Réserve stratégique de pétrole

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 Ne pas confondre avec une Réserve pétrolière, qui désigne le pétrole non encore extrait.
Les réservoirs de Shibushi dans la préfecture de Kagoshima, l'un des dix sites de la réserve stratégique de pétrole du Japon.

Une réserve stratégique de pétrole (RSP) est un stock de pétrole à la disposition d'un État, soit détenu directement par lui, soit par une compagnie pétrolière mais dans le cadre de contraintes imposées par l'État. Elle donne à un pays importateur de pétrole une certaine marge de manœuvre en cas d'interruption de ses approvisionnements.

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis la découverte des grands puits de pétrole du Sud des États-Unis à la fin du XIXe siècle, la houille a perdu sa place de première source d'énergie. Aucun secteur de l’économie des pays industrialisés, à commencer par l’agriculture et les transports, ne peut se passer aujourd’hui des produits pétroliers. Comme une grosse partie des ressources pétrolières est concentrée dans la région agitée du Proche-Orient, le pétrole doit être acheminé par d’énormes navires-citernes et de très longs pipelines vers les pays consommateurs. En 1973, une baisse concertée de la production des pays membres de l’OPEP provoqua le premier choc pétrolier par une hausse brutale et durable du cours du baril. Les pays consommateurs, dépourvus jusque-là de réserves stratégiques, ne surent s’opposer à cette entente.

Agence internationale de l'énergie[modifier | modifier le code]

Aussi les 16 nations les plus industrialisées (rejointes depuis par 13 autres pays) se groupèrent-elles au sein d'une Agence internationale de l'énergie (AIE), afin de coordonner leurs politiques énergétiques et de mettre sur pied une économie raisonnée de la ressource[1]

L'Agence internationale de l'énergie, qui dépend de l'OCDE, demande[2] à ses membres de conserver des réserves équivalente à au moins 90 jours d'importations nettes de l'année précédente. Les trois membres qui sont exportateurs nets de pétrole (Norvège, Danemark et Canada) n'ont donc aucune obligation en la matière. Dans ce calcul, l'évaluation des importations, comme celle des réserves, comprend le brut, comme les produits raffinés. L'OCDE précise également que ce volume minimal est calculé sans inclure le pétrole détenu par les utilisateurs finaux (stocks dits tertiaires; réserves des centrales électriques, contenu des cuves de chauffage, etc.), se trouvant dans des pétroliers en mer, réservé à l'armée ou présent dans les stations-services. En revanche, des réserves situées hors du territoire dans le cadre d'accords bilatéraux peuvent être incluses. Les réserves au sens géologique (pétrole non encore extrait), n'étant pas disponibles rapidement, ne sont pas incluses.

Les pays membres de l'AIE coopèrent également pour l'utilisation de leurs réserves stratégiques. C'est par exemple le cas en 2011 lors de l'interruption de la production dû à la situation en Libye : une décision est prise de concert de prélever du pétrole dans ces réserves[3],[4].

Les grands pays non membres de l'AIE (notamment l'Inde et la Chine) ont, au début du XXIe siècle, constitué eux aussi des réserves stratégiques.

Réserves stratégiques par pays[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

La réserve stratégique de pétrole des États-Unis est la plus grande réserve connue au monde avec une capacité d'au plus 727 millions de barils de pétrole, soit 116 millions de mètres cubes de pétrole brut. Selon le Département de l'Énergie des États-Unis[5], en avril 2006, la RSP contient 687 Mbarils.

Description[modifier | modifier le code]

La RSP américaine est répartie dans quatre sites situés dans le Golfe du Mexique, chacun étant près d'un important centre pétrochimique (raffinerie, notamment). Chaque site est constitué de plusieurs cavernes artificielles creusées à même des dômes salins sous la surface :

  • Bryan Mound, près de Freeport, Texas : 226 Mbarils
  • Big Hill, près de Winnie, Texas : 160 Mbarils
  • West Hackberry, près de Lake Charles, Louisiane : 219 Mbarils
  • Bayou Choctaw, près de Baton Rouge, Louisiane : 72 Mbarils

Les capacités affichées peuvent changer.

