Ramanuja

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Rāmānuja (XIe-XIIe siècle) était un mystique, philosophe et théologien de l’Inde[1]. Brahmane tamoul, il fut un grand commentateur du viśiṣṭādvaita, une école du Vedānta[2], influencé par Yāmunācārya[3]. Il est considéré comme le troisième plus important Ācārya par les Sri Vaishnavas. Il fut l’adversaire de la philosophie de Shankara.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Aux environs du VIIe siècle, la crainte des hindous que le bouddhisme et le jainisme puissent les supplanter a produit une renaissance de l’hindouisme qui n’a pas déclinée depuis. L’aspect le plus populaire de cette résurgence s’est manifesté dans les mouvements dévotionnels (bhakti) représentés par les Vaishnavas et les 12 Alvars (littéralement les "plongés" en Dieu). Ces derniers provenaient de toutes les castes et leurs textes poétiques, insistant sur le fait que le sexe ou la caste n’étaient pas une barrière à la communion avec le divin, étaient inhabituels dans la pensée védique classique.

C’est à la même période qu’est apparu le Vedānta et un de ses commentateurs les plus réputés, Adi Shankara. La position de Shankara était directement opposée à celle qui caractérise le mouvement de la Bhakti. D’un côté, le Brahman est la seule réalité et de l’autre, l’adoration des divinités est la norme. Le projet de Rāmānuja a consisté alors à démontrer la validité d’une divinité personnelle et les disciples de Shankara sont alors devenus des cibles de cette polémique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dates de naissance et de décès controversées[modifier | modifier le code]

Les biographies donnent généralement pour date de naissance et de décès 10171137, ce qui correspondrait à une vie de 120 ans. Pour cette raison, il est parfois estimé que sa naissance a en fait eu lieu 20 à 60 ans plus tard et sa mort 20 ans plus tôt. La correction acceptée par plusieurs érudits est 1077 – 1157[réf. nécessaire].

Selon Anne-Marie Esnoul : « Fait bien rare dans l'histoire des penseurs de l'Inde médiévale, on connaît la date de naissance de Rāmānuja [1017], le deuxième – Śaṅkara étant le plus ancien – des cinq grands commentateurs des Vedāntasūtra ou Brahmasūtra de Bādarāyaṇa. (...) La tradition situe [sa mort] en 1137. Une telle longévité – il aurait donc vécu cent vingt ans – n'étant pas exceptionnelle en Inde, il se peut que cette tradition soit exacte. » [4]

Vie[modifier | modifier le code]

Rāmānuja est né sous le nom de Ilaya Perumal[5]. Les textes hagiographiques mentionnent qu'il il est né dans une famille de brahmanes vadama (en) de la tradition smarta[6] du village de Perumbudur dans le Tamil Nadu. Son père s’appelait Asuri Keshava Somayaji Deekshitar et sa mère Kanthimathi. Après son mariage à un jeune âge et le décès de son père, sa famille déménagea à Kanchipuram. Il y rencontra son premier guru, Yadavaprakasha, un enseignant de la philosophie du Vedānta en vogue à cette époque, dans la tradition moniste de Shankara (Advaita Vedānta)[5]. Son professeur le trouva très habile avec les concepts philosophiques abstraits, mais il s’inquiétait de sa tendance à préférer la Bhakti sous la forme d'une dévotion et d'un abandon au divin. Selon Michel Hulin, Rāmānuja cherchera à rendre cette bhakti « compatible avec les exigences de l'orthodoxie brahmanique[7] ».

Rāmānuja quitta Yadavaprakasha pour des divergences doctrinales[8]. Il quitta sa femme et devint un sannyasin (un renonçant) pour rejoindre Shrirangam[5] où il est possible qu'il ait rencontré Yamunacharya, philosophe de l’école Vishishtadvaita, ou bien seulement suivi les enseignements de ses disciples.

À cause de persécutions d'un roi shivaïte particulièrement intolérant, il dut s'exiler pendant une douzaine d'années au Mysore[8].

