Reggaetón

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Reggaetón
Origines stylistiques Reggae, rap, hip-hop, soca, musique latine, ragga, RnB contemporain
Origines culturelles Années 1970 ; Panama
Instruments typiques Échantillonneur, boîte à rythmes, rap, clavier électronique, guitare, voix
Popularité Élevée dans les années 1990 au Panama et à Porto Rico, puis dans les autres pays latino-américains
Scènes régionales Panama, Porto Rico, Venezuela, République dominicaine
Voir aussi Liste de musiciens de reggaetón

Sous-genres

Reggaetón alternatif

Genres dérivés

Reggaecrunk

Genres associés

Bachata, merengue

Le reggaetón, ou reggaeton, est un genre musical ayant émergé dans les années 1990 et tirant ses origines de la musique latine et de la musique issue des Caraïbes[1]. Le son dérive du reggae en español issu du Panama[2],[3],[4],[5]. À Porto Rico, ce reggae en espagnol se caractérise par de différentes paroles et de divers instruments et se popularise sous le nom de reggaeton[6],[7],[8]. Après son explosion commerciale en 2004, le genre se répand sur les continents sud-américain, nord-américain, européen et asiatique[9].

Tirant ses éléments sonores du hip-hop et du dancehall jamaïcain, le reggaetón n'est pas une version hispanique ou latino-américaine précise de ces genres ; le reggaetón se caractérise par un rythme qui lui est propre[10], tandis que le hip-hop latino est un genre de hip-hop mis en scène par des rappeurs de descendances latino-américaines. Le riddim du reggaetón prend sa source dans le Dem Bow[9],[11] (du titre d'une chanson de Shabba Ranks).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot reggaetón est un mot-valise, issu du mélange entre reggae et le superlatif espagnol tón (maratón : concours de rap typique). L'addition de ce suffixe sous-entend que le reggaetón est un « très bon type de reggae[12]. » Le termest utilisé pour la première fois par le producteur panaméen Michael Ellis à la fin des années 1980[12],[13].

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

El General, reconnu par les médias comme le père fondateur du reggae en espagnol.

Les premiers enregistrements de reggae en Amérique latine ont été réalisés au Panama, au milieu des années 1970. Un grand nombre d'immigrés jamaïcains étaient arrivés pendant la construction du canal de Panama et ils apportent avec eux la musique reggae à la population locale. Ceci semble toutefois invraisemblable, le canal de Panama ayant été construit bien avant l'apparition du reggae, et plus particulièrement du ragga, en Jamaïque. En 1990, le rappeur Vico C de Porto Rico produit le premier disque de rap en langue espagnole. En 1993, le reggaetón prend sa source dans le Dem Bow (du titre d'une chanson de Shabba Ranks), invention expérimentée sur des remix spanish-reggae par El Chombo (Rodney S. Clark de son vrai nom), disc jockey et producteur désormais légendaire en Amérique du Sud. Le merenhouse a aussi influencé musicalement le reggaetón.

El Chombo produit un des premiers succès internationaux du reggaetón : Papi Chulo (te traigo el mmm), par Lorna du Panama, tube de l'été 2003. Dans les années 1990, les portoricains écoutaient du ragga en américain, puis ils réinterprétaient en espagnol les chansons sur les mêmes musiques. Puis ils ont créé leurs propres riddims, avec une plus grande influence du rap que du ragga. Au début, DJ Playero est un des producteurs de cassettes underground les plus célèbres. Don Chezina, TAKE-5, Speedy, Yandel, et Daddy Yankee, font partie des pionniers.

Popularité[modifier | modifier le code]

Le reggaetón est très populaire à Porto Rico, à Panama, en République dominicaine, à Cuba et aux États-Unis. en Floride, New York, Boston, Chicago, et d'autres villes où la population de latinos est importante et où il y a de grandes scènes, des clubs… le reggaetón a déjà accompli quelque chose que d'autres formes musicales latino - son, mambo, salsa, merengue, bachata - jamais tout à fait atteint : non seulement la musique enflamme l'imagination des jeunes latinos et latinas, mais il trouve faveur sans précédent dans la culture américaine dominante La popularité du reggaetón explose alors que, paradoxalement, peu de gens supportaient il y a une décennie le genre alors relativement marginal des rappeurs. Cette perception change aujourd'hui radicalement. Des chaînes de télévision et de radio programment en continu du reggaetón. Il n'est pas rare aujourd'hui de rencontrer dans les méga-concerts une certaine élite sociale de yuppies ou de quadragénaires.

