Révolte des Lustucru

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Destruction de Lustucru, par Sébastien Leclerc (1663).

La Révolte des Lustucru est un soulèvement populaire qui s'est déroulé en 1662 dans le Boulonnais. Il a eu pour cause la pression fiscale exercée par l'administration royale, au début du règne personnel de Louis XIV qui remettait en cause les privilèges des boulonnais.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La révolte eut lieu en 1662 dans le Boulonnais. Le roi Louis XIV venait d'acheter au roi d'Angleterre la place forte de Dunkerque, enlevée quatre ans plus tôt aux Espagnols par la coalition franco-britannique.

Le Boulonnais est un territoire de frontière, assez régulièrement pillé par les armées étrangères, notamment dans le cadre encore récent de la guerre de Trente ans, qui ne prit fin qu'en 1648, où les habitants se sont illustrés par leur vigueur à défendre le pays. Le pays est encore organisé en milice, est astreint au guet, à fournir des hommes pour la milice et à les solder à ses frais.

C'est ce qui explique les privilèges du Boulonnais, le pays étant exempté depuis Louis XI, qui rattacha ce territoire à la France, de la taille et des aides. Henri II ajoute à cela la gabelle [1],[2] en 1552 et Henri III le taillon en 1575[1],[3]. Henri II justifie son acte : « en consideration de l'entière fidélité que toujours nous ont porté lesdits habitans, que ledit pays est maritime, faisant frontière aux Anglois et es pays de Flandre et Artois, subjet à toutes occasions de guerre, à grandes hostilités et incursions d'ennemis, passages et garnisons de nos gens de guerre... »[1]

Le déroulement de la révolte[modifier | modifier le code]

Le fut établit un impôt annuel de 30 000 livres, la "subvention du Boulonnais et de quartier d'hiver". Qui prenait la suite d'autres taxes imposés au territoire dans le cadre de la guerre de Trente ans, ces dernières avaient été acceptés par les habitants dans le contexte de la défense du Royaume, en revanche rien ne justifiait, selon eux, que le Roi fixe ce nouvel impôt en temps de paix. Olivier Le Fèvre, sieur d'Ormesson, l'intendant d'Amiens répartis l’impôt en question fin novembre 1661 et demande d'en hater le recouvrement fin janvier. Un collecteur est envoyé, mais les habitants refusent de payer.

Finalement, suite au refus d'agir du Sénéchal Patras de Campaigno, c'est le lieutenant général de la sénéchaussée, Antoine le Roy de Lozembrune prend la tête le 24 juin de 250 cavaliers pour forcer le paiement. De Lozembrune, qui n'a pas rencontré de résistance dans le Haut Boulonnais, pense que la collecte sera aisée. Ils entrent dans le Bas Boulonnais et les cavaliers répartis en 9 cornettes se dispersent sur le territoire

Le 25 juin : 200 habitants des communes de Questrecques, Wirwignes et Crémarest envahissent le manoir du sieur du Blaisel, à Wirwignes, obligeant les officiers qui y résidaient à s'enfuir vers Boulogne

Le 27 juin à Marquise, le même nombre de personnes forcèrent l'entrée de maisons et obligèrent les cavaliers qui y résidaient à fuir. Le lendemain à Wimille, 500 à 600 manifestants assaillent un détachement de soldat, qui ouvrirent le feu, faisant un mort et un blessé. Ce groupe poursuivit son chemin, et fut rejoint par d'autres habitants. En arrivant près d'Isque, ils rencontrèrent le gros de la cavalerie, à ce moment leur nombre avait doublé depuis Wimille. Malgré ça, le combat tourna à leur désavantage et ils tentèrent de s’enfuir. Les cavaliers les pourchassèrent et tuèrent près de 80 d'entre eux, avant d'aller se réfugier dans les murs de Boulogne.

Loin de calmer les révoltés, ceux ci crièrent au "cari" et dans certaines villes on sonna le tocsin. Le 1er juillet, un millier d'homme occupait Wimille, tandis qu'un deuxième groupe deux fois plus important allait d'Huplandre à Isque, puis à Saint Léonard. On retrouve les révoltés quelques jours plus tard à Tingry. Le 5 juillet ils occupent Samer, ils sont alors environ au nombre de 3000.