Doctrine[modifier | modifier le code]

La philosophie de Rāmānuja est appelée Vishishtadvaita parce qu’elle est une spécification ou qualification (IAST : viśiṣṭa[5]) des principes de l’advaita Vedānta (non-dualité)[8].

Shankara enseignait, dans un non-dualisme pur, que toutes les manifestations et les qualités du monde matériel étaient irréelles et transitoires (des reflets du Brahman, mais sans existence propre). Rāmānuja pensait lui qu’elles étaient réelles et permanentes, bien que sous le contrôle d'un principe divin. D'après Alexandre Astier, Rāmānuja pense que « les âmes et le monde coexistent de toute éternité avec Vishnu (l'Absolu sous la forme de dieu personnel). [Ceux-ci] sont coordonnés et contrôlés par Vishnu, mais en aucune manière créés[8]. »

Il existe selon Rāmānuja trois entités réelles[8] :

  • Dieu, à la fois immanent et transcendant à la création. Il peut être atteint par la mystique.
  • La Nature initiale (monde matériel), réelle et éternelle, « soumise en permanence au pouvoir divin, comme tout ce qui existe (le « qualifié »)[8]. »
  • L'âme individuelle, d'essence divine, mais enchaînée au cycle des renaissances. L'homme peut atteindre la délivrance (moksha) par la dévotion (bhakti).

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Rāmānuja a écrit 9 ouvrages, appelés aussi les “neuf précieux joyaux”, les Navaratnas[9] :

  • Sri Bhashya ou Brahma Sutra Bhashya, commentaire des Brahma Sutra. C'est « l'un des sommets de toute la pensée indienne, qui [...] savant et brillamment écrit, contient une réfutation systématique de la doctrine de Shankara[10]. »
  • Vaikuntha gadyam
  • Sriranga Gadyam
  • Saranagati Gadyam, un dialogue imaginaire entre Rāmānuja et Narayana
  • Vedartha Sangraha, un condensé du Vedānta.
  • Vedanta Sara
  • Vedanta Dipa
  • Gita Bhashya, commentaire de la Bhagavad Gita.

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ramanuja » (voir la liste des auteurs) (10 février 2008).

  1. The A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 175 et 176, (ISBN 8170945216)
  2. Jean Filliozat, Les philosophies de l'Inde, PUF, 2012, (ISBN 978-2-13-055751-7), p. 59
  3. (en) Edward Quinn, Critical Companion to George Orwell, Infobase Publishing,‎ (lire en ligne), p. 490.
  4. Anne-Marie ESNOUL, « RĀMĀNUJA (1017-1137) », Encyclopædia Universalis en ligne, consulté le 17 septembre 2014.
  5. a, b, c et d (fr) Dictionnaire Héritage du Sanscrit de Gérard Huet (en ligne)
  6. (en) Dr Ranjeeta Dutta, « SRIVAISNAVA COMMUNITY IN HISTORY AND HISTORIOGRAPHY » [PDF], sur jmi.ac.in (consulté le 29 décembre 2014).
  7. Michel Hulin, Rāmānuja et la bhakti vishnouite, Bayard, 2005, p. 411.
  8. a, b, c, d, e et f Les maîtres spirituels de l'hindouisme, Alexandre Astier, éditions Eyrolles, 2008, p. 52-58.
  9. http://sanskrit.inria.fr/DICO/34.html#navaratna
  10. Jan Gonda, Les religions de l'Inde, II : L'Hindouisme récent, Payot,‎ 1985, p. 163.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rāmānuja et la mystique vishnouite Anne-Marie ESNOUL, éditions du Seuil, 1964
  • (en) The Theology of Rāmānuja: Realism and religion, Bartley, C. J, Routledge Curzon 2002
  • (en) The Life of Rāmānuja, Govindacharya A, S. Murthy 1906
  • (en) Vishishtadvaita Vedānta: A study, Heritage publishers Sharma, Arvind, New Delhi, 1979

Liens externes[modifier | modifier le code]