En 2004, N.O.R.E donne une perspective internationale au reggaetón, avec sa chanson Oye mi canto, première chanson du genre à être diffusée sur MTV. Ce succès international va permettre à de nombreux autres chanteurs de se faire connaître dans l'ensemble de la communauté latino. Daddy Yankee et Don Omar sont les deux chanteurs qui se démarquent tant par leur talent que par le succès que va connaître leurs albums respectifs. Depuis le début des années 2000, la popularité du reggaetón ne cesse de croître, surtout dans les pays où on retrouve une communauté hispanique, comme en Espagne, grande consommatrice de reggaetón. La chanson Papi Chulo… (te Traigo el mmmm) enregistré par l'artiste panaméenne Lorna en 2003. Diffusé sous forme de son premier single en 2003 l'été, la chanson a réalisé un énorme succès dans de nombreux pays, de devenir un des cinq meilleurs succès en France, l'Espagne, les Pays-Bas, la Belgique et l'Italie. En France, le single se classe dans le Top 50 en juillet, 2003. Il grimpe rapidement dans le hit-parade et atteint les dix premières places trois semaines plus tard. Il baisse ensuite dans le hit-parade mais il réussit un total de 14 semaines au cours des dix premiers et 20 semaines. Le single est actuellement le 937e single le plus vendu de tous les temps[réf. nécessaire].

Des tentatives de reggaetón chanté en français sont apparues en 2005 : Le Centre du Monde par Ze Pequeno est un titre plus ragga qu'autre chose mais qui tente néanmoins de s'apparenter à ce que l'on pourrait appeler du reggaetón outre-atlantique. Puis le duo Papa AP/Linda en espagnol et en français : Entre tu y yo. Ce titre, complètement dénaturé, utilise un son et des paroles calibrées adaptés pour un public français assez frileux et moins averti des nouvelles rythmiques de reggaetón. Nombreuses ont été les tentatives de faire du « reggaetón à la française » mais beaucoup échouent[réf. nécessaire]. En 2007, Les Déesses chantent Danse avec moi sur une rythmique reggaetón. La langue et la culture sont certainement les principales raisons de ces échecs. Toutefois, de nouveaux artistes émergent au niveau européen, tels que Rafael Battistuzzi, K-sike (Yo soy tuyo), Vanny Jordan, Victor Rosa, avec l'aide de DJ spécialisés tel que DJ Iron Sparks et DJ Red Killer. Une représentante de la gent féminine réussit à s'ouvrir les portes du reggaetón européen, Sam'Plays, avec son titre Fiesta sorti en 2009.

Des artistes de genres différents ont également chanté du reggaetón, pour se profiler dans la nouvelle vague, comme Celia Cruz avec La Negra tiene tumbao, Mey Vidal et El Medico (Cuba) avec Better than That, Shakira avec La Tortura, Ricky Martin, avec Drop it on Me, duo avec Daddy Yankee, Cypress Hill avec Latin Thugs (Reggaeton Mix), R. Kelly avec Wisin & Yandel pour Burn it Up. Sans oublier Ángel López (ex chanteur de Son By Four), Mario Méndez, Angel y Khriz, David Bisbal, Miguel Saez, et Sergio Contreras. Ce qui apparaît évident est que le reggaetón n'est pas une simple nouveauté musicale, mais le langage de toute une manifestation culturelle qui se propage.

Suite au succès du duo entre le chanteur de salsa Jerry Rivera et le reggaetonero Voltio, Mi libertad (une reprise de Frankie Ruiz), la fusion de ces deux genres va devenir un genre nouveau de plus en plus répandu, le salsaton. En 2005, les Billboard Latin Awards créent une nouvelle catégorie « album reggaetón de l'année. » Le crunk et le reggaetón fusionnent pour donner naissance au reggaecrunk, un genre qui reste très peu répandu pour l'instant.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Sur le plan de la production des sons et rythmes, on constate que l’accès à de nouveaux logiciels de musique ou de création de rythmes toujours plus perfectionnés (samplers et séquenceurs) offre des améliorations techniques aux producteurs et aux DJ de reggaetón, davantage encore que pour le rap et le hip-hop. Ces derniers en profitent pour distiller de nouveaux sons et rythmes, plus endiablés les uns que les autres, sur le tempo des différentes richesses musicales des latino-américains. Une autre caractéristique du reggaetón sont les voix stridentes et parfois distordues, qui ajoutent un écho gracile et doux, renforçant l'effet de puissance des mots. Le reggaetón se reconnaît par son rythme typique « à contretemps »[réf. nécessaire].

