Raymond Pearl

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Raymond Pearl
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Raymond Pearl () est un biologiste américain considéré comme l'un des fondateurs de la biogérontologie. Il a effectué l'essentiel de sa carrière à l'Université Johns Hopkins de Baltimore. Avec plus de 840 publications à son actif, c'était un auteur scientifique prolifique, avec une activité importante dans le champ de la vulgarisation scientifique.

Origines[modifier | modifier le code]

Issu de la haute bourgeoisie de Nouvelle-Angleterre, Pearl fit d'excellentes études et obtint sa licence à Dartmouth College (1899), et soutint une thèse de zoologie à l’Université du Michigan (1902). En 1906, il suivit les cours de Karl Pearson à l’University College de Londres, qui l'initièrent à la biométrie : cette discipline nouvelle semblait promettre les clefs des questions qui le préoccupaient en biologie, zoologie et eugénisme. À son retour aux États-Unis, il tenta donc de réunir des masses de données biométriques mais au cours de ces travaux il se convertit à la génétique mendélienne.

En 1920, il est élu Fellow de l’American Statistical Association[1], dont il sera président par la suite.

Politique et eugénisme[modifier | modifier le code]

Quoiqu’il ne s'intéressât que de loin à l’eugénisme, Pearl publia en 1927 un article remarqué, intitulé The Biology of Superiority, dans lequel il attaquait frontalement les présupposés de l'eugénisme[2]. C'était la première fois qu'un scientifique comptant jusque-là au nombre des partisans de cette doctrine la mettait en cause[3]. Il s'ensuivit une reforme de l’eugénisme et du mouvement de la planification familiale. Pearl était déjà un membre influent de la commission consultative de la Conférence mondiale sur la population (1927)[4], au terme de laquelle il collabora à la création de l’Union internationale pour l'étude scientifique de la population[3],[5].

Malgré son dédain apparent de l’eugénisme, Pearl conservait de bonnes relations avec les eugénistes les plus en vue[6] et il professait à l'égard de l'hérédité les opinions les plus orthodoxes[7]. Il fit même certaines déclarations que le spécialiste des sciences politiques E. Barkan interprète comme antisémites[8].

Métabolisme et longévité[modifier | modifier le code]

En 1908, Max Rubner observe que les mammifères de tailles et de longévités différentes présentent des débits de masse métabolique spécifiques égaux[9]. Se fondant en partie sur l'observation que la longévité de la mouche du fruit varie en proportion inverse de la température ambiante[10], Pearl (comme Rubner) affirme que la longévité est inversement proportionnelle au métabolisme basal. Pearl accepte l'idée erronée d'Alexis Carrel selon laquelle les soma normales ne vieillissent pas, et donc que le vieillissement est imputable à un dysfonctionnement de l'organisme. Pearl suggère, lui, que la longévité est limitée par l'état des composants cellulaires, qui se dégrade au rythme du métabolisme[11]. La théorie radicalaire du vieillissement de Denham Harman, postérieure, justifie par un mécanisme plausible l'hypothèse de Pearl.

L'hypothèse d'une « quantité de vie » fut, plus de cinquante années durant, l'une des théories du vieillissement les plus largement acceptées. Elle repose sur l'observation selon laquelle un rat et une chauve-souris ont des rythmes métaboliques identiques, alors que la chauve-souris vit beaucoup plus longtemps[12]. Plus récemment, la mise en œuvre de méthodes statistiques corrigeant les effets de taille de l'organisme et de la phylogenèse l'ont remise en cause, en montrant qu'il n'y a, ni chez les mammifères, ni chez les oiseaux, de corrélation entre le rythme métabolique et la longevité[13] (pour une critique de Rate of Living Hypothesis cf. Living fast, dying when?[14]).

En 1926, Pearl fonde le The Quarterly Review of Biology. Il était membre du conseil scientifique du Science Service de 1929 à 1935.

Les habitus et la mortalité[modifier | modifier le code]

Pearl avait une réputation de bon vivant[15]. Il était l'un des piliers du Saturday Night Club dont H. L. Mencken était aussi membre[16],[17]. La prohibition ne modifia guère les habitudes de buveur de Pearl (qui étaient proverbiales). Dans son essai Alcohol and Longevity[18] (1926), Pearl s'emploie à montrer qu'une consommation modérée d'alcool est corrélée avec une meilleure longévité que l’abstinence totale ou la consommation systématique[19]. En 1938, il montre les effets négatifs du tabac sur la santé[20],[21].

Raymond Pearl est en outre célèbre pour ses recherches en biologie des populations, publiées dans "THE RATE OF LIVING, BEING AN ACCOUNT OF SOME EXPERIMENTAL STUDIES ON THE BIOLOGY OF LIFE DURATION" (1928). Il y met en évidence la corrélation entre la densité de population et la longévité chez les drosophiles, et en déduit l'existence d'une densité de population optimale. Il retrouve également le principe que les mouches de faible activité métabolique ont une meilleure longévité. Ces travaux soulèvent évidemment la question de l'extension de ces conclusions à d’autres espèces animales, y compris l'Homme. Pearl devient ainsi le mentor de John B. Calhoun, écologue expert des populations de rongeurs et des analogies qu'ils présentent avec l'Homme. Ces études sont considérées par plusieurs chercheurs comme la contribution essentielle de Pearl à la biologie.

