais du Warthegau sont très tôt victimes de mesures vexatoires[6]. Les premiers mois d'existence du Gau voient la mise en place d'une politique de terreur systématique mise en place par la SS, chargée des « missions raciales spéciales » à l'encontre des populations polonaises et juives du Gau[30]. Ainsi, la SS et la Wehrmacht mettent en œuvre des exécutions massives, arbitraires et publiques, dont sont victimes les Polonais et les Juifs, dans chaque ville et village du Gau qu'elles traversent et dans lesquelles elles s'installent[53]. Ainsi, jusqu'à la fin de l'année 1939, 10 000 Polonais sont assassinés sur le territoire du Gau[54]. Cette vague de terreur est légalisée rétroactivement par la promulgation, en février 1940, d'une ordonnance « contre les actes de violence dans les territoires de l'Est annexés »[20]. Cependant, certains militaires en poste en Pologne, tentent de modérer cette politique et mettent en avant divers impératifs, mais se heurtent au mépris de Hitler, qui vilipendent ces réserves, dignes à ses yeux de « méthodes de l'armée du Salut »[53].

Au mois de mai 1940, une ordonnance interdit les mariages mixtes entre Polonais et Allemands, puis en septembre, tout contact sexuel est interdit entre des Polonaises et des soldats allemands. Les Polonaises contrevenant à cette ordonnance sont condamnées au bordel, tandis, que, fin 1941, les relations sexuelles entre Allemandes et Polonais sont punies de mort pour l'homme. En décembre 1941, un code pénal spécifique est adopté pour les Polonais et les Juifs du Reichsgau, supprimant les droits de la défense, les possibilités d'appel et instituant l'immédiateté de l'exécution de la sentence. La mise en place de ces procédures judiciaires spécifiques entraîne la multiplication des condamnations à mort[6].

Comme dans l'ensemble des territoires polonais annexés ou occupés par le Reich, les Polonais se voient également privés d'accès à l'éducation autre que primaire[49]. D'autres projets sont également élaborés par la SS afin d'accentuer la ségrégation entre Allemands et Polonais : par exemple, les Polonais qui souhaitent que leurs enfants continuent leurs études au delà de la quatrième classe doivent en faire la demande[55].

Parallèlement à la multiplication de mesures discriminatoires, des expulsions massives sont envisagées par Himmler, qui fixe des objectifs dans ce domaine dans son ordre du 12 novembre 1939[4]. À sa suite, des projets, élaborés sous la responsabilité de Reinhard Heydrich, mentionnent l'expulsion de 80 000 Juifs et Polonais du Warthegau[42]. Ceux-ci connaissent un début d'application, lorsque 62 000 Polonais sont expulsés afin de permettre l'accueil des Volksdeutsche de Roumanie[43]. En outre, à la fin de l'année 1940, sur le modèle de la Volksliste de Greiser, Himmler obtient l'autorisation de classer les populations polonaises du Gau en catégories afin de pouvoir plus facilement sélectionner les familles et les individus germanisables[33].

En février 1945, lors de la libération de Łódź, puis lors de la prise de Posen, capitale du Gau, par les troupes soviétiques, la population polonaise, victime de ces mauvais traitements, se déchaîne contre les Allemands, civils ou militaires, demeurés dans les villes conquises par l'Armée rouge[56].

La Shoah dans le Reichsgau Wartheland[modifier | modifier le code]

Les populations juives dans le Wartheland[modifier | modifier le code]

Comme dans le Reich, la législation issue des lois de Nuremberg s'applique dans le Reichsgau, mais selon des modalités précisées par un décret de novembre 1939[57].

Dès les premiers mois, les populations juives du Gau font l'objet d'un traitement particulier, dans l'arbitraire le plus total, sous les yeux de l'armée[53]. Le 14 novembre 1939, Friedrich Uebelhoer, président du district de Litzmannstadt, met en place un signe distinctif pour les Juifs de son district[58]. Dans le même temps, à l'automne 1939, les premiers ghettos, des regroupements de populations préludant à leur expulsion, apparaissent, toujours à Łódź, notamment[57].

