Révolution des Œillets

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Révolution des Œillets
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Célébration du 25 avril à Porto, en 1983[1].

Autre nom Revolução dos Cravos
Date
Lieu Drapeau du Portugal Portugal
Résultat Renversement de la dictature salazariste
Chronologie
Coup d'État militaire
Mário Soares rentre au Portugal
Adoption de la nouvelle Constitution

La révolution des Œillets (Revolução dos Cravos en portugais), également surnommée le 25 avril (en portugais : 25 de Abril) est le nom donné aux événements d'avril 1974 qui ont entraîné la chute de la dictature salazariste qui dominait le Portugal depuis 1933.

Ce que l'on nomme « révolution » a d'abord été un coup d'État organisé par des militaires (MFA) qui s'étaient progressivement radicalisés par rejet des guerres coloniales menées par le Portugal. Ce coup d'État a été massivement soutenu par le peuple portugais. Il a débouché sur une révolution qui a duré deux ans et a changé profondément le Portugal. Ces deux années furent marqués par de profondes divisions sur la façon de refonder le Portugal.

La révolution des Œillets a eu la particularité de voir des militaires abattre un régime sans pour autant instaurer un régime autoritaire. Ils étaient en effet porteurs d'un projet démocratique : mise en place d'un gouvernement civil, organisation d'élections libres et décolonisation.

Cet événement est le début de la démocratisation du sud de l'Europe. Il a été suivi par la chute des dictatures en Espagne, et en Grèce.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le premier ministre Marcelo Caetano renversé par la révolution

Au début des années 1970, le Portugal était soumis au régime autoritaire de l'Estado Novo depuis environ un demi-siècle. Ce régime était une dictature conservatrice et nationaliste qui s'appuyait sur l'armée, l'Eglise catholique et la police secrète et militaire (la PIDE) . ll était dirigé par Marcelo Caetano (qui avait succédé à António de Oliveira Salazar, son créateur en 1970).

L'Estado Novo était affaibli par de nombreux problèmes. Il n'avait pas réussi à développer le pays qui était un des plus pauvres d'Europe. Une partie de la population rejetait le conservatisme moral et le manque de liberté qu'il imposait. Enfin, il était enlisé dans des guerres coloniales au Mozambique, en Angola, en Guinée-Bissau, à Sao Tomé-et-Principe, et au Cap-Vert. Dans ces pays, face aux révoltes indépendantistes, le régime avait déclenché des "guerres de pacification" visant à maintenir la colonisation portugaise. La jeunesse, entraînée par la conscription, et les officiers engagés dans ces guerres étaient confrontés à leurs impasses. Les guerres coloniales devenaient ainsi un des terreaux de la révolution.

Naissance de la contestation[modifier | modifier le code]

La contestation du haut commandement[modifier | modifier le code]

Dès 1972, le gouverneur et commandant des Forces Armées en Guinée, António de Spínola tente de convaincre le président du Conseil, Marcelo Caetano, de trouver une solution politique aux guerres coloniales qu'il considère comme perdue car les pertes sont énormes et le moral des troupes très affecté.

Caetano refuse. Le régime préfère une défaite à une quelconque négociation. Il espère en sortir blanchi et faire porter la responsabilité de la défaite sur l’armée (armée déjà rendue responsable de la perte des possessions indiennes - Opération Vijay).

En juin 1973, à l'occasion d'un congrès de soutien au régime, des officiers proches de Spinola contestent publiquement et pour la première fois la stratégie du régime tout en déclarant vouloir défendre eux aussi l’intérêt de la nation[2].

La naissance du MFA[modifier | modifier le code]

Parallèlement, une partie des officiers subalternes commencent à tourner le dos au régime. En 1973, cette opposition s'organise autour du rejet par des officiers de carrière de deux décrets-lois (nos  353/73 et 409/73) censés faciliter le recrutement d'officiers nécessaires sur le front africain en y intégrant des civils ayant déjà fait leur service. Ils créent alors le Mouvement des Forces Armées (MFA).

Cette contestation est d'abord plus d'ordre corporatiste que politique[3]. Mais, malgré le retrait des décrets, les réunions du MFA se poursuivent. Elles débouchent sur l'idée que la guerre est à l'origine de tous les problèmes et que la sortie de la guerre passe forcément par un changement politique. Si certains participants évoquent déjà l'idée d'un coup d'État, la majorité est alors pour une solution légaliste.

