Résistance non violente

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La marche du sel, en Inde, le 12 mars 1930

La résistance non violente ou action non violente ou résistance passive est la pratique d'utiliser le pouvoir non violent pour accomplir des objectifs socio-politiques au travers de protestations symboliques, non-coopération économique ou politique, désobéissance civile ou d'autres méthodes.

Cela implique une résistance par inertie, opposée à un antagonisme actif. Le « satyagraha » est une variété de résistance non violente développée par Mohandas Gandhi.

Les formes de la résistance non violente sont extrêmement variées. Elles incluent par exemple la guerre de l'information (de l'édition de tracts à celle de journaux), l'art protestataire (graphique, musique, poésie), lobbying pour impliquer la communauté, la résistance fiscale, le boycott, la lutte via la diplomatie, le sabotage matériel ne mettant pas en danger la santé d'autrui, le chemin de fer clandestin, le refus de récompense ou honneurs, le piquet de grève non violent et/ou la grève générale.

Parmi les théoriciens de la résistance non violente, il faut mentionner les Américains Richard Gregg et Gene Sharp, l'Anglais Adam Roberts (en), l'Allemand Theodor Ebert (de) et les Français Jean-Marie Muller et Jacques Sémelin.

Resistencia Venezuela 8-001

Les luttes non-violentes dans l'histoire[modifier | modifier le code]

La non-violence a été popularisée dès 1921 par Gandhi en Inde, par la notion d'ahiṃsā (du sanskrit a ; « négation » et himsâ ; « violence »), un des fondements du jaïnisme, de l'hindouisme et du bouddhisme. Elle a été adoptée ou utilisée plus ou moins ouvertement par de nombreuses personnes, dont Martin Luther King pour la lutte des Noirs américains contre la ségrégation, le 14e dalaï-lama en exil en Inde pour résoudre le conflit sino-tibétain, Adolfo Pérez Esquivel en Amérique latine, Vinoba Bhave à nouveau en Inde, Lech Wałęsa et Václav Havel contre les gouvernements communistes polonais et tchèque, Cory Aquino aux Philippines, Nelson Mandela (position abandonnée en 1961) et Steve Biko en Afrique du Sud, Aung San Suu Kyi en Birmanie et Ibrahim Rugova au Kosovo.

Albert Einstein s'intéressa à cette forme de lutte[1], admira Gandhi[2] et signa le manifeste de Bertrand Russell contre la violence militaire nucléaire. Gandhi définit la non-violence par « la non-participation en quoi que ce soit que l'on croit maléfique »[3].

Le 10 novembre 1998, à l'appel de tous les prix Nobel de la paix vivants, l'Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution déclarant la décennie 2001-2010 « Décennie internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde ». En 2007, les Nations unies ont décidé que le 2 octobre (jour de naissance de Gandhi) serait désormais une « Journée internationale de la non-violence »[4].

Exemples de luttes non-violentes avérées[modifier | modifier le code]

Gandhi, en nommant et expliquant la non-violence, a permis de comprendre la spécificité de nombreux changements de société, de nombreuses révolutions, de nombreuses luttes d'indépendance qui l'ont précédé, qui sont contemporaines ou qui sont advenues après sa mort. Les exemples de victoires de la non-violence sont légion, tant au niveau local que national ou international. Alors que les révoltes violentes des pauvres ne leur rapportent le plus souvent qu'une oppression pire, la grève, moyen non-violent, permit au mouvement ouvrier d'obtenir enfin des améliorations durables de la condition ouvrière. À comparer par exemple avec les soulèvements ouvriers violents dans toute l'Europe en 1848, durement réprimés ou la révolution violente de 1917 en Russie ou celle de Cuba qui menèrent à l'instauration de dictatures communistes.

