Hip-hop québécois

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Le hip-hop québécois désigne l'histoire du hip-hop dans la province du Québec, au Canada. Le genre découle du mouvement hip-hop instauré localement entre l'automne 1979 et l'hiver 1980 par des pionniers tels que Andrew Carr, Butcher T et Mike Williams. D'autre part, les premières pièces du hip-hop québécois apparaissent dans les années 1980, suivant la vague rap américaine. Le premier succès rap québécois est la pièce Rap-à-Billy de Lucien Francoeur en 1983. Le 45 tours Ça rend rap du groupe humoristique Rock et Belles Oreilles sorti en 1985 aura aussi beaucoup de succès[1]. Depuis le début des années 2010, le genre local est porté par un « enthousiasme médiatique »[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines et croissance[modifier | modifier le code]

Le rap québécois connaît un premier véritable essor au début des années 1990. C'est à cette époque que font leur apparition quelques groupes tels que Mouvement rap francophone. Ces nouveaux groupes mettent en valeur le mouvement francophone de la culture dite underground. Toutefois, le phénomène demeure quelque peu marginalisé du fait d'une faible exposition dans les médias. Cependant, entre 1988-1989, l'entrepreneur D.J « Noji Mzilikazi » Jam Patrol crée le tout premier magazine hip-hop québécois/canadien. Ce magazine se nomme Up Front. Il faudra attendre près d'une dizaine d'années plus tard, avant de voir apparaître des magazines conséquents en matière hip-hop au Québec : 24K, La Taupe et Influence, en outre. En cette période marquant la fin des années 1980, plusieurs promoteurs et entrepreneurs font leur apparition dans le milieu hip-hop québécois en croissance comme Rico Rich, Ricky D, Duke Eatmon, Ernest B, Panama, Gilbert Mosambo, et Gary T. Des radios hip-hop underground font aussi leur apparition durant les années 1990, telles que le Kachot.

« Le Kachot c'est une émission qui a commencée très simplement, à une heure ou personne écoute la radio, mais à force de jouer du rap, on s'est fait contacter par des artistes locaux disant: c'est cool que vous jouez IAM, mais est-ce que vous pourriez aussi jouer mon demo? Et de fil en aiguille, on a commencé à jouer des démos, et je vous dirais que vers 1995-1996, ça s'est passé très vite, on s'est mis à recevoir des invités à chaque semaine, des artistes qui venaient faire découvrir leur musique; se présenter.(...) c'est une émission qui a été un centre de passage pour des artistes à l'époque ou la scène rap montréalaise était en plein essor[réf. nécessaire]. »

— Baye Sikime, cofondateur du Kachot

Albums et premiers groupes[modifier | modifier le code]

KC LMNOP connait un succès commercial au début des années 1990 avec la chanson Ta Yeul' (Vis ta vie pis reste en vie), parue sur l'album Ta Yeul[3]. Il est l'un des premiers rappeurs québécois à enregistrer un album au Québec et l'un des ambassadeurs du hip-hop québécois et montréalais[réf. nécessaire]. L'album La force de comprendre[4], du groupe Dubmatique, paraît en 1996. Il offre au public québecois un produit musical du type rap dans lequel il peut se reconnaître. La porte ayant été grande ouverte, d'autres groupes suivront bientôt et d'autres produits du même genre feront leur apparition.

L'influence de Dubmatique est parfois mal vue[Par qui ?], du fait que l'accent québécois n'y était pas représenté[réf. nécessaire]; des groupes comme La Constellation & LMDS (le groupe du futur K-Maro) en ont été fort inspirés, rappant avec un accent français. Le joual était pour certain[Qui ?] presque inimaginable avant l'arrivée de l'album de Sans Pression en 1999. Ce point entraîne des conflits notamment le « diss » (pour disrespect) de Black Beretta contre 2 Faces le gémeau, membre de La constellation. Traumaturges en font aussi le thème de leur chanson, Rap sale Montréal, où ils prônent l'utilisation du joual afin de « représenter la langue du Québec. » En parallèle au rap sale, on voit une montée du rap explicite et provocateur au Québec avec des artistes tels: Ravette & Le Syndicat, Moun Fou, Roi Heenok (E-Nice), Black Taboo, Sang zavé le koulanget, Azil 67, Mafia 139 et tant d'autres. Le gangsta rap québécois verra aussi son ascension dès la fin des années 1990-début 2000 avec certains pionniers tels : Glendouze, Sudan, Money First Gangsters (MFG), Le Voyou, Magnum 357, KZ Kombination, Vokab, Kabritte, 7th ave/boyz, N.O.R.D.P. ainsi qu'une variété de collectifs hip-hop. Des parcelles du DVD controversé du documentaliste indépendant Genzo Denado présent sur you tube explique en débâcle les retombées inter-générationnelles du gangsta rap à Montréal et ses environs.

