Ravage (roman)

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Ravage
Auteur René Barjavel
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Science-fiction
Éditeur Denoël
Lieu de parution Paris
Date de parution 1943
Type de média Livre papier
Nombre de pages 288
Chronologie

Ravage est un roman de science-fiction post-apocalyptique écrit par René Barjavel, paru en 1943. Le récit est une dystopie révélant le pessimisme de l'auteur à l'égard de l'utilisation du progrès scientifique et des technologies par les hommes. Ravage présente le naufrage d'une société mature, dans laquelle, un jour, l'électricité disparaît et plus aucune machine ne peut fonctionner. Les habitants, anéantis par la soudaineté de la catastrophe, sombrent dans le chaos, privés d'eau courante, de lumière et de moyens de déplacement. Il s'agit d'un thème typique de la science-fiction post-apocalyptique, brossant le portrait de la fin de l'humanité technologique et la reconstruction d'une civilisation sur d'autres bases.

Principaux personnages[modifier | modifier le code]

  • François Deschamp, héros du roman, âgé de 21 ans au début du récit.
  • Blanche Rouget, compagne de François, surnommée « Blanchette » par celui-ci.
  • Jérôme Seita, directeur d'une importante société de radio. Il meurt au milieu du roman.
  • Mme Vélin.
  • Narcisse, Georges, André, Teste, Martin, Pierre : premiers compagnons de François.
  • Docteur Fauque.
  • Paul (futur époux de la fille de François et futur chef de la communauté).
  • Denis.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman est formellement divisé en quatre parties de tailles différentes. Les deux premières parties sont assez longues, alors que la dernière ne comporte que quelques pages.

Première partie : Les Temps nouveaux[modifier | modifier le code]

France, 2052. Un jeune homme issu de la ruralité, François Deschamps, vient d'arriver dans la mégapole parisienne et attend avec impatience les résultats du concours d'entrée dans une école réputée de chimie agricole. Il a beaucoup travaillé et est confiant dans les résultats. Il souhaite profiter de sa présence à Paris pour revoir son amie d'enfance, Blanche, qui entame une carrière de mannequin et d'actrice. Blanche a justement un rendez-vous avec Jérôme Seita, un riche producteur de films et dirigeant de médias. Quand Jérôme Seita, qui a des sentiments pour la jeune femme, apprend par Blanche l'existence de François, il ordonne une enquête rapide sur le jeune homme. Dès le lendemain, grâce à ses relations, il fait en sorte que François soit déclaré non-reçu à son concours et se retrouve sans logement. Profitant d'un moment où Blanche, découvrant une nouvelle vie faite de beaux logements, de diamants et de repas fins, est psychologiquement affaiblie, il la demande en mariage. Blanche accepte. Apprenant cela, François est abattu.

Deuxième partie : La Chute des villes[modifier | modifier le code]

Pendant que se déroulait le récit dans la première partie, les médias évoquait les relations tendues entre un Empire sud-américain en conflit avec les États-Unis du Nord. Les relations entre les deux régimes, déjà tendues, s'enveniment encore plus au point que la guerre est déclarée par l'Empire sud-américain. Une attaque massive est lancée. Quelques heures après, en Europe en général et en France en particulier, l'électricité disparaît, les usines atomiques cessent de fonctionner, et la totalité de la vie sociale et économique est interrompue. Certains matériaux, comme le fer, « s'amollissent » inexplicablement. Les métros, les autobus électriques, les automobiles, les portes des maisons, les ascenseurs, les robots ménagers, etc, s'arrêtent brutalement de fonctionner. La population est dans l'incapacité de se nourrir, d'accéder aux maisons, de se déplacer. Le gouvernement est totalement paralysé. Des troubles, de plus en plus nombreux, ont lieu. Le chaos s'installe. François traverse une mégalopole dont les vingt-cinq millions d'habitants sont particulièrement nerveux, si ce n'est tombent dans une sorte de folie. Il récupère Blanche, frappée par un mal mystérieux, et coordonne un petit groupe de gens qui, comme lui, souhaitent quitter l'Île de France dans les meilleurs délais. La petite troupe quitte l'agglomération alors qu'un gigantesque incendie vient de se déclarer et tue des milliers de Parisiens. En effet les camions de pompiers sont à l'arrêt et les vannes d'eau ne fonctionnement pas.

