Radio Canut

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Radio Canut
Description de l'image Logo Radio Canut.png.
Présentation
Pays Drapeau de la France France
Siège social 69001 Lyon
Slogan Radio Canut, la plus rebelle des radios !
Langue Français
Statut Radio associative
Site web www.radiocanut.org
Historique
Création
Diffusion
GO  Non
AM  Non
FM  Oui
RDS __CANUT_
Numérique  Oui
Numérique terrestre  Non
Satellite  Non
Câble  Non
ADSL  Non
Streaming  Oui
Podcasting  Oui

Radio Canut est une radio associative à caractère régional, diffusant ses programmes à Lyon et dans son agglomération, sur la fréquence 102.2 FM. Radio historique du quartier des pentes de la Croix-Rousse, elle a pour slogan « Radio Canut, la plus rebelle des radios ! ». Elle est installée au 24 de la rue du Sergent-Blandan, dans le 1er arrondissement de Lyon. Radio Canut est une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et dont les statuts ont été déclarés à la préfecture du Rhône le 27 septembre 1981. Elle tient son nom des canuts, ouvriers de la soie lyonnais.

Historique[modifier | modifier le code]

À l'origine radio pirate et illégale, elle est créée en 1977 dans une optique politique pour lutter contre le monopole des médias traditionnels sur la diffusion radiophonique, elle s'inscrit alors dans le mouvement de création de radios libres dont elle reste la seule survivante sur Lyon. Les Lyonnais connaissent alors Radio Canut sous le nom d'antenne de Radio-Guignol. À cette époque, cet illégalisme militant se traduit par des poursuites et des saisies, qui augmentent au cours des six derniers mois de 1978 (sans être pour autant systématiques). En novembre 1978, deux radios lyonnaises, Radio Joufflu et Radio Canut-Radio Guignol reçoivent la visite d'inspecteurs de la police judiciaire et de fonctionnaires de la DST Le matériel est saisi et les animateurs inculpés[1]. Durant cette arrestation du 21 novembre 1978, outre la saisie d'un magnétophone, d'un émetteur et d'une antenne, trois personnes sont interpellées, dont Victor Fremaux, de Radio Canut, ingénieur à EDF.

Victor Fremaux et Jean-Baptiste Blanchemain (animateur de Radio-Joufflu) sont alors inculpés en fonction de la loi du 28 juillet 1978 concernant les infractions au monopole d'État de la radiodiffusion. Ces saisies et ces inculpations font suite aux plaintes déposées par la société TéléDiffusion de France[2].

La première réunion européenne des radios libres qui se tient les 29 et 30 septembre 1979 à Longwy et à laquelle participent soixante-deux radios (dont des radios belges, italiennes, espagnoles, anglaises, suisses), à l'appel de Radio SOS Emploi, la radio de la CFDT à Longwy, propose la préparation de plusieurs Journées nationales dont l'une à l'occasion du procès de Radio Canut, le 10 janvier 1980[3]. Les deux responsables de radios libres de la région lyonnaise sont condamnés par la cinquième chambre du tribunal correctionnel de Lyon l'un et l'autre à 1 500 francs d'amende et à la confiscation du matériel de diffusion, en application de la loi sur le monopole de la radiodiffusion. Ces condamnations se font dans un contexte général de poursuites d'animateurs de radios libres qui sont aussi parfois des syndicalistes : par exemple cinq syndicalistes CGT de Rennes sont inculpés pour diffusion illégale d'émissions de radio (parmi eux figurent Yannick Frénin et Michel Gallerand, respectivement secrétaire général de l'union départementale CGT d'Ille-et-Vilaine et secrétaire de l'union de Rennes). À la mi-novembre 1979, la CGT avait diffusé des émissions clandestines, à l'occasion de la campagne nationale pour les élections prud'homales. Quatre des animateurs d'une radio libre de Besançon, Radio-25, Benoit Roche, vingt-quatre ans, éducateur, Jean-Paul Marthey, trente ans, manutentionnaire, Ghislaine Seguin, vingt-trois ans, éducatrice, et Gérard Pomez, vingt-six ans, agent de service, sont aussi condamnés le 14 mars 1980, par le tribunal de grande instance de Besançon, à 5 000 F d'amende avec sursis. TéléDiffusion de France, partie civile, obtient 1 F de dommages-intérêts[4]. À Auby (Nord), le matériel de Radio-Quinquin, la station libre de la CGT est saisi le 4 juin, Radio-Quinquin recommence à émettre dès le vendredi 6 juin à 18 heures. Mais ces émissions, qui ont une portée d'une vingtaine de kilomètres, sont néanmoins brouillées. Lorraine-Cœur d'acier à Nancy et Radio-Paris-80, dont le matériel a été également saisi ont aussi repris leurs émissions malgré le brouillage[5].

Dans ce contexte, trois radios libres lyonnaises, Radio Canut, Radio-Lézard et Radio-Pipelette se regroupent pour lancer une radio libre permanente (la première émission a lieu le lundi 9 juin 1980 à 19 heures). Radio Canut est la doyenne de ces trois radios libres. Les deux autres sont plus jeunes, Radio-Lézard, créée aux assises de l'écologie, et Radio-Pipelette, qui est d'abord une radio féminine, décident de s'associer et de sortir de la clandestinité en ce mois de juin 1980. Leur première émission commune a été diffusée le lundi soir 9 juin 1980 en modulation de fréquence (92 MHz) depuis le CEP (Collectif d'expression populaire). L'objectif de cette association (il ne s'agit pas d'une fusion) est de « ne plus être seulement reconnue mais aussi d'être entendue ». Chacune des trois radios libres conserve son autonomie et continue à fonctionner dans les quartiers ou les banlieues. Mais la réunion des trois doit permettre, selon ses animateurs, « la création d'une véritable radio d'agglomération », sans censure ni autocensure et en se gardant de l'institutionnel. Pas de publicité sur les ondes des radios lyonnaises réunies, qui n'ont pas encore choisi de nom, mais dont les ressources proviendront essentiellement de l'organisation de concerts et de fêtes. « Par ces temps de répression », expliquent les responsables, « nous voulons faire une radio au grand jour avec un maximum d'émissions en direct. La question est de savoir si on va nous laisser agir »[6].