De nombreux Juifs du Wartheland sont rapidement expulsés sur ordre de Greiser vers le Gouvernement général au cours de l'hiver 1939-1940. Cependant, ce départ forcé se fait dans le chaos le plus total[59], rien n'étant prévu sur le lieu d'arrivée pour accueillir les 150 000 Juifs expulsés[60]. Au cours des mois suivants, La politique de Greiser rencontre l'opposition de Hans Frank, le gouverneur général de Pologne[61], et la tentative de conciliation entre les deux satrapes nazis n'aboutit à rien[62]. Au cours du mois de septembre 1941, Hitler annonce à Himmler son souhait de déporter les Juifs de l’Altreich vers les nouveaux Gaue orientaux du Reich, le Gouvernement général et l'Ostland[63]. Le 18 septembre 1941, Himmler informe Greiser du souhait du Führer[64]. Réservés sur ce transfert, le Gauleiter, comme l'ensemble des autorités allemandes du Gau, sont mis devant le fait accompli et tancés par Himmler et Heydrich lors d'un échange de lettres particulièrement acrimonieux[65]. Greiser et ses subordonnés ne peuvent qu'accepter le transfert de Juifs de Vienne, Prague, Luxembourg et Berlin à Łódź[66]. Au cours du mois de décembre 1941, pour faire face à l'afflux des Juifs du Reich, les autorités allemandes commencent à mettre en œuvre l'extermination des populations résidant dans le ghetto de Łódź[67].

Les ghettos du Wartheland[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ghetto de Łódź.

Comme en Pologne occupée, les Juifs sont rapidement tenus de résider dans des ghettos aux conditions de vie insalubres[68]. Rapidement, les habitants des ghettos du Gau sont expulsés vers le ghetto de Łódź.

Premier grand ghetto à être mis en place sur le territoire du Reich, le ghetto de Łódź constitue un modèle pour les administrateurs nazis en poste dans l'ensemble de l'Europe. En effet, sa mise en place est soigneusement planifié par Friedrich Uebelhoer : le choix du quartier, les institutions juives, les relations avec l'extérieur, sont soigneusement préparés et destinés à être mis en place sur un simple ordre du chef de district. Cependant, pensé par ceux qui l'ont mis en place comme provisoire, le Ghetto est pérennisé, provisoirement au mois de mars 1940, puis définitivement le 18 octobre suivant, en dépit des objections de Greiser[69].

Une fois constitués, pour la plupart avant l'été 1940[70], ces ghettos fournissent l'occasion d'un conflit entre Greiser, soutenu par l'administrateur nazi du Ghetto de Łódź, et certains subordonnés de cet administrateur. Greiser adopte une approche productiviste de ces ghettos et souhaite les approvisionner sous certaines conditions, mais s'oppose à améliorer les rations des habitants[71] ; d'autres sont partisans de laisser les habitants de ces ghettos mourir de faim. Au terme d'une période de flottement, un mode d'approvisionnement est mise en place : ceux qui travaillent reçoivent la « ration polonaise », ceux qui ne travaillent pas reçoivent la « ration carcérale »[68]. Globalement, en dépit des différences dans l'approvisionnement d'un ghetto à l'autre, la situation alimentaire dans les ghettos du Gau est caractérisée par une famine chronique, générant de nombreux conflits non seulement entre les responsables juifs du ghetto et leurs administrés, mais aussi au sein des familles[72]. Par ailleurs, les contacts postaux avec l'extérieur sont possibles par l'entremise d'un service postal particulier, mentionné par Victor Klemperer[48], que les occupants interrompent lorsqu'ils lancent de grandes opérations d'extermination, comme en décembre 1941[67].

À la demande du président du conseil juif du ghetto de Łódź, chargé de l'administration du ghetto et à la recherche de moyens de subsistance pour les Juifs internés[73], les occupants mettent également en place les modalités de l'exploitation de la main d’œuvre qui y réside. La population juive du ghetto est ainsi classée en trois catégories, selon les lettres A, B ou C : la lettre A désigne les employés et ouvriers des ateliers, lettre B désigne la population des ouvriers ordinaires, la lettre C désigne ceux considérés par les Allemands comme inutiles à l'économie de guerre allemande et donc pouvant être exterminés à Chelmno[74].

