Rachid Benaïssa

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Rachid Benaïssa, (en arabe : رشيد بن عيسى) est un intellectuel musulman algérien né en 1942 dans le village Ait-Daoud, en grande Kabylie[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Après son diplôme de l'Institut Français des Hautes Études Islamiques obtenu en 1962 (dirigé par l'orientaliste Henry Peres), suivi d'études de sociologie et philosophie à l'Université de Damas (1962-1964), il obtient une licence de littérature comparée arabe-français et une licence de sociologie de l'Université d'Alger (1966). Il enseigne l'arabe dans un lycée et s'essaie au journalisme.

Il écrit dans Révolution Africaine et, en 1965, lance un organe Révolution à l'Université qui sert de tribune pour les étudiants hostiles à la pérennisation de l'influence française en Algérie. En 1968, il obtient une maîtrise de sociologie de l'Université d'Alger portant sur Les grands courants idéologiques dans le monde arabe contemporain. En 1969, il est nommé Secrétaire général du Ministère de l'Éducation, puis est envoyé en 1971 en Mauritanie, dans le cadre de la coopération culturelle, comme Conseiller du Ministre de l'Éducation. Il gardera de la Mauritanie et de son peuple une émotion indélébile et il aime à répéter qu'il y a eu le privilège de vivre au VIIe siècle/Ier siècle de l'Islam.

À Paris, il prépare, entre 1972 et 1974, la traduction et l'édition critique du manuscrit El Bayan fi Hurriyati Essudane de Suyuti dans le cadre d'une maîtrise d'histoire de l'Islam sous l'égide de Claude Cahen. Parallèlement, il prépare une maitrise de sciences politiques sous l'égide du professeur Duverger. Entre 1972 et 1977, il suit assidument au Collège de France, les cours de Raymond Aron, portant sur la Société industrielle et ceux du professeur Laoust sur la pensée de Ghazali.

En 1972, Austruy l'associe à ses séminaires portant sur la prospection d'une économie islamique et le thème du développement du monde islamique en général, pour lequel celui-ci créera un DEA et un doctorat ad hoc à l'Université Paris 2. Leur collaboration et leur amitié dureront toute une vie. En 1976, il finit une thèse de doctorat de 3e cycle sous l'égide d'Arnaldez sur Le Fondamentalisme islamique et la modernité, qu'il reconvertit en thèse de Doctorat d'État, sur recommandation du Jury. Il passe la même année, le Concours d'agrégation, au programme duquel était inscrite l'Historiographie de l'Islam, un sujet qui le passionne et dont il dit « qu'il conditionne le libre fonctionnement intellectuel des musulmans sunnites, prisonniers de la sacralisation de l'Histoire ».[réf. nécessaire]

En 1978, il entre, sur concours à l'UNESCO à Paris, qu'il servira pendant un quart de siècle comme fonctionnaire international. Il a inauguré le courant islamique intellectuel et a fait entrer la religion dans le Panthéon de la Raison. Il est, sans conteste possible, l'initiateur du courant islamique francisant des années 1970 en Algérie et a ouvert la première salle de prières au sein de la faculté des lettres de l'Université d’Alger (1965). Il y a prêché jusqu'en 1971, tout en gardant une étroite relation avec son maitre Malek Bennabi, dont il devint le complice intellectuel. Bennabi l'enverra le représenter lors de différentes conférences internationales.

C'est aussi Rachid Benaissa qui a lancé la revue Que sais-je de l’Islam ?. En 1969, il a mis en place et animé le Séminaire de la pensée islamique, qui a regroupé chaque année les plus grands penseurs du monde islamique, sans distinction de rites. Y ont participé, non seulement les chiites et les sounites dans une atmosphère académique riche et féconde, mais des penseurs profanes, ainsi que des chrétiens et même des communistes (Austruy et Roger Garaudy), qui ont apporté à ces rencontres annuelles, un sang neuf qui a stimulé et ouvert de nouveaux horizons à la réflexion ; ils ont aidé à poser les questions du monde moderne, par opposition aux questions surannées du monde médiéval, qui constituaient alors la primeur de la réflexion des intellectuels musulmans.

Rachid Benaïssa a assisté à des centaines de conférences internationales, que ce soit dans le cadre professionnel ou privé. Il a lui-même donné plus de 400 conférences à travers le monde, sur divers sujets comme: l'éducation, la politique, la religion, la culture, etc. Il est à noter qu'il fut le premier musulman à avoir jamais été invité à donner une conférence sur l'Islam, à l'École Polytechnique à Palaiseau, à HEC, à l'École Normale supérieure et à l'École Centrale, entre autres écoles prestigieuses d'Île-de-France.[réf. nécessaire]

Il s'est particulièrement illustré dans les débats concernant les formes d'œcuménisme nécessaires entre à la fois les musulmans entre eux, pour débarrasser les questions religieuses des divisions politiques qui empoisonnent toute réflexion féconde et divisent la Oumma (nation de l'Islam), mais aussi les relations avec le judaïsme et le christianisme qui ont avec l'Islam, des points communs, très peu mis en exergue. Ces points de convergence ont au contraire été ignorés sciemment, du fait des conflits, tant historiques que de civilisations, exacerbés par les extrémistes des deux bords au détriment des affinités religieuses. Ainsi donc, lors du débat télévisé sur Arte, à propos des Versets sataniques de Salman Rushdie, il a donné en compagnie de l'islamologue, Vincent Monteil, une répartie cinglante et documentée, Bible à l'appui, à Bernard Henri-Lévy devant des autorités religieuses juives et chrétiennes, qui ne pouvaient que se rallier à son argumentation implacable et mesurée.[réf. nécessaire] Le sociologue Hugues voit en lui « The intellectual light of the Islamic Movement » dans son livre sur L’Islamisme au Maghreb. En 1984, il a participé à Antibes, à une conférence sur la bioéthique aux côtés du Prix Nobel Dausset, qui l'y avait invité.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mohammed Telhine, L'Islam et les Musulmans en France : Une histoire de mosquées, Paris, L'Harmattan, coll. « Histoire et perspectives méditerranéennes »,‎ (ISBN 9782296259997, lire en ligne), p. 311
  2. Luc-Willy Deheuvels, Islam et pensée contemporaine en Algérie : la revue Al-Aṣâla (1971-1981), Paris, CNRS Éditions,‎ (ISBN 9782222046615, lire en ligne), p. 86

Liens externes[modifier | modifier le code]