Réseau express vélo (Montréal)

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Réseau express vélo
Section du Réseau express vélo (REV) sur la rue Saint-Denis
Section du Réseau express vélo (REV) sur la rue Saint-Denis
Généralités
Type Piste cyclable urbaine
Création 2019 à 2021 (première phase)
Longueur 184 km (projeté)

Localisation Montréal, Québec
Parcours
Secteur(s) traversé(s) Arrondissements traversés par la première phase
Site web ville.montreal.qc.ca - Réseau express vélo

Le Réseau express vélo (REV) est un réseau cyclable urbain de la ville de Montréal annoncé en par la mairesse Valérie Plante et dont la longueur totale, si le projet est réalisé dans sa totalité, devrait couvrir 184 km sur 17 axes, accessibles toute l'année. Démarré en 2020, le REV a pour objectif de sécuriser les déplacements à vélo dans la métropole québécoise en séparant la voie réservée aux automobiles de celle des cyclistes, incitant de fait encore plus de montréalaises et de montréalais à opter pour la mobilité active. L'administration de Valérie Plante veut aussi profiter de ce réseau pour améliorer l'accès au centre-ville, dynamiser les artères commerciales et la vie de quartier et diminuer les émissions de gaz à effet de serre, tout en favorisant l'activité physique par la mobilité active. Ce projet a suscité de vives réactions durant la première phase de déploiement, tant positives que négatives, certains citoyens et commerçants craignant pour l'économie des axes aménagés tandis que d'autres voyant les installations du REV comme un moyen de redynamiser leurs commerces par, entre autres, l'apaisement de la circulation et la priorité donnée à des modes de transports actifs, les piétons ayant également plus d'espace sur la voirie.

Historique et contexte[modifier | modifier le code]

Alors que la pratique du vélo ne cesse d'augmenter à Montréal, même durant la saison hivernale[1],[n 1], positionnant la ville en 18e position mondiale dans le classement 2019 de Copenhague[2] pour ses efforts afin de favoriser les déplacements à vélo, le REV répond à une demande croissante du grand public pour des aménagements cyclables sécuritaires partout au Canada[3]. Le projet répond également à une série d'accidents mortels survenus dans la métropole, dont celui de Mathilde Blais le [n 2]. Quelques mois plus tard, l'enquête du coroner conclut que ce décès aurait pu être évité si les pouvoirs publics avaient mis en place «dans l’aménagement urbain des corridors de circulation sécuritaire pour les vélos, en priorité sur les artères principales»[4].

Lauréat d'un prix de la mobilité[modifier | modifier le code]

Le , la ville de Montréal a gagné le prix Jalon dans la catégorie Mobilité active pour la réalisation de l'axe Berri–Lajeunesse–Saint-Denis du Réseau express vélo. Depuis 2019, les prix Jalon « rassemblent et récompensent les acteurs de notre société qui participent au changement pour une mobilité plus durable »[5]. Le Réseau express vélo a ainsi été récompensé parce qu'il permet « d’améliorer le confort et le sentiment de sécurité de tous les usagers »[6].

Phases de déploiement[modifier | modifier le code]

La piste cyclable unidirectionnelle et protégée de la rue Bellechasse à Montréal, Axe 5 du REV

Le l'axe 1 est inauguré sur la rue Saint-Denis avec la présence de plusieurs centaines de cyclistes[7]. Les autres tronçons du Réseau express vélo (REV) seront déployés progressivement d'ici à 2021[8]. Le réseau se démarquera des pistes cyclables conventionnelles en proposant des voies plus larges et le plus souvent unidirectionnelles[8]. Les cinq premiers axes projetés sont[8] :

L'axe 1 du Réseau express vélo croise la piste cyclable de la rue Rachel. L'interconnexion du REV avec d'autres axes cyclables protégés fait partie de la stratégie visant à augmenter la pratique cyclable à Montréal. Le sas vélo est peint en vert.
  • Souligny (Axe 3), tronçon est-ouest d'une longueur de 5,3 km faisant la liaison entre les aménagements cyclables sur la rue Notre-Dame et le quartier Tétreaultville en passant par l'avenue Souligny.

S'il est complété dans son intégralité, le réseau devrait compter 17 axes totalisant 184 kilomètres. L'objectif de la ville est d'augmenter la part modale du vélo à Montréal à 15 %[8].


Carte des cinq premiers axes du projet Réseau express vélo de Montréal

Données sur la fréquentation[modifier | modifier le code]

Plusieurs stations de comptage des passages quotidiens ont été installées. Par exemple, sur l'Axe 1, la station située sur la rue Saint-Denis à hauteur du viaduc des Carrières comptabilisait 220 623 passages 6 mois après l'installation du compteur (entre le et le ), la barre du demi-million de passages a été franchie le 16 juillet 2021. Six mois après le début de l'année, le compteur sur cette portion du REV a pour la première fois dépassé celui situé à l'intersection du Boulevard Saint-Laurent et la rue Bellechasse, pourtant le plus fréquenté auparavant[9]. Le , un record de 7 490 passages (directions nord et sud) a été enregistré par le compteur[10],[n 3]. Sur l'Axe 5 (Bellechasse), il existe une station de comptage à hauteur de la 13e avenue. En date du , le compteur a enregistré un peu plus de 300 000 passages est-ouest depuis le début des mesures le [11].

