Réserve naturelle nationale de la forêt de la Massane

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Réserve naturelle nationale de la forêt de la Massane
Lobaria pulmonaria 010108c.jpg
Type
Catégorie UICN
IV (aire de gestion des habitats ou des espèces)
Identifiant
Adresse
Ville proche
Coordonnées
Superficie
335,97 ha[1]
Création
Administration
Association des Amis de la Massane
Fédération des réserves naturelles catalanes
Site web
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La réserve naturelle nationale de la forêt de la Massane est une réserve naturelle nationale (RNN 6) située en Occitanie. Créé en 1973, elle occupe une superficie d'environ 336 ha essentiellement forestière. C'est une des rares forêts anciennes en France, souvent présentée comme un exemple de ce que pourrait être une forêt primaire de la montagne pyrénéenne.

Localisation[modifier | modifier le code]

Périmètre de la réserve naturelle.

La forêt de la Massane, aussi nommée « forêt des Couloumates », est située dans les Pyrénées-Orientales, au cœur du massif des Albères, sur le territoire de la commune d'Argelès-sur-Mer. Elle occupe toute la haute vallée de la rivière Massane, petit fleuve se jetant dans la mer Méditerranée, depuis les gorges situées au pied de la Tour Massane (600 m) jusqu’au Pic des Quatre Termes (1 158 m)[2].

Toponymie[modifier | modifier le code]

La rivière Massane tient son nom, via le catalan Massana ou Maçana, du latin Mala Mattiana, qui désignait une variété de pomme, elle-même nommée en l'honneur du gastronome et agronome romain Caius Matius (Ier siècle)[3],[4]. Au Moyen Âge, le mot Massane ne désigne que le haut de la vallée, où poussaient des pommiers sauvages.

Histoire[modifier | modifier le code]

Tour de la Massane
Tour de la Massane

La présence du hêtre, inattendue à 600 m d'altitude en plein biome méditerranéen, et la persistance de nombreuses espèces reliques sont les témoins d'un passé très lointain.

Les naturalistes ont été attirés depuis très longtemps par les Albères, et tout spécialement par la forêt de la Massane. De vieilles archives concernant l’abbaye de Valbonne, située tout près de la forêt, nous apprennent le passage de Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), botaniste de Louis XIV, qui a dû herboriser à la Massane, il y a près de 300 ans[2].

Les 20 juillet 1883 et 10 mai 1886, la Commune d’Argelès-sur-Mer demandait par délibération de son Conseil municipal, une suspension des exploitations forestières[2]. L'exploitation (production de charbon de bois) a été abandonnée sur le site à la fin du XIXe siècle et la seule activité humaine consiste en un élevage extensif de bovins.

Étudiée dès cette époque par de nombreux scientifiques en séjour au Laboratoire Arago (fondé en 1882), la forêt de la Massane est considérée comme un véritable laboratoire naturel de terrain. Le classement en réserve naturelle avant la loi de juillet 1976 sur la protection de la nature est le résultat d'une mobilisation longue et soutenue dans laquelle prirent part les scientifiques du laboratoire[5].

Une réserve biologique intégrale est créée sur le site en 1954 sur une superficie de 9 ha[2]. La réserve naturelle actuelle est créée en 1973. La réserve naturelle a fêté ses 40 ans en 2013.

Géologie[modifier | modifier le code]

La rivière Massane
La rivière Massane

Le massif des Albères est constitué principalement d’orthogneiss surmontés de micaschistes et de marbres qui représentent la base (limite Précambrien-Cambrien, -540 Ma env.) de la couverture post-cadomienne, déformée, métamorphisée et injectée de pegmatites et d’aplites pendant l’orogénèse hercynienne (Wesphalien, -300 Ma env.). La morphologie très douce de la haute vallée de la Massane est héritée des aplanissements miocènes, soulevés au Pliocène[2].

Climat[modifier | modifier le code]

Hêtraie ancienne
Hêtraie ancienne

Le régime pluviométrique de la Massane est de type méditerranéen, avec une saison estivale nettement plus sèche que les autres en moyenne, mais cependant relativement humide. L’instabilité pluviométrique, caractéristique des régions méditerranéennes est particulièrement marquée, aussi bien pour les mois, pour les années, que pour le caractère brutal des précipitations. La pluviosité moyenne est élevée. Les températures correspondent à un climat tempéré frais avec des gelées assez fréquentes pendant l’hiver[2].

