Raymond Turpin

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Raymond Alexandre Turpin, né le à Pontoise et décédé le à Paris, est un pédiatre et généticien français. Il est un des principaux acteurs de la découverte, en 1959, du chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21 (ou syndrome de Down), en collaboration avec Jérôme Lejeune et Marthe Gautier.

Premières années de médecine[modifier | modifier le code]

Raymond Turpin est admis à la Faculté de médecine de Paris en 1914. En 1915, il est mobilisé comme médecin auxiliaire, et rejoint Verdun. Trois ans plus tard, il est gravement intoxiqué par le gaz de combat. Il recevra ultérieurement la Croix de guerre 1914-1918. Après la fin de cette guerre, il reprend ses études de médecine. Il est nommé interne des hôpitaux de Paris en 1921. Dans le cadre de l'Institut Pasteur, il participe avec Albert Calmette et Benjamin Weill-Hallé aux premiers essais de vaccination par le BCG, destiné à prévenir la tuberculose. Il poursuivra cette collaboration jusqu'en 1933.

Dans le hall principal de la faculté de médecine des Saints-Pères à Paris, site de l'ancien hôpital de la Charité détruit en 1935, une plaque commémore ainsi les débuts de la vaccination par le BCG[1] :

« LA VACCINATION HUMAINE CONTRE LA TUBERCULOSE PAR LE VACCIN BCG DE CALMETTE ET GUÉRIN FUT APPLIQUÉE POUR LA PREMIERE FOIS EN 1921 PAR BENJAMIN WEILL-HALLÉ ET RAYMOND TURPIN A L’HOPITAL DE LA CHARITÉ QUI S’ÉLEVAIT ICI. »

Par ailleurs, il mène des travaux en anatomie pathologique, ainsi qu'en pédiatrie, sur la tétanie de l'enfant. En 1929, ce dernier sujet sera le thème de sa thèse de médecine pour laquelle il obtient le prix de thèse de la faculté de médecine. Dans ce travail, il met en évidence un signe spécifique électromyographique de tétanie : le doublet répétitif. Après avoir été nommé chef de laboratoire, puis chef de clinique, il est nommé médecin des hôpitaux de Paris en 1929.

Recherches sur le mongolisme[modifier | modifier le code]

À partir de 1931, Turpin entreprend avec son équipe des recherches sur ce qu'on appelait alors le « mongolisme ». Il étudie la présentation clinique de la maladie chez les sujets atteints mais aussi parmi leurs ascendants, descendants et collatéraux. En 1937, il écrit : « L'hypothèse d'un mongolisme solidaire d'une anomalie chromosomique paraît acceptable (...) à l'exemple de la mutation Bar, due à une anomalie chromosomique chez la (mouche) drosophile[2]. » Cette hypothèse rencontre alors peu d'écho. En 1947, Turpin fonde la Société française de génétique dont il devient président en 1954.

En 1952, Jérôme Lejeune entre dans le service du professeur Turpin à Trousseau. Turpin lui confie la consultation des personnes qu’on appelait « mongoliens », et ils travaillent ensemble à la recherche sur le mongolisme[3].

Il faut attendre 1956 pour que plusieurs équipes établissent que le nombre de chromosomes humains est constamment de 46[4], et qu'il devienne possible de les dénombrer par des techniques de laboratoire. En rentrant du premier Congrès International de Génétique Humaine de Copenhague en août 1956, Turpin confirme à ses équipes la découverte des 46 chromosomes humains par Joe Hin Tjio, chercheur à l'institut de génétique de l'université de Lund en Suède. Il émet alors l'idée d'effectuer des cultures cellulaires pour compter le nombre de chromosomes chez les trisomiques. En septembre 1956, Marthe Gautier, qui revient des Etats Unis après une formation en cardio-pédiatrie et une expérience de la culture cellulaire, arrive à l'hôpital Trousseau dans le service de Turpin où un poste de chercheur est disponible. Elle se met au travail et constitue en France le premier laboratoire de culture cellulaire in vitro. Ce sera le domaine de la cytogénétique.

