Rafle du 25 novembre 1943

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La plaque à la mémoire des morts, tués par l'ennemi, déportés, fusillés, assassinés de l'université, durant la Seconde Guerre mondiale, apposée à l'entrée du Palais Universitaire et le diplôme de la Médaille de la Résistance obtenu en 1947.

La rafle du 25 novembre 1943 est une opération menée par la Gestapo assistée de l'armée allemande à l'université de Clermont-Ferrand, pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui a mené à l'arrestation et à la déportation d'une centaine d'étudiants juifs ou étrangers et de résistants[1].

Circonstances de l'opération[modifier | modifier le code]

À la suite de la déclaration de guerre de 1939, Strasbourg est déclarée zone militaire par l'État-major français. Une grande partie de la population doit alors évacuer la ville. L'administration de l'Université de Strasbourg est déplacée à Clermont-Ferrand, où s'installent également étudiants et professeurs. Après l'armistice du 22 juin 1940, les allemands créent la Reichsuniversität Straßburg et l'hébergement de l'Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand n'a en principe plus lieu d'être, mais de nombreux professeurs et étudiants ne souhaitent pas rejoindre l'université allemande.

En 1941 naissent au sein de l'université les premiers mouvements de Résistance, mêlant étudiants et professeurs venant de Strasbourg et de Clermont-Ferrand. En particulier, Jean-Paul Cauchi, un étudiant en histoire venu de Strasbourg, fonde le groupe Combat Étudiant, lié au réseau Combat. Ces mouvements s'unissent au sein des Mouvements unis de la Résistance en 1942, à la suite de l'occupation militaire de la zone sud par les allemands.

Plusieurs opérations sont lancées contre l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, dans le but de contrer les activités anti-nazies, mais également de fermer l'université et de faire rapatrier à Strasbourg quelque 500 alsaciens considérés comme « allemands de souche ». Plusieurs rafles sont ainsi menées au cours de l'année 1943, à Clermont-Ferrand comme à Strasbourg[2]. Dans la nuit du 24 au 25 juin 1943, Jakob Ottmann fait ainsi arrêter 37 étudiants dans le foyer universitaire Gallia replié à Clermont-Ferrand, à la suite de trois attentats contre les Allemands, dont l'exécution le 24 juin de deux membres de la Gestapo dans la maison d'un résistant, le professeur Jean-Michel Flandin. Ils seront déportés, par le camp de Drancy pour les Juifs et par celui de Compiègne pour les autres.

Le 23 octobre 1943, l'un des adjoints de Jean-Paul Cauchi, Georges Mathieu, est arrêté. Il participera activement à la rafle du 25 novembre 1943, un mois plus tard.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 23 novembre 1943, entre 10 h et 10 h 30, la Gestapo encercle les bâtiments de l'université, avenue Carnot. Participent à l'opération 200 hommes de la Luftwaffe, commandés par le colonel Eltsatz, ainsi que tous les effectifs disponibles du SD de Clermont-Ferrand. Des groupes sont également chargés de la bibliothèque universitaire, des bâtiments avenue Vercingétorix et de la faculté de droit, ainsi que dans une moindre mesure (pas de membre de la Gestapo) du foyer universitaire Gallia à Strasbourg. Selon les déclarations ultérieures de Georges Mathieu, le but initial de l'opération, organisée par le chef de la Gestapo locale, Paul Blumenkamp, est d'arrêter dix-sept professeurs et étudiants identifiés comme résistants, mais également tous les étudiants étrangers et tous les étudiants Juifs, tous les alsaciens-lorrains âgés de dix-huit à trente ans et susceptibles d'entrer dans la Résistance, ainsi que les doyens des facultés.

À la fin des cours, à 11 h, les soldats réunissent manu militari par centaines étudiants et professeurs dans la cour intérieure de l'ancienne faculté des lettres, au 34 avenue Carnot. Des soldats allemands se postent aux fenêtres de la faculté, côté hall, et braquent leurs armes sur la cour. Vers 12 h, les enseignants sont conduits vers le hall d'entrée, où les attendent des agents de la Gestapo, accompagnés de Georges Mathieu, qui leur intime de se séparer en deux groupes suivant qu'ils viennent de Strasbourg ou de Clermont-Ferrand. 1 200 personnes sont ainsi regroupées. À 13 h, la plupart des clermontois sont libérés ; restent 400 à 500 personnes.

À 15 h, tout le monde est conduit vers un grand réfectoire. Les soldats font sortir les femmes pour qu'elles puissent uriner, puis une heure et quart plus tard c'est le tour des hommes, par groupes de cinq. Les membres de la Gestapo partis, les soldats allemands se relâchent et certains font savoir qu'ils désapprouvent l'opération. Un café est servi.

Vers 21 h, les membres de la Gestapo reviennent. À partir de 22 h, les hommes sont emmenés par groupes de dix devant Georges Mathieu et Ursula Brandt, accompagnés de policiers français. Les policiers relèvent les identités, et Georges Mathieu trie les personnes interrogées en deux groupes. Les prisonniers sont emmenés au 92e régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand, qui sert de prison à la Gestapo.

À h du matin, l'un des deux groupes est libéré. Le groupe restant est formé de 130 personnes.

Pendant l'opération, des enseignants sont également arrêtés à leur domicile.

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'opération fait plusieurs morts :

  • le professeur Paul Collomp, tué par un membre de la Gestapo, Kaltseiss, pour n'avoir pas levé les mains assez vite à l'injonction de ce dernier, alors que Georges Mathieu et Kaltseiss allaient récupérer les adresses des enseignants ;
  • un jeune homme blessé par balle puis achevé, sur un banc près de la faculté de droit ;
  • Louis Blanchet, âgé de 15 ans, abattu de six balles de mitraillette pour avoir paru se moquer d'un soldat qui lui ordonnait de descendre du trottoir, avenue Vercingétorix, alors qu'il se rendait au pensionnat Godefroy de Bouillon.

Environ 1 200 personnes sont interpellées, près de 500 personnes sont gardées toute la journée, et 130 personnes seront finalement arrêtées pour être déportées. Seuls une trentaine d'entre eux reviendront des camps, dont aucun Juif.

À la suite de l'opération, la population de Clermont-Ferrand aurait défilé devant les bâtiments de l'université en chantant la Marseillaise pour manifester sa désapprobation.

La BBC déclarera en février 1944 que Georges Mathieu a « livré à la Gestapo l'université de Strasbourg ». Mathieu sera arrêté par des résistants, jugé puis fusillé le 12 décembre 1944.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La rafle du 25 novembre 1943, sur le site de l’Université de Strasbourg.
  2. Guyotjeannin Charles, « Les étudiants en pharmacie des universités de Strasbourg et de Clermont-Ferrand victimes en 1943 de la barbarie nazie. », in: Revue d'histoire de la pharmacie 87ᵉ année, n°323, 1999. pp. 309-316. Texte intégral.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Histoire de la Résistance de l'université française de Strasbourg à Clermont-Ferrand :