Troisième partie : Le Chemin de cendres[modifier | modifier le code]

La petite troupe menée par François parvient à quitter Paris. Le choléra s'est déclaré et menace la santé des gens. L'eau potable est difficilement accessible. Blanche, qui avait été blessée lors du chaos parisien, retrouve la santé. Toutefois la progression est lente et difficile. Le groupe est sans cesse attaqué par des fuyards et doit se défendre contre l'insécurité, la faim, la peur, et même la folie qui guette. De fil en aiguille, ils traversent l'Orléanais, l'ouest de la Bourgogne, l'Auvergne, le sud-ouest de la région lyonnaise. Il arrivent alors au nord de la Provence et au sud du Dauphiné, dans le village natal de François et Blanche. Beaucoup d'habitants ont péri. François, par son courage et sa sagesse, parvient à organiser une vie communautaire et à repousser les pillards. Il établit des règles de vie strictes mais saines. Sa sagesse lui vaut l'estime de tous, et la communauté villageoise peut envisager l’avenir avec confiance.

Quatrième partie : Le Patriarche[modifier | modifier le code]

Dans les années qui ont suivi, la sagesse de François a été appréciée de tous. Il est maintenant le coordinateur d'une vaste zone qui va du sud de Lyon à la Méditerranée, et de l'Auvergne au Dauphiné. Il a contribué à établir l'assise d'une civilisation agricole prospère et autosuffisante en nourriture. La vie saine des gens a permis un accroissement de la population et un bonheur généralisé. Dans les dernières pages du roman, un jeune homme, Denis, a créé une machine à moteur et vient la présenter à François. Celui-ci s'emporte contre cet engin qui lui rappelle les erreurs fatales du passé et se montre menaçant à l'égard de Denis. Le jeune homme riposte et tue François, alors plus que centenaire. La continuité politique sera heureusement assurée par Paul, un homme qui a appris auprès de François et qui est aussi sage que lui.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le roman écrit durant l'occupation de la France par l'Allemagne met en scène un protagoniste qui se méfie du progrès et prône le retour à la terre. Il fonde une nouvelle civilisation agricole sur laquelle il règne sagement, quoique de manière autocratique. Dans cette description plutôt favorable du culte du chef (François devient le « Patriarche »), on ^pourrait voir une allusion directe au Maréchal Pétain, d'autant que le texte contient nombre d'allusions à l'idéologie du Régime de Vichy. Enfin, les scènes de pillage à Paris et la déroute des survivants rappellent nettement l'exode de 1940 des populations civiles.

Bien que Barjavel ne soit pas un idéologue, Ravage est une anticipation pessimiste influencée par l'idéologie du retour à la terre, qui n'était pas exclusivement pétainiste. Les critiques du progrès « ramollissant » l'être humain ou l'asservissant faisaient largement débat à l'époque chez nombre d'intellectuels, inquiétés par la technique dévorante telle qu'elle est décrite dans Métropolis ou Les Temps modernes, de La France contre les robots de Georges Bernanos ou du Monde sans âme de Daniel-Rops (Plon, 1932), aux invectives de George Orwell qui écrivait en 1937 : « Il faut bien avouer que le passage du cheval à l'automobile se traduit par un amollissement de l'être humain »[1]. Barjavel était également lecteur de René Guénon et l'influence de La crise du monde moderne est patente dans cette vision romanesque très critique du progrès technique matérialiste frappé de plein fouet par une catastrophe inattendue conduisant à la fin du monde hypertechniciste.

Ainsi, Ravage est un roman typique de l'époque. Cependant, le philosophe Quentin Meillassoux fait du roman l'un des rares dans le genre de l'anticipation et de la science-fiction à illustrer le genre littéraire qu'il nomme « fiction hors-science », c'est-à-dire une trame narrative dans laquelle il se produit une rupture au sein de la continuité et de la stabilité des lois de la nature supposées dans son univers, et ce, de façon imprévisible et sans explication plausible (la rupture en question est la disparition soudaine de l'électricité)[2]. Au contraire, dans les romans de SF même les plus audacieux et futuristes, les lois de la nature sont stables ou rompues pour des raisons identifiables, toujours selon Meillassoux.

