Aller au contenu

Réserve indienne de Pine Ridge

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Réserve indienne de Pine Ridge
Nom officiel
(lkt) Wazí Aháŋhaŋ OyáŋkeVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays
État
Comté
Baigné par
Superficie
8 984,31 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Aire protégée
Parc national des Badlands (partie nord-ouest (d))Voir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Situation au Dakota du Sud (rouge foncé).
Démographie
Population
19 698 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
2,2 hab./km2 ()
Fonctionnement
Statut
Chef de l'exécutif
Frank Star Comes Out (en) (depuis le )Voir et modifier les données sur Wikidata
Histoire
Fondation
Identifiants
GNIS
TGN
Site web
Localisation sur la carte des États-Unis
voir sur la carte des États-Unis

Pine Ridge est une réserve indienne américaine de la tribu des Oglalas située au Dakota du Sud et créée en 1889 lors du démantèlement de la Grande Réserve sioux. Elle est le théatre de deux événements marquants de l'histoire des États-Unis : le massacre de Wounded Knee, considéré comme le dernier épisode majeur des guerres indiennes, et l'occupation de Wounded Knee, action militante de l'American Indian Movement contre le gouvernement corrompu de la réserve.

Démographie

[modifier | modifier le code]

En 2015, sa population s'élevait à 19 541 habitants, selon l'American Community Survey[1].

Composition de la population en % (2010)[2]
Groupe Pine Ridge Drapeau du Dakota du Sud Dakota du Sud Drapeau des États-Unis États-Unis
Amérindiens 88,0 8,8 0,9
Blancs 9,8 85,9 72,4
Métis 1,8 2,1 2,9
Autres 0,4 3,2 23,8
Total 100 100 100
Latino-Américains 2,1 2,7 16,7

La réserve est issue du démantèlement de la Grande Réserve sioux, éclatée en six territoires séparés. Ce démantèlement, réclamé par les candidats à l'Union que sont le Dakota du Sud et du Nord, est accepté par les trois quarts des indiens qui y vivent, sous les menaces du gouvernement américain d'expropriation manu militari en cas de refus. Les non-signataires, dont le chef Hunkpapa Sitting Bull, critiquent ouvertement la situation. La Danse des Esprits, mouvement religieux fondé par Wovoka, s'installe à Pine Ridge, où la majorité des résidents s'y convertissent.

Massacre de Wounded Knee

[modifier | modifier le code]

Le développement du mouvement religieux, qui rejette la soumission des amérindiens au gouvernement américain, et dont les pratiquants rejettent la non-violence prônée par Wovoka, n'est pas apprécié des agents des réserves qui la considèrent comme une contestation de la domination blanche sur la culture amérindienne. Le 15 décembre 1890, la police indienne est chargée d'arrêter Sitting Bull, qu'ils considèrent comme un soutien du mouvement. L'arrestation dégénère et Sitting Bull est tué par un des policiers, l'affrontement qui suit menant à la mort d'une douzaine de personnes, dont cinq policiers indiens et le fils de Sitting Bull. Le clan de ce dernier se disperse, une partie fuyant vers le camp de Big Foot, chef Miniconjou.

Celui-ci décide de partir avec son clan, abandonnant leur camp, pour rejoindre le chef des Oglalas Red Cloud, mais ils sont interceptés par 200 hommes du 7e de cavalerie, qui les escortent à Wounded Knee Creek, où ils doivent installer leur campement en attendant que l'armée les escorte sur un autre site. Le lendemain, le reste du régiment, armé de canons, et mené par le colonel James William Forsyth, a rejoint le campement et encercle les Améridiens, prisonniers virtuels mais encore armés.