En dépit de la famine, des vexations, de l'exploitation, la vie intellectuelle et culturelle dans le ghetto de Lódz est intense : multiplicité de concerts, de réunions publiques et politiques, communistes, bundistes, sionistes[75]. Nombreux sont ceux qui rédigent un journal intime. Cette activité intellectuelle ne préoccupe nullement les Allemands jusqu'à la fin de l'année 1941 ; elle est définitivement arrêtée en mars 1944, lors de la confiscation de l'ensemble des instruments de musique possédés par les habitants[76].

À partir de 1941, tandis que les Juifs polonais résidant dans le Gau sont expulsés vers le Gouvernement général et remplacés par des Juifs du Reich, ce qui aboutit à créer une situation difficilement contrôlable, est progressivement mis en place le Camp d'extermination de Chelmno, dans un premier temps destiné à n'accueillir que des Juifs du Wartheland[77]. Dans le cadre de cette expulsion, les responsables SS envisagent et préparent le meurtre de masse des Juifs résidant dans le Ghetto de Łódź et dans le Gau. Dans un premier temps, les camions à gaz sont utilisés pour exterminer en masse les Juifs résidant dans le Gau[78].

Les Juifs rassemblés dans le ghetto de Łódź sont soumis à un génocide presque total : les derniers survivants sont gazés à Auschwitz en août 1944[79]. En effet, en février 1944, Himmler, alors à Łódź, convient avec Greiser d'exterminer la population du ghetto, dans des conditions conformes aux souhaits de Greiser, puis de transférer les terrains du ghetto à la ville[76]. Au mois de juillet 1944, le ghetto de Łódź est vidé de sa population : 7 000 habitants les 13 et 14 juillet, puis 5 000 habitants par jour à compter du 3 août, sur ordre des Allemands[80]. Le 28 août, le dernier convoi part pour Auschwitz[81]. Ce ghetto, dans lequel vivent 77 000 habitants en mai 1944[82], 68 561 habitants le 30 juillet[81], héberge 980 survivants cachés dans des caves, lors de la libération de la ville en 1945[83].

Durant toute la durée de son existence, le ghetto a été utilisé comme moyen de propagande ou comme attraction touristique[70], tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Reich. Ainsi, durant l'automne 1939, Goebbels fait réaliser des documentaires sur le ghetto de Lódz : le mardi 2 novembre 1939, il se rend en personne dans le ghetto, fait mettre en scène et filmer un certain nombre de cérémonies religieuses juives (service religieux, lecture de la Torah, abattages rituels)[84]. En avril 1940, la propre fille d'Arthur Greiser visite, elle aussi, le Ghetto de Lodz et se voit confortée dans ses préjugés nazis à l'égard des Juifs de l'Est[85].

Chełmno, le camp d'extermination du Gau[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Camp d'extermination de Chełmno.

Installé sur un site choisi avec soin par Herbert Lange, un camp d'extermination est mis en place à proximité du village de Chełmno[86]. Créé à la suite d'une initiative de Greiser, le camp est rapidement édifié et confié à la SS, mais reste sous le contrôle du Gauleiter, Arthur Greiser, à la différence des autres camps d'extermination nazis[87] : en effet, le personnel SS du camp est rémunéré par un fonds de l'État, géré par Greiser en tant que Reichsstatthalter[19].

Le camp, destiné initialement à exterminer la population juive sans travail[88], résidant dans le Gau[77] constitue un important centre d'activité des camions à gaz[89]. Le 5 juin 1942, selon un rapport du RSHA, 97 000 personnes auraient été exterminées, « traitées », à Chełmno par ce moyen depuis le mois de décembre 1941. En mai 1942, Greiser, dans un courrier à Himmler, se dit certain que l'extermination des 100 000 Juifs de Chełmno serait achevée durant l'été[90].

