Radama II

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Radama II
Illustration.
Portrait du roi Radama II par Robert Lisan.
Titre
Roi de Madagascar
4e monarque de Madagascar

(1 an, 8 mois et 26 jours)
Couronnement
Prédécesseur Ranavalona Ire
Successeur Rasoherina
Biographie
Dynastie Merina
Nom de naissance Rakotosehenondradama
Date de naissance
Date de décès (à 33 ans)
Lieu de décès Antananarivo
Père Andrianisa Rainijohary
Mère Ranavalona Ire
Conjoint Rasoherina
Ranavalona II
Marie Rasoamieja

Radama II
Monarques de Madagascar

Radama II, né le 23 septembre 1829 et décédé le 11 mai 1863, est un roi malgache. Il règne sur le royaume de Madagascar de 1861 à 1863. Cette période est marquée par un revirement diplomatique vis-à-vis des Européens. Roi francophile, il est néanmoins accusé de « brader le pays » et meurt assassiné par les tenants d'une politique plus indépendante.

Biographie[modifier | modifier le code]

Succession[modifier | modifier le code]

Gravure d'époque du couronnement de Radama II (Le Monde illustré).

Le 23 septembre 1862, 13 mois après la disparition de sa mère, la reine Ranavalona Ire (survenue le 15 août 1861), le prince Rakoto est couronné roi sous le nom de Radama II.[1] Officiellement, il est considéré comme le fils de Radama Ier, mort en 1828, plus d'un an avant sa naissance. La rumeur attribue sa paternité au Premier ministre Andrianisa Rainijohary, qui était également alors le compagnon attitré de sa mère. Il est également reconnu roi de Madagascar par la signature d'un traité d'amitié franco-malgache avec Napoléon III et ensuite, le Royaume-Uni et d'autres puissances européennes.

Contexte du couronnement[modifier | modifier le code]

Photographie du roi Radama II.

La mort de Ramada Ier laissa le trône à son épouse, la reine Ranavalona I. Lorsque celle-ci à son tour , mourue, Ramboasalama, cousin germain du prince héritier Rakoto, tenta de forcer le trône. Sa tentative mise en échec, celui-ci fut condamné à l'exil par les juges. Ce n'est que le 21 avril 1862, huit mois après la mort de la Reine, que Ramboasalama mourut dans son exil. La nouvelle fut portée au prince Ralkoto, qui annonca immédiatement un deuil national de 20 jours, ainsi que des funérailles officielles. En effet, bien que son cousin germain ait trahi sa famille, le prince conservait pour lui une grande tendresse, et souffrait de le savoir si loin. Lors de ces funérailles nationales, Ratasilahy, fils du défunt cousin, "monta sur une pierre, et s'étant prosterné jusqu'à trois fois devant le prince, il demanda pardon au nom de son père; puis, lui montrant tous ceux qui l'entouraient: "Voici, s'écria-t-il, vos enfants et vos esclaves; ils sont orphelins, ayez pitié d'eux." " Suite à cette déclaration, le prince décréta que Ratasilahy "était prince du sang et successeur de son père". Cependant, ceci ne suffisait pas aux yeux du futur roi, il lui fallait pour tous les coupables un pardon général, une réhabilitation entière. Tout ce qui l'arrêtait c'était la réticence des juges qui voulait un exemple, et qui redoutait avec quelque raison que l'excès d'indulgence ne provoquât l'excès du fanatisme et de la révolte. Mais Rakoto affirmait que tant qu'il ne pourrait pardonner pleinement, il "ne serait roi qu'à demi."[2]

Le jour de son couronnement s'annonça enfin pour le 23 septembre. Le 19, il convainquit enfin les juges d'une amnistie général.

« Une amnistie générale, dit-il, voilà ma plus belle couronne et mon plus beau diadème ». Les juges l'accordent. La nouvelle est répandue au bruit de 21 coup de canons qui mettent la ville en émoi.[2]

Le 22 septembre au soir, la veille de son couronnement, il donne ordre pour que les portes du palais fussent ouvertes aux missionnaires catholiques le lendemain matin, dès six heure, afin qu'ils pussent y entrer librement pour y donner la messe. Les missionnaires ont en effet rencontré, le matin du 23 septembre, les portes du palais ouvertes, et dans la salle où devait se dérouler l'office, la couronne royale avait été déposée sur l'autel. La messe privée fut dite en présence du Roi et de la Reine. Puis la bénédiction de la couronne royale fut administrée. Le prêtre, enfin, couronna le roi en prononçant ces paroles: "Sire, c'est au nom de Dieu que je vous couronne. Régnez longtemps pour la gloire de votre nom et pour le bonheur de votre peuple!" A 8h, la cérémonie était terminé. A 11h, le roi et la reine sortirent du palais, traverserent les hourras de la foule, pour rejoindre Mahamasina, où une estrade, sous la direction de monsieur Laborde, consul de France,avait été érigée pour le couronnement.[2]

Radama II entreprend aussitôt d'abolir la peine de mort. Il supprime les « corvées » (à savoir le fanompoana, les travaux non rémunérés pour le compte de l'État et de la collectivité), réduit la durée du service militaire et libère de nombreux captifs, abolit les confiscations arbitraires, et les tortures légales.

