Réserve naturelle nationale de Vireux-Molhain

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Réserve naturelle nationale de Vireux-Molhain
Réserve naturelle nationale de Vireux-Molhain 01.jpg
Géographie
Adresse
Coordonnées
Ville proche
Superficie
1,82 ha[1]
Administration
Type
Catégorie UICN
Identifiant
Création
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La réserve naturelle nationale de Vireux-Molhain (RNN104) est une réserve naturelle nationale dont l'intérêt est géologique et paléontologique. La réserve se situe dans la pointe de Givet, département des Ardennes, à la frontière entre la France et la Belgique. Le site est connu sous le nom de Mur des douaniers en référence à sa situation près d'un ancien poste de douane. Cet affleurement de schiste du Dévonien moyen (Eifelien : ± 397 millions d'années) est exceptionnel par la quantité et la finesse des fossiles présents. Les plus remarquables et les plus représentés sont les trilobites.

Localisation[modifier | modifier le code]

Périmètre de la réserve naturelle.

La réserve se trouve sur la commune de Vireux-Molhain dans les Ardennes (pointe de Givet). Elle est située sur le versant nord de la vallée du Viroin à quelques kilomètres de sa confluence avec la Meuse, dans l'étroite bande calcaire de la Calestienne qui marque la transition de l'Ardenne vers la Fagne et la Famenne. On y accède directement par un talus en bordure de la « route de Najauge » entre Vireux-Molhain et Treignes (route départementale 47 entre Vireux-Molhain et Couvin). La collecte de fossiles et minéraux y est prohibée.

Visualiser sur une carte : 50° 05′ 40,18″ N, 4° 42′ 28,24″ E.

Histoire du site et de la réserve[modifier | modifier le code]

Affleurement de schistes
Affleurement de schistes

Traditionnellement, on attribue la mise en évidence du site au géologue Jules Gosselet à la fin du XIXe siècle[2]. Le gisement a été très fréquenté par les paléontologues en raison de la profusion de fossiles, la qualité de leur conservation et la diversité des espèces présentes. De renommée internationale, il a fait l'objet d'extractions intensives de la part d'amateurs comme de professionnels. Dans les années 1980, la fréquentation était devenue si importante que les conditions ne permettaient pas toujours l'exploitation scientifique des découvertes. L'abondance de fossiles et la facilité d'accès au site ont parfois généré des comportements nuisibles : extraction « sauvage » à des fins commerciales, dégradation des strates, interprétation erronée.

La réserve naturelle a été créée en 1991 afin de maîtriser l'exploitation incontrôlée du site pour permettre la conservation et l'étude des fossiles. Initialement confiée à la Société d'histoire naturelle des Ardennes, la gestion du site est assurée depuis 1996 par l'Office national des forêts. Le site est accessible à tous, mais un panneau explicatif rappelle la stricte interdiction d'extraire et de ramasser fossiles et minéraux. Une palissade de bois et une couche de gravier assurent la dissuasion. Aujourd'hui, les principales menaces sont l'extension de la végétation arbustive et les infiltrations d'eau car le schiste est très friable.

Ces mesures de protection sont l'objet de controverses[3],[4]: l'interdiction de toute forme de prospection empêche toute nouvelle étude alors que les connaissances scientifiques sont très faibles en regard du potentiel du site. Par ailleurs l'érosion naturelle aboutira finalement à la destruction des fossiles affleurants, pourtant exploitables sans dégrader le site. Peu d'études sont financées pour étudier le site et cette « mise en jachère » prive la communauté scientifique des découvertes et des collectes d'informations que des paléontologues amateurs compétents pourraient faire. Il est à noter que ce sont principalement les paléontologues amateurs (notamment l'association minéralogique et paléontologique de Bogny-sur-Meuse) qui ont monté les collections permettant aujourd'hui aux chercheurs d'étudier ces fossiles.

Malgré l'énorme quantité de fossiles extraits du site, les connaissances sur la faune du Dévonien moyen restent lacunaires. De nombreuses espèces ne sont pas encore répertoriées ou ont été nommées improprement. La plus grande partie n'a pas encore fait l'objet d'une étude scientifique approfondie. Des travaux sont menés dans les musées et collections afin de mieux connaître cette faune et plus particulièrement les trilobites (cf. infra.).

Écologie (Biodiversité, intérêt écopaysager…)[modifier | modifier le code]

Géologie[modifier | modifier le code]

Le Mur des douaniers est un affleurement de roches dont la formation a débuté à l'Eifelien inférieur, période du Dévonien moyen (ère Primaire ou Paléozoïque). Ce sont des sédiments terrigènes qui ont initialement constitué ces couches il y a 397 millions d'années. Les couches sédimentaires ont ensuite été plissées et soumises à des contraintes de température et de pression lors de l'orogénèse du massif ardennais (cycle hercynien). La Meuse et ses affluents ont creusé de profondes vallées dans le plateau, laissant apparaître cet affleurement de roches métamorphiques (schistes)[5].

Jusqu'au début du siècle on considérait que les couches du Mur des douaniers appartenaient l'Assise de Bure et dataient du Couvinien inférieur (Emsien). La révision de la carte géologique de Givet[6],[7] et de récentes études[8] ont permis de montrer qu'elles appartiennent en fait à la formation de Jemelle (Membre du Vieux Moulin) de l'Eifelien inférieur.

Faune fossile[modifier | modifier le code]

À l'Eifelien inférieur, il y a environ 393 millions d'années[9], la région était submergée par une mer peu profonde. La vie s'y est développée dans des eaux calmes et chaudes. Les cadavres d'animaux morts ont été recouverts de sédiments, initiant le processus de fossilisation. Les formes animales les plus remarquables et les plus présentes sont les trilobites, mais on trouve également des organismes récifaux et des cnidaires[10].