Pour agir, le MFA se structure avec la création d'une commission coordinatrice en 1973 dont font partie Dinis de Almeida, Vasco Lourenço (pt), Rodrigo de Castro, Mario Frazao, Mariz Fernandes, Campos Andrade, Sanches Osorio, Hugo dos Santos, Otelo Saraiva de Carvalho et Correia Bernardo[4].

Le MFA met en avant trois propositions (programme des trois D)[5] :

  • démocratisation : conquête du pouvoir confié à une junte en vue de la démocratisation du pays
  • décolonisation : organisation par le gouvernement d’élections libres et d’un référendum sur l’outre-mer sous la tutelle de l’armée
  • développement économique

Convergence des contestations[modifier | modifier le code]

En 1973, Spinola accepte un poste de vice-chef des armées créé spécialement pour lui par le gouvernement. Mais, il se rapproche du MFA en dénonçant le , une tentative de coup d’État droitiste par le général Kaulza de Arriaga. Il multiplie les contacts avec le MFA cherchant à unir les contestataires sous son commandement. Il leur demande de rester dans la légalité en attendant la sortie de son livre qui devrait porter un coup au régime.

Le rapprochement est difficile car le MFA se pose des questions sur le projet politique porté par Spinola.

La sortie du livre de Spinola Le Portugal et le futur le 22 février 1974 fait l'effet d'une bombe. Même s'il ne parle pas de renverser le régime, il prône la démocratisation du pays et une progressive autonomie des colonies dans une structure fédéraliste. Il remet ainsi en question l’un des piliers du régime : l’empire. Le livre décomplexe ceux qui n’osaient s’opposer publiquement à la poursuite de la guerre.

Marcelo Caetano comprend la menace pour son pouvoir. Il sait qu’il ne peut continuer à gouverner sans le soutien des principaux officiers dont Francisco da Costa Gomes et Spinola qu’il convoque le 22 février 1974. Il leurs propose de revendiquer le pouvoir auprès du chef de l’État. Spinola refuse estimant qu’il est de toute façon trop tard pour le régime[6].

Parallèlement, le MFA s'organise. Ses effectifs augmentent. Son organisation s’améliore. Il décide de sonder les positions des principales unités militaires du pays quant à la solution du coup d’État. Les forces militarisées comme la GNR (gendarmerie), la PSP (police) et la GF (douane) restent pro-gouvernementales. Le MFA tente un rapprochement avec les autres corps des forces armées composé majoritairement d’officiers de l’armée de terre ( Les forces aériennes participent aux réunions du mouvement mais la marine reste à l’écart méfiante: ni les unes ni l’autre ne participeront au 25 avril). Face aux événements, le MFA prend clairement parti pour le coup d’État et fixe les grands objectifs politiques du mouvement.

Le régime réagit en changeant d’unité certains officiers dont Vasco Lourenço (pt), qui finissent par être arrêtés.

La tentative de coup d’État du 16 mars 1974[modifier | modifier le code]

En mars 1974, Spínola et Costa Gomes démissionnent de leur poste. Leurs prises de position sur le cours de la politique coloniale portugaise sont devenues intenables face aux ultras du régime.

Un groupe d’officiers décide alors d'intervenir sans attendre. Le 16 mars, les unités de Caldas da Rainha avancent vers Lisbonne. Elles échouent, et 200 militaires sont arrêtés[7].

Dans le même temps, Spínola tente de plus en plus d’influencer le MFA sur les préparatifs du coup d'État mais aussi sur son programme.

Le 25 avril 1974: Le renversement de la dictature par le MFA[modifier | modifier le code]

Monument commémorant le 25 avril, Parque Eduardo VII, Lisbonne

Le 25 avril, le MFA lance les opérations pour renverser le régime dictatorial. La diffusion par la radio de Grândola, Vila Morena, chanson de Zeca Afonso interdite par le régime, annonce le départ des militaires révoltés du MFA pour s'emparer des points stratégiques du pays. En quelques heures, le pouvoir s'effondre.

Durant ces opérations, malgré les appels réguliers des « capitaines d'avril » du MFA à la radio incitant la population à rester chez elle, des milliers de Portugais descendent dans la rue, se mêlant aux militaires insurgés. L'un des points centraux de ce rassemblement est le marché aux fleurs de Lisbonne, alors richement fourni en œillets. Certains militaires insurgés mettront cette fleur dans le canon de leur fusil, donnant ainsi un nom et un symbole à cette révolution.