En 1997, une première union internationale pour le hip-hop québécois, l'union entre l'Europe et le Canada se déroule au Québec à Montréal avec la mixe-tape de DJ Cut Killer (double H) nommé Freestyle Canada[réf. nécessaire]. Des artistes tels que Complys, Dubmatique, Replik, Traumaturge, Division Blindé, Vice-Verset, Royal Hill, Veda, Rain Men, Roufou, Acropole, Apogé, Mathematik, Cavalier Noir,X Horde ainsi que RDPizeurs et plusieurs autres artistes underground locaux de l'époque. Avec Armageddon, en 1998, le groupe Rainmen connaît un succès très important, qui leur donne une notoriété internationale importante,[réf. nécessaire] et qui donnera des collaborations avec de nombreux groupes français, notamment la Fonky Family et La Cliqua. Sans Pression, alors composé de SP et de Ti-Kid Frodè alias Kamokain, sort 514-50 Dans mon réseau en 1999, et grâce au single L'étage souterrain (en collaboration avec Yvon Kreve, et sur un instrumental de Ray Ray), amène la possibilité du rap en joual. Muzion, de leur côté, sur Mentalité Moune Morne… (Ils n'ont pas compris) (1999), rappellent au grand public québécois la qualité des textes de rap (gagnant du Félix de l'album hip-hop de l'année au Gala de l'ADISQ 2000)[réf. nécessaire].

Années 2000 et 2010[modifier | modifier le code]

2 Faces sort en 2000, la compilation Berceau de l'Amérique, qui réunit bon nombre d'artistes qui auront du succès après [réf. nécessaire]; notons: Muzion, Taktika, Vice Verset, La structure, King, Catburglaz, Canox. 2 Faces fondera le collectif 83 (avec Onze, son collègue de La constellation, Taktika, Canox et Pagaïl). Par trois albums de 2001 à 2004, ainsi qu'un tout nouveau, en 2009, ils contribuent à créer un nouveau public, plus jeune [réf. nécessaire].

2001 L'ouverture officiel de la scène hip-hop francophone underground aux Francofolies de Montréal < Les franco-Underground > Ce collectif montréalais rassemble des artistes qui se sont déjà produits sur la petite scène de la Zone Hip Bleue Dry (de 1998 à 2001). Étaient de la fête : Roufou, qui est le rappeur fondateur du collectif; animé par B.U the knowlegist, ex-chanteur des Allions; DJ Mana, le gagnant du championnat 2001 Montréal ; DJ Blast, le lauréat du concours d.m.c. Montréal, Son 2p.t, de la clic attach tatuq; Traumaturge, qui a sorti un album en 2000 ; Dramatik, du groupe Muzion de même que C-drik et Le Queb, 01 Etranjj et les break danseurs de Mtl Tactical Crew. Plusieurs femmes contribuent à l'avancement du hip-hop québécois dès le début des années 1990 : Cony, Jenny Salgado, Dame de Pique, G-Nine (C.Click), Yncomprize, la Femme Maloria, Keithy Antoine (Lady Special K), S'Katrice (Kit-Kat), Snozza, 500SL, Geneva entre autres.

Le hip-hop québécois, depuis 2004, se légitime lui-même de façon à rejoindre plus de public par le gala Montréal-Underground (une émission de radio), organisé par Goofy Welldone ce gala récompensait les artistes rap, de la musique urbaine et des arts hip-hop en général au Québec. Les juges étant pour la plupart des journalistes influents dans le milieu hip-hop underground à travers la province, il permit à ce mouvement culturel d'exister malgré l'ignorance de médias de masse. L'essor d'internet permet néanmoins à certains artistes de se faire connaitre en assurant leur promotion via leurs web-TV et la constitution de labels indépendants, à l'image de Double Shots assurant à moindre frais la réalisation d'albums et des clips vidéos.

En 2005, Manu Militari s'impose avec son album Voix de fait qui pousse le hip-hop vers une dimension plus consciente et politique. Loco Locass, déjà en place depuis quelques années, se distingue par son album Amour Oral qui obtient un grand succès de la critique. Cependant, le rap québécois est de moins en moins présenté sur les radios québécoises et sur les ondes de musique plus. Le hip hop se retrouve dès lors condamné à être diffusé via Internet. Peu ou pas d'artistes vivent de leur art (beaucoup doivent occuper un autre emplois). Les artistes se maintiennent majoritaire dans la musique pour la simple « amour de la musique »). La majorité des artistes sont condamnés à demeurer dans l'underground. Il est donc surprenant de voir que le hip-hop se maintient dans de telles conditions avec une telle vivacité et ce sans support de l'industrie et un public relativement restreint. Le hip-hop québécois demeure combatif et déterminé à rester en vie.

À partir juillet 2009, Jo le Zef et Filigrann organisent les Word Up! Battles diffusés sur Internet. Ce mouvement de joute verbale a capela avec des textes pré-écrits gagnent rapidement en popularité. Les battles révèlent plusieurs artistes et fait connaître le hip-hop québécois au public français (les français reprennent le concept avec les Rap contenders[réf. nécessaire]). La participation de Dramatik (muzion) véritable vétérant du rap game, au Wordup! consacre l'importance de ce mouvement. Wordup! donne ainsi un second souffle au mouvement hip hop québéçois.

