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Rasoir d'Hanlon

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Peinture allégorique
Le Tribunal de la Sottise de Gérard de Lairesse. L'accusé, poursuivi par la Haine, est mené par la Calomnie, l'Envie et la Perfidie devant un juge aux oreilles d'âne, entouré de l'Ignorance et de la Suspicion[1].

Le rasoir d'Hanlon est une règle de raisonnement permettant d'éliminer des hypothèses. Formulée en 1980 par le programmeur américain Robert J. Hanlon, cette règle s'énonce de la manière suivante : « Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la stupidité suffit à expliquer » (« Never attribute to malice that which is adequately explained by stupidity »). Dans une formulation alternative, la stupidité est remplacée par l'incompétence[2],[3]. L'attribution à Hanlon a dans un premier temps été mise en question, certains auteurs y voyant plutôt une corruption du nom de Robert A. Heinlein, l'auteur d'une considération assez proche. La règle tire son nom du rasoir d'Ockham, qui pose un principe de simplicité, tant au niveau métaphysique, en recommandant de ne pas multiplier les conjectures sur les entités, qu'au niveau méthodologique, en recommandant de ne pas multiplier les hypothèses. Elle revient donc à considérer soit qu'il est plus simple et donc plus plausible de supposer la stupidité plutôt que la malveillance, la première étant plus vraisemblable en général, soit qu'il est inutile d'ajouter la conjecture d'une intention maligne à celle d'un manque de compétence. Cette règle laisse toutefois de côté la question de la définition de la stupidité, sauf à estimer que le comportement qu'elle vise est caractéristique de la stupidité. D'autres outils conceptuels, les notions de biais cognitif, de principe de charité ou d'effet pervers, permettent d'éviter que le rasoir d'Hanlon ne se transforme en faux dilemme.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le rasoir d'Hanlon a été publié pour la première fois en 1980 par Arthur Bloch, dans un livre consacré à la loi de Murphy[N 1], en tant que « loi de Hanlon ». Mardy Grothe affirme s'être entretenu avec la veuve de Robert J. Hanlon, un programmeur à la base militaire de Scranton (Pennsylvanie), qui lui a confirmé que son époux avait soumis cette « loi » à Arthur Bloch pour publication[4].

Antécédents[modifier | modifier le code]

Cet aphorisme a parfois été attribué à Napoléon Bonaparte[2], mais l'affirmation est douteuse[5],[N 2].

Plusieurs auteurs, doutant de l'attribution à Robert J. Hanlon, ont recherché de possibles antécédents, que Garson O'Toole a recensés[7] :

  • le philosophe anglais David Hume écrit en 1757 dans son Histoire naturelle de la religion : « Nous penchons tous à attribuer de la bonne ou de la mauvaise volonté à toutes les choses indifféremment qui nous plaisent ou qui nous choquent. »[8] ;
  • Goethe en 1774 dans Les Souffrances du jeune Werther fait écrire à un de ses personnages : « Les malentendus et l’indolence causent peut-être plus de désordres dans le monde que la ruse et la méchanceté. Ces deux dernières au moins sont assurément plus rares. »[9] ;
  • la romancière anglaise Jane West écrit en 1812 : « N'attribuons pas à la malveillance ou à la cruauté ce qui peut être renvoyé à des motifs moins criminels. »[10] ;
  • en 1898, le peintre anglais William James Laidley, dans un essai sur la Royal Academy, écrit : « Certaines personnes [en conduisent d'autres au désastre] sans malveillance ; en fait, bien au contraire, c'est plutôt de la stupidité. »[11] ;
  • le biologiste allemand Ernst Haeckel écrit en 1898 dans Les Énigmes de l'univers que : « Des trois grandes ennemies de la raison et de la science, la plus dangereuse n'est pas la méchanceté mais l'ignorance et peut-être plus encore la paresse. »[12] ;
  • en 1918 le théologien protestant américain Arthur Cushman McGiffert écrit : « L'ignorance et non la malveillance est la pire ennemie du progrès humain. »[13],[14] ;
  • en 1937, l'éditorialiste américain Thomas F. Woodlock écrit : « La majeure partie de ce que les victimes prennent pour de la malveillance est explicable en termes d'ignorance, d'incompétence ou d'un mélange des deux. »[15] ;
  • en 1941 l'écrivain de science-fiction américain Robert A. Heinlein fait dire à un personnage dans un dialogue : « Vous avez attribué à de l'infâmie ce qui résulte simplement de la stupidité. »[16] ;
  • en 1945, la philosophe américaine Ayn Rand écrit : « La cause du mal est la stupidité, pas la malveillance. »[17].