Lorsqu’il visita le zoo de Baltimore, au mois de novembre 1940, Pearl paraissait encore en bonne santé ; mais il se plaignit subitement de douleurs dans la poitrine et mourut le lendemain.

Voir également[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. List of ASA Fellows, retrieved 2016-07-16.
  2. Cf. Raymond Pearl, « The biology of superiority », American Mercury, vol. 12,‎ , p. 257–266
  3. a et b D’après Garland E. Allen, Scientific controversies: case studies in the resolution and closure of disputes in science and technology, Cambridge ; New York, Cambridge University Press, , 169‒202 p. (ISBN 978-0-521-27560-6), « The role of experts in scientific controversy »
  4. D’après Margaret Sanger, Proceedings of the World Population Conference, Londres, Edward Arnold & Co., (lire en ligne), p. 11
  5. K. M. Ludmerer, « American geneticists and the eugenics movement: 1905–1935 », Journal of the History of Biology, vol. 2, no 2,‎ , p. 337–362 (DOI 10.1007/BF00125023)
  6. D’après Stefan Kühl, The Nazi Connection: Eugenics, American Racism, and German National Socialism, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-534878-1)
  7. D’après Nancy Ordover, American Eugenics: Race, Queer Anatomy, and the Science of Nationalism, Univ. of Minnesota Press, (ISBN 978-0-8166-3558-0), p. 146
  8. D’après Elazar Barkan, The Retreat of Scientific Racism: Changing Concepts of Race in Britain and the United States Between the World Wars, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-45875-7), p. 216
  9. Max Rubner, Das Problem der Lebensdauer und seine Beziehungen zum Wachstum und Ernahrung, Munich, Oldenbourg,
  10. Jacques Loeb et J.H. Northrop, « On the influence of food and temperature upon the duration of life », The Journal of Biological Chemistry, vol. 32, no 1,‎ , p. 103–121 (lire en ligne)
  11. D’après Raymond Pearl, The Rate of Living, Being an Account of Some Experimental Studies on the Biology of Life Duration, New York, Alfred A. Knopf,
  12. « Ageing studies on bats: a review », Biogerontology, vol. 5, no 4,‎ , p. 211–22 (PMID 15314271, DOI 10.1023/B:BGEN.0000038022.65024.d8)
  13. Cf. J.P. de Magalhães, J. Costa et G.M. Church, « An analysis of the relationship between metabolism, developmental schedules, and longevity using phylogenetic independent contrasts », The Journals of Gerontology, série A, Biological Sciences and Medical Sciences, vol. 62, no 2,‎ , p. 149–60 (PMID 17339640, PMCID 2288695, DOI 10.1093/gerona/62.2.149, lire en ligne)
  14. J.R. Speakman, C. Selman, J.S. McLaren et E.J. Harper, « Living fast, dying when? The link between aging and energetics », The Journal of Nutrition, vol. 132, no 6 Suppl 2,‎ , p. 1583S–97S (PMID 12042467, lire en ligne)
  15. D’après S. Kingsland, « Raymond Pearl: On the frontier in the 1920's. Raymond Pearl memorial lecture, 1983 », Human Biology, vol. 56, no 1,‎ , p. 1–18 (PMID 6378756)
  16. D’après Marion Elizabeth Rodgers, Mencken:The American Iconoclast, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-983927-8)
  17. D’après Xiao-Li Meng, Charles Rohde, Scott L. Zeger, Karen Kruse Thomas, Karen Bandeen-Roche et Alan Agresti (ed.), Strength in Numbers: The Rising of Academic Statistics Departments in the U. S., New York, NY, Springer New York, , 129–141 p. (ISBN 978-1-4614-3648-5, lire en ligne), « Johns Hopkins University Department of Biostatistics »
  18. D’après Raymond Pearl, Alcohol and Longevity, New York, Alfred A. Knopf, (ISBN 0-405-13615-3)
  19. D’après Peter Boyle, Paolo Boffetta et Albert B. Lowenfels, Alcohol: Science, Policy and Public Health, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-965578-6), p. 14.
  20. D’après R. Pearl, « Tobacco Smoking and Longevity », Science, vol. 87, no 2253,‎ , p. 216–217 (PMID 17813231, DOI 10.1126/science.87.2253.216)
  21. D’après Harold V. Cordry, Tobacco: a reference handbook, Santa Barbara, Calif, ABC-CLIO, coll. « Contemporary world issues », (ISBN 0-87436-967-3).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • I.L. Goldman, « Raymond Pearl, smoking and longevity », Genetics, vol. 162, no 3,‎ , p. 997–1001 (PMID 12454050, PMCID 1462343, lire en ligne)
  • S. Kingsland, « Raymond Pearl: on the frontier in 1920s. Raymond Pearl memorial lecture, 1983 », Human Biology, vol. 56, no 1,‎ , p. 1–18 (PMID 6378756)
  • P.J. Lloyd, « American German and British antecedents to Pearl and Reed's logistic curve », Population Studies, Population Investigation Committee, vol. 21, no 2,‎ , p. 99–109 (PMID 11630390, DOI 10.2307/2172714, JSTOR 2172714)
  • W.C. Alvarez, « Raymond Pearl, student of longevity; 1879-1946 », Geriatrics, vol. 14, no 1,‎ , p. 56–8 (PMID 13609920)

Lien externe[modifier | modifier le code]

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