Marcelo Caetano, réfugié dans la caserne principale de la gendarmerie de Lisbonne, est encerclé par le capitaine Salgueiro Maia du MFA. Voulant à tout prix éviter que le pouvoir ne tombe dans la rue (ou aux mains du MFA qu'il considère comme un mouvement communiste), il accepte de se rendre à condition de remettre le pouvoir au général Spínola, ce qui sera fait après accord du MFA. Caetano est alors emmené sous escorte et envoyé en exil vers le Brésil.

Seule la PIDE, police politique, oppose une résistance armée, qui occasionne la mort de quatre personnes, uniques victimes de cette révolution[8]. Cette résistance est réduite durant la nuit du 25.

Comme prévu le pouvoir est aussitôt confié à une Junte de Salut National (JSN). Elle est composée de militaires prestigieux : Spínola, Costa Gomes, Jaime Silvério Marques, Galvão de Melo, Pinheiro de Azevedo et Rosa Coutinho. Vers 1 h 30, elle se présente aux Portugais en lisant une proclamation rédigée par le MFA. Cette proclamation affirme que le pouvoir sera remis aux civils à l'issue de la tenue d'élections libres, et insiste sur la volonté d'une politique dite des Trois D : « démocratiser, décoloniser et développer ». Pourtant, très vite, les divergences entre les différents protagonistes vont se faire jour et provoquer une longue période de troubles au Portugal plus connue sous le nom de Processus Révolutionnaire en cours (PREC).

Les prisonniers politiques sont également libérés. Les dirigeants des partis politiques en exil peuvent dès lors rentrer triomphalement au Portugal : le socialiste Mário Soares le 29 avril et le communiste Alvaro Cunhal le 30.

Chronologie des événements de la journée[modifier | modifier le code]

  • 24 avril

Le journal República attire l'attention de ses lecteurs sur l'émission Limite de cette nuit.

  • 22:55

La chanson E depois do Adeus (”Et après les Adieux”) de Paulo de Carvalho, est diffusée par le journaliste João Paulo Diniz à la Emissores Associados de Lisboa. C'est le signal choisi par le MFA pour indiquer à tous le début des opérations.

  • 00:20

Le signal définitif est lancé par la diffusion des premières strophes de la chanson Grândola, Vila Morena de José Afonso, par Rádio Renascença dans l'émission Limite. Ce signal confirme que les opérations sont en marche de manière irréversible dans tout le pays. Les troupes se dirigent vers leurs objectifs. Par la suite, deux poèmes de Carlos Albino (journaliste au República) sont lus à la radio.

  • 00:30

Le MFA occupe l'École Pratique de l'Administration Militaire.

  • 01:00

Prise de l'École Pratique de Cavalerie de Santarém, alors que les troupes d'Estremoz, Figueira da Foz, Lamego, Lisbonne, Mafra, Tomar, Vendas Novas, Viseu, et d'autres points du pays se mettent en route.

  • 03:00

Les révoltés commencent à occuper, de manière synchronisée, les points de la capitale considérés comme vitaux pour le succès de l'opération : l'aéroport de Lisbonne, les locaux de Rádio Clube Português (RCP), de l'Emissora Nacional (l'émetteur national), de la RTP et de Rádio Marconi. Tout cela se fait sans résistance significative.

Dans le nord, le CICA 1 commandé par le lieutenant-colonel Carlos Azeredo s'empare du quartier général de la région militaire de Porto. Il est soutenu par les troupes venues de Lamego. Les Forces du BC9 de Viana do Castelo prennent l'aéroport de Porto.

  • 03:30

Les troupes de l'École Pratique de Cavalerie quittent la caserne de Santarem avec Salgueiro Maia à leur tête. Pendant ce temps des militaires du MFA commencent le siège du quartier général de la région militaire de Lisbonne. Le gouvernement est alerté.

  • 04:00

Étant donné le manque d'information sur la prise de contrôle de l'aéroport de Lisbonne, la transmission du premier communiqué du MFA par la RCP est retardée.

  • 04:15

Le régime réagit ; le ministre de la Défense ordonne aux forces installées à Braga d'avancer sur Porto, avec pour but de reprendre le QG, mais celles-ci ont déjà adhéré au MFA et ignorent les ordres.

  • 04:20

Les forces de l'École Pratique d'Infanterie de Mafra contrôlent l'aéroport de Lisbonne qui est fermé. Le trafic aérien est détourné vers Madrid et Las Palmas.