Les survivants sont achevés et les corps enterrés dans des fosses communes aménagées dans les forêts avoisinantes[89]. Le camp est utilisé jusqu'au mois de janvier 1945, selon Kershaw[79], jusqu'à l'été 1944, selon Friedländer[80]. Les Juifs du ghetto de Łódź sont les derniers à y être exterminés en masse au cours de l'été 1944.

Le Reichsgau au fil du conflit[modifier | modifier le code]

Exploitation économique du Gau[modifier | modifier le code]

Dès les premiers jours de l'occupation, l'exploitation du territoire au profit de l'économie allemande est organisée à la fois par les services dépendant de Göring, par les services économiques du Gau et par les services économiques de la Wehrmacht. Une procédure est rapidement mise en place, Göring et Himmler s'étant répartis les compétences dès le début du mois de novembre 1939[91], les services de Göring administrant les entreprises industrielles et commerciales, tandis que les services de Himmler gèrent de nombreuses propriétés agricoles[92] ou en exproprient d'autres, par exemple des bâtiments dans le village de Chelmno à la fin de l'année 1941[86].

Cette exploitation s'effectue dans un premier temps en utilisant les ressources du système fiscal en vigueur dans le Reich, en étendant et en systématisant le système fiscal mis en place pour soumettre à l'impôt les Juifs du Reich. En effet, exclus du système social mis en place dans le Reich, les Polonais originaires du Gau doivent s'acquitter d'une taxe spéciale, la « taxe de compensation des prestations ». De plus, les Polonais sont systématiquement soumis aux tranches les plus défavorables du calcul de l'impôt sur le revenu[93].

Les capacités économiques du Gau sont également mises à contribution. Dès le 29 février 1940, dans un contexte marqué par les frictions entre SS et armée autour de la politique d'occupation en Pologne, Göring convoque une réunion à laquelle sont conviés les responsables nazis des territoires orientaux contrôlés par le Reich, dont Greiser et Frank, le Reichsführer Himmler et le ministre de l'économie, Lutz Schwerin von Krosigk. Il y rappelle les objectifs assignés aux territoires polonais occupés ou annexés par le Reich : renforcer le potentiel économique du Reich[94]. Ainsi, Łódź est-elle un important centre industriel exploité au profit de l'économie de guerre du Reich : lors de l'évacuation de la ville en janvier 1945, Speer fait évacuer en catastrophe les machines-outils des nombreuses usines de la ville[95].


billet d'un Mark, émis en 1940, ayant cours dans le ghetto de Łódź

Dans le ghetto de Łódź, devenu pérenne au fil des mois, il est décidé d'adopter l'approche de Greiser : utiliser la main d’œuvre regroupée dans les ghettos au profit de l'économie du Reich[68]. Des mesures sont ainsi mises en place à l'instigation des autorités allemandes destinées à financer l'approvisionnement du ghetto par l'exploitation de la main d’œuvre ou par le pillage des richesses des résidents[96]. Une fois la population juive du ghetto répertoriée et classée en catégories, la transformation du ghetto de Lódz en centre de production permet aux autorités du Gau d'exploiter la main d’œuvre du ghetto, et de l’escroquer, en amont de la production, en livrant des quantités de matières premières inférieures à celles annoncées et en aval de la production, en introduisant une taxe sur les salaires de 65 %[68]. 95% des capacités de production sont exploitées au service de l'économie de guerre allemande[64]. Cette exploitation de la main d’œuvre juive ne se limite pas seulement à la mise en place d'une activité économique au service du Reich dans le ghetto. Elle inclut aussi l'emploi d'une partie de cette main d’œuvre dans les travaux de construction dans l’Altreich. À la demande de Fritz Todt, le RSHA autorise l'emploi de 10 000 Juifs issus des ghettos du Wartheland dans la construction de l'autoroute devant relier Posen à Francfort-sur-l'Oder[97]. De plus, à Łódź, par exemple, une monnaie spécifique, ayant seul cours légal, est introduite, fournissant un prétexte pour confisquer les devises des Juifs forcés d'y résider[57].