Analyse[modifier | modifier le code]

Un cas particulier du rasoir d'Ockham[modifier | modifier le code]

Gravure du buste de Platon
Selon Karl Popper, « ce n'est qu'après avoir reconnu la pluralité de ce qui est au monde que nous pouvons sérieusement utiliser le rasoir d'Ockham. Pour renverser une belle formulation de Quine[N 3], ce n'est que si la barbe de Platon est suffisamment dure et enchevelée par de nombreuses entités que cela vaut la peine d'utiliser le rasoir d'Ockham »[19].

Le terme de « rasoir », tout comme la pétition de simplicité qu'il exprime, fait référence au rasoir d'Ockham, un principe souvent formulé comme suit : « Il ne faut pas multiplier les entités au delà de la nécessité » (« Entia non sunt multiplicanda præter necessitatem »)[20]. Le principe tire son nom de Guillaume d'Ockham, un logicien du Moyen Âge, quand bien même sa formulation ne se trouve pas chez lui[21].

Le rasoir d'Ockham est censé, pour certains auteurs, exprimer un principe métaphysique de simplicité, selon lequel rien dans la nature n'est superflu, les faits eux-mêmes étant simples et s'expliquant au mieux par des hypothèses les plus simples possibles[22]. C'est le sens des premières apparitions de l'expression en français, au XVIIIe siècle, notamment chez Pierre Bayle[23], qui évoque en 1720, à propos de la querelle des universaux, le « rasoir des Nominaux », selon lequel « la nature ne fait rien en vain, natura nihil frustra fecit, et c'est en vain que l'on emploie plusieurs causes pour un effet qu'un plus petit nombre de causes peut produire aussi commodément »[24]. Une autre analyse du rasoir d'Ockham consiste à considérer qu'il n'a qu'une portée méthodologique, en invitant à ne pas multiplier inutilement les hypothèses, au sens où Ockham lui-même écrit : « C'est en vain que l'on fait avec plusieurs ce que l'on peut faire avec un petit nombre »[25]. La première interprétation a été qualifiée de principe de parcimonie ou de simplicité sémantique et la seconde, de principe d'élégance ou de simplicité syntactique[26],[27].

Qui traite du problème du mal[modifier | modifier le code]

De la même manière, le problème du mal traité par le rasoir d'Hanlon, dont plusieurs auteurs soulignent la connexité avec celui d'Ockham[28],[29],[30], se prête à deux analyses, au plan ontologique ou au plan méthodologique. Au premier plan, plusieurs auteurs considèrent la stupidité comme une explication plus simple que la malveillance, telle la philosophe américaine Ayn Rand pour qui « la cause du mal est la stupidité, pas la malveillance »[17],[N 4],[N 5]. Le rasoir d'Hanlon procède au contraire d'une approche strictement méthodologique, il ne cherche pas à évaluer la cause du mal, mais souligne l'inutilité de l'hypothèse de malveillance, quand celle de la stupidité suffit à expliquer un comportement.

Dans Good Faith Collaboration, Joseph Reagle analyse la présomption de bonne foi comme une règle de comportement analogue[N 6] au rasoir d'Hanlon et destinée à « contribuer à positionner les attentes sociales » (« help set social expectations ») à l'égard des contributeurs de Wikipédia[36]. Selon Dariusz Jemielniak, il s'agit là d'« une des plus importantes règles de comportement » du projet, que cet auteur met en rapport avec la règle recommandant de ne pas mordre les nouveaux, car « les nouveaux contributeurs font souvent des erreurs idiotes et n'arrivent pas à écrire des articles en se conformant à des normes qu'ils ignorent »[37].

Le fait que le rasoir d'Hanlon n'évalue pas la cause du mal donne lieu à une formulation alternative : « Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la stupidité suffit à expliquer, mais ne pas exclure la malveillance » (« Never attribute to malice that which is adequately explained by stupidity... but don't rule out malice »)[38],[39]. La formulation prudente, ne pas exclure la malveillance, s'analyse comme le fait que le rasoir d'Hanlon s'applique à des situations de raisonnement révisable[40], où il convient d'appliquer une logique non monotone[41].