  • 04:26

Lecture du premier communiqué du MFA par le journaliste Joaquim Furtado au micro de la RCP :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. Les forces armées portugaises demandent à tous les habitants de Lisbonne de rentrer chez eux et d'y rester avec le maximum de calme. Nous espérons sincèrement que la gravité des heures que nous vivons ne sera pas tristement marquée par un accident. C'est pourquoi nous en appelons au bon sens des commandements des forces militarisées, afin d'éviter la moindre confrontation avec les Forces Armées. Une telle confrontation, outre le fait qu'elle soit inutile, ne pourra que conduire à de sérieux préjudices individuels qui endeuilleraient et créeraient des divisions entre les Portugais, ce qu'il faut éviter à tout prix. Nonobstant la préoccupation qui est la nôtre de ne faire couler le sang d'aucun Portugais, nous en appelons à l'esprit civique et professionnel du corps médical, espérant qu'il se dirigera vers les hôpitaux afin d'apporter son éventuelle collaboration, que nous souhaitons, sincèrement, inutile. »

Après la lecture de ce communiqué, l'hymne portugais est joué sur les ondes, suivi de marches militaires, parmi lesquelles la marche A Life on the Ocean Waves de Henry Russell (1812-1900), qui sera adoptée comme hymne par le MFA.

À 4 h 20 l'aéroport militaire de Figo Maduro (Aérodrome de Transit nº 1), accolé à l'aéroport de Lisbonne, est occupé par un homme seul, le capitaine pilote-aviateur Costa Martins. Une fois contrôlé l'AT1, grâce à un coup de bluff consistant à faire croire que la Compagnie de l'École Pratique de l'Infanterie l'encerclait, le capitaine Costa Martins[9] s'adresse à la tour de contrôle de l'aéroport de Lisbonne avec le même bluff. Il ordonne d'arrêter tout le trafic aérien civil au-dessus du Portugal.

  • 04:45

Lecture du second communiqué du MFA à l'antenne du RCP :

« À tous les éléments des forces militarisées et policières, le commandement des forces armées conseille la plus grande prudence afin d'éviter toute confrontation dangereuse. Il n'y aucune intention de faire couler le sang inutilement mais c'est ce qui arrivera en cas de provocation avérée. Nous vous appelons à rentrer immédiatement dans vos casernes en attendant les ordres qui vous seront donnés par le MFA. Les commandements qui tenteront par un quelconque moyen de mener leurs subordonnés à la lutte contre les forces armées seront sévèrement punis. »

  • 05:00

La PIDE/DGS contacte Marcelo Caetano et lui demande d'aller se protéger au QG de la GNR.

  • 05:15

Lecture du troisième communiqué du MFA :

« Afin que la gravité des moments que nous vivons ne soit tristement marquée par un incident, nous en appelons au bon sens des commandements des forces militarisées qui doivent éviter les confrontations avec les Forces Armées. Une telle confrontation, inutile au demeurant, ne pourra qu'entraîner de sérieux préjudices qui endeuilleraient et créeraient des divisions chez les Portugais, ce qu'il faut éviter à tout prix. Nonobstant la préoccupation qui est la nôtre de ne faire couler le sang d'aucun Portugais, nous en appelons à l'esprit civique et professionnel du corps médical, espérant qu'il se dirigera vers les hôpitaux afin d'apporter son éventuelle collaboration, que nous souhaitons, sincèrement, inutile. À tous les éléments des forces militarisées et policières, le commandement du Mouvement des Forces Armées conseille la plus grande prudence, afin que soit évitée toute altercation dangereuse. Il n'y a aucune intention de faire couler inutilement le sang, mais c'est ce qui arrivera dans le cas de provocations avérées. C'est pourquoi nous vous demandons de retourner immédiatement à vos casernes et d'attendre les ordres qui seront données par le MFA. Les commandements qui tenteraient par un moyen quelconque de pousser leurs subordonnés au combat contre les Forces Armées seraient sévèrement punis. Nous informons la population qu'afin d'éviter le moindre incident, qui serait forcément involontaire, elle doit rentrer chez elle et garder son calme. À tous les éléments des forces militarisées, nommément les forces de la GNR et de la PSP, ainsi que les forces de la Direction Générale de Sécurité[10] et de la Légion Portugaise qui ont été abusées par leur recruteurs, nous rappelons leur devoir civique qui consiste à maintenir l'ordre public, ce qui, dans la situation actuelle, ne pourra être effectif qu'en évitant la moindre opposition avec les Forces Armées. Une telle réaction n'apporterait aucun avantage, et entraînerait un indésirable bain de sang qui ne contribuerait en rien à l'unité de tous les Portugais. Confiants dans le bon sens et le civisme de tous les Portugais, et afin d'éviter toute confrontation armée, nous demandons néanmoins aux médecins et au personnel infirmier de se présenter dans les hôpitaux pour une collaboration que nous souhaitons être inutile. »