Évolution du Gau durant le conflit[modifier | modifier le code]

Par le décret du 8 mars 1944, Hitler ordonne la constitution de places fortes, dans les territoires contrôlés ou annexés par le Reich[98]. Au fil de l'année qui s'écoule, le décret est mis en application dans le Gau et Posen est ainsi érigée en forteresse.

Le front allemand est stabilisé à proximité de Varsovie au mois d’août 1944, puis est éventré au mois de janvier 1945. Greiser refuse, comme Koch en Prusse orientale, de prendre les dispositions nécessaires en vue de l'évacuation des populations civiles. Cependant, le 17 janvier 1945, soit cinq jours après le début de l'offensive d'hiver soviétique, il ordonne, trop tard, l'évacuation des régions les plus à l'est du Gau. La majeure partie de la population se trouve cependant dans l'incapacité de fuir devant l'avance soviétique, entraînant la mort de 50 000 personnes[99]. Cependant, s'il s'obstine à refuser l'évacuation des civils, le Gauleiter Arthur Greiser est contraint d'appliquer le décret préparé par Guderian du 28 juillet 1944 qui ordonne la mise en défense des territoires orientaux du Reich[100],

De plus, comme les autres Gauleiter de l'ensemble du Reich, conformément aux directives de Martin Bormann, Greiser coordonne dans son Gau la mise en place du Volkssturm, dernière levée d'homme destinée à défendre le Reich aux abois[101]. Il parvient à lever de nombreux bataillons, envoyés, souvent à la demande des militaires, pour tenter de colmater un front éventré. 10 000 recrues originaires du Gau, réparties dans 32 bataillons, sont ainsi dépêchées sur le front, mais sont rapidement écrasées ou débordées par des unités soviétiques que rien n'arrête[102]. À partir du 20 janvier, les bataillons du Volkssturm sont déployés pour défendre la ligne de la Warthe, mais sont également rapidement éliminés par des unités soviétiques mieux formées et mieux équipées qu'elles[103].

La volatilisation dans la tourmente de l'hiver 1945[modifier | modifier le code]

Au mois de janvier 1945, le territoire du Gau est envahi, en dépit des efforts de mise en défense de l'automne précédent[104]. Arthur Greiser, qui ne cesse de faire croire à la solidité des défenses allemandes[99], refuse de préparer l'évacuation de l'ensemble de la population, se contentant d'ordonner, dans un premier temps, l'évacuation des districts orientaux[105]. Malgré ces ordres, la population allemande de l'ensemble du Gau évacue ces territoires dans des conditions dramatiques, rapidement connues dans l'ensemble du Reich[106].

Alors que les civils allemands de Posen sont tenus dans l'ignorance de la proximité des unités soviétiques[107], le Gauleiter Arthur Greiser obtient le 20 janvier 1945, en accentuant devant Hitler la réalité de la menace qui pèse alors sur la ville de Posen[105], l'autorisation de déménager les bureaux de son administration à Francfort-sur-l'Oder[99]. C'est d'ailleurs en étant témoin de la fuite de Greiser que la population, trompée par les discours rassurants des responsables du ministère de la propagande[39], prend conscience de la réalité de la menace que font peser les unités soviétiques[107]. Pour l'évacuation des biens et dossiers des services du Gau, tous les camions possibles sont réquisitionnés[99]. Greiser parti, la ville de Posen est le théâtre de scènes d'anarchie : des soldats débandés pillent la ville tandis que les civils se battent pour monter dans les derniers trains au départ vers l'Ouest[107].

En dépit de cette fuite et du discrédit qu'elle génère et que Bormann tente de contrer[105], Greiser continue à faire fonctionner les services de son Gau, depuis les locaux de la police de Karlsbad[Lequel ?]. En effet, il adresse à Himmler et Bormann des rapports réguliers sur la situation dans le Gau, au moins jusqu'au 20 février 1945[108].

Libération[modifier | modifier le code]

19 janvier 1945 : Libération de Łódź par les unités soviétiques.

Le territoire du Gau est libéré lors de l'offensive d'hiver soviétique, au cours des dix derniers jours du mois de janvier 1945[109]. La ville de Lodz, important centre industriel, est occupée dès le 19 janvier par les Soviétiques[83].

