Rafle du 11 septembre 1942 ( Nord-Pas-de-Calais)

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La rafle du 11 septembre 1942 est une rafle de juifs effectuée par les occupants nazis et la police française dans la région du Nord-Pas-de-Calais.

Contexte[modifier | modifier le code]

La région Nord-Pas-de-Calais est occupée dès juin 1940 par les troupes allemandes. Elle est rattachée le 17 juin 1941, sous le commandement militaire allemand de Bruxelles, ayant son siège avenue de la Loi. Il ne s'agit pas de la zone interdite, qui elle se trouvait au sud de la rivière de la Somme et allait jusqu'aux Vosges. Toute la région connut alors une lourde occupation militaire [1].

À cette époque la population juive de la région était composite. Il y avait plusieurs communautés juives : la communauté dite Israélite, composée comme à Lille, Valenciennes ou Douai de Juifs implantés depuis le XIXe siècle[2]. Ensuite une communauté majoritaire suite aux vagues migratoires des années 1920 et 1930. De nombreux Juifs venus de Pologne ou de région de l'ancien empire austro-hongrois (disparu après la Première Guerre mondiale), se sont installés dans les zones urbaines ou dans le bassin minier, à Lens (62). Il s'agissait majoritairement d'immigrés récents, petits commerçants arrivés à la suite des mineurs polonais catholiques quand à eux.

Enfin, des communautés plus congrégations plus petites, comme les Juifs Hongrois, Roumains ou Turques. On trouvait ces citoyens étrangers principalement dans le métropole lilloise.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Durant le printemps 1942, les représentants des sections antijuives des Sipo-SD (Gestapo) de Paris, Bruxelles et Amsterdam (Pays-Bas), se réunissent pour élaborer un calendrier des déportations massives qui devront être effectuées après la conférence de Wansee (20 janvier 1942). La rafle du Vel'd'Hiv' en Ile de France et dans d'autres villes de France occupée, laisse à penser aux Juifs du Nord-Pas-de-Calais, que leurs tours viendra bientôt. Certains s'enfuient dès l'été 1942 vers la zone libre ou la Suisse, d'autres cachent leurs enfants dans des familles non-juives. Le 10 septembre 1942, le commissariat central de Lille reçoit l'ordre de la Orstkommandantur 814, de mettre à la disposition de l'autorité allemande, 100 gardiens de la paix français en uniforme et cinq gradés. Les policiers devront servir d'interprète pour dire aux Juifs de préparer des affaires pour quelques jours.

Le 11 septembre 1942, à l'aube des Feldgendarmes allemands de l'unité 816 procèdent dans la métropole lilloise aux arrestations accompagnés des policiers français. Les mêmes scènes se reproduisent dans les villes de Condé-sur-l'Escaut, Denain, Valenciennes, Douai et Cambrai pour le Nord et de Lens, Bully-les-Mines, Avion, Liévin pour le Pas-de-Calais. L'opération prend toute la matinée. Plusieurs trains de voyageurs acheminent les différentes familles arrêtées vers Lille.

Le rassemblement[modifier | modifier le code]

Les prisonniers faits à Lille et dans sa banlieue sont acheminés dans une gare de réparation de wagons. Il s'agit de la gare de Fives (quartier populaire lillois). Les Juifs de la métropole lilloise, arrêtés à Lille, Roubaix, Tourcoing et Marcq-en-Baroeul, attendent sur le quai de la gare de Fives et sous un soleil de plomb. Il s'agit principalement de femmes et d'enfants dont le nombre est estimé à environ 300 personnes[3].

Le sauvetage[modifier | modifier le code]

C'est là qu'un événement unique en Europe va se produire. Des cheminots de la SNCF - au nombre de 24 - vont décider spontanément d'aider des dizaines de personnes, principalement des enfants. Le sauvetage du 11 septembre 1942 vient de commencer. Les employés du chemin de fer utilisent leur connaissance des lieux pour cacher des enfants dans des bâtiments abandonnés, une lampisterie ou pour évacuer de la gare des enfants. De nombreux proches, non-juifs, présents à l'extérieur de la gare de Fives, pourront ainsi récupérer les rescapés et les soustraire à l'autorité allemande[4].

Le départ du train vers Malines[modifier | modifier le code]

Les cheminots ont beaucoup plus de difficulté pour aider les Juifs dans l'après-midi du 11 septembre 1942. Le train de Lens est arrivé et lors du transfert de détenu pour rejoindre les Lillois, des Juifs de la région de Lens seront aussi sauvés par les cheminots[5]. Les Allemands deviennent de plus en plus nerveux après avoir observés des vas-et-vient de cheminots. Les employés de la SNCF, de leur propre aveu, doivent ralentir leur activité de sauvetage, sous peine d'être repérés et arrêtés par les Feldgendarmes allemands[6]. Dans la soirée, tous les détenus Juifs arrêtés dans la région sont embarqués dans un train de passager de troisième classe à destination du camp de regroupement de Malines (Belgique). Le lendemain ils complètent un convoi de 1000 personnes, le convoi X (dix) à destination d'Auschwitz où il arrive le 17 septembre. Des cinq cent vingt victimes du Nord, seuls neuf hommes revinrent à la libération.