Un cinquième site, Weeks Island dans la Paroisse de l'Ibérie, Louisiane, avait une capacité de 72 Mbarils, mais a été démantelé en 1999 à la suite d'une importante infiltration d'eau. Ce site était construit sur une ancienne mine de sel proche de la surface. En 1993, une doline s'était formée, laissant l'eau de pluie s'infiltrer et endommager la caverne.

D'un coût de 4 milliards USD, ces cavernes ont été construites en forant un puits vers une poche de sel, puis en dissolvant le sel par injection d'eau. Une caverne peut se trouver à 1 000 m sous la surface, la taille moyenne est de 60 m de large et 600 m de profondeur, ce qui donne une capacité de stockage entre 6 et 30 Mbarils. Selon le USDOE, comparé aux meilleures méthodes de stockage connues, il en coûte 10 fois moins cher de stocker du pétrole ainsi, avec les avantages supplémentaires qu'il n'y a aucune fuite et que le pétrole est constamment brassé en raison d'un gradient de température dans ces cavernes. Les sites sont conçus pour durer jusqu'en 2025.

Le volume maximal de pétrole qui peut être extrait de la RSP est de 4,4 Mbarils par jour. Ce pétrole peut s'écouler sur le marché intérieur 13 jours après un ordre exécutif du président des États-Unis. Le USDOE affirme qu'il gère une réserve de 7 à 8 semaines au débit courant de 2008. Combiné avec les réserves des entreprises privées, cela offre une réserve totale estimée à 150 jours en situation d'urgence.

60 % du pétrole brut de la réserve est une variété de pétrole moins désirable, car riche en soufre.

Perspective historique[modifier | modifier le code]

Les États-Unis importent environ 60 % de leur consommation pétrolière en 2008. Or, le pétrole est une ressource nécessaire au fonctionnement de l'économie et de l'armée américaines.

La décision de créer une RSP fut motivée par des besoins croissants d'importation de pétrole à partir de 1949, le fait que la production domestique ait commencé à décliner à partir de 1971, ainsi que le choc pétrolier de 1973. Le 22 décembre 1975, l’Energy Policy and Conservation Act mis en vigueur pour contrer une interruption sévère de livraison de pétrole. À ce moment, le gouvernement américain visait une RSP de 1 000 Mbarils.

En 1977, un certain nombre de sites furent achetés. En juin, les premières installations de surface furent construites, et en juillet de la même année, environ 400 000 barils y furent déversés. Pendant l'année fiscale 1995, le remplissage fut suspendu pour améliorer l'équipement, tout en augmentant la durée de vie des installations.

Remplissage[modifier | modifier le code]

Le 13 novembre 2001, le président américain George W. Bush a annoncé que la RSP devait être remplie à sa pleine capacité. Le plus haut niveau atteint auparavant est de 592 Mbarils en 1994. Depuis l'émission de cette directive, la RSP américaine a augmenté sa capacité de stockage de 27 Mbarils en profitant de l'agrandissement naturel des cavernes. Malgré cela, il faudra construire d'autres cavernes pour atteindre la capacité exigée de 1 000 Mbarils. Le 17 août 2005, la RSP a atteint 700 Mbarils, soit 96 % de sa nouvelle capacité.

Le pétrole livré à la RSP américaine est pourvu dans le cadre de contrats qui exigent des redevances pour l'extraction de pétrole sur les terrains détenus par le gouvernement fédéral américain dans le Golfe du Mexique. Ces redevances étaient initialement versées en argent, mais en 1998, le gouvernement a préféré le versement en nature, c'est-à-dire obtenir directement du pétrole, ce qui facilite le remplissage de la RSP.

