Radhia Nasraoui

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Radhia Nasraoui
Radhia Nasraoui.JPG
Radhia Nasraoui le 28 janvier 2012.
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Radhia Nasraoui (arabe : راضية النصراوي), née en 1953 à Tunis[1], est une militante et avocate tunisienne, spécialiste des droits de l'homme, qui milite particulièrement contre l'usage de la torture[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premiers pas[modifier | modifier le code]

Radhia Nasraoui commence à faire campagne dans les années 1970 en faveur du respect des droits humains. À cette époque, le régime du président Habib Bourguiba interdit les manifestations d'étudiants et de travailleurs. En 1976, elle parvient à convaincre le cabinet où elle travaille de défendre les étudiants qui sont accusés[3].

Deux ans plus tard, à la suite du Jeudi noir, une grève générale qui s'accompagne de sanglantes émeutes faisant de nombreuses victimes[4], Nasraoui ouvre son propre cabinet[5].

Lutte pour les droits humains[modifier | modifier le code]

Elle participe à la fondation de l'Association de lutte contre la torture en Tunisie qu'elle annonce le 26 juin 2003[6]. Désignée présidente, elle dénonce ce qu'elle considère comme la « torture systématique » pratiquée dans son pays depuis l'accession au pouvoir du président Zine el-Abidine Ben Ali le 7 novembre 1987[7].

En raison de ses activités professionnelles en faveur des droits humains en Tunisie, Radhia Nasraoui continue à être exposée à la répression et à la violence policière. Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes des Nations unies rapporte alors certains faits :

« Le 12 février 1998, le bureau de Radhia Nasraoui a été mis à sac et la plupart de ses dossiers volés [...] Sa maison est sous surveillance constante, sa ligne téléphonique est régulièrement coupée ou mise sur écoute. De plus, ses filles endurent des intimidations constantes. Le 8 mai 2001, en revenant de Paris, elle a été interceptée à l'aéroport de Tunis et tous ses documents (parmi lesquels des articles sur la répression en Tunisie) lui ont été confisqués. En août, sa voiture a été saccagée. Le harcèlement envers elle et ses filles s'est accru depuis le début du mois de janvier 2002.[8] »

Du 15 octobre au 10 décembre 2003[9],[10], elle entame une grève de la faim « pour protester contre le harcèlement professionnel et familial dont elle est l'objet et pour réclamer que justice lui soit rendue après une agression physique subie en juillet »[11] ; elle y met fin le jour de la commémoration du 55e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Radhia Nasraoui continue à être exposée à la répression étatique jusqu'à la révolution de 2011[12] marquée par la chute du président Ben Ali. Durant cette période, elle est considérée comme l'avocate et la militante contre la torture la plus connue en Tunisie[13] puis comme un leader d'opinion du Printemps arabe[14],[15].

Même après la révolution, elle continue de dénoncer les cas de tortures et de mauvais traitements infligés aux prisonniers[16]. Elle est par ailleurs membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux commencent le 4 mars 2009[17].

En 2013, elle participe à la défense de la femen tunisienne Amina Sboui[18].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Radhia Nasraoui est mariée avec Hamma Hammami, secrétaire général du Parti des travailleurs, depuis 1981 ; ils ont trois filles : Nadia, Oussaïma et Sarah[19].

Soutien à son mari[modifier | modifier le code]

Le 2 février 2002, le Tribunal de première instance de Tunis condamne son mari Hamma Hammami ainsi qu'Abdeljabbar Madouri et Samir Taamallah — tous trois sortis le même jour de quatre ans de clandestinité — à plus de neuf ans de prison en raison de leur appartenance au Parti communiste des ouvriers de Tunisie, un parti non reconnu par les autorités[20]. Le 31 mars, Hammami est condamné à trois ans et deux mois de prison à l'issue du procès en appel ; Madouri et Taamallah se voient respectivement infliger des peines de trois ans et neuf mois et un an et neuf mois d'emprisonnement[21].

