Révolte de 1173-1174
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Empire Plantagenêt |
| Issue | Victoire d'Henri II |
Soutenus par : |
Batailles
La révolte de 1173-1174 est la rébellion contre Henri II d'Angleterre de trois de ses fils, de son épouse Aliénor d'Aquitaine et de barons qui les soutiennent. Elle dure dix-huit mois et est un échec. Les membres rebelles de sa famille doivent se résigner face à sa puissance et se réconcilient avec lui.
Contexte
[modifier | modifier le code]Henri II, souvent désigné comme le « plus grand roi médiéval de l'Angleterre », règne sur un des plus importants ensembles de territoires d'Europe : l'Empire Plantagenêt composé de l'Angleterre, de la Normandie, de l'Anjou[1] et du Maine. Son épouse Aliénor lui a apporté son vaste domaine d'Aquitaine : Poitou,Gascogne, Angoumois, Saintonge, et Limousin.
En 1173, il a quatre fils légitimes, par âge décroissant : Henri, appelé Henri le Jeune car il a été couronné en 1170, Richard (plus tard appelé « Cœur de Lion »), Geoffroy, et Jean « Sans Terre », tous s'attendant à hériter tout ou partie des possessions de leur père.
Henri le Jeune vient d'avoir 18 ans en 1173. Il a une importante suite, mais est bridé par son manque de ressources financières. De nombreux chevaliers lui sont fidèles, mais il n'a aucun moyen de les récompenser. Il est donc impatient de prendre le contrôle de territoires paternels et de les gouverner par lui-même.
Le déclencheur de cette rébellion est l'intention annoncée par le roi de donner les châteaux stratégiques de Chinon, Loudun et Mirebeau, qu'Henri le Jeune pense lui revenir en propre, à son plus jeune fils Jean, comme partie de l'arrangement pour son mariage projeté avec Alice, la fille d'Humbert III de Savoie, le comte de Savoie et de Maurienne[2]. À la révélation de cette disposition, Henri le Jeune, qui cherche depuis longtemps une occasion de se disputer avec son père, est encouragé à se rebeller par de nombreux aristocrates qui voient des opportunités de profits dans un passage de pouvoir[réf. nécessaire]. Sa mère Aliénor, sentant son autorité menacée dans ses États et craignant d'être écartée du trône au profit d'une rivale (la liaison d'Henri avec Rosemonde Clifford deviendra d'ailleurs publique), se joint à cette cause[3]. Aliénor espère ainsi s'opposer à la politique centralisatrice mise en place par son mari et recouvrer son autonomie de gouvernement dans son duché[4]. Elle est suivie par beaucoup d'autres, qui ne soutiennent plus Henri II depuis l'assassinat de l'archevêque Thomas Becket en 1170. Cet acte a eu pour conséquence une réprobation de toute la chrétienté envers le roi d'Angleterre.
Selon le médiéviste Martin Aurell, parmi les causes plus profondes de cette révolte, il ne faut pas négliger « la réaction hostile de la noblesse poitevine et angevine aux progrès du gouvernement et de l'administration d'Henri II sur ses domaines » ou la « volonté d'autonomie des fils du roi dans la gestion de la principauté qui leur avait été confiée. »[5]
Formation de l'alliance
[modifier | modifier le code]Henri le Jeune s'enfuit à la cour de son beau-père, Louis VII le Jeune, en France le 8 mars , et est bientôt rejoint par ses frères Richard et Geoffroy[6]. Leur mère essaie de les rejoindre, mais est arrêtée en chemin par les troupes de son mari, fin novembre 1173, et est retenue captive à Chinon[7].
Au Grand Conseil de Limoges, assemblée qui s'est tenue le 25 février 1173, et à laquelle Henri II a convoqué son épouse et ses fils, le comte de Toulouse et ses barons, c'est à Henri puis à Henri le Jeune que Raymond V de Toulouse fait hommage pour son comté, dont Aliénor revendique la suzeraineté, et seulement en troisième position à Richard, qui a pourtant été solennellement investi du duché d'Aquitaine[8]. Le roi ne semble pas prêt à abdiquer une once de pouvoir. Henri le Jeune, à qui Henri refuse la moindre terre dont il puisse vivre, manifeste alors son dépit et refuse que l'on ampute son héritage au profit de Jean[9].
Henri le Jeune et son mentor, le roi de France, créent une large alliance contre Henri II en promettant des terres et des revenus en Angleterre et en Anjou aux comtes de Flandre, Boulogne, Blois et à Guillaume le Lion, roi d'Écosse. En fait, le jeune roi veut s'emparer de son héritage en le dispersant.
Il jure qu'il donnerait à Philippe d'Alsace, comte de Flandre, pour son hommage, 1 000 livres de revenus annuels en Angleterre, le Kent et les châteaux de Douvres et Rochester. À Mathieu d'Alsace, comte de Boulogne, frère du précédent, pour son hommage, le « soke de Kirkeketon » à East Lindsey, le comté de Mortain et les honneurs de Hay. À Thibaut, comte de Blois, pour son hommage, 200 livres de revenus annuels en Anjou, le château d'Amboise avec toutes les juridictions qu'il réclame en Touraine, et l'abandon des revendications des Plantagenêts sur Château-Renault. Guillaume le Lion, pour son assistance, recevra le Northumberland avec le fleuve Tyne pour limite au sud. À David, le frère du Lion, il promet les comtés de Huntingdon et de Cambridge, et à Hugues Bigot, le château de Norwich[réf. nécessaire].