Écologie[modifier | modifier le code]

Les nombreux travaux menés sur le site ont révélé une exceptionnelle diversité biologique. La situation en plein carrefour biogéographique, l'isolement, la continuité forestière et l'absence de sylviculture depuis plus de 120 ans en sont à l'origine.

Versant sud
Versant sud

Avec plus de 6 000 espèces (essentiellement des invertébrés) répertoriées sur son périmètre, elle se classe dans le peloton de tête des sites les plus riches d’Europe pour ce qui est du nombre d’espèces par mètre carré ! Par ailleurs, une station météorologique y a été installée dès 1959. Elle sert à étudier l’évolution du climat de la réserve et à mesurer l’impact des perturbations sur la forêt : sécheresses, canicules, coups de vent, neige, gels, fortes pluies, etc. Pour cela, un réseau d’observation de 50 000 arbres a été créé. Il permet de mesurer sur une grande échelle les conséquences précises de phénomènes climatiques sur la forêt.

Flore[modifier | modifier le code]

Feuilles d'If
Feuilles d'If

Le hêtre constitue l'essentiel des espèces arborées. On trouve aussi les chênes vert, rouvre et pubescent, le houx, l'érable, le frêne, l'if.

Depuis la canicule de 2003, la réserve naturelle de la Massane subit les effets des sécheresses répétées. Ces stress ont notamment un impact sur les arbres et leurs houppiers, pouvant être à l'origine de leur dépérissement qui se prolonge parfois sur plusieurs années. Il se manifeste par une « descente de cime » puis une mort des arbres[6].

Champignons et lichens[modifier | modifier le code]

De nombreux champignons bénéficient dans la réserve de la présence de vieux arbres et de grosses pièces de bois mort.

Faune[modifier | modifier le code]

Cicindelle
Cicindelle

Les insectes (plus de 3300 espèces inventoriées) représentent le groupe le plus étudié, en particulier les espèces saproxyliques dépendant du gros bois mort et des arbres très vieux. Selon Rasmont[7], la région Cerdagne serait la plus riche en espèces de bourdons d'Europe (34 espèces dans une maille UTM carrée de 10x10 km), devant la région de Moscou (30 espèces dans une maille UTM carrée de 10x10 km)[8], mais la réserve de la Massane n'en comptait « que » 6 espèces (mais avec un nombre d'études de terrain plus faible) alors que la réserve d'Eyne établissait un record du monde de diversité en bourdons.

Mammifères[modifier | modifier le code]

Le Blaireau, la Fouine, la Genette, la Musaraigne aquatique fréquentent le site. On y compte plus de 11 espèces de chauves-souris dont le Petit rhinolophe et le Minioptère de Schreibers[2].

Oiseaux[modifier | modifier le code]

Parmi les oiseaux remarquables fréquentant la réserve naturelle, on trouve le Circaète Jean-le-Blanc, l'Aigle royal, le Faucon pèlerin, le Grand-duc d'Europe, l'Engoulevent d’Europe, l'Alouette lulu, le Pipit rousseline, le Monticole de roche, la Fauvette pitchou, la Pie-grièche écorcheur et le Bruant ortolan[2].

Reptiles et amphibiens[modifier | modifier le code]

Grenouille de Perez
Grenouille de Perez

Chez les amphibiens, on trouve sur le site la Salamandre tachetée, le l'Alyte accoucheur, le Crapaud commun et le Discoglosse peint. Pour les reptiles, citons le Lézard vert, le Lézard des murailles et la Couleuvre d'Esculape[2].

Poissons[modifier | modifier le code]

L’Anguille était bien présente sur la réserve naturelle jusqu’en 1991. Désormais, elle a l'air d’avoir totalement disparu de ce milieu[2].

Invertébrés, insectes[modifier | modifier le code]

Les invertébrés saproxylophages, dont les insectes sont une des principales richesses du site.

Intérêt touristique et pédagogique[modifier | modifier le code]

Des sentiers permettent de parcourir le site. Forte de ses caractéristiques exceptionnelles, la Réserve naturelle de la forêt de la Massane est régulièrement prise en référence par les scientifiques du monde entier. Les salariés de l'association gestionnaire organisent des journées d'animation dans les écoles.