Sans régler celui de la stupidité[modifier | modifier le code]

Gravure allégorique : femme aux oreilles d'âne, tenant dans la main gauche un paon et pointant la main droite
Représentation emblématique de l'arrogance, illustrant l'Iconologie de Cesare Ripa : elle « s'attribue ce qui ne lui appartient pas, ce pourquoi elle a des oreilles d'âne, car ce vice procède de la stupidité et de l'ignorance »[42].

La dimension aphoristique de la formulation concise choisie par Hanlon pose un problème, celui de la compréhension du sens qu'il donne à la notion de stupidité, cette dernière n'étant cernée qu'à partir de ses effets[N 7]. Cette imprécision a conduit certains auteurs à privilégier des formulations alternatives, où la stupidité est remplacée par l'incompétence, voire l'ignorance[51]. Mats Alvesson et Andre Spicer ont cherché à préciser la notion de stupidité dans un contexte de théorie des organisations. Selon ces auteurs, la stupidité ne saurait être réduite à « un comportement pathologique ou irrationnel ou dysfonctionnel » (« pathology, irrationality or dysfunctional thinking »), voire une « déficience mentale » ; il peut s'agir soit d'ignorance, soit d'incapacité à mobiliser un savoir, soit du refus de mettre en question un préjugé[52]. Cette approche les conduit à utiliser la notion de « stupidité fonctionnelle », caractérisée par trois déficiences de la « capacité cognitive » : le manque de « réflexivité », qui se traduit par un refus ou une incapacité à questionner les préjugés ou les normes et à prendre pour intangibles les routines organisationnelles ; le manque de « justification », qui conduit à estimer ne pas devoir rendre compte de ses actions ou à être incapables de le faire ; et le manque de « raisonnement substantiel », qui se traduit par une concentration des ressources cognitives sur un nombre réduit d'objectifs, au détriment d'une appréciation plus large et plus substantielle de la situation[52],[53].

Corollaire[modifier | modifier le code]

Le rasoir d'Hanlon connaît un corollaire, parfois nommé « loi de Grey », selon lequel à un degré suffisant, la stupidité (ou l'incompétence) est indistinguable de la malveillance[29], et dont la formulation évoque sur le mode plaisant la troisième loi de Clarke, « toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ».

Approches alternatives[modifier | modifier le code]

Différentes approches alternatives permettent de compléter ou de nuancer le rasoir d'Hanlon, voire de problématiser l'opposition entre malveillance et stupidité en tant que faux dilemme.

Biais d'attribution[modifier | modifier le code]

Portrait gravé, de face et de profil, à mi-corps.
Pour Johann Kaspar Lavater, la physiognomonie est un moyen sûr de reconnaître la stupidité[54].

Le fait d'accorder une importance privilégiée à un schéma explicatif peut procéder d'un biais cognitif. Trois biais peuvent ainsi être à l’œuvre dans l'alternative entre une attribution du comportement d'un individu à la malveillance ou à la stupidité, l'incompétence ou l'ignorance :

  • l'existence du rasoir d'Hanlon peut induire à son utilisation. Ce biais a été décrit comme le « marteau de Maslow », par référence à un aphorisme d'Abraham Maslow, selon lequel « tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu'un marteau »[55] ;
  • la tendance à interpréter la conduite d'autrui, quand bien même ambiguë ou bénigne, comme exprimant une intention hostile peut provenir d'un biais d'attribution hostile[56],[57] ;
  • le fait de privilégier dans l'interprétation d'un comportement les caractéristiques d'une personne, qu'il s'agisse de son caractère, de ses facultés ou de ses intentions, au détriment de celles de la situation peut procéder d'un biais parfois nommé l'erreur fondamentale d'attribution[58].

Principe de charité[modifier | modifier le code]

La pertinence du rasoir d'Hanlon est en partie remise en question par le principe de charité, qui consiste à attribuer aux déclarations d'autrui un maximum de rationalité[N 8]. Ce principe a notamment été développé par deux logiciens américains, Wilard Quine et Donald Davidson. Le premier, dans le contexte d'une réflexion sur le problème de la traduction, estime qu'il est « probable que les assertions manifestement fausses à simple vue fassent jouer des différences cachées de langage » et précise : « la stupidité de l’interlocuteur, au-delà d’un certain point, est moins probable qu’une mauvaise traduction »[59]. Le second a étendu le principe en estimant que « nous donnons un maximum de sens aux mots et aux pensées des autres en les interprétant d'une manière qui optimise l'accord »[60]. Mihnea Moldoveanu et Ellen Langer ont élargi l'application de ce principe de charité pour estimer que l'on ne peut qualifier de stupide un comportement inadapté auquel on peut trouver une justification plausible[61]. Roy Sorensen note toutefois que l'application du principe de charité peut conduire, en écartant une explication en termes de stupidité, à privilégier l'hypothèse du manque de sincérité[62],[N 9].