En fin de compte, le reggaetón est un mélange de sons différents venant de pays différents. En effet, on constate que certains chanteurs comme Daddy Yankee sont plus inspirés par le rap US tandis que d'autres utilisent des musicalités traditionnelles des Caraïbes. Mais toutes les chansons de reggaetón ont un but commun : faire danser. C'est pourquoi on[Qui ?] retrouve dans le rap : le beat. C'est une constante dans ces chansons et c'est ce qui leur donne un rythme dansant[réf. nécessaire].

Thèmes des paroles[modifier | modifier le code]

La structure des paroles du reggaetón ressemble globalement au hip-hop. Comme celui-ci, la plupart des artistes reggaetón récitent leurs textes de rap plutôt que de chanter mélodieusement. Contrairement à la musique hip-hop, cependant, un pour cent des artistes reggaetón importants sont également chanteurs, pouvant mélanger rap et chant. Ils peuvent également avoir une image «street». Les paroles traitent comme pour la plupart des musiques populaires de la classe ouvrière, sont souvent liées à la réalité de la rue, les malentendus, les situations injustes, l'amour, le sexe, la corruption politique et la passion, les drogues, ainsi que le racisme dans les villes[réf. nécessaire].

Le reggaetón a commencé comme un genre composé en majorité d'artistes masculins, puis s'est développé petit à petit avec la montée des femmes dans ce milieu. (telles que :Ivy Queen, Mey Vidal, Adassa, La Sista and Glory.)

Habituellement, les CD de reggaetón ne sont pas étiquetés « explicite », comme de nombreux CD de hip-hop sont. Une exception est que Daddy Yankee l ' Barrio Fino En Directo (Barrio Fino en direct) est marqué explicite pour un contenu répréhensible dans les concerts en direct (et pour la langue explicite par Snoop Dogg dans la chanson Gangsta Zone), même si la version studio régulière de Barrio Fino n'a pas été marqué explicite. Néanmoins, la femme est le thème principal du reggaetón et est présentée souvent d'un point de vue machiste. La qualité des paroles laisse néanmoins beaucoup à désirer, les reggaetóneros ayant pour objectif principal le rythme et non la qualité des paroles. La voix a donc un rôle purement instrumental[réf. nécessaire].

Mode de vie chrétien[modifier | modifier le code]

Le rappeur Luis Joan est un exemple particulier. Il offre un reggaetón qui envoie des messages chrétiens adressés notamment à la jeunesse de Porto Rico. L’album Me presento est le nom de cette production discographique de Luis Joan, qui se définit d'abord comme un interprète chrétien. Il y a aussi Los Coritos Reggaeton, qui sont plusieurs artistes de reggaetón chrétien. Le rappeur Vico C, un des pionniers du reggaetón, s'est lui-même converti au christianisme au cours de sa carrière[réf. nécessaire].

Code vestimentaire[modifier | modifier le code]

Le reggaetón est une sous-culture du rap[réf. nécessaire]. En matière vestimentaire et d'accessoires, les reggaetóneros adoptent presque les mêmes goûts que les rappeurs, s'habillant de vêtements sportifs de certains modèles derniers cris de Sean John, Rocawear, ou encore Ecko, Fubu… avec un certain attirail bling-bling (chaînes, piercings, gourmettes, lunettes de soleil, casquettes violettes, bagues de toutes sortes, etc). Certains ont même lancé leur propre marque, comme Daddy Yankee avec la marque DY, qui produit notamment sneakers et t-shirts très représentatifs de ce style vestimentaire[réf. nécessaire].

Scènes internationales[modifier | modifier le code]

Europe[modifier | modifier le code]

Le reggaetón n'est pas aussi populaire en Europe qu'en Amérique latine sauf au Portugal, en Espagne, ou encore en Italie[réf. nécessaire]. Au Portugal, les premiers succès du reggaetón apparaissent avec le groupe La Harissa, ou encore avec Lucenzo et Don Omar. En Espagne, le reggaetón apparaît avec le célèbre Papi chulo et d'autres succès de l'été. Plus tard, des artistes de reggaetón venant de Porto Rico et du Panama visitent l'Europe pour donner des concerts de reggaetón. En Europe, la musique commence à se propager petit à petit[Quand ?] et les artistes de reggaetón commencent à se faire connaitre grâce aux médias. Don Omar se fait connaitre avec sa chanson Dile, mais le reggaetón en est toujours à ses débuts en Europe[réf. nécessaire].