Selon Louis de Machault, c'est à ce moment que les révoltés s’organisèrent autour d'anciens militaires et de quelques nobles, très peu, dont le seigneur Bertrand Postel du Clivet, petit hobereau déclassé qui, à en croire Machault, serait un alcoolique notoire. Malgré cela, la révolte reste assez mal organisée, les officiers habituels de leur milice, nobles et bourgeois, n'ayant pas pris part à la révolte, au point que Pierre Héliot évoque des "rebelles qui oscillaient sans but précis entre Boulogne, Desvres et Marquise, à la façon des troupeaux privés de pasteur."

Le 10 juillet, à l’instigation de Bertrand du Clivet, qui résidait à proximité, 800 à 900 personnes se dirigèrent vers Hucqueliers, où se trouvait une forteresse abandonnée, mais en bon état.

La répression[modifier | modifier le code]

Le ministre de la Guerre, Le Tellier de Louvois, prévenu très rapidement, envoya à Montreuil dix compagnies de gardes-françaises, cinq de gardes-suisses, toute la cavalerie cantonnée près de la frontière d'Artois ainsi que quatre pièces de canon. Le marquis de Montpezat était à la tête de cette armée et lui-même placé sous la direction du duc Charles II d'Elbeuf[1]. La première difficulté fut d'organiser le ravitaillement des troupes dans le boulonnais, dont les greniers étaient vides, ils durent ainsi faire venir du grain des alentour : Calais, Abbeville, Montreuil, Arras et même de Rouen.

Le duc d'Elbeuf, le marquis de Montpezat et le maître des requêtes Louis de Machault organisèrent la répression à Montreuil, qui leur servait de base arrière. Le 11 juillet, après avoir repéré précisément les insurgés, l'armée se dirigea vers Hucquelier. Les révoltés se laissèrent surprendre, certains fuirent mais la plupart se réfugièrent dans la forteresse. Ils n'avaient que peu de vivres et de poudre, et durent se résoudre à la reddition le jour même.

Ce sont 594 révoltés qui sont alors fait prisonniers, parmi eux un certain nombre de mourants, estropiés, enfants, vieillards, espions sont relâchés, portant à 363 le nombre de révoltés gardés enchaînés[4]. Le lendemain, une partie des troupes et les prisonniers repartirent pour Montreuil. Parmi eux se trouvait Bertrand du Civet qui parvint à s'échapper.

Le reste des troupes poursuivirent la pacification du Boulonnais, mais la révolte avait perdu toute sa vigueur à la suite de ce premier coup d'éclat à Hucquelier, et comme l'indique Pierre Héliot "Ce ne fut qu'une promenade militaire à travers un pays terrorisé." [1]

Tandis que Louis de Machault pu progresser dans l’enquête qui lui avait été confiée pour confondre les coupables en interrogeant les témoins et les prisonniers. détenu dans des conditions d'hygiènes déplorables et beaucoup tombant malades, il fut rapidement décidé que la plupart d'entre eux seraient envoyés aux galères, et l'on vint les chercher le 5 août à Montreuil, où des parents tentaient de racheter leur liberté[5], commença alors le long périple jusqu'à Toulon, à marche forcée et descendant le Rhone dans la cale de navires.

Machault identifia tant bien que mal des meneurs à cette révolte : Machotte dit La Forêt, Sébastien Darsy, Lemaire dit Le Pan, Garoux, de Courteville et un cocher. Suite à cela se tient à procès le 27 juillet, les débats ne durèrent que quelques heures pour la forme, la sentence étant déjà convenue. Bertrand du Clivet, bien que toujours en fuite, fut dégradé de sa noblesse lui et ses descendants, ses biens confisqués et sa demeure rasée. Machotte fut condamné au supplice de la roue le 29 juillet à Boulogne ainsi que Lemaire le 2 août à Marquise. Enfin, le 4 août Sébastien Darsy fut pendu à Samer. Les deux derniers furent aussi envoyés aux galères après pénitence[1].