Effets pervers[modifier | modifier le code]

Page de couverture
Selon Bernard Mandeville, l'auteur de La Fable des abeilles (publiée pour la première fois en 1705), « les vices privés font le bien public »[64].

Plusieurs recherches en sciences sociales s'intéressent aux conséquences involontaires des actions[65], sans pour autant réduire le modèle explicatif à l'alternative malveillance ou stupidité. La problématique de l'effet pervers a notamment[66] été étudiée par le sociologue américain Robert K. Merton. Dans un article de 1936, il développe le concept de « conséquences inattendues des actions sociales téléologiques » (« unanticipated consequences of purposive social actions »)[67],[N 10], en s'attachant exclusivement aux conséquences « imprévues » (unforeseen) de l'action « téléologique », c'est-à-dire à la conduite en tant qu'elle se distingue du comportement, autrement dit à l'action motivée résultant d'un choix entre plusieurs options, en laissant délibérément de côté toute considération sur les motifs eux-mêmes et en se dispensant même de conjecturer qu'une telle conduite ait toujours un but explicite. Il met également son lecteur en garde contre « l'imputation causale » post facto, à propos de laquelle il développera ultérieurement le concept de prophétie autoréalisatrice. Après avoir rappelé l'importance des deux facteurs évidents que sont l'ignorance et l'erreur, il en souligne trois autres :

