Située dans le sud-est de l'île, elle est bâtie sur une colline calcaire entre deux vallées profondes, la Cava San Leonardo et la Cava Santa Domenica, qui la divisent en deux parties : la ville haute Ragusa Nuova et une ville basse, plus ancienne, Ragusa Ibla. Saint Georges est le premier patron de la ville, lié à Ragusa Ibla, alors que saint Jean le Baptiste est élu patron par les habitants de la ville haute.
L'économie de la ville repose essentiellement sur le secteur agricole (horticulture, oliveraies) et le tourisme, qui bénéficie de l'inscription de Raguse et de sept autres villes baroques tardives du Val di Noto au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2002[3].
Raguse se dresse dans les monts Hybléens à une altitude de 520 mètres au-dessus du niveau de la mer et est située à 92 km de Syracuse et 248 km de Palerme.
Ragusa Ibla, village historique, est bâti sur un axe est-ouest, le long d'une crête entre deux gorges profondes.
Ragusa Nuova est située à l'ouest d'Ibla.
Relevé météorologique de Raguse (période : 1981-2010)
Le site de Raguse est occupé depuis le IIIe millénaire av. J.-C. En 2010, les vestiges d'un habitat de l'âge du bronze ancien est découvert à quelques kilomètres au sud-ouest de la ville ; les céramiques qui y ont été mises au jour sont attribuées à la culture de Castelluccio. Selon les auteurs anciens plus tardifs, une grande partie de la Sicile, dont la province de Raguse, était initialement habitée par les Sicanes. À partir du xiiie siècle av. J.-C., les Sicules pénètrent dans l'est de la Sicile et y fondent ce qui deviendra la cité d'Hybla Heraïa, perchée sur une colline qui correspond à l'actuel quartier d'Ibla[5]. La cité entre en contact avec les colonies grecques voisines et se développe grâce au port tout proche de Kamarina. Au vie siècle av. J.-C., les Grecs conquièrent la région, suivis par les Carthaginois qui la dominent pour une courte durée puis les Romains, sous lesquels elle prospère.
Au vie siècle, elle intègre l'Empire byzantin, qui la dote de puissantes murailles et d'un château. Toutefois, sa fortification massive ne l'empêche pas d'être pillée et détruite par les Sarrasins en août 848 après que, selon Ibn al-Athîr, ses habitants eurent conclu un accord de paix et cédé des territoires environnants à leurs assaillants[6]. En 868, les Arabes s'emparent de la ville qui reste sous leur domination jusqu'au xie siècle à l'arrivée des Normands. Roger Ier de Sicile l'érige en chef-lieu de comté et l'attribue à son fils Jourdain. Après les Normands, elle connaît les événements du royaume de Sicile créé dans la première moitié du xiie siècle, gouverné successivement par les Hohenstaufen et les Aragonais. Le comté, uni à Modica en 1296 et transformé en fief de la famille Chiaramonte, perd son statut de chef-lieu au xve siècle en raison d'une révolte populaire à Raguse.
En 1693, un terrible séisme dévaste la ville, y faisant environ 5 000 victimes et effaçant une grande partie de son passé médiéval. Lors de la reconstruction qui suit le séisme, deux clans s'affrontent : les bourgeois qui souhaitent rebâtir ailleurs, et les nobles, qui préfèrent rester sur place. La reconstruction se fera sur les bases médiévales à Ibla, et une nouvelle ville voit le jour sur un plateau rocheux à l'ouest et au-dessus des vieux quartiers, où la majorité de la population est relogée. Ragusa Nuova (« Raguse-la-Neuve », ou Ragusa Superiore, car légèrement surélevée par rapport à la vieille ville) contraste donc par ses rues larges, rectilignes, et ses majestueux édifices baroques. Ibla (ou Ragusa Inferiore) garde son cachet médiéval, dominée par le dôme Saint-Georges (Duomo San Giorgio), avec ses ruelles tortueuses et ses nombreuses maisons et églises, qui font elles aussi la part belle au baroque tardif.
Pendant longtemps, l'agglomération sera donc divisée en deux communes administrativement autonomes. Ce n'est qu'en 1926 qu'a lieu la réunification des deux parties en une seule municipalité[7], sous l'impulsion du régime fasciste qui l'élève au rang de chef-lieu de province l'année suivante[8] à la place de Modica, qui est alors plus peuplée.