Le 26 juin, Nasraoui entame une grève de la faim à son domicile de Tunis pour protester contre l'emprisonnement de son mari :

« Par cette action, j'entends réclamer la libération immédiate et sans conditions de mon mari emprisonné pour ses opinions, et protester contre les mauvais traitements dont il est l'objet, ainsi que sa famille [...] Hamma n'a jamais pu voir sa famille dans des conditions humaines : deux grillages le séparent de ses visiteurs et la visite se déroule en présence de plusieurs gardiens. Il n'a toujours pas le droit de voir Sarra, née quand il vivait en clandestinité.[22]. »

Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, déclare pour sa part qu'« il est scandaleux qu'une personne doive en arriver là pour que ses droits et ceux de sa famille soient respectés »[23]. Hammami est finalement libéré le 4 septembre, après la mobilisation de groupes internationaux de défense des droits humains[24],[25],[26].

Le 18 octobre 2005, elle est à nouveau aux côtés de son mari qui entame une grève de la faim avec sept personnalités de l'opposition dont Ahmed Néjib Chebbi, secrétaire général du Parti démocrate progressiste, Abderraouf Ayadi, vice-président du Congrès pour la République, le juge Mokhtar Yahyaoui (en), Mohamed Nouri, président de l'Association internationale de soutien aux prisonniers politiques, et Lotfi Hajji, président d'un syndicat de journalistes tunisiens)[27]. Elles protestent durant 32 jours contre ce qu'elles considèrent comme la recrudescence des attaques contre la société civile tunisienne.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Le 16 novembre 2005, l'université libre de Bruxelles lui décerne le titre de docteur honoris causa pour sa défense des droits humains et son engagement en faveur de l'émancipation de la femme tunisienne[28]. Kristian Berg Harpviken (en), directeur du Peace Research Institute Oslo (en) juge probable, avant l'attribution du prix Nobel de la paix 2011, que Radhia Nasraoui figure parmi les lauréats en tant que représentante du Printemps arabe[29],[30].

En novembre 2011, Radhia Nasraoui figure parmi les lauréats Prix Roland Berger pour la dignité humaine remis par la Fondation Roland Berger (de) pour avoir « contribué de façon significative à la réussite du Printemps arabe et à la protection de la dignité humaine »[31].

Le 30 janvier 2013, elle reçoit le Prix Olof Palme avec le Saoudien Waleed Abu al-Khair[32].