Les cloches de Samer et de Marquise furent dépendues, les foires et les marchés interdit pour un an, ces villes étant reconnues coupables d'avoir fait sonner le tocsin. Des pyramides expiatoires furent dressées dans ces deux villes ainsi que sur les décombres de la demeure de Bertrand du Clivet. Ce dernier, ayant entendu qu'un autre noble local prêta assistance dans la destruction de sa demeure se rendit chez ce dernier le 10 aout au soir, dans l'intention de le tuer. Ivre, il ne parvint qu'à tuer un valet avant d'être maîtrisé. Le lendemain il fut remis à la garnison locale. Machault pensait obtenir des informations sur l'organisation de la révolte, mais il n'en tira pas grand chose malgré l'avoir soumis à la question. Finalement, il est à son tour roué le 19 aout à Boulogne. Cela eu moins d'effet sur la population dans la mesure où Machault avait prononcé le 15 août dans la même ville de Boulogne les lettres d'amnisties générales de Louis XIV. Machault pu, sans difficulté, récolter le nouvel impôt fixé l'année précédente pour les années 1661 et 1662 ainsi qu'une amende de 50 000 livres pour s'être révoltés.

Enfin, contrairement aux souhaits de Colbert, Louis XIV conserva les privilèges du Boulonnais et n'en fit pas un pays d'élection, même si en réalité le maintien d'un quartier d'hiver sur le territoire était une entorse aux privilèges. Malgré cela, cette répression avait su briser toute velléité de rébellion des boulonnais qui ne connu pas d'autre soulèvement jusqu'à la Révolution.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

L'origine exacte du nom de la révolte, qui n'est pas contemporain aux événements, est inconnue, néanmoins il est probable que cela fasse référence au Lustucru, personnage de l'imagerie populaire, très en vogue sous Louis XIII. C'était l'époque des Précieuses, qui faisait considérer à certains que les femmes étaient devenus folles. Ce Lustucru étant un forgeron qui souhaitait reforger la tête des femmes "non vertueuses". On l'appela alors "L'eusses-tu cru", montrant l'incrédulité en un tel pouvoir, avant que ce nom ne deviennent Lustucru. Le Littré indique aussi : « II est possible [...] que Lustucru ne soit autre que l'eusses-tu cru ? phrase traditionnelle du niais de « théâtre »[6].

Quant à Pierre Héliot, il précise : "Son nom était une étiquette burlesque qu'on appliqua par dérision à toutes sortes de choses; il est assez naturel qu'on l'ait décernée à cette révolte des paysans boulonnais qui s'effondra misérablement aux premiers coups de canon." [1]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Pierre Héliot, « La guerre dite de Lustucru et les privilèges du Boulonnais », Revue du Nord,‎ , p. 265 - 318 (ISSN 0035-2624, lire en ligne)
  2. arch, de Boulogne, dossier 970
  3. Archive de Boulogne, dossier 974
  4. Poulletier, Jacques et Colbert, Jean-Baptiste, « Lettre de Jacques Poulletier (commissaire ordinaire des guerres) à Jean-Baptiste Colbert (ministre d'Etat) datée du 31 juillet 1662, à Montreuil », Collections numériques de la Sorbonne, vol. 2, no 1,‎ (lire en ligne)
  5. Le Tellier, Michel et Colbert, Jean-Baptiste, « Billet de Michel Le Tellier (secrétaire d'Etat de la Guerre) à Jean-Baptiste Colbert (ministre d'Etat) datée du 19 août 1662 », Collections numériques de la Sorbonne, vol. 2, no 1,‎ (lire en ligne)
  6. Émile Littré ; François Gannaz (mise en forme), « Littré - lustucru - définition, citations, étymologie », sur www.littre.org (consulté le 15 février 2018)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guide de Flandre et Artois mystérieux Les guides noirs princesse p 309 Hucqueliers Pas de Calais