Révolte des Natchez

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Carte postale de 1907, montrant les ruines de fort Rosalie détruit au cours du massacre de 1729.

La révolte des Natchez est un conflit ayant opposé, de 1729 à 1731, la tribu amérindienne des Natchez et leurs alliés aux colons français de Basse-Louisiane. Il a été particulièrement violent, surtout pour les Natchez qui finirent exterminés ou, pour les survivants, réduits en esclavage et vendus aux Antilles aux colons de Saint-Domingue. Il montre aussi que, contrairement à ce que l'on pense habituellement, les Français ne furent pas toujours en bonne amitié avec les tribus amérindiennes de leurs colonies américaines, comme en témoignent également les guerres franco-iroquoises ou les guerres avec les Renards, même si une majorité de peuples de la Nouvelle-France furent des alliés.

Les Natchez[modifier | modifier le code]

Vue du site du fort détruit sur les rives du Mississippi en 2006.

Lors de l'arrivée des premiers Français en Louisiane, les Natchez formaient une des plus puissantes tribus amérindiennes de la région de la Basse Louisiane. Les pionniers français furent impressionnés et satisfaits de voir que les Natchez étaient très bien organisés, mieux que la plupart des autres confédérations indiennes des environs, et que leur hiérarchie était semblable au système français. En effet, il existait un Grand Soleil qui faisait figure de chef suprême, et plusieurs petits Soleils dirigeant les branches distinctes de la tribu, représentaient le Grand Soleil. Ce système plut aux Français dont le souverain de l'époque, Louis XIV, se faisait appeler « le Roi Soleil ». Les premiers contacts furent donc bons, et très vite les Natchez devinrent de puissants alliés de la colonie française de Louisiane. Mais en 1716, les problèmes commencèrent : les Anglais de la Caroline, proche, mirent peu de temps à gagner à leur cause une partie des Natchez qui assassinèrent certains colons français, sous l'impulsion des marchands britanniques de la région. Il fallut que Jean Baptiste Le Moyne de Bienville ruse pour ramener à la paix les Natchez, paix qui dura jusqu'à la révolte de 1729, provoquée par un Français, Etcheparre.

Le déroulement du conflit[modifier | modifier le code]

Le début de la Révolte et le premier massacre[modifier | modifier le code]

Le commandant du Fort Rosalie situé en territoire natchez, le lieutenant d'Etcheparre, a le projet, en 1729, de déposséder de leurs terre des villageois natchez non loin du fort, voulant y aménager, à la place, des plantations de tabac. Donnant un ultimatum d'un mois aux villageois, il les met en colère et les pousse à comploter contre les Français du fort. Alors qu'Etcheparre pense avoir soumis les indigènes, ceux-ci s'arment secrètement. Les Natchez obtiennent l'alliance de plusieurs autres nations amérindiennes des environs et sont poussés dans leurs actions anti-françaises par les Chicachas, eux aussi ennemis des Français et alliés des Anglais. Mais les Chicachas refusent cependant d'intervenir directement contre les colons du fort Rosalie, préférant ne prendre aucun risque.

Quelques jours plus tard, le Grand Soleil, avec ses principaux guerriers, prétexte une visite amicale au fort pour l'investir. D'Etcheparre ne se méfie pas, bien qu'il ait été prévenu quelques heures auparavant de l'existence du complot des Natchez. Le Grand Soleil et sa troupe sont donc invités à entrer dans l'enceinte du fort, et, alors que dans un premier temps tout se passe bien, le chef des Natchez offrant même à Etcheparre des présents et des peaux, sur un signal soudain lancé par le Grand Soleil, les guerriers natchez, occupant différentes positions dans le fort, massacrent les Français, ouvrent le ventre des femmes enceintes, scalpent les hommes et leur tranchent la tête, puis pillent le fort et les environs, faisant plus de 200 victimes chez les colons. Ce massacre au fort Rosalie marque le début effectif d'un long conflit entre les Natchez et les Français.

Les représailles[modifier | modifier le code]

Les représailles françaises ne se font pas attendre. Dès qu'à La Nouvelle-Orléans, le gouverneur de la Louisiane, Étienne de Perrier, prend connaissance de cette véritable déclaration de guerre de la part des Natchez, il commence par consolider les défenses de la colonie, puis il envoie une expédition militaire formée de Choctaws alliés aux Français et de Canadiens contre les Indiens soulevés. Cette expédition va permettre de déloger les Natchez de fort Rosalie, de les faire battre en retraite et de récupérer les prisonniers français au prix de longs et durs jours de combats.

Étienne de Perrier a aussi demandé des renforts de la métropole. Il les obtient à la fin de l'année 1730, et les envoie bientôt combattre les Natchez en fuite vers le nord. Les nouveaux effectifs du gouverneur arrivent à capturer de nombreux Natchez. Puis, après plusieurs combats, les Français réduisent le reste des Indiens soulevés et les poussent à la reddition au début de l'année 1731. Les Français font quelques 427 prisonniers. Les derniers survivants natchez fuient et trouvent refuge chez d'autres nations amérindiennes, notamment les Chicachas.

La fin de la nation natchez[modifier | modifier le code]

Carte des territoires natchez à l'époque du massacre, dessinée par Jean Baptiste Michel Le Bouteux.

L'issue de la révolte est pour les Natchez désastreuse : leur nation, l'une des plus exceptionnelles et des plus majestueuses chez les Indiens d'Amérique du Nord, est définitivement réduite à néant. Les derniers survivants capturés par les Français sont emmenés à Saint-Domingue, et y sont vendus comme esclaves pour travailler dans les grandes plantations sucrières des Antilles. Les autres, qui ont réussi à fuir, s'éparpillent par dizaines dans d'autres tribus qui les accueillent plus ou moins bien. Les Chicachas, par exemple, refuseront d'abord de livrer aux Français les Natchez (et aussi quelques marchands anglais), qui avaient trouvé refuge chez eux. Mais ils y furent obligés quand les Français montèrent plusieurs expéditions militaires contre eux.

Enfin, la destruction de cette nation amérindienne témoigne du fait que les Français n'étaient pas entièrement à l'abri des rapports violents entre Blancs et Amérindiens qui marque une bonne partie des contacts entre Européens et Amérindiens en Amérique durant les quatre premiers siècles de colonisation, même si on insiste davantage sur les cas anglais et espagnol, et même si de fait la Nouvelle-France offre, au total, un exemple moins négatif de ces contacts. La guerre contre les Natchez s'ajoute ainsi aux guerres franco-iroquoises et aux guerres contre les Renards dans la série de cas où les rapports entre Français et Amérindiens ont été négatifs.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arnaud Balvay, La révolte des Natchez, Paris, Félin, , 243 p. (ISBN 978-2-86645-684-9, OCLC 270986289)
  • Jacqueline Monsigny, Edward Meeks, Le Roman de la Louisiane, Monaco, éditions du Rocher, 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]