Révolte des Tuchins

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Révolte paysanne.

La révolte des Tuchins ou Tuchinat est une série de révoltes survenues entre 1363 et 1384 en Auvergne et en Languedoc contre les prélèvements fiscaux et la présence des mercenaires anglais et gascons.

Le Tuchinat n'est pas comme de nombreuses jacqueries un soulèvement anarchique mais bel et bien une societas organisée dans un but défensif autour d'un chef, le capitaine, auquel l'on prêtait serment.

Historique[modifier | modifier le code]

La révolte des Tuchins d'Auvergne[1],[2][modifier | modifier le code]

La révolte voit le jour en Auvergne. En 1360 Jean, duc de Berry, reçoit l'Auvergne en apanage par le traité de Brétigny. Ce dernier lève des sommes considérables pour la rançon de son père le roi Jean le Bon, fait nombres de prodigalités pour ses serviteurs mais également pour financer la construction de son immense palais à Riom. L'excès des impôts provient aussi de leur peu équitable répartition : les nobles et le Clergé n'en paient pas. Tout bourgeois qui payait 30 livres, en devenant noble, rejette sa part sur les habitants de sa ville : désormais 60 familles pauvres paieront 10 sols de plus chacun. Le peuple souffrait donc de ces saignées financières, ce qui monta ainsi le peuple contre l'aristocratie et le Clergé. Une maxime des Tuchins est restée célèbre et montre l'anticléricalisme des insurgés : « Au feu, toi qui nous parles de l'enfer ».

Le premier cas de Tuchinat avéré est la reprise de la ville de Brioude par les Tuchins sur la compagnie des routiers de Seguin de Badefol. En 1363, des troupes de Tuchins se forment et sillonnent les alentours d'Aurillac et de Saint-Flour. L'hiver 1383/1384 voit l'érection d'un chef Tuchin originaire de Basse-Auvergne et nommé Pierre de Brugère.[3] Ce dernier vole les richesses et ornements de l'évêque d'Albi lors d'une embuscade ; il attaque également le convoi personnel de Jean de Berry, le détrousse de ses biens et massacre une partie de son escorte. Le duc, se sentant bafoué, lève des troupes et se lance à la poursuite des Tuchins dans le but de les mettre hors d'état de nuire. Brugère fuit avec ses troupes dans le nord du Languedoc avant de retourner en Auvergne et d'être capturé, confisqué de ses biens et exécuté.

Les Tuchins prennent pour nouveau chef un certain Garcia. Le Tuchinat prend fin en Auvergne après la bataille de Mentières, près de Saint-Flour. Les chefs qui ne sont pas morts au combat sont exécutés au Puy, dont l'un brûlé vif.

La révolte en Languedoc[modifier | modifier le code]

À la suite de la victoire de Rosebecque, épisode de la guerre de Cent Ans par lequel les désirs de liberté de la bourgeoisie flamande sont anéantis, la régence exercée par les oncles du Charles VI tourne à la guerre civile[4] sur l'ensemble du territoire du royaume. Les bourgeois des grandes villes de France, à commencer par ceux de Paris qui avaient défendu l'intérêt de leur classe en soutenant les villes drapantes, sont ruinés ou exterminés au cours de parodies de procès, leurs fortunes détournées par les princes et leurs exécutants[5].

La révolte des Tuchins.

En Languedoc, l'épuration est conduite par le duc de Berry et celle-ci renforce le Tuchinat, mouvement de révolte composé de paysans pauvres et armés originaires de la Haute-Auvergne. C'est désormais une guerre totale entre bourgeoisie et noblesse locale d'une part, armée et pouvoir royal d'autre part. Cette résistance s'appuie dès lors sur les compagnies anglaises démobilisées[6]. Elle est menée par des bandes armées composées de paysans et d'artisans et elle est soutenue par certains grands seigneurs et par l'élite urbaine de la province.

Arrivés près de la vallée du Rhône, au début de 1382, les révoltés campent dans les gorges de la Cèze où ils sont rejoints par des nobles dont Régis de Saint-Michel-d'Euzet, Étienne Augier dit Ferragut du Pin, Vachon de Pont-Saint-Esprit et Verchère de Vénéjan qui prennent leur tête. Ils s’emparent alors de Cavillargues, Chusclan et Tresques avant de piller les châteaux de Sabran, La Roque-sur-Cèze, Saint-Laurent-des-Arbres et Cornillon. Dans ce dernier château se trouve le trésor de Clément VI. Son neveu, Guillaume III Roger de Beaufort, alors lieutenant des armes du sénéchal de Beaucaire, organise la répression. En septembre 1382, il recrute des mercenaires et fait venir une compagnie d’arbalétriers d’Avignon. Ses troupes cantonnées à Bagnols-sur-Cèze attaquent alors Cornillon. Dirigées par Gantonnet d'Abzac, Commandant du Saint-Père pour le Païs de Saint-Esprit, celles-ci sèment la terreur. Guillaume III fait ensuite intervenir son capitaine des gardes de Bagnols, Jean Coq. Ce dernier réussit à pacifier le pays en expulsant les chefs du Tuchinat, ce qui permit de signer la paix en février 1383[7]. Une partie des Tuchins refluèrent en Auvergne entre 1384 et 1389.