Un million de passages enregistrés[modifier | modifier le code]

Le samedi 23 octobre 2021, des centaines de citoyens et citoyennes à vélo ont célébré le million de passages sur l'axe Saint-Denis du Réseau express vélo de Montréal, tout en empruntant également l'axe Bellechasse (ici sur la photo).

Le , le compteur situé sur l'axe Saint-Denis au niveau de la rue des carrières passe la barre de 1 million de passages enregistrés depuis le [12], faisant de cet aménagement cyclable le plus fréquenté de Montréal. Afin de fêter ce succès et de rappeler l'importance de pérenniser ce projet, un événement est organisé le rassemblant quelques centaines de citoyens à vélo[13]. En empruntant également l'axe Bellechasse du REV, les organisateurs du rassemblement souhaitent défendre l'aménagement à deux voies unidirectionnelles qui est remis en question par le parti Ensemble Montréal de Denis Coderre.

Retombées économiques, environnementales et sanitaires[modifier | modifier le code]

Retombées économiques attendues[modifier | modifier le code]

La décision de construire un aménagement cyclable de qualité sur certaines artères commerciales de Montréal se base sur les réalisations de projets semblables dans d'autres villes dans lesquelles cette transformation importante de la voirie s'est faite sans porter atteinte à l'économie locale. On peut citer le cas de la piste cyclable protégée d'une partie de la section ouest de la rue Bloor à Toronto[14]. Selon les conclusions d'une enquête réalisée par la ville de Toronto en partenariat avec le Centre for Active Transportation et l'Université de Toronto, plusieurs indicateurs clés montrent que l'installation de cet aménagement n'a pas impacté de manière négative la vitalité économique de cette portion aménagée de la rue. Ainsi, en comparant la rue Bloor avant et après les aménagements cyclables avec une autre rue "contrôle", l'étude montre que le pourcentage de visiteurs dépensant 100 $ et plus par mois a augmenté avec sensiblement le même taux que la rue contrôle non aménagée entre l'année 2015 et la période 2016-2017 (de 44 % à 53 %)[15]. De plus, la moyenne de clients fréquentant la rue Bloor a augmenté en 2016 et 2017, comparativement à l'année 2015. Au total, l'étude conjointe a été capable d'identifier 6 résultats clés suggérant une amélioration de l'attractivité économique de la rue Bloor aménagée avec une piste cyclable protégée, résultats qui ont été confirmés dans plusieurs projets similaires en Amérique du Nord, comme les aménagements de la rue Valencia à San Francisco (7 % d'augmentation des ventes à la suite de l'installation de l'aménagement cyclable), l'avenue Vanderbilt à New-York (102 % d'augmentation des ventes de détail après l'installation de la piste cyclable et l'apaisement de la circulation automobile) et la rue Hornby à Vancouver, qui, 7 ans après l'installation de la piste cyclable et malgré un fort rejet du projet initial, est devenue un avantage compétitif[15]. En outre, l'organisme Vivre en ville signale dans un article qu'en Europe, le Transport for London « a découvert que les commerces ont bénéficié d’une hausse allant jusqu’à 30% de leur chiffre d’affaires grâce aux nouveaux aménagements cyclables à certains endroits de la ville. »[16]

Retombées environnementales[modifier | modifier le code]

Réduction des émissions de gaz à effet de serre[modifier | modifier le code]

En matière d'émissions de gaz à effet de serre (GES), les déplacements à vélo peuvent émettre jusqu'à 30 fois moins de gaz contribuant à réchauffer le climat comparativement aux déplacements en voiture thermique et 10 fois moins qu'une voiture électrique et ceci en tenant compte de l'ensemble du cycle de vie des différents modes de transport[17]. Concernant les estimations des émissions de GES d'un vélo, la Fédération européenne des cyclistes a conduit une étude visant à quantifier les émissions d'équivalent carbone des déplacements à vélo d'une personne comparativement à un vélo à assistance électrique (VAE), à une voiture à propulsion thermique de taille moyenne et à un déplacement en bus en mode 60 % urbain et 30 % régional. En tenant compte de l'analyse du cycle de vie et d'autres facteurs comme le type d'alimentation d'un cycliste, le vélo et le vélo à assistance électrique émettent respectivement 21 gCO2e/km et 22 gCO2e/km (gramme équivalent de CO2 par kilomètre parcouru), alors qu'un passager en bus émettra en moyenne 101 gCO2e/km et un passager en voiture émettra 271 gCO2e/km[18].