Le 7e de cavalerie a reçu l'ordre de désarmer le clan de Big Foot avant le transfert vers le Nebraska. Le jour suivant, 29 décembre 1890, Forsyth fait réunir par ses soldats les hommes de Big Foot, et commence le désarmement. Un coup de feu part, suivi d'une fusillade générale - la plupart des Sioux sont abattus par les soldats, et lorsque les survivants se dégagent de l'encerclement pour se réfugier au campement où sont restés femmes et enfants, l'armée fait donner les canons sur eux. Selon les estimations les plus récentes, l'affrontement fait 350 morts[3] dont des dizaines de femmes et d’enfants ; des photos d’époque montrant une fosse commune et des soldats de la cavalerie, fiers de la revanche sur le « dernier combat » du général Custer[4].

Occupation de Wounded Knee

[modifier | modifier le code]

Publié en 1970, le livre Bury My Heart in Wounded Knee ("Enterre mon cœur à Wounded Knee"), de Dee Brown, un bibliothécaire de l’Arkansas[5], a "désespéré les tribus" en faisant "la chronique de l’extinction amérindienne"[4]. Il deviendra le livre « indien » le plus vendu dans le monde.

Le livre contribue à l'occupation de Wounded Knee en février 1973, qui a duré soixante et onze jours, opérée par 200 Sioux Oglalas et membres de l'American Indian Movement, afin de protester contre la corruption du président du conseil tribal Dicky Wilson (en) et la brutalité de sa milice paramilitaire privée, les Goons, à l'encontre de la population[6]. Ils réclament également une enquête sur la violation des traités signés avec le gouvernement fédéral. Plus de 2 000 agents du FBI, des policiers fédéraux et des représentants du Bureau des affaires indiennes cernent la localité et organisent un blocus, mais la présence massive de médias internationaux et le caractère symbolique dans l’imaginaire américain de Wounded Knee rendent l’assaut impossible pour l’administration américaine. Le siège dure 71 jours et fait deux morts. Le , les militants se rendent, puis disparaissent pendant la nuit malgré la présence des autorités, cachés dans une épaisse brume[7].

1975, Pine Ridge

[modifier | modifier le code]

L'occupation de Wounded Knee amène le "Counter Intelligence Program" du FBI, déjà rodé contre le Black Panther Party, à décupler la surveillance de la réserve, en tentant d’infiltrer les militants. Le gouvernement tribal de Dick Wilson, en négociations pour vendre un huitième du territoire Oglala, pourchassent ses opposants, membres de l'AIM, ce qui entraine entre 1973 et 1976 une cinquantaine de meurtres restés impunis[4].

Au printemps 1975, des militants de l’American Indian Movement (AIM) sont appelés en renfort dans cette réserve par les anciens de la tribu Lakota pour les prémunir du harcèlement violent dont ils étaient l’objet de la part des policiers fédéraux[8]. Jack R. Coler et Ronald A. Williams, deux agents spéciaux du FBI recherchent alors pour interrogatoire un jeune homme à la suite de l'attaque de deux ranchs[4]. Le , démarre une fusillade qui dure toute la journée, à la suite d'un guet-apens tendu aux militant sioux[8]. Les deux agents du FBI sont tués. Sur une quarantaine de participants à la fusillade[4], seuls quatre sont arrêtés, dont deux qui seront acquittés dès 1976 par un juge de Cedar Rapids (Iowa) pour cause de légitime défense.

L'un des deux acquittés est Robert Robideau, cousin de Leonard Peltier. Ce dernier, militant de l’American Indian Movement, est parti avec Dennis Banks dans un camping-car prêté par Marlon Brando, ami de la cause indienne[4]. En novembre, à Milwaukee, dans le Wisconsin, tous deux échappent à une tentative d'arrestation qui donne lieu à une nouvelle fusillade[9]. Sur les affaires des agents tués, on trouve les empreintes de Peltier et il devient, le , la 335e personne à être inscrite sur la liste des dix fugitifs les plus recherchés du FBI. Arrêté au Canada, puis extradé à la suite d’un faux témoignage grossier[4], il est incarcéré et accusé du meurtre des deux agents du FBI, puis condamné le 2 juin 1977 à perpétuité lors d'un procès controversé. Il sera le seul à avoir été incarcéré dans l'affaire[4].