  • « l'impérieuse immédiateté de l'intérêt », c'est-à-dire la priorité donnée à l'avantage personnel immédiat au détriment d'objectifs à plus long terme, par exemple l'enrichissement individuel, à propos duquel Merton rappelle que, selon Adam Smith, c'est la main invisible et non l'agent lui-même qui fait en sorte que la poursuite de cet objectif contribue au bien commun[N 11] ;
  • « les valeurs fondamentales » (basic values) de l'agent. Merton met en avant « le paradoxe fondamental de l'action sociale, le fait que la « réalisation » des valeurs peut conduire à une renonciation à celles-ci »[67], donne comme exemple l'analyse de Max Weber dans L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme sur le fait que l'ascétisme protestant conduit à sa propre négation et retourne l'expression du Faust de Goethe pour qualifier ces valeurs de « force qui éternellement veut le bien et qui éternellement fait le mal »[N 12] ;
  • la notion de prophétie autodestructrice[N 13], c'est-à-dire la crainte de certaines conséquences qui conduit à les pallier avant que le problème anticipé ne survienne. Merton donne comme exemple le fait que les thèses de Karl Marx sur l'accroissement de la concentration de richesse et l'appauvrissement croissant des masses ont conduit au développement d'organisations de travailleurs luttant contre les conséquences prévues.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Arthur Bloch, Murphy’s Law, Book Two: More Reasons Why Things Go Wrong, PSS Adult, (ISBN 978-0843106749)
  2. Tout au plus Las Cases rapporte-t-il le propos suivant, tenu à Sainte-Hélène : « Le travers d'esprit ou la mauvaise foi des déclamateurs tombera devant mes résultats[6]. »
  3. Quine écrit, à propos de ce qu'il appelle « la vieille énigme platonicienne » de l'existence du non-être, que « cette doctrine embrouillée pourrait être surnommée la barbe de Platon ; elle s'est montrée historiquement résistante, émoussant fréquemment le rasoir d'Ockham »[18].
  4. Un exemple extrême est celui d'Adolf Eichmann, à partir duquel Hannah Arendt développe le concept de banalité du mal. Tout en considérant Eichman comme un homme d'une « extrême stupidité », elle estime que c'est avant tout son « incapacité à penser » (thoughtlessness) qui est responsable de ses actes[31].
  5. Carlo Cipolla rappelle à ce sujet la formulation de l'Ecclésiaste, « le nombre des sots est infini » (« Stultorum infinitus est numerus »)[32].
  6. L'analogie soulignée par Joseph Reagle ne signifie cependant pas que la présomption de bonne foi ne procède que d'une analyse logique ou que le rasoir d'Hanlon est la seule explication de cette règle de comportement. Paul de Laat, s'appuyant sur les analyses de Victoria McGeer sur « l'espoir substantiel » en tant qu'état d'esprit et condition de la « confiance substantielle »[33], estime qu'il s'agit plutôt d'une pétition de confiance, d'une principe d'élégance fondé sur l'espoir que la confiance accordée à autrui suscitera des contributions encyclopédiques[34]. Pierre Willaime et Alexandre Hocquet, au contraire, y voient un principe de parcimonie, une « conception de la connaissance par témoignage proche du principe de véracité de Thomas Reid, selon lequel nous sommes naturellement enclins à dire la vérité »[35].
  7. De même, la troisième loi de la stupidité de Cipolla pose qu'une personne stupide est une personne qui cause des pertes à une autre personne ou à un groupe de personnes sans en tirer elle-même un gain, voire en en tirant une perte[32]. Michel Audiard glisse dans Les Tontons flingueurs un apophtegme connexe, qui, selon Denis Moreau, figurait déjà, mutatis mutandis, chez Thomas d'Aquin : « Toutes les personnes stupides, et ceux qui ne se servent pas de leur discernement, ont toutes les audaces » (« Omnes stulti, et deliberatione non utentes, omnia tentant »)[43]. Ce dernier comportement a fait l'objet d'une vérification expérimentale, connue sous le nom d'effet Dunning-Kruger. Eu égard à cet aspect, la stupidité sur laquelle tranche le rasoir d'Hanlon n'est ni la stupiditas telle que l'évoque Thomas Willis, un « défaut de l'intelligence et du jugement » qui voisine la démence (morosis)[44],[45] ; ni le fait d'avoir « le jugement bon, mais [...] point la conception prompte »[46]un défaut de promptitude d'esprit, au sens où l'entend Leiniz[47] ; ni un « défaut de sentiment », au sens où Gabriel Girard la distingue de l'idiotie et de la bêtise[48] et où Montaigne la caractérise comme un état « qui nous transit lorsque les accidents nous accablent, surpassant notre portée »[49] ; mais plutôt ce que Clément Rosset caractérise comme « sottise positive » et dont il prend pour exemple Bouvard et Pécuchet : « elle ne consiste pas du tout à ne pas comprendre quelque chose, mais à tirer de son propre fonds quelque activité ou tâches absurdes auxquelles elle entreprend de se dévouer corps et âme ; elle est pure activité »[50].
  8. Ce principe revient à opposer à la maxime de l'Ecclésiaste selon laquelle « le nombre des sots est infini », que Carlo Cipolla reformule en affirmant que le nombre de personnes stupides est toujours et partout sous-estimé[32], le principe cartésien selon lequel « le bon sens est la chose du monde le mieux partagée ».
  9. Le philosophe américain Daniel Dennett se demande jusqu'où il faut pousser la charité dans l'examen d'un point de vue adverse, en particulier en présence d'une contradiction manifeste. Il répond à cette question en se référant aux analyses d'Anatol Rapoport sur ce que ce dernier appelle la stratégie Coopération-réciprocité-pardon[63].
