Révisionnisme au Japon

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Au Japon, le courant révisionniste intéresse principalement la réinterprétation de faits de guerre commis par l'Armée impériale japonaise et Marine impériale japonaise durant la première partie de l'ère Shōwa en Asie (guerre sino-japonaise et Seconde Guerre mondiale). Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler de révisionnisme, on s'accorde généralement à appeler ainsi les tentatives visant à minimiser les responsabilités historiques du pays. En effet, la position du gouvernement japonais est ambiguë : il refuse de reconnaître officiellement certains actes pourtant jugés par la communauté internationale comme crimes de guerre. Il serait plus juste de parler alors d'occultation, ou au pire de négationnisme.

Le « révisionnisme » japonais est aujourd'hui très diffus. Il ne s'est pas institutionnalisé à l'image des mouvements néo-nazis en Allemagne, mais reste fermement ancré dans une frange marginale de la population. Dans son immense majorité, il s'agit essentiellement d'un fort nationalisme aux yeux mi-clos, où l'on tente autant qu'on peut de passer sous silence les parties encombrantes du fardeau historique.

Les faits de guerre en question[modifier | modifier le code]

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Les faits de guerre sur lesquels s'exprime le révisionnisme au Japon sont principalement ceux concernant :

Les causes[modifier | modifier le code]

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Les États-Unis, puissance occupante après la capitulation de 1945, en sont en grande partie responsables :

  • Parallèlement aux procès de Nuremberg en Allemagne, ouverts pour juger les criminels de guerre nazis, le Tribunal de Tōkyō fut créé en 1946 pour les mêmes motifs au Japon. Toutefois le fait que certaines personnes éminentes ne furent pas poursuivies (comme l'empereur Showa, les membres de la famille impériale impliqués dans la guerre et les membres de l'Unité 731) et que certains dossiers majeurs furent totalement occultés (comme les femmes de réconfort) réduisit considérablement son impact.

Ces passages sous silence, justifiés par le contexte de guerre froide avec l'URSS et la nécessité de reconstruction rapide du pays, donnèrent le sentiment à l'opinion japonaise d'une recherche de boucs émissaires. Cette impression favorisa l'oubli de reproches embarrassants.

  • En découlent ainsi de grandes lacunes dans le travail de mémoire concernant les actes controversés.
  • Ces efforts ont été accentués par un renouveau du nationalisme, volontairement favorisé par les Américains pour estomper le douloureux souvenir de l'humiliation.
  • La fidélité à l'empereur (maintenu car considéré comme un atout pour la stabilisation du pays) et la volonté de sa réhabilitation.
  • Les familles politiques de l'Empire sont toujours fortement représentées à l'assemblée, et il est très difficile de percer politiquement sans avoir leur soutien. Les poussées révisionnistes coincident souvent avec le calendrier politique nationale, par exemple lorsqu'un gouvernement menace de tomber. Tandis que les régressions s'accumulent depuis la guerre, les avancées positives comme des excuses officielles sont quasi impossibles et débouchent généralement sur l'éviction du gouvernement.

Nobusuke Kishi figure parmi les cas les plus significatifs: cet ancien ministre de Tojo devait être jugé pour crimes de guerre, mais a été libéré avant le procès. Il deviendra Premier Ministre de 1957 à 1960 et mènera une politique de rapprochement avec les États-Unis. Mais discrètement, à la fin de son second mandat, il dédiera une stèle à Tojo et à d'autres criminels de guerre au cimetière du Mont Sangane[2].

Attitudes du gouvernement et des pays asiatiques face au passé[modifier | modifier le code]

En 1986, Fujio Masayuki, ministre de l'enseignement de Nakasone avait démissionné après avoir minimisé les crimes commis à Nankin et avoir déclaré que la Corée avait accepté l'annexion par le Japon.

Le Premier Ministre Murayama Tomichii exprima ses regrets en 1995 et fit voter par le parlement une résolution allant dans ce sens.

Les visites de nombreux Premiers Ministres au sanctuaire de Yasukuni, où sont honorés les hommes morts pour le Japon, ont provoqué à plusieurs reprises des scandales d'envergure internationale. En effet parmi les personnalités représentées se trouvent 14 criminels de guerre de classe A. Ces visites, bien que généralement privées, sont vues par les pays autrefois victimes de l'impérialisme nippon comme une glorification de l'ère colonialiste. L'empereur Hirohito lui-même avait cessé ses pèlerinages au sanctuaire après le transfert des cendres de certains des criminels de guerre de classe A favorables à l'alliance avec l'Allemagne en ce lieu[3]. Pour le journaliste Masanori Yamaguchi, qui a analysé le "mémo Tomita" à la lumière des déclarations de l'empereur lors de sa conférence de presse de 1975, l'attitude "opaque et évasive" de Hirohito sur sa responsabilité à l'égard de la guerre et le fait qu'il ait déclaré que le bombardement atomique de Hiroshima "ne pouvait être empêché" [4] démontre qu'il craignait que l'intronisation des criminels au sanctuaire puisse relancer la question de sa responsabilité personnelle concernant les crimes de guerre du Japon Shōwa[5].