Vente et prêt en situation d'urgence[modifier | modifier le code]

En situation d'urgence, le pétrole a été vendu sur le marché à deux occasions, en 1991 et en 2005. Cependant, à plusieurs reprises, le pétrole a aussi été prêté temporairement ou échangé à des entreprises privées. Il y a eu échange lorsqu'un pipeline ARCO a cessé de fonctionner en avril 1996. Il y a eu échange de 11 Mbarils de pétrole brut Maya pour 8,5 Mbarils d'un meilleur pétrole brut en 1998. Un échange est aussi survenu lorsqu'un dock s'est effondré en juin 2000 près de Lake Charles, Louisiane. Il y a eu des prêts temporaires lorsque sont survenus les ouragans Lili en 2002, Ivan en 2004 et Katrina en 2005.

Le 31 août 2005, le président américain George W. Bush a autorisé le prêt de pétrole pour aider les raffineries perturbées par l'ouragan Katrina. De plus, il a annoncé la vente de 30 Mbarils pour calmer les spéculations. L'ouragan Katrina a interrompu la livraison d'environ 95 % de la production de pétrole brut et de 88 % du gaz naturel dans le Golfe du Mexique, ce qui représente environ le quart de la production américaine.

Le 25 avril 2006, George W. Bush a annoncé la suspension du remplissage de la RSP dans le but de diminuer la pression financière sur le prix de l'essence[6].

Limitations[modifier | modifier le code]

La RSP américaine n'est pas une réserve de produits pétrochimiques, tel l'essence, le diesel et le kérosène. Les sénateurs Charles Schumer et Dick Durbins ont suggéré que le USDOE devrait créer une réserve d'essence et de kérosène[7]. Cependant, la vie utile de ces produits est relativement courte, ce qui imposerait de les remplacer régulièrement et serait nettement plus coûteux que le stockage de pétrole.

Bien qu'il y ait une petite réserve, 2 Mbarils, de pétrole à chauffer au Connecticut et au New Jersey sous la responsabilité du USDOE, le gouvernement américain ne maintient pas de dépôt aussi important que la RSP. En conséquence, il n'a aucun contrôle sur le raffinage du pétrole. Puisque cela fait 30 ans qu'aucune raffinerie n'a été construite sur le sol américain, il n'y a pas beaucoup de réserve excédentaire, même si les raffineries existantes se sont notablement améliorées pendant ce laps de temps.

Union européenne[modifier | modifier le code]

Pour les pays membres, une directive européenne remontant à 1968[8] demande de conserver des réserves de pétrole et/ou de produits pétroliers pour l'équivalent de 65 jours de consommation intérieure, avec des exemptions partielles pour les états qui sont eux-mêmes producteurs de pétrole.

Allemagne[modifier | modifier le code]

En 2005, les réserves stratégiques de l’Allemagne se montaient à 25,2 millions de tonnes[9], dont 13,4 millions de tonnes de pétrole brut et 11,8 millions de tonnes d'hydrocarbures raffinés. Ces réserves doivent permettre au pays de soutenir sa consommation pendant 90 jours. Les stockages de pétrole brut se trouvent majoritairement dans des cavernes souterraines de Basse-Saxe, entre 1 000 m et 1 500 m de profondeur. Ces cavités ont été aménagées dans des poches géologiques de sel gemme. Un puits de stockage particulièrement important est celui géré par la Sté IVG dans la caverne souterraine d’Etzel. Les produits pétroliers semi-raffinés sont stockés dans des réservoirs aériens parsemés à travers tout le territoire. La valeur de ces réserves peut être estimée, en se fondant sur un prix de 70 USD le baril, à onze milliards d’euros environ.