Cuba[modifier | modifier le code]

L’origine du reggaetón cubain (ou cubaton) est marquée par différents groupes, à partir de 1999 à Cuba. Le style est repris de l’Amérique latine, notamment de Porto Rico. Le premier groupe à se faire connaître grâce à ce style de musique s’appelle SBS. Il se popularise significativement auprès des adolescents cubains, puisqu’il présente un style nouveau et particulier de rap avec des influences portoricaines et un mélange de musique cubaine. Plus tard, d’autres groupes se forment et deviennent célèbres dans le pays entier, comme Candyman, qui réussit à atteindre le Top 10 avec son style très original[réf. nécessaire]. La musique de Candyman se caractérise par une influence jamaïcaine, puisqu’il vit dans la région orientale de Cuba (Santiago de Cuba). Après 2000, divers groupes réussissent, comme notamment El Medico, Tecno Caribe, Triangulo Oscuro, Maxima Alerta, Pendilla X, Chapa C, Baby Lores & El Insurrecto, Gente de Zona, Eddy-K, et Elvis Manuel (qui disparaitra en tentant une traversée pour rejoindre la Floride). Ces groupes mélangent le reggaetón avec de la musique de leurs racines cubaines et il en résulte le reggaetón typiquement cubain[réf. nécessaire].

Japon[modifier | modifier le code]

Trois jeunes péruviens d'origine nippone se lancent dans ce genre musical au Japon, avec un disque chanté en japoñol, une fusion idiomatique entre le japonais et l'espagnol, pour garder l'identité latine nécessaire au rythme et aux paroles. Ce groupe s'appelle Los Kalibres et leur premier titre s'intitule Dekasegi, qui signifie immigrant en japonais.

Controverses[modifier | modifier le code]

Le reggaetón est, pour beaucoup de rappeurs latino-américains, « un rythme bêtifiant visant à faire bouger les hanches et non le cerveau[réf. nécessaire]. » D'où le fait qu'il n'est pas considéré par tous comme faisant partie du Hip-hop ni, d'ailleurs, comme un genre musical à part entière. Sa pauvreté linguistique, son rythme unique et récurrent, son machisme, le style vestimentaire excentrique des reggaetonneurs, sa danse mimant explicitement l'acte sexuel en font en effet un sujet des critiques des jeunes hoppeurs latino-américains, qui le considèrent comme un parasite, même si l'unique but de cette musique reste l'amusement.

Au Pérou, un clip de propagande électorale pour 2006 est diffusé sur les chaînes de télévision locales : un spot animé montrant des personnages en forme d'étoiles avec le symbole de l'APRA, dansant sur une chanson de reggaetón (composée, selon l'auteur, en moins de vingt minutes) à la gloire du candidat du parti, l'ancien président du Pérou (1985-1990), Alan García[14]. De plus, un reggaetón est aussi créé afin d'inciter les hispano-américains à soutenir Barack Obama durant les élections présidentielles américaines de 2008[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Rivera, Raquel Z., Wayne Marshall, and Deborah Pacini Hernandez, eds. Reggaeton. Durham NC: Duke University Press, 2009.
  2. (en) Franco, Edgardo A. "Muévelo (move it!): from Panama to New York and back again, the story of El General. Interview by Christoph Twickel. Reggaeton. Raquel Z. Rivera, Wayne Marshall, and Deborah Pacini Hernandez, Eds. Durham: Duke University Press, 2009. 99–108.
  3. (en) Buckley Bush, Francisco. La música salsa en Panamá. Panama: EUPAN, 2004.
  4. (en) Aulder, Leonardo Renato. The Panamanian Origins of Reggae en Español: Seeing History through 'los ojos café' of Renato". Interview by Ifeoma C. K. Nwankwo. Reggaeton. Raquel Z. Rivera, Wayne Marshall, and Deborah Pacini Hernandez, Eds. Durham: Duke University Press, 2009. 89–98.
  5. (en) Andrews, George Reid. Afro-Latin America, 1800–2000. New York : Oxford University Press, 2004.
  6. (en) Phoenix New Times – "Phoenix sizzles with the latest dance music from Puerto Rico"
  7. (en) Jamaicans.com – "a new genre of Caribbean dance music"
  8. (en) Mundo Reggaeton – "Reggaeton History"
  9. a et b (en) Wayne Marshall, « Rise of Reggaetón », The Phoenix,‎ (consulté le 24 juillet 2006).
  10. (es) Pistas de Reggaeton Famosas / Official Reggaeton Beats
  11. (en) « Grow Dem Bow », Village Voice (consulté le 24 juillet 2006).
  12. a et b (en) Jaime A. Davidson, « History of the Reggaeton Culture, Page 7. », sur Prisoners for Change (consulté le 20 février 2014).
  13. (en) Michael F. Ellis, « The History of Reggaeton » (consulté le 20 février 2014).
  14. « Alan, le “candidat reggaeton” », sur Le Monde,‎ (consulté le 2 mars 2010).
  15. « Le "Obama Reggaeton" », sur Metro France,‎ (consulté le 2 mars 2010).

Liens externes[modifier | modifier le code]