  10. Après s'être intéressé en 1936 aux conséquences « inattendues » (unanticipated), Merton a employé de manière équivalente le terme « involontaires » (unintended), qui est depuis plus largement utilisé par les sociologues[68].
  11. La main invisible est généralement associée par les économistes avec l'effet pervers[69].
  12. Dans le Faust de Goethe, Méphistophélès dit être « une partie de cette force qui veut toujours le mal et fait toujours le bien ».
  13. L'expression « prophétie autodestructrice » n'apparaît pas dans l'article de Merton, qui cite cependant John Venn sur la « prophétie suicidaire », que ce dernier définit comme ne tenant pas compte de « l'effet de la prophétie elle-même sur ce à quoi elle se réfère »[70].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Siècle de Louis XIV au pays de Liège (1580-1723), Georges Thone, , p. 100-101.
  2. a et b (en) Bill Ridgers, The Economist Book of Business Quotations, Profile Books, (lire en ligne), p. 18.
  3. (en) Steven Laurent et Ross G. Menzies, The Anger Fallacy: Uncovering the irrationality of the angry mindset, Australian Academic Press, (lire en ligne), p. 143.
  4. (en) Mardy Grothe, « Never attribute to malice that which is adequately explained by stupidity », dans Neverisms: A Quotation Lover's Guide to Things You Should Never Do, Never Say, or Never Forget, Harper Collins, .
  5. Attribué sans source dans (en) Bill Blunden, Message Passing Server Internals, New York, McGraw-Hill, (ISBN 978-0-07-141638-2, LCCN 2003046471), p. 15.
  6. Emmanuel de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène : journal de la vie privée et des conversations de l'empereur Napoléon à Sainte Hélène, t. 1, Colburn, (lire en ligne), p. 268.
  7. (en) Garson O'Toole, « Never Attribute to Malice That Which Is Adequately Explained by Stupidity », sur Quote Investigator.
  8. David Hume, Histoire naturelle de la religion, (lire en ligne), p. 26.
    « By a natural propensity, if not corrected by experience and reflection, [we] ascribe malice and good-will to every thing, that hurts or pleases us. »
  9. Goethe et Pierre Leroux (traduction), Les Souffrances du jeune Werther (lire en ligne [PDF]), p. 4.
    « Mißverständnisse und Trägheit vielleicht mehr Irrungen in der Welt machen als List und Bosheit nicht thun. Wenigstens sind die beiden letztern gewiß seltner. »
  10. (en) Jane West, The Loyalists, t. 3, (lire en ligne), p. 132.
    « Let us not attribute to malice and cruelty what may be referred to less criminal motives. Do we not often afflict others undesignedly, and, from mere carelessness, neglect to relieve distress? Our own concerns, interests, and wishes engross our thoughts. »
  11. (en) William James Laidley, The Royal Academy: Its Uses and Abuses, (lire en ligne), p. 115.
    « Some men, in fact, I think, most men, do it with no malice at all; in fact, far from it, it is more like stupidity; still, the result is the same. »
  12. Ernst Haeckel et Camille Bos (traduction), Les Énigmes de l'univers, Schleicher, (lire en ligne), p. 13.
    « Von den drei großen Feindinnen der Vernunft und Wissenschaft ist die gefährlichste nicht die Bösheit, sondern dir Unwissenheit und vielleicht noch mehr die Trägheit. »
  13. (en) Bulletin, t. 5, Union Theological Seminary (lire en ligne), p. 17.
    « Not malice but ignorance is the deadliest foe of human progress. »
  14. (en) Robert T. Handy, A History of Union Theological Seminary in New York, Columbia University Press, (lire en ligne), p. 144.
  15. (en) Thomas F. Woodlock, « Thinking it Over », Wall Street Journal,‎ .
    « Much of what the victims believe to be malice is explicable on the ground of ignorance or incompetence, or a mixture of both. »
  16. (en) Robert A. Heinlein, « Logic of Empire », Astounding Science Fiction, vol. 47, no 1,‎ .
    « You have attributed conditions to villainy that simply result from stupidity. »
  17. a et b (en) Ayn Rand, « June 3, 1945 », dans Journal, , p. 277.
    « The cause of evil is stupidity, not malice. »
  18. (en) Willard Van Orman Quine, « On What There Is », dans From a Logical Point of View, Harvard University Press, (lire en ligne).
  19. (en) Karl Popper, Objective Knowledge, Clarendon Press, (lire en ligne).
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  23. (de) Wolfgang Hübener, « Occam's razor not mysterious », Archiv für Begriffsgeschichte, vol. 27,‎ (JSTOR 24362877).
  24. Pierre Bayle, Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne a l'occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680, (lire en ligne).
  25. Didier Ngalebaye, Philosophie de la rigueur et développement, t. 1, Publibook, (lire en ligne), p. 34.
  26. (en) Elliott Sober, « What is the problem of simplicity? », dans Arnold Zellner, Hugo A. Keuzenkamp, Michael McAleer, Simplicity, Inference and Modelling: Keeping it Sophisticatedly Simple, Cambridge University Press, .
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    « On est bête par défaut d'intelligence, stupide par défaut de sentiment, idiot par défaut de connaissance. »
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    « Il n'est pas [dans l'illustration ci-dessus] jusqu'à la coiffure qui ne trahisse la sottise. Chez un idiot tout se fait et se met de travers. On reconnaît dans tous ses traits et dans toutes ses manières le désordre et le dérangement. L'œil et le nez du profil conservent un reste de génie, mais dans l'un et l'autre visage les parties ombrées, depuis le front jusqu'au bas du menton , caractérisent une stupidité irréparable »
    .
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Voir aussi[modifier | modifier le code]