Afin de calmer la tension entre les deux pays, les gouvernements de la Chine et du Japon ont formé un comité conjoint d'historiens dont la première séance de travail s'est terminée en décembre 2006 à Beijing, sans que des sujets spécifiques comme le massacre de Nankin ne soient abordés[6].

En décembre 2006, l'ancien Premier Ministre japonais Shinzo Abe, dans un souci d'apaisement avec les partenaires asiatiques du Japon (Chine et Corée du Sud en particulier), aurait récemment fait part de ses "profonds regrets" concernant les actes perpétrés par son pays dans le passé. En mars 2007, il souleva toutefois la controverse avec ses propos sur la responsabilité de l'armée shōwa à l'égard des femmes de réconfort[7].

L'affaire des manuels scolaires ou Guerre des manuels[modifier | modifier le code]

En 1982, une controverse très médiatisée a lieu à la suite du remplacement, dans les livres scolaires, du terme « invasion » (shinryaku) par celui d'« avance » (shinshutsu) pour décrire les opérations militaires de 1936 en Chine[8].

En 2002 et 2005, un nouveau manuel d'histoire pour le collège promu par un groupe de professeurs révisionnistes et édité par la fusôsha a été autorisé par le gouvernement japonais. Pour obtenir cette autorisation, l'éditeur a dû effectuer plus d'une centaine de corrections à la demande de la Commission des manuels du Ministère de l'éducation. Cependant, malgré ces corrections et bien que le manuel ne nie plus explicitement les faits historiques, tout était fait pour en minimiser certains. De cette manière, le massacre de Nankin a été réduit à une note en bas de page, ce qui a provoqué de violentes réactions dans les pays les plus concernés (manifestations anti-japonaises en Chine et en Corée du Sud). Les sept autres manuels d'histoire disponibles en date de 2008 pour le collège et qui sont utilisés par des établissements n'ont pas fait l'objet de critiques d'une telle ampleur.

En mars 2007, à la suite des propos controversés de Shinzo Abe sur la responsabilité de l'armée impériale à l'égard des femmes de réconfort, le député du parti libéral démocrate Nariaki Nakayama s'est targué d'avoir réussi à expurger les manuels de toute mention relative à ce dossier[9].

Dernièrement, les critiques ont porté sur la présentation des suicides collectifs de civils lors de la bataille d'Okinawa. La phrase « certains habitants [avaient] été forcés de se suicider par l’armée impériale » a été remplacée par « Certains habitants n’ont pas eu d’autre recours que le suicide collectif ». Les critiques du gouvernement soulignent que des armes militaires ont été fournies aux civils spécifiquement dans ce but[10]. En juin 2007, la préfecture d'Okinawa a officiellement demandé au ministère de l'Éducation nippon de retirer sa directive aux éditeurs de manuels visant à escamoter le rôle de l'armée impériale japonaise et de la marine impériale japonaise dans les suicides collectifs de civils en 1945[11].

Shinzo Abe et le Comité de gestion de la NHK[modifier | modifier le code]

En 2014, plusieurs membres du Comité de gestion de la NHK, qui venaient d'être nommés par le gouvernement de Shinzo Abe, ont exprimé des opinions révisionnistes. Katsuto Momii, le Directeur général, a ainsi déclaré lors de sa conférence de presse inaugurale que beaucoup de pays avaient mis en place pendant la Seconde guerre mondiale un système comparable à celui des "femmes de confort" et qu'il était injuste de mettre en lumière le Japon sur ce point. La NHK a reçu plusieurs milliers de lettres ou messages de plaintes après les déclarations de Momii, notamment à propos de sa vision de l'histoire[12]. L'écrivain Naoki Hyakuta a quant à lui affirmé, dans un discours prononcé lors de la campagne électorale de Toshio Tamogami pour la mairie de Tokyo, que le massacre de Nankin était de la propagande des nationalistes chinois[13]. Si une troisième membre du comité, Michiko Hasegawa, est plus connue pour ses positions conservatrices en matière d'égalité entre hommes et femmes[14], elle a aussi signé, en 1983, un article révisionniste[15] et, en 2013, elle a défendu le concept selon lequel l'empereur japonais pouvait être un dieu vivant si on donnait sa vie pour lui, contrairement à ce qu'affirme la Constitution du pays[16]. Plusieurs commentateurs voient dans la désignation de ces personnes la main de Shinzo Abe[17], qui a été accusé en 2005 d'avoir exercé des pressions sur la direction de NHK pour qu'on coupe certaines scènes d'un documentaire sur les femmes de réconfort[18]. Shinzo Abe réfute ces soupçons[19].