Par ailleurs la description du monde futur, un siècle en avant (l'action se situe en 2052), rappelle Wells dont Barjavel était un grand lecteur : les ressemblances avec les villes futures décrites dans Quand le Dormeur s'éveillera ou Histoire des temps à venir sont évidentes, tout comme Le Voyageur imprudent emprunte à la Machine à explorer le temps. Mais le Paris de 2052 est surtout une satire au vitriol de la prospective de l'époque (les vêtements moulants, l'agriculture intensive, l'agrochimie, les aliments synthétiques) et du « monde de l'avenir » selon Le Corbusier et Science et Vie, avec ses gratte-ciel, ses villes tentaculaires, ses autostrades, ses avions à décollage vertical sillonnant le ciel de Paris et ses meubles en matière plastique (Orwell parlait de « meubles en verre et caoutchouc » à la même époque). Cette vision de l'urbanisme futur, « table rase », eut cours jusque dans les années 1960.

Si l'on a pu déceler une influence pétainiste dans Ravage, l'État français n'est pas épargné par les passages clairement pamphlétaires du roman, qui raille les ministères aux titres pré-orwelliens (ministères du progrès social, de la moralité publique, de la production et de la coordination, de la médecine gratuite et obligatoire…) les « artistes diplômés par le gouvernement » seuls autorisés à peindre, ou encore les « aïeux » surgelés veillant sur leurs descendants au milieu même des habitations : la satire est parfois très grosse.

En tant qu'anticipation, et comme toutes les anticipations, le roman est daté : Barjavel ne s'est guère intéressé aux développements de l'informatique avant les années 1960, contrairement à d'autres écrivains comme Francis G. Rayer ou Murray Leinster (1896-1975), il ignore les robots et la conquête de l'espace.

Cependant Ravage reste saisissant par sa description vivante de l'effondrement soudain de la civilisation machiniste, le retour immédiat de la barbarie et le passage brutal d'un monde aseptisé à la peste du Moyen Âge, aux pillages, aux meurtres et aux incendies monstres. Certaines descriptions prophétiques n'ont pas vieilli, et la fin générale de l'électricité est une idée originale valable. Ainsi, Richard Duncan a émis une théorie, postulant la fin de la civilisation industrielle (Théorie d'Olduvai), en se basant sur l'utilisation des ressources énergétiques ; il prédit la fin de l'ère industrielle pour l'an 2030, soit 20 ans avant la trame de Ravage.

Dans Le Voyageur imprudent, suite de Ravage publiée la même année, le personnage principal, voyageant dans le temps, assiste ainsi à quelques-uns des événements décrits dans ce roman-ci et constate lors de ces voyages que les désastres de 2052 ont eu un impact dans les millénaires qui ont suivi cette date. Ce n'est qu'en l'an 100 000 que le personnage retrouve une planète habitable et habitée. Toujours dans ce même roman, le narrateur explique les catastrophes de 2052 par un quatrain de Nostradamus :

« L'an que Vénus près de Mars étendue / A le verseau son robinet fermu / La grand'maison dans la flamme aura chu / le coq mourant restera l'homme nu. »

« L'an que Vénus près de Mars étendue » désigne astrologiquement, d'une façon incontestable, l'an 2052, reprit le savant. les autres vers nous font craindre des événements terribles. Le coq désigne, ici, la France, ou peut-être l'humanité. « Restera l'homme nu... » L'homme nu! Vous entendez! que pourra-t-il arriver à notre malheureux petit-fils pour qu'il reste nu? », Extrait de Le voyageur imprudent, Première partie.

Classique de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Ce roman est considéré comme un grand classique de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants :

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Quai de Wigan, Champs libre, 1982, p. 219
  2. Quentin Meillassoux, Métaphysique et fiction des mondes hors-science, Aux Forges de Vulcain, 2013, p. 60-68

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]