  • 05:30

Salgueiro Maia entre dans Lisbonne et croise des forces de police sans qu'il y ait de réaction. Ses troupes s'installent sur le Terreiro do Paço où se trouvent le ministère de l'Armée, le conseil municipal, la banque du Portugal ainsi que les bureaux de la PSP (police). Salgueiro annonce à un journaliste qu'ils sont là pour renverser le régime.

  • 06:45

Quatrième communiqué du MFA :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. À l'attention des éléments des forces militarisées et policières. Dès lors que les forces armées ont décidé de prendre en charge la situation actuelle, toute opposition des forces militarisées et policières envers les unités militaires qui occupent Lisbonne sera considérée comme un délit grave. Le non-respect de cet avertissement pourra entraîner un inutile bain de sang, dont la responsabilité leur serait entièrement attribuée. Elles devront, par conséquent, rester dans leurs casernes jusqu'à nouvel ordre du Mouvement des Forces Armées. Les commandements des forces militarisées et policières seront sévèrement punis dans le cas où ils inciteraient leurs subordonnés à la lutte armée. »

  • 07:30

Cinquième communiqué du MFA :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. Comme il a été annoncé précédemment, les forces armées ont lancé, depuis ce matin, une série d'actions visant à libérer le pays de ce régime qui le dirige depuis longtemps. Dans leurs communiqués, les forces armées ont appelé à la non intervention des forces policières afin d'éviter tout bain de sang. Nous en tenant toujours au même désir, nous n'hésiterons pas à répondre, de manière ferme et implacable, à la moindre opposition manifeste. Conscients d'être l'interprète du véritable sentiment de la Nation, le MFA poursuivra son action libératrice et demande à la population de garder son calme et de rentrer chez elle. Vive le Portugal.  »

  • 08:45

Sixième communiqué du MFA, cette fois au micro de l'émetteur national :

« Les forces armées ont lancé une série d'actions visant à libérer le pays de ce régime qui le dirige depuis longtemps. Dans leurs communiqués, les forces armées ont appelé à la non intervention des forces policières afin d'éviter tout bain de sang. Nous en tenant toujours au même désir, nous n'hésiterons pas à répondre, de manière ferme et implacable, à la moindre opposition manifeste. Conscient d'être l'interprète du véritable sentiment de la Nation, le MFA poursuivra son action libératrice et demande à la population de garder son calme et de rentrer chez elle. Vive le Portugal. »

  • 16:00

Les forces du CIOE contrôlent les installations de la RTP et de la RCP à Porto.

  • 16:30

L'ultimatum lancé à Marcelo Caetano arrive à son terme. Celui-ci fait savoir qu'il est prêt à se rendre à la condition que ce soit à un officier supérieur.

  • 17:45

Spínola arrive sur place.

  • 19:30

Marcelo Caetano est emmené dans un véhicule blindé vers le poste de commandement de Pontinha.

  • 20:00

La PIDE/DGS tire sur la foule et fait quatre morts. Elle finit par se rendre après l'intervention de Spínola. Début de la première réunion entre la JSN et le MFA.

  • 01:30

Présentation des membres de la JSN à la télévision.

Conséquences de la "Révolution des Œillets"[modifier | modifier le code]

Les années qui suivent le 25 avril sont marquées par la démocratisation du pays et la décolonisation de ses colonies. Ces transformations se font malgré des divisions majeures entre le MFA qui souhaite une révolution radicale, les socialistes et les sociaux démocrates qui veulent modérer la révolution, et Spinola qui veut la limiter le plus possible. Le pays est durant deux ans marqué par une agitation importante appelé PREC (grèves, occupation des terres des grands propriétaires, tentatives de putsch...). Il faut attendre l'adoption de l'actuelle constitution portugaise, le 2 avril 1976, et l'élection de Ramalho Eanes à la tête de l'État pour que la situation se "normalise". C'est durant ces deux années que les colonies portugaises deviennent indépendantes suite à un vote du 10 juillet 1974 reconnaissant leur droit à l'autodétermination. Par conséquent, le 10 décembre 1974 la Guinée-Bissau déclare son indépendance, suivie du Mozambique (25 juin 1975), du Cap-Vert (5 juillet 1975), de Sao Tomé-et-Principe (12 juillet 1975) et de l'Angola et de Cabinda (11 novembre 1975).