Dans la dernière moitié du XIVe siècle, Jean de Berry avait décidé de faire résider le sénéchal de Beaucaire à Nîmes : « La sénéchaussée de Beaucaire avait été transférée à Nîmes dans la première moitié du siècle ; par suite des guerres avec les Tuchins qui désolaient le pays, elle était revenue à Beaucaire, mais elle fut définitivement fixée à Nîmes par des lettres-patentes du duc, gouverneur du Languedoc, au mois de mai 1384 »[8].

Les Tuchins prirent également le parti de Charles Duras contre les Angevins en Provence lors de la guerre de l'Union d'Aix. L'épisode le plus dramatique fut la prise de la ville d'Arles. Au printemps de l'année 1384, le chef tuchin allié de Charles Duras, Étienne Augier plus connu sous le nom de Ferragut, s’installa dans les Alpilles, fit régner la terreur jusqu'au Rhône et prit la ville d'Arles le 24 juillet avec des complicités internes. Après quelques heures de troubles, les habitants se révoltèrent contre les Tuchins et les chassèrent de la cité. Le lendemain, une répression sévère fut menée contre leurs partisans[9]. À cette période, la révolte était devenue impopulaire et l'aspiration à la paix, la plus forte.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. J. Semonsous, Pages d'Histoire : Basse-Auvergne, .
  2. Vincent Challet, « Au miroir du Tuchinat », Cahiers de recherches médiévales et humanistes,‎ (lire en ligne).
  3. Henri Pourrat, Histoire des gens dans les montagnes du Centre, (lire en ligne).
  4. Anonyme de Saint Denis, l. II, c. 18, p. 65, Laboureur, Paris, 1663.
  5. J.-Ch. L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français, pp. 405-415, Treuttel et Würtz, 1828.
  6. J.-Ch. L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français, p. 416, Treuttel et Würtz, 1828.
  7. Jean-Pierre Saltarelli, Les seigneurs de Cornillon au XIVe siècle, 1997, sur le site de la commune de Cornillon en ligne.
  8. Académie des Sciences et des Lettres de Montpellier, Mémoires de la section des lettres, vol. 6 ; 1860.
  9. Cf. Louis Stouff, Arles au Moyen Âge, page 101 : « Cinq nobles sont décapités place du Setier (l'actuelle place du Forum), vingt et un individus sont pendus, trois sont noyés dans le Rhône, les biens d'un certain nombre de personnages sont confisqués.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcellin Boudet, La Jacquerie des Tuchins, 1363-1384, Paris, Champion, 1895, 148  p., présentation en ligne.
  • Louis Stouff, « Une ville de France entre Charles de Duras et les Angevins. L'entrée des Tuchins dans Arles le 24 juillet 1384 », dans 1388 : La dédition de Nice à la Savoie Paris, Publications de la Sorbonne, 1990, p.  144-157, (ISBN 2859441999).
  • Pierre Charbonnier, « Qui furent les Tuchins ? », dans Violence et contestation au Moyen Âge, actes du 114e Congrès national des sociétés savantes, Paris, 1989, Section d'histoire médiévale et de philologie, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1990, p.  235-247.
  • Vincent Challet, « La révolte des Tuchins : banditisme social ou sociabilité villageoise ? », Médiévales, no 34, printemps 1998, « Hommes de pouvoir : individu et politique au temps de Saint Louis », Presses universitaires de Vincennes, p.  101-112, [lire en ligne].
  • Vincent Challet, « Au miroir du Tuchinat. Relations sociales et réseaux de solidarité dans les communautés languedociennes à la fin du XIVe siècle », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, no 10, « Paysans en leur communauté », 2003, p.  71-87, [lire en ligne].
  • Vincent Challet, « Les Tuchins ou la grande révolte du Languedoc », L'Histoire, no 298, mai 2005, p.  62-67.
  • Vincent Challet, « Le Tuchinat en Toulousain et dans le Rouergue (1381-1393) : d'une émeute urbaine à une guérilla rurale ? », Annales du Midi, t. 118, no 256, Toulouse, Privat, octobre-décembre 2006, p.  513-525.
  • Vincent Challet, « Tuchins et brigands des bois : communautés paysannes et mouvements d'autodéfense en Normandie pendant la guerre de Cent Ans », dans Catherine Bougy et Sophie Poirey (dir.), Images de la contestation du pouvoir dans le monde normand (Xe-XVIIIe siècle), Caen, Presses universitaires de Caen, 2007, p.  135-146, [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Vincent Challet, « Un mouvement anti-seigneurial ? Seigneurs et paysans dans la révolte des Tuchins », dans Haro sur le seigneur ! Les luttes anti-seigneuriales dans l’Europe médiévale et moderne, Cahiers de Flaran XXIX, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2009, p.  19-31.

Voir aussi[modifier | modifier le code]