Outre ces réserves stratégiques, l'Allemagne s'était constituée, à partir des années 1970, une réserve fédérale de 7,32 millions de tonnes de pétrole, constituée entre 1974 en 1981 et entreposée dans les stockages souterrains des environs de Wilhelmshaven, Brême, Hambourg, etc. Le gouvernement fédéral a vendu ces réserves en 1997. En 2010, l'Allemagne stocke des produits pétroliers élaborés comme l'essence, le gazole, le fioul, le kérosène et le fioul lourd qui, parce qu'ils sont déjà raffinés, sont rapidement utilisables.

Quoique les directives du Conseil de prévoyance pour l'épargne pétrolière (Erdölbevorratungsverbandes, EBV en abrégé) n'imposent qu'une autonomie de 90 jours, le total des réserves allemandes en pétrole brut et en produits semi-raffinés est régulièrement supérieur. D'importantes quantités d'hydrocarbures sont stockées par les consommateurs, notamment pour le fioul domestique à usage de chauffage. De plus les raffineries constituent un stock d’avance pour assurer la continuité de leur exploitation.

C'est la loi fédérale du 16 janvier 2012 (BGBl. vol. I, p. 74), dite « loi de prévoyance sur les produits pétroliers » (Erdölbevorratungsgesetz – ErdölBevG) qui en Allemagne régit désormais les stocks souterrains et l'EBV. Les stocks sont organisés et supervisés par l'EBV, dont sont membres de plein droit toutes les grandes entreprises allemandes d’importation et de transformation des produits pétroliers, au premier rang desquelles les grandes compagnies pétrolières. Cet EBV est une personne morale de droit public, fondé en 1978 par les compagnies pétrolières allemandes et les importateurs de pétrole sous les auspices du gouvernement fédéral, ce dernier ayant dès 1966 contraint les groupes industriels à constituer à leurs frais une réserve stratégique de brut, en cas de guerre. Le siège de l'EBV se trouve à Hambourg. Les surcoûts de stockage sont répercutés à la revente à raison de 0,5 % par litre (d'essence, de gazole ou de fioul, selon le cas). L’EBV ne peut augmenter ses réserves qu'avec l'accord du Ministère fédéral de l'Économie et au cours du marché. L’IEA et l'Union européenne ont un droit de regard. En 1991, au cours de la guerre du Golfe, l'Allemagne a mis sur le marché une partie de ses réserves pétrolières, au prix de 30,55 USD le baril.

Après l’ouragan Katrina en 2005 et la flambée brutale du prix du brut qui s'est ensuivie, l'Allemagne a mis sur le marché 450 000 m3 de pétrole. La chute des exportations de la Libye en 2011 a encore incité le gouvernement fédéral à entamer une partie des réserves : l'Allemagne a participé à l'effort de l'AIE à hauteur de 4,3 millions de barils.

France[modifier | modifier le code]

En France, les stocks stratégiques sont gérés par le Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers instauré par la loi Billardon du 31 décembre 1992[10]. Chaque société distribuant des carburants en France doit mettre à disposition en permanence un volume équivalent à 27% de ses ventes de l'année précédente (soit légèrement plus que les 90 jours demandés par l'AIE).

Contrairement aux réserves américaines ou japonaises, regroupées dans des dépôts de très grande taille, la RSP française est éparpillée dans 235[11] sites de stockage répartis sur l'ensemble du territoire. Un important dépot souterrain existe cependant à Manosque, géré par Géosel.

Fin mai 2016, la France puise dans ses réserves stratégiques de produits raffinés pour faire face à un début de pénurie de carburants provoquée par le blocage de raffineries et de sites de stockage dans le cadre le mobilisation contre la loi travail.[12]

Italie[modifier | modifier le code]

L'Italie ne possède pas de réserves publiques, mais d'importantes réserves privées, détenues par les compagnies pétrolières (ENI en tête) et les distributeurs de carburants. Elles en ont l'obligation par une loi (Décret no 22 du 21 janvier 2001) qui transpose la directive européenne. Les stocks sont relativement dispersés sur le territoire et comprennent environ un tiers de brut pour deux tiers de produits raffinés[13].