Le 14 mai 2013, elle reçoit de l'université de Mons le titre de docteur honoris causa pour son engagement en faveur des droits humains en Tunisie[33].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Katalin Wrede, « Radhia Nasraoui: Leading the fight against torture in Tunisia », sur human-dignity-forum.org, (consulté le 25 décembre 2018)
  2. « Radhia Nasraoui : "Rien ne justifie la torture, pas même le terrorisme" », sur jeuneafrique.com, (consulté le 25 décembre 2018)
  3. « Radhia Nasraoui, l'avocate en procès », sur lexpress.fr, (consulté le 25 décembre 2018)
  4. (de) Klaus-Peter Schmid, « Tunesien: Generalstreik und Aufruhr », sur zeit.de, (consulté le 25 décembre 2018)
  5. (en) « Biography of Radhia Nasraoui », sur africansuccess.org (consulté le 25 décembre 2018)
  6. « Radhia Nasraoui annonce la création d'une association de lutte contre la torture », Associated Press, 25 juin 2003
  7. « La femme de la semaine. Radhia Nasraoui, une Tunisienne en colère », sur letemps.ch, (consulté le 25 décembre 2018)
  8. « Application de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes par la Tunisie » [PDF], sur omct.org (consulté le 15 avril 2018)
  9. Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme, “Security First” und die Menschenrechte. Jahresbericht 2003, éd. de l'Aube, La Tour d'Aigues, 2004, p. 332 et suiv. (ISBN 2-88477-076-3) (lire en ligne)
  10. (de) « Radhia Nasraoui: Hungerstreik zur Verteidigung meiner Würde », sur gewerkschafterinnen.amnesty.at, (consulté le 25 décembre 2018)
  11. Monique Mas, « Radhia Nasraoui arrête sa grève de la faim », sur rfi.fr, (consulté le 25 décembre 2018)
  12. (de) Annegret Mathari, « Verschärfte Repression in Tunesien », sur nzz.ch, (consulté le 25 décembre 2018)
  13. (de) Jahel Mielke, « Da wusste ich, dass ich etwas tun muss », sur tagesspiegel.de, (consulté le 15 avril 2018)
  14. (de) Parvin Sadigh, « Die Frauen der Revolte », sur zeit.de, (consulté le 25 décembre 2018)
  15. « Radhia Nasraoui toujours attachante même avec ses outrances verbales », sur leaders.com.tn, (consulté le 25 décembre 2018)
  16. (de) « Tunesier beklagen Folter », sur n-tv.de, (consulté le 15 avril 2018)
  17. « L'ancienne dissidente Radhia Nasraoui s'inquiète pour la transition tunisienne », sur lemonde.fr, (consulté le 25 décembre 2018)
  18. Kardiatou Traoré, « Femen Tunisie : le Comité de défense d'Amina crie au complot », sur afrik.com, (consulté le 15 avril 2018)
  19. Aymen Gharbi, « Tunisie : l'étreinte entre Hamma Hammami et Radhia Nasraoui lors d'un meeting fait réagir la toile », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 25 décembre 2018)
  20. « Radhia Nasraoui arrête sa grève de la faim », sur rfi.fr, (consulté le 25 décembre 2018)
  21. Mohamed Haddad, « Tunisie : pour Radhia Nasraoui, la protection de son mari n'est "ni de l'aumône, ni un privilège" », sur lemonde.fr, (consulté le 25 décembre 2018)
  22. « Radhia Nasraoui a mis fin à sa grève de la faim », sur rsf.org, (consulté le 25 décembre 2018)
  23. « Radhia Nasraoui, son engagement pour les droits de l'homme et contre la torture en Tunisie », sur cri-irc.org, (consulté le 25 décembre 2018)
  24. (de) « Heftige Kritik am tunesischen Regime », sur nzz.ch, (consulté le 25 décembre 2018)
  25. (de) « Radhia Nasraoui beendet Hungerstreik », sur gewerkschafterinnen.amnesty.at, (consulté le 25 décembre 2018)
  26. (en) « Hamma Hammani released from prison », sur en.rsf.org, (consulté le 25 décembre 2018)
  27. « Radhia Nasraoui : "Nous sommes libres et nous le resterons" », sur afrik.com, (consulté le 25 décembre 2018)
  28. « DHC : courage ou imagination », sur ulb.ac.be (consulté le 25 décembre 2018)
  29. (en) « PRIO Director's Nobel Peace Prize Speculations 2011 », sur prio.no (consulté le 25 décembre 2018)
  30. (de) Christian Nünlist, « Geht der Friedensnobelpreis an das « Facebook-Girl »? », sur aargauerzeitung.ch, (consulté le 25 décembre 2018)
  31. « Radhia Nasraoui », sur leaders-afrique.com (consulté le 25 décembre 2018)
  32. « Radhia Nassraoui reçoit le Prix Olof Palme pour les droits de l'homme de 2012 », sur leconomistemaghrebin.com, (consulté le 25 décembre 2018)
  33. « L'UMons remet les insignes de Docteurs Honoris Causa à cinq éminentes personnalités », sur dhnet.be, (consulté le 25 décembre 2018)
(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Radhia Nasraoui » (voir la liste des auteurs).

Liens externes[modifier | modifier le code]