État, pressions ou menaces, réponses[modifier | modifier le code]

La forêt de la Massane est fragile. Les visites sont libres, mais une fréquentation trop importante peut perturber sensiblement l’écosystème. Chaque année, 30 000 visiteurs se rendent à la Massane. Feux sauvages, déchets abandonnés et camping non autorisé (seul le bivouac est toléré, notamment au refuge des Colomates) font encore trop de dégâts dans cet environnement.

Les évolutions futures du climat semblent entraîner un retrait vers le nord de la hêtraie, qui pourrait toucher fortement la forêt de la Massane[5].

Degré de fragmentation écologique[modifier | modifier le code]

Il est très modéré pour la réserve elle-même, mais une partie de la périphérie de la réserve, comme le contexte méditerranéen et celui de la plaine pyrénéenne sont concernés par une forte fragmentation écologique, par l'agriculture, les voies de transports et l'urbanisme.

La partie centrale de la réserve est relativement épargnée par la pollution lumineuse (facteur potentiel de fragmentation écologique de l'environnement nocturne, mais le halo des villes proches sont à considérer en raison de la grande sensibilité de nombreux insectes forestiers à la lumière artificielle.

Administration, plan de gestion, règlement[modifier | modifier le code]

L'administration de la réserve est assurée par l'Association des Amis de la Massane et la Fédération des réserves naturelles catalanes. La réserve est une réserve intégrale : « tout travail public ou privé susceptible de modifier l'état ou l'aspect de la réserve est interdit » précise le décret.

Outils et statut juridique[modifier | modifier le code]

La réserve naturelle a été créée par un arrêté ministériel de création du [9].

L'ensemble de la réserve naturelle correspond à une ZNIEFF de type I N°0065.0002. Elle est également incluse dans la ZNIEFF de type II « Forêt d'altitude des Albères » et dans la ZICO du « Massif des Albères »[2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel, Vallauri (coordinateur), Livre blanc sur la protection des forêts en France, Forêts métropolitaines, Éditeur : TEC & DOC, 2003 (résumé/Gallica)
  • Daniel, Vallauri (coordinateur), Biodiversité, naturalité, humanité, pour inspirer la gestion des forêts, Éditeur : TEC & DOC, 2010 (résumé/Gallica)
  • F Athias-Binche, Analyses démographiques des populations d'uropodides (Arachnides: Anactinotriches) de la hétraie de la Massane, France ; Pedobiologia, 1985, vol. 28, no4, p. 225–253 (2 p.) Ed:Urban & Fischer, Jena, Allemagne (Résumé/cat.inist.fr)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Muséum national d'Histoire naturelle, « Forêt de la Massane (FR3600006) », sur Inventaire national du Patrimoine naturel, 2003+ (consulté le 2 mars 2014)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k « Plan de gestion de la RN de la Massane - 2004 », sur Gestionnaires d’Espaces Naturels Protégés du Languedoc-Roussillon
  3. Basseda 1990, p. 184
  4. Basseda 1990, p. 741
  5. a et b « Réserve Naturelle de la forêt de la Massane - Enjeux et actions », sur Forêts Anciennes
  6. Joseph Garrigue, Jean-André Magdalou et Christophe Hurson, « Les effets de la canicule et de la sécheresse sur la forêt de la Massane (Pyrénées-Orientales) », Forêt méditerranéenne, t. XXIX, no 2,‎ , p. 189-194.
  7. P Rasmont, Travaux de la Réserve naturelle de la Massane ; Rapport préliminaire sur la faune des bourdons (Hymenoptera, Bombinae) des Pyrénées-Orientales ; réserves de la Massane et du Vallon d'Eyne], [PDF], 1999 - zoologie.umh.ac.be, 23 pp.
  8. Pekkarinen, A., 1984. Resource partitioning and coexistence in bumblebees (Hymenoptera, Bombinae). Annales Entomologici Fennici, 50: 97-107.
  9. « Arrêté du 30 juillet 1973 CREATION DE LA RESERVE NATURELLE DITE "DE LA FORET DE LA MASSANE" (PYRENEES-ORIENTALES) », sur Legifrance