Après un siège en règle, la ville de Posen, déclarée forteresse le 21 janvier 1945[107], est définitivement conquise par l'Armée rouge le 24 février 1945[98].

La population allemande fuit dans le désordre, décimée par la rigueur de l'hiver ou par la répression soviétique, à l'image de la population allemande de Łódź, évacuée dans le plus grand désordre à partir du 13 janvier 1945, victime autant de la désorganisation liée à la débâcle allemande que des raids aériens soviétiques[95].

Les territoires qui ont fait partie du Gau sont rendus à la Pologne après le conflit, conformément aux accords de Yalta.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 59
  2. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 135
  3. a et b Broszat, L'État hitlérien, p. 205
  4. a, b, c, d et e Conte et Essner, La Quête de la race, p. 59
  5. a et b Kershaw, Hitler, p. 249
  6. a, b et c Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 136
  7. Broszat, L'État hitlérien, p. 209
  8. Kershaw, Hitler, p. 250
  9. a et b Broszat, L'État hitlérien, p. 210
  10. a et b Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 311.
  11. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 250
  12. a et b Broszat, L'État hitlérien, p. 208
  13. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 158
  14. a et b Broszat, L'État hitlérien, p. 206
  15. a et b Broszat, L'État hitlérien, p. 207
  16. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 120
  17. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 126
  18. Peter Longerich, Himmler, p. 428
  19. a et b Browning, Les origines de la Solution finale, p. 876
  20. a et b Peter Longerich, Himmler, p. 429
  21. Chapoutot, La loi du sang, p. 438
  22. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 127
  23. Chapoutot, La loi du sang, p. 425
  24. Chapoutot, La loi du sang, p. 432
  25. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 58
  26. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 44
  27. a et b Browning, Les origines de la Solution finale, p. 83
  28. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 140
  29. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 139
  30. a et b Browning, Les origines de la Solution finale, p. 161
  31. Peter Longerich, Himmler, p. 433-434
  32. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 138
  33. a, b et c Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 144
  34. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 145
  35. a et b Conte et Essner, La Quête de la race, p. 359
  36. Peter Longerich, Himmler, p. 443
  37. Kershaw, Hitler, p. 248
  38. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 357 et 358
  39. a et b Jean Lopez, Berlin, p. 210, note 1
  40. Klemperer, LTI, p. 117, note 2
  41. Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 319
  42. a et b Peter Longerich, Himmler, p. 435
  43. a, b et c Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 321
  44. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 66
  45. a et b Conte et Essner, La Quête de la race, p. 60
  46. Chapoutot, La loi du sang, p. 423
  47. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 310-312.
  48. a et b Klemperer, LTI, p. 118
  49. a et b Chapoutot, La loi du sang, p. 424
  50. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 61 et 62
  51. Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich, p. 394
  52. Chapoutot, La loi du sang, p. 427
  53. a, b et c Browning, Les origines de la Solution finale, p. 162
  54. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 125
  55. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 143
  56. Jean Lopez, Berlin, p. 212 et 330
  57. a, b et c Friedländer, Les Années d'extermination, p. 75
  58. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 291
  59. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 71
  60. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 245
  61. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 88
  62. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 127
  63. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 339
  64. a et b Browning, Les origines de la Solution finale, p. 701
  65. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 705
  66. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 343
  67. a et b Friedländer, Les Années d'extermination, p. 399
  68. a, b, c et d Friedländer, Les Années d'extermination, p. 199
  69. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 243,244,246 et 252
  70. a et b Browning, Les origines de la Solution finale, p. 244
  71. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 334
  72. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 201
  73. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 247
  74. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 438
  75. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 208-209
  76. a et b Friedländer, Les Années d'extermination, p. 719
  77. a et b Friedländer, Les Années d'extermination, p. 364-365
  78. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 305
  79. a et b Ian Kershaw, La Fin, p. 171
  80. a et b Friedländer, Les Années d'extermination, p. 771
  81. a et b Friedländer, Les Années d'extermination, p. 773
  82. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 770
  83. a et b Jean Lopez, Berlin, p. 213
  84. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 55
  85. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 76
  86. a et b Browning, Les origines de la Solution finale, p. 777
  87. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 437
  88. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 778
  89. a et b Friedländer, Les Années d'extermination, p. 402 et 403
  90. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 457 et 458
  91. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 100
  92. Peter Longerich, Himmler, p. 433
  93. Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 221 et 222
  94. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 122
  95. a et b Jean Lopez, Berlin, p. 210
  96. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 248 et 249
  97. Browning, Les origines de la Solution finale, p. 368
  98. a et b Jean Lopez, Berlin, p. 328
  99. a, b, c et d Ian Kershaw, La Fin, p. 284
  100. Ian Kershaw, La Fin, p. 145
  101. Ian Kershaw, La Fin, p. 126
  102. Jean Lopez, Berlin, p. 187
  103. Jean Lopez, Berlin, p. 220
  104. Ian Kershaw, La Fin, p. 147
  105. a, b et c Ian Kershaw, La Fin, p. 285
  106. Ian Kershaw, La Fin, p. 251
  107. a, b, c et d Jean Lopez, Berlin, p. 223
  108. Ian Kershaw, La Fin, p. 561, note 26
  109. Jean Lopez, Berlin, p. 221