Quelques trilobites indentifiés[11],[12],[13],[14] (classés par ordres) :

Proetida

Gerastos catervus (van Viersen, 2006) (anciens noms : Rhenocynproetus catervus[15], Gerastos cuvieri (Steininger, 1831))
Cyphaspis n. sp. A (van Viersen, 2006)

Phacopida

Pedinopariops (Pedinopariops) cf. richterianus (Struve, 1970)
Geesops sparsinodosus gallicus (Struve, 1982). C'est l'espèce la plus commune sur le site. Elle a souvent été confondue avec Phacops latifrons.

Lichida

Ceratarges cognatus (van Viersen, 2006)

Corynexochida

Septimopeltis magnispina (Maillieux, 1938) (ancien nom: Thysanopeltella magnispina)

Intérêt touristique et pédagogique[modifier | modifier le code]

Le Musée des minéraux, roches et fossiles des Ardennes situé à Bogny-sur-Meuse propose une salle consacrée à la faune fossile de la réserve de Vireux-Molhain. Ce musée est géré par l'association minéralogique et paléontologique de Bogny-sur-Meuse, membre du comité consultatif de gestion de la réserve.

Administration, Plan de gestion, règlement[modifier | modifier le code]

La réserve naturelle est gérée par l'Office national des forêts Ardennes.

Outils et statut juridique[modifier | modifier le code]

La réserve naturelle a été créée par un décret du [16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Géologie de la France, vol. 1-2, Paris, BRGM et SGF, (ISSN 1638-5977, présentation en ligne)
  • Lettre d'information des réserves naturelles des Ardennes n°5, Office national des forêts - Conservatoire du patrimoine naturel de Champagne-Ardenne, , 4 p. (ISSN 1777-8913, lire en ligne)
  • Lettre d'information des réserves naturelles des Ardennes n°6, Office national des forêts - Conservatoire du patrimoine naturel de Champagne-Ardenne, , 4 p. (ISSN 1777-8913, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Muséum national d'Histoire naturelle, « Vireux-Molhain (FR3600104) », sur Inventaire national du Patrimoine naturel, 2003+ (consulté le 2 mars 2014)
  2. Jules Gosselet consacra l'essentiel de son activité à l'étude géologique du Nord de la France et de la Belgique, y dédiant deux ouvrages majeurs : Esquisse géologique du Nord de la France et des contrées voisines (1880-1903) et L'Ardenne (1888). Il a collecté d'innombrables échantillons minéralogiques et fossiles qui permirent d'ouvrir à Lille un musée de géologie et de minéralogie en 1902. Il est le « père » du stratotype Givétien.
  3. Qu’est devenu le « Mur des Douaniers », haut lieu du trilobite ardennais et réserve géologique ? Géopolis
  4. Essai sur la protection des fossiles, minéraux et sites Cercle minéralogique et paléontologique de Belgique
  5. Max Jonin, Mémoire de la Terre : Patrimoine géologique français, Delachaux et Niestlé, , 191 p. (ISBN 2-603-01383-1)
  6. J.-L. Mansy et al., Carte géologique de la France (1/50 000) feuille Givet (40) (seconde édition), Orléans, BRGM, (ISBN 978-2-7159-1040-9, lire en ligne)
  7. [PDF]F. Lacquement et al., Notice explicative de la carte géol. France (1/50 000) feuille Givet (40), Orléans, BRGM, , 108 p. (ISBN 978-2-7159-1040-9, lire en ligne)
  8. V. Dumoulin et S. Blockmans, « Le passage latéral entre les formations de Couvin et de Jemelle (Eifelien) au bord sud du Synclinorium de Dinant (Belgique) : Introduction du Membre du Vieux Moulin - Formation de Jemelle », Geologica Belgica, vol. 11, nos 1-2,‎ , p. 25-33 (ISSN 1374-8505, lire en ligne)
  9. (en) Charte straitgraphique internationale 2016, [1]
  10. Alain Bliek et al., « La Vie en Ardenne occidentale au Paléozoïque supérieur (Dévonien-Carbonifère, - 416 à - 299 Ma) », Géologie de la France, vol. 1-2,‎ , p. 21-27 (ISSN 1638-5977, lire en ligne)
  11. (en) A.P. van Viersen, « New Middle Devonian trilobites from the Mur des douaniers (Vireux-Molhain, northern France) », Senckenbergiana lethaea, vol. 86, no 1,‎ , p. 63-75 (ISSN 0037-2110)
  12. (en) C. Crônier et A.P. Van Viersen, « The Mur des douaniers, an exceptionally well-preserved early Eifelian fossil site », Bulletin de la Société Géologique de France, no 179,‎ , p. 89-95 (ISSN 0037-9409, résumé)
  13. (en) Allart P. Van Viersen, « First record of the odontopleurid trilobite Koneprusia from the lower Eifelian of Vireux-Molhain (northern France), with remarks on the associated trilobite fauna », Geologica Belgica, vol. 11, nos 1-2,‎ , p. 83-91 (ISSN 1374-8505, lire en ligne)
  14. (en) Allart P. Van Viersen & Harald Prescher 2011, New species of the Lichid trilobite Ceratarges from the middle Devonian in Morocco, Geologica Belgica, (2011) vol. 14, 3/4, p. 193-202, [2]
  15. (en) A.P. van Viersen et H. Prescher, « Devonian Proetidae (Trilobita) from the Ardennes Massif (Belgium, N France) and the Eifel Hills (W Germany) », Bulletin de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, Sciences de la Terre, vol. 78,‎ , p. 9-29 (ISSN 0374-6291)
  16. « Décret n°91-279 du 14 mars 1991 portant création de la réserve naturelle de Vireux-Molhain (Ardennes) », sur Legifrance

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