Exemples de révolutions non-violentes ayant mis fin à des dictatures :

  • Lutte contre le putch de Kapp en Allemagne, 1920[5].
  • Résistance non-armée des Allemands contre l'occupation franco-belge de la Ruhr, 1923[6].
  • Renversement de la dictature à la suite de l'initiative de femmes en Colombie, 1957.
  • Philippines : révolution people power nommée aussi révolution des chapelets qui mena au renversement de la dictature de Marcos, 1986[7].
  • Grève de la faim contre la dictature de Banzer, Bolivie, 1977-78,et renversement de son gouvernement en 1979[8].
  • Luttes non-violentes aboutissant à la chute des régimes communistes de Pologne[9], de Tchécoslovaquie et de République Démocratique Allemande (RDA)[10]; chute du mur de Berlin (1989); début de la fin des régimes communistes d'Europe de l'Est.
  • Révolution des roses en Géorgie : départ du président Chevarnadze, malgré un soutien marqué de la Russie.
  • Le président Lozada acculé à la démission, Bolivie, 2003, malgré un soutien marqué des États-Unis. Ce fut le début de la fin de la plupart des dictatures sud-américaines, renversées non par la guérilla, mais par un patient travail politique non-violent qui permit des élections suffisamment démocratiques.
  • Révolution orange en Ukraine en 2004.
  • Révolution de jasmin en Tunisie chassant le président Ben Ali (fin 2010- début 2011)[11].

Exemples de luttes non-violentes pour l'indépendance :

  • L'Inde par la longue lutte non-violente de Gandhi se libère de la première puissance mondiale, 1948[12].
  • Le Congo belge accède à l'indépendance à la suite de la lutte non violente organisée par Lumumba aidé par Jean Van Lierde en Belgique (1958- 1960)[13].
  • La Zambie avec Kenneth Kaunda (1953- 1960)
  • Le Ghana avec Nkrumah (1960).
  • La révolution du cèdre : le Liban s'émancipe de la tutelle syrienne en 2005. Premier pays arabe à vivre une expérience forte de non-violence.
  • Le Kosovo avec la Ligue Démocratique du Kosovo dont Ibrahim Rugova fut le leader charismatique (années 1990)

Exemples de luttes non-violentes ayant changé la vie des citoyens :

Pour les militants de la non-violence une telle liste (loin d'être exhaustives) témoignerait de l'efficience concrète de la non-violence, de sa capacité à mettre en route des changements de société durables allant dans le sens du développement, de la démocratie, de la justice et de la liberté.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Pourquoi la guerre ?, correspondance d'Albert Einstein avec Freud, 1932 ou parcourir (en) The Albert Einstein Institution
  2. (en) « I believe that Gandhi's views were the most enlightened of all the political men in our time. We should strive to do things in his spirit: not to use violence in fighting for our cause, but by non-participation in anything you believe is evil », Mahatma Gandhi Research and Media Service, “Einstein on Gandhi” [PDF]
  3. Traduit de l'anglais, citation audio reprise par la Chatham University [PDF] et fournie par la GandhiServe Foundation : Mahatma Gandhi Research and Media Service. 1998-2005. Comprehensive site catalogued by Gandhi’s youngest son
  4. Résolution adoptée par l'Assemblée générale le 27 juin 2007
  5. MIR-IRG, Résistance dans une Allemagne en crise. Collection Résistances civiles et populaires, no 2, Bruxelles, 1983.
  6. MIR-IRG, Résistance dans une Allemagne en crise. Collection Résistances civiles et populaires, no 2,Bruxelles, 1982.
  7. Alternatives non violentes, no 119-120 : Les luttes non-violentes au XXe siècle (Tome 1), p. 117-118.
  8. Alternatives non violentes, no 119-120 : Les luttes non-violentes au XXe siècle, Tome 1, p. 93-95.
  9. Robert POLLET, L'été polonais : conquêtes ouvrières et défense civile et populaire non-violente, Ris-Orangis, Lausanne, 1980.
  10. Voir e.a. : Alternatives non-violentes, no 119-120, Les luttes non-violentes au XXe siècle, Tome 2, p. 36-38.
  11. Bernard DREANO, Violence et non-violence du printemps arabe, in Alternatives non-violentes> 163(2012), Révolutions des Arabes et révoltes des indignés, 2012.
  12. B.R.NANDA, Gandhi. Sa vie ses idées, son action politique en Afrique du Sud et en Inde, Marabout Université, 1968.
  13. Guy de Bosschère et Jean Van Lierde, La guerre sans armes : douze années de luttes non-violentes en Europe, 1952-1964, Paris Bruxelles, Karthala Pire, , 117 p. (ISBN 2874151386).
  14. Jean-Marie Muller, Jean Kalman, César Chavez, Un combat non-violent, Fayard/Le Cerf, 1977.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]