Politique[modifier | modifier le code]

Contrairement au monarque précédent, Ranavalona Ire, qui défendait l'idée d'un Madagascar indépendant, Radama II change complètement de cap. Il proclame la liberté des cultes et ouvre les portes du royaume aux Européens. Il veut importer les concepts européens. Ces réformes suscitent chez les partisans de l'ancien roi défunt de vives contestations.

Portrait du roi en 1862.

Profitant de son influence sur le jeune souverain, Jean Laborde fait signer par celui-ci une charte accordant à Joseph Lambert, un aventurier français, un droit d'exploitation exclusif de toute la partie nord de Madagascar. Pour le Premier ministre Rainivoninahitriniony (ou Raharo) et les autres notables que Radama II n'avait pas consulté, cette décision équivaut à brader aux puissances financières occidentales (et au-delà, à l'État français dont les ambitions coloniales s'affichaient ouvertement) les ressources de la moitié du territoire national, tout en compromettant de manière irréversible l'indépendance du pays.

Oppositions et assassinat[modifier | modifier le code]

Ils s'opposent donc au roi, auquel était reproché son indifférence aux affaires du royaume et ses amusements avec les menamaso (les yeux rouges). Radama, contrairement aux usages, n'a pas constitué son entourage de personnes de castes nobles andriana, il fréquente même des personnes de caste inférieure (mainty). Cette proximité entraîne un soupçon de mixité sexuelle entre les menamaso entraînant la corruption de la personne royale. Profitant alors d'une crise ouverte avec un des chefs menamaso, que le roi proposa de régler par un duel (« comme dans les pays civilisés ! » ajouta-t-il), Rainivoninahitriniony se résout à éliminer tous les menamaso et le 11 mai 1863. Et le roi lui-même est étranglé.à la porte de son palais par ceux mêmes qu'il avait amnistié sept moi plus tôt. Le nouveau gouvernement dénonça alors la charte Lambert pour l'indépendance du pays.

Troubles politiques et nouvelles normes de succession[modifier | modifier le code]

Le roi Radama II et son épouse la reine Rasoherina.

Cette disparition brutale de Radama II suscite des troubles (des révoltes éclatent, certaines conduites par des individus se prétendant être Radama II lui-même, ayant échappé miraculeusement à son assassinat) et ébranle en profondeur le système monarchique merina. Pour ne plus laisser au souverain la possibilité de conduire les affaires du royaume selon son bon plaisir, et parce qu'en réalité, depuis Andrianampoinimerina, le pouvoir étatique merina repose sur l'équilibre entre le souverain, représentant les groupes andriana et le Premier ministre, représentant les Hova, on met sur le trône la veuve (et cousine) de Radama II. Elle devient la reine Rasoherina, et épouse pour la circonstance le Premier ministre. Cette union à signification avant tout politique et protocolaire sert de modèle aux règnes suivants.

Postérité[modifier | modifier le code]

La mémoire de Radama II est honnie par l'historiographie merina traditionnelle pour qui il n'était plus que Radama nanjaka tapany, celui qui n'a « régné qu'à moitié » en raison des inconséquences et des circonstances dramatiques de son élimination. Le corps même du roi est inhumé à la sauvette dans sa propriété d'Ilafy et on efface son nom de la liste officielle des souverains. Cette vision est largement demeurée celle des nationalistes modernes pour qui Radama II était avant tout un roi traître à son propre pays, un souverain faible et influençable, foncièrement incompétent et même, passablement anarchiste. En revanche, les auteurs coloniaux tentèrent de réhabiliter ce roi francophile en le décrivant comme le « prince de la Renaissance malgache ». Les nombreux troubles suivant sa disparition montreront d'ailleurs l'attachement populaire qu'avait pu susciter ce roi après le règne oppressant de sa mère Ranavalona.

Ascendance[modifier | modifier le code]

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
2. Andrianisa Rainijohary
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
1. Radama II
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
24. Roi Andriambelomasina d'Avaradrano et Imerinatsimo
 
 
 
 
 
 
 
12. Prince Andriantsimitovizafinitrimo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
25. Princesse Rasoherimananitany
 
 
 
 
 
 
 
6. Prince Andriantsalamanjaka
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
26. Andrianampianarivo
 
 
 
 
 
 
 
13. Rabodomanjaka
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
27. Ratomponivololona Ravololonandriantsimitovy
 
 
 
 
 
 
 
3. Reine Ranavalona Ire de Madagascar
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
28. Andriamiaramanjaka
 
 
 
 
 
 
 
14. Prince Andriandamboranto
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
29. Princesse Ranavalonandriambelomasina
 
 
 
 
 
 
 
7. Princesse Rabodonandriantompo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
30. Andriankirahinimerina
 
 
 
 
 
 
 
15. Princesse Ramboakovelo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
31. Princesse Ranavalonjananjanahary
 
 
 
 
 
 

Annexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Royal Ark
  2. a b et c Anonyme, Excursions en Afrique: d'après les récits des missionaires, Ligthning Source Uk Ltd, , 330 p., p. 289-292

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Raison-Jourde, Bible et pouvoir à Madagascar au 19e siècle, Karthala, Paris, 1991, 848 pages.
  • Raymond Delval, Radama II, prince de la renaissance malgache, 1861-1863, Éditions de l'École, Paris, 1972, 959 pages.
  • R.P. Henry de Régnon, Madagascar et le roi Radama II, Paris, 1863, 204 pages.

Article connexe[modifier | modifier le code]