Un premier gisement d'asphalte y est découvert en 1838 et demeure exploité jusqu'à nos jours. Le , la compagnie américaine Gulf Oil découvre un gisement de pétrole au large de Raguse[9].
Le diocèse catholique romain de Raguse est institué en 1950 et siège à la cathédrale San Giovanni Battista de Ragusa Nuova. Depuis 2002, l'ensemble de la ville ancienne est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO[10] aux côtés de sept autres villes emblématiques du baroque tardif du Val di Noto.
D'azur à l'aigle de sable, armée d'or, aux ailes déployées, sommée d'une couronne à pointes d'or, tenant de sa serre sénestre une corne d'abondance d'or et de l'autre une verge de Mercure du même. Au timbre, une couronne murale d'or à cinq tours. En pointe, sur un listel d'argent, la devise en lettres capitales de sable : « CREVIT RAGVSIA HYBLÆ RVINIS »[11].
Le quartier de Ragusa Nuova domine le quartier d'Ibla, auquel il est relié par quatre ponts enjambant un ravin de 40 mètres de hauteur dont l'un, le Ponte dei Cappuccini, date du xviiie siècle. Construit à l'issue du tremblement de terre de 1693, il offre une belle ordonnance baroque avec ses rues rectilignes. Du fait de l'explosion du nombre de visiteurs et de leur classement au patrimoine mondial de l'humanité au titre des « villes du baroque tardif du Val di Noto » en 2002 (18 monuments sont concernés dans la seule ville de Raguse), des monuments tels que la cathédrale Saint-Jean-Baptiste sont restaurés.
La cathédrale San Giovanni Battista, Ragusa Superiore.Cathédrale du diocèse de Raguse, parmi les édifices les plus saisissants de Ragusa Superiore. L'église se dressait initialement dans la partie ouest de la vieille ville, au pied des remparts du château médiéval, à l'emplacement actuel de la petite église Sant'Agnese. Un édifice plus modeste fut rapidement construit après le tremblement de terre de 1693, mais il s'avéra vite insuffisant. La cathédrale actuelle fut construite entre 1718 et 1778, avec une façade du plus pur style baroque tardif, ornée de trois portails et de sculptures représentant la Vierge Marie, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste. La partie supérieure des colonnes est surmontée de deux horloges affichant l'heure selon les styles italien et français. Un haut clocher, de même style, se dresse sur le côté gauche. L'intérieur baroque, richement orné, présente un plan en croix latine, avec une nef centrale et deux bas-côtés, séparés par trois colonnades dorées. Au-dessus de chaque colonne se trouvent des panneaux affichant des versets bibliques relatifs à la vie de saint Jean-Baptiste. Les voûtes des nefs et du chœur sont décorées de stucs dorés de style rococo, œuvres de Giuseppe et Gioacchino Gianforma, qui ont également réalisé les deux statues des niches du transept. La coupole, construite en 1783, a été recouverte de plaques de cuivre au xxe siècle. Les chapelles latérales, caractérisées par des autels ornés de marbre polychrome, datent du xixe siècle.
Construite entre les xve et xvie siècles, cette église est particulièrement intéressante : gravement endommagée lors du tremblement de terre de 1693, la moitié fut reconstruite dans le style baroque, tandis que l'autre moitié conserva son style gothique d'origine, notamment trois portails de style catalan dans le bas-côté droit. La dernière chapelle de cette partie possède un portail Renaissance. Les chapelles abritent des peintures de plusieurs artistes siciliens du xviiie siècle.
La cathédrale Saint-Georges surplombant la Piazza Duomo.Construit de 1738 à 1775 sur les dessins de Rosario Gagliardi, en remplacement de l'église détruite par le tremblement de terre de 1693, dont il ne subsiste aujourd'hui qu'un portique de style gothique catalan orné d'un haut-relief dans la lunette représentant saint Georges terrassant le dragon, et des aigles aragonais. La façade se caractérise par un escalier de 250 marches et des colonnes massives et richement ornées, ainsi que par des statues de saints et des portiques décorés. L'intérieur présente un plan en croix latine, avec une nef centrale et deux bas-côtés se terminant par des absides semi-circulaires. Il est surmonté d'un grand dôme néoclassique qu'il se vit adjoindre en 1820.