Le sauvetage[modifier | modifier le code]

L'événement n'aura quasiment aucun retentissement et seules des médailles de la reconnaissance française et des lettres de félicitations seront remises aux cheminots par le ministère de l'intérieur en 1947, grâce à M. Gerschel, alors président de la communauté juive de Lille. Mais progressivement, le sauvetage a été oublié du grand public. Seul les rescapés souhaitant raconter leur histoire et leurs descendants essayèrent de rappeler ces actes de courage et d'humanisme. En 2016, un article paru dans la revue Tsafon 'Sans armes face à la rafle du 11 septembre 1942' et rédigé par Monique Heddebaut et un livre intitulé "Sauvons les enfants" écrit et paru en septembre 2016 par Grégory Célerse, devaient permettre de relater dans un cadre historique ces événements de la gare de Fives.


Le 11 septembre 2016, sous l'impulsion de Grégory Célerse et avec le concours de la mairie de Lille, une cérémonie a eu lieu pour la première fois sur le site de la gare de Fives. Cinq des enfants sauvés en 1942 ont dévoilé une plaque portant les noms des 24 cheminots qui leur ont sauvé la vie. Des retrouvailles émouvantes ont eu lieu sur le site du sauvetage.

https://positivr.fr/juifs-lille-11-septembre-1942-sauvetage-retrouvailles/

Plusieurs dossiers de reconnaissance de Juste parmi les Nations ont été constitués et adressés à Yad Vashem Jérusalem. Cela permettra à certains cheminots d'obtenir un titre honorifique pour leur courage et leur bravoure. Seul un cheminot, non présent le 11 septembre 1942, Marcel Thumerel et son épouse Adélaïde-Agathe recevront le titre de Juste en 1993 pour avoir hébergé brièvement le jeune Jacques Ingwer.

Erreur sur le site[modifier | modifier le code]

Les cheminots ayant participé à ce sauvetage, disparaissant avec le temps, les uns après les autres, les quelques initiés qui avaient entendu parler d'un sauvetage, évoqués le site de la gare Saint-Sauveur (centre-ville de Lille). Une plaque a même été dévoilée dans le hall de la gare Lille-Flandre en 2012, après une cérémonie à Saint-Sauveur en présence de notable, d'historiens et de membres de la communauté juive de Lille. Or, il s'avère, que le sauvetage n'a pas eu lieu à Saint-Sauveur mais belle et bien à la gare de Fives, rue de Belle Vue. C'est le rapport du chef de Gare de Fives d'époque, Jean Mabille, rédigé en 1947 et retrouvé par Grégory Célerse en 2015 dans un musée de la métropole lilloise.

La cérémonie du 11 septembre 2016 et la pose de la plaque en l'honneur des cheminots, ont permis d'officialiser le site du sauvetage comme étant la gare de FIVES - Bellevue et non pas la gare Saint-Sauveur (qui est une gare de marchandise de frêt ,dite petite vitesse )

PS Le Train transportant des Juifs raflés à Lens,Valenciennes,etc était en attente dans la Gare le LILLE-MONT-DE TERRE , située en vis à vis de la Briquetterie.

Les Juifs "ramassés" à Lille devront se rendre à bord de ce train ; à noter que ce train est constitué de wagons de voyageurs (donc avec des sièges ).

Le train prendra la direction de TOURNAI . Beaucoup jetteront des messages écrits sur des papiers pliés en 4 ; les Belges les ramasseront ,les mettre dans des enveloppes et les poster à leurs frais .

Pendant leur attente,les voyageurs verront un château d'eau destiné aux locomotives du centre de tri des wagons de marchandises , sur lequel sera portée la mention : "LILLE St-SAUVEUR 2 " .

d'où une confusion chez certains historiens aujourd'hui.

(JCD)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Collectif, Le Nord, de la Préhistoire à nos jours, Bordessoules, (ISBN 2903504288), p. 324-325
  2. Histoire de la communauté juive de Valenciennes sur le site de la synagogue
  3. Célerse, Grégory, 1974- Verfasser., Sauvons les enfants : une histoire du comité lillois de secours aux Juifs (ISBN 9782919111374 et 291911137X, OCLC 976428862, lire en ligne)
  4. Célerse, Grégory, 1974- Verfasser., Sauvons les enfants : une histoire du comité lillois de secours aux Juifs (ISBN 9782919111374 et 291911137X, OCLC 976428862, lire en ligne)
  5. Célerse, Grégory, 1974- Verfasser., Sauvons les enfants : une histoire du comité lillois de secours aux Juifs (ISBN 9782919111374 et 291911137X, OCLC 976428862, lire en ligne)
  6. Mabille Jean, « Rapport de sauvetage à la gare Fives-Lille », ,,‎ , p. 6 pages

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Grégory Célerse, Sauvons les enfants, histoire de comité lillois de secours aux Juifs, Les Lumières de Lille, 2016 (ISBN 9782919111374)
  • Monique Heddebaut, Sans armes face à la rafle du 11 septembre 1942, tiré à part de la revue Tsafon, décembre 2015.
  • Nicolas Mariot et Claire Zalc, Face à la persécution : 991 juifs dans la guerre, Odile Jacob, 2010 (ISBN 2738121756, lire en ligne))