Dès 2010, le groupe Alaclair Ensemble, composé de KenLo, Maybe Watson, Claude Bégin, Eman, Ogden AKA Robert Nelson, Mash et Vlooper, se démarque par ses productions éclectiques, ses paroles absurdes et ses clins d'œil à l'histoire du Québec. D'autres groupes tenteront de briser les clichés au sein de la culture hip-hop québécoise. Dû pour un renouveau, le hip-hop change d'allure avec une nouvelle niche appellé « piu piu »[réf. nécessaire] qui favorise la découverte de beatmakers expérimentaux, au détriment des rappeurs. Des groupes de rap comme Loud X Lary X Ajust et Dead Obies présenteront des albums fort appréciés par la critique, causant de la controverse chez les "puristes" du rap (sauf ceux qui utilisaient le mélange de langue il y a 15 ans, comme Muzion) et les chroniqueurs qui n'apprécient pas le franglais, et le groupe de Rap parodique Les Anticipateurs, qui a souvent fait la controverse chez le cercle de puristes précédemment mentionné, a une plus grande notoriété que n'importe quel groupe de hip-hop sérieux.

Industrie[modifier | modifier le code]

Il y a peu de rappeurs québécois qui vivent de leur musique. Les raisons sont multiples; certains disent que les Québécois ont de la difficulté avec les messages et les valeurs qui y sont véhiculées[réf. nécessaire]. Selon les études des chercheures Browen & Sarkar (2012) cette difficulté serait purement le résultat de la québécité/québécisme sur le plan culturel et sociétal. En 2002, le groupe 83 a fait une incursion au gala de la musique québécoise, l'ADISQ, pour demander d'accorder un peu plus d'importance au rap. Depuis ce temps, un jury spécial est convoqué pour décider du prix de l'artiste hip-hop de l'année, toujours remis au gala hors d'ondes.

Toutefois, quelques rappeurs réussissent à percer dans cette industrie. Loco Locass, un groupe très politisé et en faveur de la souveraineté, a su se placer avec son message engagé (« Libérez-nous des libéraux ») et sa musique très originale. Leur « représentativité » est cependant souvent remise en question du fait que leurs fans ne sont généralement pas fans de rap. Damien connait un certain succès à l'aide d'une chanson où il reprenait un air de Claude Dubois, (« J'aurais voulu ») ; la chanson joue même dans les radios commerciales, ce qui n'est pas peu dire. Sans Pression connait aussi une forme de succès avec sa chanson Derrière mon sourire. Le groupe Muzion, de son côté, remporte son deuxième Félix pour l'album hip-hop de l'année au Gala de l'ADISQ 2003 pour son album J'Rêvolutionne. Yvon Krevé, alias Von Von Le Vet, est l'un des artistes de rap québécois les plus populaires. En 2001, son premier album, L’accent grave gagne le meilleur album francophone au Canadian Music Awards ainsi qu'un trophée MIMI.

Le Québec attire de nouveau l'attention en France grâce au rappeur Vaï (anciennement du groupe LMDS) qui vend ses albums dans l'hexagone. Manu Militari, ancien membre du groupe Rime Organisé, est un des plus importants acteurs du rap québécois. Avec son troisième album Marée Humaine (2012, septième ciel), il signe 12 chansons écrites avec passion et en réfléchissant chaque mot, chaque tournure de phrase. Son rap engagé redonne l'espoir. « La vie fait pas de cadeau pour toucher ses rêves on s'bat, on crève à la Falardeau », chante-t-il, dans sa chanson Esclave en fuite.

En 2014, nous voyons l'apparition d'un groupe innovateur et contemporain mené par Michael Dpillz et son drummer RICK et leur DJ Chart. Ce groupe natif de Lachute produit de spectacles pour soutenir les projets des jeunes, tel la chanson renommé JUSQU'AU BOUT. Dans le cadre des FrancoFolies de Montréal (2014), Koriass devient le second artiste hip-hop au Québec, après Loco Locass, a effectué un spectacle professionnel avec un orchestre symphonique. Sur le plan structurel, les mouvances trap, drill, piu-piu et post rap se font ressentir de plus en plus dans la conjoncture du hip-hop québécois.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Rock et Belles Oreilles » (consulté le 25 mars 2012).
  2. Olivier Boisvert-Magnen, « 10 albums hip-hop québécois mémorables en 2014 », sur Nighlife.ca,‎ (consulté le 22 avril 2015).
  3. Jean-Philippe Arcand, « Le rappeur KC LMNOP au banc des accusés », sur 24h Montréal,‎ (consulté le 22 avril 2015).
  4. « Le meilleur album hip-hop canadien de tous les temps ? », sur brbrtfo,‎ 2013 (consulté le 22 avril 2015).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kapois Lamort (Vlad. AL-Jaww A.Delva), Les Boss du Québec : R.A.P du Fleur de Lysée (analyse sociohistorique et sociologique du hip-hop dans la société québécoise),, éd. Production Noire inc., 2014, 338 pages, (ISBN 978-2-9811138-1-8)

Liens externes[modifier | modifier le code]