La révolte
[modifier | modifier le code]La Normandie constitue un enjeu majeur lors de cette révolte. En effet, c'est aux frontières de ce duché que les hostilités commencent en . De plus, Henri II commande personnellement l'armée en Normandie, rôle qu'il abandonne à ses fidèles barons en Angleterre. Pour réduire la rébellion, le roi utilise une nouvelle arme : il fait appel à des mercenaires brabançons dont la mobilité va mettre à mal les lourdes armées féodales.
En , les comtes de Flandre et de Boulogne envahissent la Normandie par l'est, le roi de France et Henri le Jeune par le sud, tandis que les Bretons attaquent par l'ouest. Aumale et Gournay-en-Bray sont prises. Verneuil-sur-Avre est incendiée. Mais, finalement, chacun des assauts se solde par un échec : le comte de Boulogne est tué, Louis défait est expulsé hors de Normandie, et les Bretons mis en déroute devant Dol avec de lourdes pertes humaines et fiduciaires. Au printemps 1174, la Normandie est provisoirement hors de danger. Dans le même temps, Henri reprend le Mans. Outre-manche, les attaques de Guillaume le Lion dans le nord de l'Angleterre sont également un échec. Des négociations sont ouvertes avec les rebelles de Normandie entre le père et le fils, mais en vain.
Le chef des barons normands rebelles et donc partisan d'Henri le Jeune, le comte de Leicester Robert III de Beaumont dit Blanches mains prend la relève. Il lève une armée de mercenaires flamands, et traverse la Manche vers l'Angleterre pour rejoindre les autres barons rebelles, notamment Hugues Bigot, le comte de Norfolk. Le comte de Leicester rencontre les forces anglaises revenant du nord du royaume, menées par Richard de Lucy, et est complètement défait. Les barons restés fidèles à Henri II lui auraient dit : « c'est une mauvaise année pour vos ennemis ».
La rébellion n'est néanmoins pas terminée, et au printemps 1174, la révolte se poursuit. David d'Écosse, frère du « Lion », retourne au sud pour essayer de conquérir le nord de l'Angleterre, et prend la tête des barons rebelles. Guillaume de Ferrières, comte de Derby, un baron rebelle, met le feu à la ville royale de Nottingham tandis que Bigot fait de même à Norwich.
Le , Henri II, qui était parti en Normandie combattre ses ennemis, débarque en Angleterre. Son premier geste est de faire pénitence pour la mort de Thomas Becket, qui, assassiné par certains de ses chevaliers trois ans plus tôt, venait d'être canonisé. Le jour suivant la cérémonie de Cantorbéry, le , par une coïncidence dite provoquée par la divine providence, Guillaume le Lion et plusieurs de ses partisans sont surpris et capturés à Alnwick par des loyalistes[10]. À la suite de cet événement, Henri II est capable de balayer l'opposition, marchant sur chaque bastion rebelle pour recevoir sa reddition.
Après s'être occupé de l'Angleterre, le roi retourne sur le continent car Louis VII le Jeune et le comte de Flandre Philippe d'Alsace mettent le siège devant Rouen. Après avoir enfermé ses prestigieux prisonniers à Falaise, Henri II s'engouffre dans la capitale normande le . Surpris par cette action audacieuse, le roi de France n'insiste pas et se replie dans son domaine. Le , à Montlouis, Henri le Jeune et ses frères se réconcilient avec leur père, signent la paix, et retournent à son service, le reconnaissant comme leur seigneur.
Épilogue
[modifier | modifier le code]De nombreuses villes et châteaux sont détruits, et il y a de nombreux morts. La responsabilité en revient aux conseillers d'Henri le Jeune, et aux barons rebelles qui ont manipulé le jeune prince irréfléchi et inexpérimenté, en vue d'obtenir la fortune[réf. nécessaire]. Guillaume le Maréchal, qui est fidèle à Henri le Jeune durant la révolte, aurait dit : « Maudit soit le jour où les traîtres complotèrent pour embrouiller le père et le fils. »[réf. nécessaire]
Guillaume le Lion, capturé et emprisonné à Falaise, n'a pas d'autre choix que de signer le traité de Falaise en . Par ce traité, Guillaume reconnaît la suzeraineté du royaume d'Angleterre sur le royaume d'Écosse.
Aliénor est maintenue en résidence très surveillée pendant près de seize années, d'abord à Chinon, puis à Salisbury, et dans divers autres châteaux d'Angleterre[11],[12].
En 1176, l'assise de Northampton comporte des dispositions inspirées par la volonté d'empêcher le retour d'une telle révolte[réf. nécessaire].
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) The Revolt of 1173-74, from The Chronicle, Roger of Hoveden
- (en) Chronicles of England, Scotland and Ireland, de Raphael Holinshed, sur le projet Gutenberg
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ La Touraine a été annexée à l'Anjou par Geoffroy II d'Anjou en 1044. cf. Jean-Louis Ormières, Histoire de l'Anjou, Que sais-je, PUF, Paris, 1997, 128 p., p. 24.
- ↑ Martin Aurell, Aliénor d'Aquitaine, Souveraine femme, Paris, Flammarion, , 503 p. (ISBN 978-2-0804-6324-1), p. 50-51
- ↑ Jean Flori, Aliénor d'Aquitaine, La reine insoumise, Paris, Payot, , 544 p. (ISBN 2-228-89829-5), p. 171-174
- ↑ Aurell 2024, p. 229.
- ↑ Aurell 2024, p. 51.
- ↑ Flori 2004, p. 141-144.
- ↑ Flori 2004, p. 153.
- ↑ Flori 2004, p. 139.
- ↑ Flori 2004, p. 139-140.
- ↑ Flori 2004, p. 155.
- ↑ Aurell 2024, p. 52-53.
- ↑ Flori 2004, p. 153-155.
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Revolt of 1173-1174 » (voir la liste des auteurs).
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