Radio Léon, le collectif de ces radios libres lyonnaises (Radio Canut, Radio-Pipelette, Radio-Lézard), dont les émissions seront interrompues en juin 1980 par la police), émet à nouveau à partir du 27 octobre 1980. Les émissions, qui sont publiques, ont lieu de 19 heures à 22 heures, les lundi, mardi, mercredi, sur 100 MHz, à partir du Centre d'expression populaire, 44, rue Saint-Georges, à Lyon[7].

Le contexte va par la suite changer. Les élections présidentielles de 1981 et l'arrivée de la gauche au pouvoir précèdent un développement des radios libres, souvent apolitiques, qui cachent mal leurs appétits commerciaux, voire électoraux. Le temps des pionniers des années 1977-1980 (Radio Canut, Radio Léon) semble déjà loin au printemps 1982[8].

Deux courants divergent au sein de Radio Léon : l’un est axé vers la professionnalisation, le salariat et le financement publicitaire ; l’autre entend défendre le bénévolat associatif et anti-commercial. Entre ces deux positions, la séparation est irréversible. La fraction « militante » décide la poursuite de l’activité associative et, en reprenant le nom de Radio Canut, confirme son attachement à la ligne historique du collectif. Quant à l’aile « dissidente », elle entame sa nouvelle politique en conservant le nom de Radio Léon[9].

En 1984, il est écrit dans la presse que l'autorisation d'émettre dans la première agglomération régionale de Radio Scoop (très explicite dans ses ambitions commerciales) serait subordonnée à la fusion autoritaire de deux anciens divorcés - Radio Léon et Radio Canut[10].

Radio Léon disparaîtra en 1985 à la suite des dissensions internes.

La Haute Autorité de la communication audiovisuelle autorise Radio Canut à émettre de façon légale le 21 août 1985 sur le 102,2 MHz, fréquence qu'elle utilise encore actuellement. Depuis décembre 1985 Radio Canut signe chaque année une convention de diffusion avec TDF.

Les locaux de la radio ont été perquisitionnés en après des propos d'un animateur bénévole appelant à « se faire sauter au milieu du cortège » en faisant référence à la manifestation des policiers place Bellecour le 20 octobre[11].

Mode de fonctionnement[modifier | modifier le code]

Son fonctionnement est assuré par des bénévoles sur le principe de l'autogestion. Le refus des logiques commerciales en fait, avec quelques rares radios associatives strictement non commerciales, une des dernières radios sans publicité du paysage radiophonique français, d'où un financement constitué du Fonds de soutien à l'expression radiophonique (FSER) et de cotisations des animateurs des émissions. Radio Canut est ouverte aux personnes motivées selon des modalités expliquées sur le site Internet de la radio.

Radio Canut est adhérente de la Confédération des radios associatives non commerciales de Rhône-Alpes.

Politique[modifier | modifier le code]

Maintenant légale, elle garde pourtant son identité revendiquée « rebelle ».

Pour la programmation musicale (qui reste majoritaire en temps d'antenne), avec un choix de musique que l'on pourrait qualifier de « non commerciales », pointues et très variées (punk, reggae, rap, chanson, jazz, musique expérimentale…).

Pour son fonctionnement : toute personne ayant un projet peut proposer une émission. Tous les animateurs et animatrices participent à la gestion de Radio Canut.

Pour ses émissions d'expression politiques, avec un refus de la « fausse objectivité » revendiquée par la majorité des médias, mais avec une subjectivité assumée. Cette particularité est visible notamment à travers des émissions d'informations (le Canut info) ou clairement politiques (idées noires, la bande à spartacus qui voient intervenir notamment des militants de la Confédération nationale du travail et de la Coordination des groupes anarchistes).

Elle organise chaque année un repas de quartier dans le 1er arrondissement de Lyon, le 1er mai place Sathonay où se retrouvent certains animateurs de la radio, certains habitants du quartier et certains manifestants revenant de la traditionnelle manifestation syndicale (en général une partie du cortège « Rouge et noire (anarchiste) » de la manifestation rejoint le repas de quartier).

Médias alternatifs lyonnais[modifier | modifier le code]

Radio Canut fait partie de C.Mal (Coordination des médias alternatifs lyonnais) avec plusieurs autres médias lyonnais dont le site Rebellyon.info, le journal Popouri et l'Infokiosk des résistances.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Catherine Humblot, « Les radios libres », Le monde,‎
  2. « Une nouvelle « Radio libre » a été saisie à Lyon », Le monde,‎
  3. Catherine Humblot, « L'Europe des radios libres », Le Monde,‎
  4. « Les poursuites contre les animateurs de radios libres », Le Monde,‎
  5. « Les trois radios libres ont repris leurs émissions », Le Monde,‎
  6. « Trois radios libres lyonnaises s'associent », Le Monde,‎
  7. « L'audience des stations régionales de Picardie », Le Monde,‎
  8. « La foire de Lyon », Le Monde,‎
  9. « L'histoire de Radio Canut », sur Radio Canut (consulté le 4 mars 2015)
  10. « Blanchot sans l'oseille », Le Monde,‎
  11. « L’animateur d’une radio lyonnaise appelle à se “faire sauter” durant la manif des policiers », sur https://www.lyonmag.com, (consulté le 28 octobre 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]