Du mongolisme à la trisomie 21[modifier | modifier le code]

De 1956 à 1958, Turpin, chef de laboratoire, et ses collaborateurs Jérôme Lejeune et Marthe Gautier étudient le caryotype normal, puis le caryotype d'enfants mongoliens. Turpin est satisfait du travail effectué. Une lettre de Turpin à Lejeune en octobre 1958 le félicite pour son travail notamment car Lejeune qui notait toutes ses observations dans son carnet de laboratoire, compte sur un patient 47 chromosomes pour la première fois en mai 1958[3]. L'équipe met en évidence en 1958 le fait que ces enfants possèdent 47 chromosomes, un petit chromosome apparaissant en trois exemplaires, au lieu de deux (disomie). Jérôme Lejeune annonce la découverte de la trisomie 21 et du syndrome de Down à un séminaire de génétique de l'université McGill, Canada, en octobre. Cette découverte est publiée en janvier 1959 dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences[5]. Ce chromosome sera désigné, à partir de 1960, sous le terme de chromosome 21 et la maladie prendra le nom de trisomie 21[6].

C'est grâce à une avance de quelques jours seulement sur les anglo-saxons qu'on peut attribuer à Jérôme Lejeune, Marthe Gauthier et Raymond Turpin, chef de laboratoire, la découverte des aberrations chromosomiques humaines. La mise en évidence d'une seconde variété d'aberration chromosomique humaine de nombre intervint très vite : Patricia Jacobs et John Strong publièrent un cas d'intersexualité XXY le 31 janvier 1959, six mois après l'annonce orale de la trisomie mongolienne, et quelques jours après la note à l'Académie des Sciences, à Paris.

En Angleterre, aux États-Unis, la trisomie mongolienne fut confirmée. Le 4 avril 1959, dans The Lancet, Charles Edmund Ford et al. avaient publié la description d'un cas présentant à la fois des signes de mongolisme et du syndrome de Turner[7]. Ils décrivent un caryotype comportant deux chromosomes surnuméraires: un chromosome X et un petit chromosome. Dans la même livraison du Lancet, Patricia Jacobs confirmait, par une étude sur six mongoliens, l'existence dans leur caryotype d'un chromosome surnuméraire. Les auteurs de ces deux articles citent dans leur bibliographie les résultats publiés de Jérôme Lejeune, Marthe Gautier et Raymond Turpin, reconnaissant ainsi leur antériorité.

Après avoir mis en évidence cette anomalie du nombre de chromosomes, Turpin découvre en 1959 la première anomalie chromosomique structurale par translocation. Les deux principaux types d'anomalies chromosomiques sont découverts.

Nominations[modifier | modifier le code]

Turpin est nommé professeur à la faculté de médecine de Paris, d'abord en thérapeutique (1947-1956), puis en hygiène et clinique de la première enfance. Il est élu président de la Société française de pédiatrie en 1960, et participe à la création de la première chaire de génétique fondamentale en 1965 qui sera confiée à Jérôme Lejeune. En 1965, Turpin est élu membre de l'Académie des Sciences. Il part à la retraite en 1968, et Jérôme Lejeune lui succède comme directeur exécutif de l’institut de progénèse.

Il est également élu membre de l'Académie nationale de médecine et de l'Académie nationale de pharmacie. Turpin est nommé Commandeur de la Légion d'Honneur, après avoir été décoré de la Croix de guerre 14-18.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site de l'Université Paris 5.
  2. Notice de Raymond Turpin sur le site de l'Institut Pasteur.
  3. a et b « OPINION Birthe Lejeune : « Pourquoi la mémoire de Jérôme Lejeune est attaquée » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne)
  4. (en) Tijo JH, Levan A. « The chromosomes of man » Hereditas 1956; 42:1-6.
  5. Lejeune J, Gauthier M, Turpin R. « Les chromosomes humains en culture de tissus » Comptes Rendus de l'Académie des Sciences 1959;248:602-3.
  6. Couturier-Turpin MH. « La découverte de la trisomie 21 » La Revue du Praticien 2005;55(12):1385-1389. (résumé)
  7. (en) Ford CE, Jones KW, Polani PE, De Almeida JC, Briggs JH, « A sex-chromosome anomaly in a case of gonadal dysgenesis (Turner's syndrome) », Lancet, vol. 1, no 7075,‎ , p. 711-3. (PMID 13642858) modifier

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Bernard « La vie et l'œuvre de Raymond Turpin » La Vie des Sciences, t. 6, no 6, 1989, p. 612-618.
  • Marie-Hélène Couturier-Turpin « La découverte de la trisomie 21 » La Revue du Praticien, 55, 2005, p. 1385-1389.
  • Robert Laplane « Éloge de Raymond Turpin (1895-1988) » Bull. Acad. Natle Méd., 173, no 5, 1989, p. 535-543.
  • "Raymond Turpin, Titres et travaux scientifiques de Raymond Turpin", G. doin et Cie éd., 1961, 168 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]