Construite par les Chevaliers de Malte au xviie siècle, possède un clocher orné de céramiques de Caltagirone et d'un tableau attribué à Mattia Preti.
ÉgliseSan Giuseppe (Saint-Joseph) :
Église baroque (xviiie siècle, à l'emplacement d'un édifice du xvie siècle) dessinée par Gagliardi, tout comme le Duomo San Giorgio toute proche.
Église des Âmes du Purgatoire
Palais Donnafugata (sur la Piazza Duomo) :
Il s'agit de la résidence du baron de Donnafugata, Corrado Arezzo (sénateur du royaume d'Italie en 1865), au xixe siècle. On remarquera le balcon en saillie sur la façade, clos par des volets en bois, et qui, dit-on, servait de point de vue sur la Piazza Duomo à la baronne. Le baron fit entre autres aménager le Château de Donnafugata, de style néo-gothique, à une quinzaine de kilomètres de là.
Le Jardin Hybléen.Ces jardins, à l'extrémité orientale de la ville, dominent la vallée. On appréciera, pendant les périodes de forte chaleur, leur terrasse et leurs allées ombragées par des palmiers et autres végétaux.
Trois églises de style baroque s'y dressent : la Chiesa di San Vincenzo Ferreri (du xviiie siècle, avec un ravissant clocher couvert de majoliques), la Chiesa di San GiacomoApostolo (du xvie siècle, façade datée de 1903, et à côté de laquelle se situent les fondations d'un temple antique), et le Convento dei Cappucini (couvent des capucins).
À proximité immédiate des jardins, subsiste un des derniers vestiges visibles de la ville médiévale. Il s'agit du portail de San Giorgio Vecchio, de style gothique, datant de la deuxième moitié du xve siècle, et dernier témoin de cette église détruite par le tremblement de terre de 1693.
Château de Donnafugata, à environ 20 km au sud-ouest du centre-ville, complexe palatial du xixe siècle abritant un domaine viticole de renommée internationale.
Marina di Ragusa, à 25 km au sud du centre-ville, destination prisée des habitants de Raguse pour ses vastes plages de sable fin.
Le saint patron d'Ibla, saint Georges, est célébré chaque année à l'occasion d'une fête se déroulant le 23 avril.
À Ragusa Superiore, où saint Jean est l'objet de la dévotion patronale, les festivités annuelles se déroulent du 27 au 29 août, dates qui marquent également le début de la récolte des caroubes dans la région.
Des gisements d'asphalte ont été découverts aux abords de Raguse en 1838, suivi par des gisements de pétrole au milieu du xxe siècle. L'extraction d'asphalte, le raffinage du pétrole, l'agriculture et la production de ragusano, fromage typique de la province, ont donc constitué les secteurs économiques les plus importants jusqu'à récemment. Le tourisme, en nette croissance, joue un rôle de plus en plus prépondérant, notamment au quartier de la Marina di Ragusa, située sur la côte, à 25 km au sud-ouest du centre-ville, qui se transforme en été en station balnéaire très animée.
Raguse est traversée par la route nationale 115, qui rejoint l'autoroute A18 vers Catane et Messine près de Rosolini, à quelques kilomètres à l'est. Le prolongement de cette autoroute jusqu'à Gela en passant par Raguse en est à l'état de projet.
Raguse est desservie par la ligne de chemin de fer Canicattì–Syracuse. Un tunnel en spirale relie les deux gares, Ragusa et Ragusa-Ibla, afin de compenser l'important dénivelé qui les sépare. Il s'agit de l'un des rares tunnels en spirale au monde situés sous une zone urbaine. Jusqu'en 1949, Raguse était le terminus de la ligne de chemin de fer à voie étroite Syracuse–Raguse.
À une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Raguse se trouve l'aéroport de Comiso, ouvert au trafic international en 2013. Plusieurs petits aérodromes destinés à l'aviation générale sont également situés dans la province de Raguse, dont l'aérodrome de Giubiliana.
Le commissaire Montalbano (série télévisée adaptée d'une série de romans, tournée principalement dans cette ville, dont le nom de ville fictif est Vigàta)