Pologne[modifier | modifier le code]

En Pologne, le gouvernement détient une réserve de 14 jours, le complément étant assuré par une obligation de stockage pour les opérateurs privés (raffineurs, et importateurs de produits raffinés)[14]. Le stock total est supérieur aux 90 jours requis par l'EIA et l'UE et comprend environ 60% de brut et 40% de produits raffinés. Un centre de stockage souterrain (caverne saline) se trouve à Inowrocław.

République tchèque[modifier | modifier le code]

La RSP tchèque se trouve à Nelahozeves au Nord-ouest de Prague. Elle comporte seize réservoirs en surface, dont la capacité totale est de 1,55 million de mètres cubes[15], soit près de 10 millions de barrils. Cette réserve est gérée par MERO ČR.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Les Pays-Bas disposent d'une réserve gouvernementale de l'ordre de 30 millions de barils, équivalente à 90 jours d'importations nettes[16]. S'y ajoutent des réserves privées.

Belgique[modifier | modifier le code]

La Belgique a transféré en 2007 la gestion de ses réserves de l'industrie vers une nouvelle agence publique, APETRA[17]. À partir de cette date, l'obligation de stockage pour les industriels a été réduite graduellement. Une partie des stcosk d'APETRA se trouvent en réalité dans des pays voisins, dans le cadre d'accords bilatéraux. En Belgique des stocks se trouvent à Anvers, Feluy, Gand et Liège.

Portugal[modifier | modifier le code]

Le Portugal répond à l'obligation de 90 jours de réserves par un mix de réserves obligatoires chez les raffineurs et les importateurs (60 jours) et de stocks publics détenus par une agence gouvernementale, l'EGREP[18]. Une partie des stocks de l'EGREP se situent en réalité dans d'autres pays (Allemagne, Espagne), faute de capacité de stockage suffisante sur le territoire national. L'EGREP détient 5.1 millions de barils au Portugal (dont 60% de brut) et 2.9 millions à l'étranger.

Autriche[modifier | modifier le code]

L'Autriche oblige chaque importateur de pétrole ou de produits pétroliers à conserver des stocks équivalents à 35% des ventes de l'année précédente. La plupart de ces sociétés se sont réunies pour gérer leurs stocks en commun via une entreprise à but non lucratif, Erdöl-Lagergesellschaft m.b.H. Cette entité possède un grand nombre de parcs de réservoirs à travers le pays, ainsi qu'à Trieste en Italie, port d'où part le pipeline qui alimente l'unique raffinerie autrichienne.

Japon[modifier | modifier le code]

Carte des réserves stratégiques du Japon.

Le Japon a commencé à se constituer des réserves de pétrole en 1978[19]. Elles comportent un stock national dont l'objectif est fixé à 50 milliards de litres (soit 43 millions de tonnes, 315 millions de barils) et qui est géré par une commission administrative (独立行政法人, dokuritsu gyōsei hōjin) Sekiyu Tennen Gasu, Kinzoku Kōbutsu Shigen Kikō (石油天然ガス・金属鉱物資源機構, la Société japonaise de pétrole de gaz naturel et des métaux, en abrégé : JOGMEC). À cela s’ajoute l’obligation faite aux compagnies pétrolières d’emmagasiner pour au moins 70 jours d'autonomie, ce qui représente environ 34 millions de tonnes. Fort de ces réserves de 90 milliards de litres (ou 78 millions de tonnes de pétrole), le Japon pourrait se suffire environ 168 jours sans importer de pétrole[20]. En réalité, au lieu des 50 milliards de litres de stock qui étaient prévus pour décembre 2006, les réserves d’État n'ont pu amasser que 34,28 milliards de litres répartis dans les 10 centres de stockage (国家石油備蓄基地, kokka sekiyu bichiku kichi), dont la capacité totale est de 40 milliards de litres[21]. Ces stocks de pétrole sont gérés en tant que sociétés par actions (kabushiki-gaisha), les actionnaires se répartissant entre compagnies pétrolières japonaises et collectivités (le JOGMEC) ou représentations territoriales de l’État (les préfectures).

