Rapport Grégoire

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Le Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française, ou Rapport Grégoire, est un rapport rédigé par Henri Grégoire (surnommé l'abbé Grégoire) et présenté à la Convention nationale le 4 juin 1794 (16 prairial an II) sur l'état de la langue française en France.

Présentation[modifier | modifier le code]

L'Abbé Grégoire y écrit :

« On peut uniformer le langage d’une grande nation… Cette entreprise qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de l’organisation sociale et qui doit être jaloux de consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l’usage unique et invariable de la langue de la liberté. »

Le rapport s'appuie sur une véritable enquête sociolinguistique, les réponses à un questionnaire de pas moins de quarante-trois réponses relatives aux aspects internes et externes de la variété de langue parlée localement et aux mœurs et coutumes de la population. L'abbé Grégoire avait distribué son questionnaire à de nombreux collaborateurs formant un véritable réseau d'informateurs sur l'ensemble du territoire de la France. La conclusion soutenue devant la Convention est qu'à peine un Français sur cinq a une connaissance active et passive de la langue nationale telle que pratiquée à la Convention et dans le peuple de Paris. On se rend compte à ce moment que la situation linguistique repose sur une grande diversité où prédominent un grand nombre de dialectes (patois) mutuellement inintelligibles[1] alors que la langue de la Révolution est usitée « même dans le Canada et sur les bords du Mississippi ».

Cette dernière constatation a soulevé la question de la langue des émigrants qui ont peuplé le Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles et mené à la formulation d'hypothèses d'un choc des patois se situant ou avant ou après le départ des colons[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le rapport conclut à une France « aux 30 idiomes », des « jargons » qui constituent « autant de barrières ». Ainsi, la France en est « encore, pour le langage, à la Tour de Babel, tandis que, pour la liberté, [elle est] à l'avant-garde des nations ». (Grégoire 1880:293)
  2. Voir l'article sur le Choc des patois et les hypothèses contradictoires qui y sont soutenues par Philippe Barbaud et Henri Wittmann.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel, Une politique de la langue : la Révolution française et les patois, l'enquête Grégoire, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèques des histoires », 1975, 317  p. (ISBN 2-07-029323-8)
  • Lettres à Grégoire sur les patois de la France (1790-1794) : Documents inédits sur la langue, les mœurs et l'état des esprits dans les diverses régions de la France, au début de la Révolution, suivis du rapport de Grégoire à la Convention et de lettres de Volney, Merlet-Laboulaye, Pougens, Urbain-Domergue, etc., avec une introduction et des notes par A. Gazier, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 1880, 353 p. ; réimp. fac-sim. Genève, Slatkine, 1969, coll. « Bibliothèque des dictionnaires patois de la France : Première série » (no 1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]