Nippon Kaigi[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nippon Kaigi.

Créée en 1997, cette organisation ouvertement révisionniste est le principal mouvement d'extrême droite au Japon[réf. nécessaire]. Parmi ses membres figurent des premiers ministres dont Shinzo Abe, et de nombreux ministres[réf. nécessaire].

La lutte contre le révisionnisme[modifier | modifier le code]

Du fait de son caractère flou et épars au sein de la population, il est assez difficile de mener une action coordonnée et efficace. L'historien Ienaga Saburo a mené des campagnes de sensibilisation.

Des citoyens de Nagoya se sont organisés pour répondre au maire de la ville, Takashi Kawamura, qui nie l'existence du Massacre de Nankin, notamment par l'établissement d'un site internet et l'organisation de conférences et autres événements publics[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Forum De La Seconde Guerre Mondiale - Voir Le Sujet - L'Opération "Tue Tout, Pille Tout, Brûle Tout"
  2. "[1] Far from Yasukuni, cemetery honors criminals" - Korea JoongAng Daily (15 août 2013)
  3. (fr) Hirohito n’aimait pas les criminels de guerre
  4. «-Votre Majesté ressent-elle une responsabilité à l'égard de la guerre elle-même, incluant le déclenchement des hostilités ? -Nous ne pouvons répondre à une question de ce type car nous n'avons pas suffisamment étudié la littérature dans ce domaine, et conséquemment, ne pouvons apprécier toutes les nuances de vos mots»,H. Bix, Hirohito and the Making of Modern Japan, 2000, p. 676
  5. Yasukuni and a week that will live in infamy, http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/fd20060820pb.html
  6. China, Japan end first joint study session on history, http://www.chinadaily.com.cn/china/2006-12/27/content_769169.htm
  7. (en) Japan's Abe: no proof of WW II sex war slaves http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/03/01/AR2007030100578.html
  8. Voir page 221 in Japan: The Burden of Success, Jean-Marie Bouissou & Jonathan Derrick, Fondation nationale des sciences politiques CERI, Hurst & Co, 2002
  9. Sex slave history erased from texts, http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nn20070311f1.html, Comfort women distortion stirs indignation, http://www.chinadaily.com.cn/english/doc/2005-07/13/content_459772.htm
  10. (fr) Revue et corrigée, l’Histoire est bien plus belle
  11. Okinawa slams history text rewrite, http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nn20070623a1.html
  12. NHK receives 7,200 public comments critical of chairman's remarks, The Asahi Shimbun le 5 février 2014.
  13. AFP via Japan Today, NHK manager's Nanjing denial no problem, gov't says, le 5 février 2014; J. Soble, Abe’s interference blurs the picture at Japan’s NHK broadcaster, Financial Times le 4 février 2014; Governor of Japan broadcaster NHK denies Nanjing massacre, BBC News le 4 février 2014.
  14. T. Sugiyama Lebra, Gender and Culture in the Japanese Political Economy: Self-Portrayals of Prominent Business Women, in Y. Murakami et al. (éds), The Political Economy of Japan: Cultural and social dynamics (1992), p. 364 sq., aux p. 372-373.
  15. Michiko Hasegawa, A Postwar View of the Greater East Asia War, Chuo Koren Avril 1983 paru en anglais dans Japan Echo Vol. XI, Special Issue, 1984, repris dans The Journal for Historical Review 6.4 (1985-1986), p. 451
  16. NHK governor praises rightist's 1993 suicide at newspaper headquarters, Mainichi Shimbun le 5 février 2014; Another NHK governor ignites firestorm with comments on suicidal right-winger, Asahi Shimbun le 6 février 2014.
  17. P. Mesmer, Au Japon, transition à la tête de la NHK, Le Monde, le 27 janvier 2014.
  18. M. Yamaguchi, Conservatives push agenda at NHK, The Associated Press via Japan Today 14/2/2014.
  19. M. Fackler, News Giant in Japan Seen as Being Compromised, The New York Times le 2 février 2014.
  20. Joseph Essertier et Ono Masami, David vs. Goliath: Resisting the Denial of the Nanking Massacre, Japan Focus 21/2/2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]