Chine[modifier | modifier le code]

La République populaire de Chine construit par étapes une réserve stratégique considérable, l'objectif étant de disposer de 90 jours d'importations[22], soit près de 600 millions de barils. La phase I se compose de quatre sites de stockage comprenant chacun de nombreuses cuves, dans les ports de Dalian, Qingdao, Zhenhai et Zhoushan. Ces quatre sites totalisant 104 millions de barrils de capacité sont remplis depuis 2009. D'autres sites ont été ajoutés dans les années suivantes, et en 2014 il était estimé[23] que la réserve se montait à environ 150 millions de barils, chiffre passé à 190 million à la mi-2015[24]. La construction de nouveaux sites de stockage, et l'achat de pétrole qui leur est destiné, continue. De nouveaux centres de stockages sont construits en souterrain, à la manière de la SPR américaine[24]. Le premier centre souterrain a été achevé à Huangdao, quatre autres sont en construction. Une réserve de 550 millions de barils est prévue pour 2020.

En plus de ces réserves gérées par le gouvernement central, il existe aussi en Chine des réserves détenues par les compagnies pétrolières (Sinopec, PétroChina et CNOOC principalement) ainsi que par certaines provinces.

Inde[modifier | modifier le code]

L'Inde, lui aussi très dépendant des importations de brut, a décidé[25] en 2003 de créer une réserve stratégique, obtenue pour partie par la construction de nouvelles installations de stockage souterrains, pour partie en transférant à une agence étatique le contrôle de réserves auparavant détenues par Indian Oil Corporation.

Il a été annoncé en 2014[26] que la taille de cette réserve serait largement accrue avec la construction d'au moins quatre nouveaux centres de stockage souterrains s'ajoutant aux trois existants.

Corée du Sud[modifier | modifier le code]

La Corée du Sud, membre de l'AIE et 5e importateur mondial de pétrole, dispose d'une capacité de stockage de 133 millions de barils, gérée par KNOC[27]. La Corée du Sud a procédé à plusieurs achats de pétrole iraquien Basra Light au profit de sa réserve stratégique. Un accord existe avec le Japon pour mutualiser les réserves en cas d'urgence[28]. Les centres de stockages de brut, qui utilisent des réserves en surface et en souterrain, se situent dans trois ports de la côte sud, Ulsan, Geoje et Yeosu et à Seosan sur la côte ouest[29].

Koweït[modifier | modifier le code]

Au début d'une grève des travailleurs pétroliers d'avril 2016 au Koweït, le Sheikh Talal Khaled al-Sabah, porte-parole de la société d'État Kuwait Petroleum Corporation mentionne une réserve stratégique permettant de répondre aux besoins du pays pour une durée de 31 jours[30].

Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

L'Afrique du Sud, non membre de l'AIE, dispose d'une capacité de stockage de 45 millions de barrils de brut, sous la forme de six réservoirs souterrains à Saldanha Bay. À la mi-2015, cette réserve est remplie à pleine capacité[31].

Israël[modifier | modifier le code]

Israël dispose du droit d'acheter en cas de crise du pétrole de la RSP américaine, c'est une concession accordée par les États-Unis en 1975 en échange du retrait israélien du Sinaï[32]. Cette possibilité n'a cependant jamais été mise en œuvre.

Suisse[modifier | modifier le code]

La Suisse, membre de l'EIA, dispose de réserves dépassant largement le niveau de 90 jours exigé par l'agence[33]. Il s'agit presque uniquement de stocks de produits raffinés, dont le niveau est imposé par l'état aux raffineurs et importateurs. Il n'y a aucune obligation de stocker du brut, seul un stock de roulement existe dans les raffineries. La capacité de stockage est de l'ordre de 50 millions de barrils, répartie dans 72 sites en surface.