Années 1980-1990

[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980-1990, des projets de mines d'uranium et d'un site d'essais nucléaires mené par la compagnie Honeywell ont menacé la communauté. Une femme Oglala, mère de huit enfants, JoAnn Tall installe son tipi sur le site jusqu'à l'abandon du projet[10].

Conditions économiques et sociales

[modifier | modifier le code]

Huitième réserve indienne des États-Unis par la taille, c'est la plus pauvre et l'un des lieux les plus pauvres du pays[11].

Sous-emploi et sous équipement

[modifier | modifier le code]

Le chômage dans la réserve est de 90 %[12], et 97 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté[12]. Un tiers des familles n'ont pas d'électricité, de téléphone, d'eau courante ou de tout à l'égout[12].

La population souffre de diabète dû à la malnutrition (trop peu de produits frais), de dépression, d'alcoolisme, même si la vente d'alcool est interdite [13]), et de toxicomanie notamment par la « meth »[14].

Mortalité infantile

[modifier | modifier le code]

Le taux de mortalité infantile est 300 % plus élevé que la moyenne nationale[12] et le taux de suicide des adolescents 150% plus élevé[12].

Espérance de vie

[modifier | modifier le code]

L'espérance de vie est une des plus faibles de l'hémisphère ouest : 47 ans pour les hommes et 52 pour les femmes[15]).

Dans la culture populaire

[modifier | modifier le code]
  • Le film Cœur de tonnerre, sorti en 1992 rappelle par son scénario, parfois romancé, le drame de 1975, quand des militants de l’AIM avaient été appelés en renfort sur la réserve de Pine Ridge par les anciens du peuple sioux Iakota pour les prémunir du harcèlement violent dont ils étaient l’objet de la part des policiers fédéraux[8].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. (en) « My Tribal Area », sur census.gov.
  2. (en) « Profile of General Population and Housing Characteristics: 2010 », sur factfinder.census.gov.
  3. « Le massacre de Wounded Knee : 350 Sioux assassinés : épisode 3/4 du podcast Histoire des Indiens d'Amérique », sur France Culture, (consulté le ).
  4. a b c d e f g et h « Leonard Peltier, l’Indien rebelle, plus ancien prisonnier politique des Etats-Unis », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. "Bury My Heart in Wounded Knee" (Enterre mon cœur à Wounded Knee, de Dee Brown, réédité en Français chez Albin Michel en 2009 et cité par Corine Lesnes, envoyée spéciale du quotidien français Le Monde à Pine Ridge (Dakota du Sud), le 9 août 2019
  6. Alex Caine et François Perrault, Le peuple brisé - La disparition de femmes autochtones Une enquête sur la mafia amérindienne: La disparition des femmes autochtones, Hugo Document, (ISBN 978-2-7556-3299-6, lire en ligne).
  7. « Et les Sioux déterrèrent la hache de guerre », sur Geo, (consulté le ).
  8. a b et c Bruno Rochette, « Écrits de prison. Le Combat d'un Indien », Le Monde diplomatique, (consulté le ).
  9. (en) M. Kienholz, Police Files: The Spokane Experience 1853-1995, Mary Kienholz, (ISBN 978-0-87062-286-1, lire en ligne).
  10. « JoAnn Tall », The Goldman Environmental Prize.
  11. (en) « Native American new urbanism :  How the poorest county in America created a vision for the future of cities », sur Shareable, (consulté le ).
  12. a b c d et e https://friendsofpineridgereservation.org/about-pine-ridge-reservation-and-foprr/statistics-about-pine-ridge-reservation/
  13. https://100r.org/2012/02/gold-mines-in-hell/
  14. méthamphétamine, https://www.camh.ca/fr/info-sante/index-sur-la-sante-mentale-et-la-dependance/la-m%C3%A9thamph%C3%A9tamine/
  15. (en) Patrick Strickland, « Life on the Pine Ridge Native American reservation », sur aljazeera.com, (consulté le ).

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]