Postérité[modifier | modifier le code]

Pont du 25 avril
Article détaillé : Pont du 25 avril.

En mémoire de la révolution du , le grand pont suspendu qui enjambe le Tage à Lisbonne, jusque-là nommé « pont Salazar », a été rebaptisé « pont du 25 Avril ».

De nombreuses rues portugaises portent depuis le nom Avenida da Liberdade (avenue de la Liberté) ou Avenida 25 de Abril (avenue du 25 avril).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Manifestations et protestations au Portugal
  2. 25 de abril, mitos de uma revoluçao de Maria Inacia Rezola, p. 30-33
  3. Manuel Do Nascimento, Révolution des œillets au Portugal, Éditions L'Harmattan, , p. 23
  4. (pt) Maria Inacia Rezola, 25 de abril, mitos de uma revoluçao, Esfera dos Livros, , p. 27-30
  5. (pt) Lincoln Secco, A Revolução dos Cravos e a crise do império colonial português: economias, espaços e tomadas de consciências, Alameda, , p. 110
  6. Abou Haydara, L'influence des guerres de libération sur la révolution des œillets, L'Harmattan, , p. 139
  7. Albert-Alain Bourdon, Histoire du Portugal, Éditions Chandeigne, , p. 147
  8. http://www1.ci.uc.pt/cd25a/wikka.php?wakka=ano1974
  9. Par la suite, Costa Martins sera diffamé, vilipendé, sa promotion suspendue, il sera écarté des forces aériennes. Après une longue procédure judiciaire qui l'amena devant le Tribunal suprême de justice, le capitaine Costa Martins est réintégré et promu colonel, poste qu'il occuperait s'il n'avait pas été écarté.
  10. La Direction Générale de Sécurité (Direção-Geral de Segurança (1969-1974) est la force qui avait succédé, sous le gouvernement Caetano, à la police politique PIDE de triste réputation. La DGS sera la seule force à avoir ouvert le feu sur les révolutionnaires, faisant quatre morts (à 20 h dans la présente chronologie).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Bensaïd, Carlos Rossi, Charles-André Udry, Portugal : la révolution en marche, Paris, Christian Bourgeois éditeur, 1975.
  • Gérard Filoche, Printemps portugais, Paris, Editions Actéons, 1984.
  • Yves Léonard, La Révolution des œillets, éditions Chandeigne, 2003.
  • (fr)(pt) Manuel do Nascimento, La Révolution des Œillets au Portugal : chronologie d'un combat pacifiste / A Revolução dos Cravos em Portugal : cronologia de um combate pacífico, L'Harmattan, Paris, 2009, 176 p. (ISBN 978-2-296-09632-5)
  • Ugo Palheta, "40 ans après, grandeurs et limites de la Révolution portugaise", Contretemps, avril 2014.
  • Charles Reeve, Les œillets sont coupés, Paris-Méditerranée, Paris, 1999, 164 p. (ISBN 2-8427-2066-0)
  • Charles Reeve, Claude Orsoni et al., Portugal, l'autre combat, éditions Spartacus, 1975.
  • (pt) Maria Inácia Rezola, 25 de abril : mitos de uma revolução, A Esfera dos Livros, Lisbonne, 2007, 411 p. (ISBN 978-989-626054-5).
  • Dominique de Roux, Le Cinquième Empire, éditions Belfond, 1977. Éditions du Rocher, 1997.
  • Jaime Semprun, La Guerre sociale au Portugal, éditions Champ libre, 1975.
  • José Saramago, Relevé de Terre, éditions du Seuil, 1980, 2012 pour l'édition française, 361 pages.
  • (en) Phil Mailer, Portugal : the impossible revolution ?, PM press, 2012 (première édition : 1977).
  • (en) Loren Goldner, Ubu saved from drowning : class struggle and statist containment in Portugal and Spain, 1974-1977, Queequeg publications, 2011.

Discographie[modifier | modifier le code]

  • (pt) Francisco Fanhais, Manuel Freire, José Jorge Letria (et al.), Portugal Revolution : 25 abril, 25 canções ante, após Revolução, Vincennes, Frémeaux et associés, Night and day, 2005, 2 CD + 1 livret

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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