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands. : Une dictature au service du Peuple, Paris, Flammarion,‎ 2005 (édition utilisée : champs histoire 2008 (ISBN 978-2-0812-1809-3)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Chistian Baechler, Guerre et extermination à l'Est : Hitler et la conquête de l'espace vital. 1933-1945, Paris, Tallandier,‎ , 524 p. (ISBN 978-2-84734-906-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Martin Broszat, L'État hitlérien : L'origine et l'évolution des structures du troisième Reich, Paris, Fayard,‎ 1985 (édition utilisée), 625 p. (ISBN 978-2-213-01402-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christopher R. Browning, Les origines de la Solution finale : L'évolution de la politique antijuive des nazis septembre 1939 - mars 1942, Paris, Les Belles Lettres (édition utilisées : Point Collection Histoire),‎ , 1023 p. (ISBN 978-2-251-38086-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Johann Chapoutot, La loi du sang : Penser et agir en nazi, Paris, Gallimard,‎ , 567 p. (ISBN 978-2-07-014193-7) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Édouard Conte et Cornelia Essner, La Quête de la race : Une anthropologie du nazisme, Paris, Hachette,‎ , 451 p. (ISBN 978-2-01-017992-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Saul Friedländer, Les Années d'extermination : L'Allemagne nazie et les Juifs. 1939-1945, Paris, Seuil,‎ , 1032 p. (ISBN 978-2-7578-2630-0)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christian Ingrao, Croire et détruire : Les intellectuels dans la machine de guerre SS, Paris, Fayard (ed.utilisée : Pluriel),‎ , 703 p. (ISBN 978-2-8185-0168-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ian Kershaw, Hitler : Essai sur le Charisme en politique, Paris, Gallimard (éd. utilisée Folio Histoire),‎ , 416 p. (ISBN 2-070-41908-8) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ian Kershaw, La Fin : Allemagne, 1944-1945, Paris, Seuil,‎ , 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Viktor Klemperer, LTI, La langue du IIIe Reich. : Carnet d'un Philologue., Paris, Albin Michel,‎ , 373 p. (ISBN 2-266-13546-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich. : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, Paris, Armand Colin,‎ (ISBN 978-2-200-21641-2)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Peter Longerich, Himmler : L'éclosion quotidienne d'un monstre ordinaire [« Heinrich Himmler. Biographie »], Paris, éditions Héloise d'Ormesson,‎ , 917 p. (ISBN 978-2-35087-137-0)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Lopez, Berlin : Les offensives géantes de l'Armée Rouge. Vistule - Oder - Elbe (12 janvier-9 mai 1945), Paris, Economica,‎ , 644 p. (ISBN 978-2-7178-5783-2) Document utilisé pour la rédaction de l’article