Australie[modifier | modifier le code]

En Australie, la production de pétrole est en déclin rapide (elle a chuté de 45% entre 2000 et 2014[34]), en conséquence les importations ont fortement augmenté, ce qui a accru la quantité de pétrole que le pays devrait détenir pour respecter son obligation vis-à-vis de l'AIE dont elle est membre. Ce pays est le seul membre l'EIA à ne pas respecter l'exigence des 90 jours de réserve[35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après Volker Quaschning, Erneuerbare Energien und Klimaschutz. Hintergründe - Techniken - Anlagenplanung - Wirtschaftlichkeit, Hanser Fachbuch, , p. 36.
  2. (en) « Explanation of the Closing Oil Stock Levels in Days of Net Imports Table »,‎ via Internet Archive.
  3. (de) « OPEC - Streit um strategische Ölreserven », Handelsblatt, no 27 juin,‎ (lire en ligne).
  4. (en) Conférence de presse de l'AIE, « IEA makes 60 million barrels of oil available to market to offset Libyan disruption »,‎ via Internet Archive.
  5. (en) Department of Energy
  6. « Coût élevé du pétrole: Bush passe à l'attaque », Le Devoir,‎ (lire en ligne) via Internet Archive.
  7. (en) « Senators propose gasoline reserve », sur cnn.com,‎ (consulté le 2 avril 2016).
  8. consultable ici
  9. « Hintergrund: Strategische Ölreserven der Bundesrepublik Deutschland », sur Verivox,‎ (consulté le 2 septembre 2005) via Internet Archive
  10. Consultable ici
  11. Le Figaro
  12. Le Monde.fr, « La France puise « depuis deux jours » dans ses réserves stratégiques de carburants », sur Le Monde,‎ (consulté le 25 mai 2016)
  13. [1]
  14. [2]
  15. [3]
  16. « Oil », sur Site officiel du gouvernement des Pays-Bas
  17. [4]
  18. AIE
  19. (en) JOGMEC's Activities, « Overview of Petroleum and LPG Stockpiling : Petroleum and Liquefied Petroleum Gas », Japan Oil, Gas and Metals National Corporation (consulté le 14 novembre 2010)
  20. (en) JOGMEC's Activities, « Petroleum Stockpiling Program : Petroleum and Liquefied Petroleum Gas », Japan Oil, Gas and Metals National Corporation (consulté le 14 novembre 2010)
  21. (en) JOGMEC's Activities, « National Petroleum Stockpiling Bases : Petroleum and Liquefied Petroleum Gas », Japan Oil, Gas and Metals National Corporation (consulté le 14 novembre 2010)
  22. http://www.nationmaster.com/graph/ene_oil_con-energy-oil-consumption
  23. Financial Times
  24. a et b Reuters, China goes underground to expand its strategic oil reserves, 6 janvier 2016
  25. (en) « Building a 'Strategic Oil Reserve' for India », sur Observer Research Foundation,‎ (consulté le 18 avril 2015)
  26. (en) « India to have 4 more strategic oil reserves: Petroleum minister », sur Observer Research Foundation,‎ (consulté le 18 avril 2015)
  27. Reuters, South Korea buys 611,000 barrels Iraqi Basra Light for strategic reserve, 7 septembre 2015
  28. Selon KUNA [5]
  29. Publication AIE[6]
  30. « Kuwait oil workers begin open-ended strike », sur Middle East Eye,‎ (consulté le 17 avril 2016)
  31. Business Day Live, 27 Juillet 2015
  32. [7] publié: 17 Avril 2015, IsraelNationalNews.com
  33. Rapport AIE
  34. Selon les chiffres du BP statistical report 2015.
  35. The Interpreter, 5 février 2015

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]