Réduction de la pollution atmosphérique[modifier | modifier le code]

Retombées en matière de santé publique[modifier | modifier le code]

De nombreuses études scientifiques suggèrent que le fait d'opter pour des modes de déplacement actifs, comme la marche et la pratique du vélo, améliorent la santé et préviennent certaines maladies non transmissibles. Ainsi, pour l'Organisation mondiale de la santé, la mobilité active permet de « prévenir les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète et le cancer, ainsi que plusieurs facteurs de risque tels que l’hypertension et l’obésité » avec une diminution du risque total de la mortalité de 10 % grâce à une pratique régulière du vélo[19]. En , la revue The Lancet mentionnait, dans un éditorial dédié à l'exploitation de l'environnement bâti des villes au profit de la santé métabolique, qu'un nombre croissant d’études montre « qu’un environnement qui promeut l’activité physique a un effet préventif conséquent sur l’obésité et le diabète de type 2 » et que « l’inactivité physique est la 4ème cause de mortalité mondiale », démontrant ainsi les bénéfices de favoriser les modes actifs de transport[20].

La pratique du vélo permet aussi de lutter contre les impacts des dérèglements climatiques qui vont avoir de plus en plus de conséquences sur la santé des populations dans des métropoles comme Montréal où le phénomène des îlots de chaleur[21] a des impacts importants sur les résidents les plus fragiles[22]. En favorisant les déplacements non basés sur l'utilisation des énergies fossiles, cause des dérèglements climatiques et source de pollution atmosphérique, les transports actifs améliorent l’activité physique tout en favorisant une meilleure qualité de l’air, ce qui permet de réduire le risque de maladies et de sauver des vies[23].

Critiques et appuis[modifier | modifier le code]

Dès son annonce et le début des travaux, le REV suscite des critiques de résidents et de certains commerçants qui craignent que l'aménagement nuise à la santé économique de leurs commerces[24]. Au contraire, d'autres commerçants y voient une opportunité pour redynamiser certaines artères comme la rue Saint-Denis[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le pourcentage de cyclistes pratiquant le vélo quatre saisons (été comme hiver) a doublé entre 2009 et 2018 pour passer de 6 à 13 %. Marco Fortier, « Le vélo d’hiver gagne en popularité à Montréal », sur ledevoir.com, (consulté le )
  2. Le vélo fantôme qui avait été installé en 2014 pour rendre hommage à la jeune cycliste a été retiré le 2 mai 2021 et confié au Musée de la civilisation de Québec afin de souligner le progrès dans la mise en place de l'axe 1 du REV. Valérie Boisclair, « Le vélo fantôme de Mathilde Blais a été retiré et confié au Musée de la civilisation », sur radio-canada.ca, (consulté le )
  3. Depuis avril 2021, un compte twitter fournit les statistiques quotidiennes de fréquentation sur l'axe 1 (Berri–Lajeunesse–Saint-Denis). https://twitter.com/StdenisBot

Références[modifier | modifier le code]

  1. Zone Sports- ICI.Radio-Canada.ca, « Le vélo quatre saisons gagne en popularité à Montréal », sur Radio-Canada.ca (consulté le )
  2. « 2019 Copenhagenize Index - Copenhagenize », sur copenhagenizeindex.eu (consulté le )
  3. « Le manque d’infrastructure adéquate – un frein substantiel pour les cyclistes canadiens, révèle un sondage de la CAA », sur CAA National, (consulté le )
  4. Zone Société- ICI.Radio-Canada.ca, « La mort de la cycliste Mathilde Blais était évitable, selon le coroner », sur Radio-Canada.ca (consulté le )
  5. « Prix Jalon de la mobilité », sur Jalon (consulté le )
  6. Jean-Baptiste Demouy, « Le REV lauréat d'un prix de la mobilité », sur Journal Métro, (consulté le )
  7. Zone Société- ICI.Radio-Canada.ca, « Des centaines de cyclistes inaugurent le Réseau Express Vélo », sur Radio-Canada.ca (consulté le )
  8. a b c et d Jeanne Corriveau, « Cinq «autoroutes» pour les cyclistes à Montréal d’ici 2021 », sur Le Devoir, (consulté le )
  9. « Données des compteurs des pistes cyclables | Le Réseau express vélo cartonne », sur La Presse, (consulté le )
  10. « Compteur des passages station St-Denis/Des Carrières », sur www.eco-public.com (consulté le )
  11. « Comptage des passages - REV Bellechasse 13ème », sur data.eco-counter.com (consulté le )
  12. « Achalandage sur le REV Saint-Denis | Des cyclistes se rassemblent pour célébrer », sur La Presse, (consulté le )
  13. Coralie Laplante, « Achalandage sur le REV Saint-Denis | Des cyclistes se rassemblent pour célébrer », sur La Presse, (consulté le )
  14. (en-CA) « Bloor Street Bike Lanes », sur City of Toronto, (consulté le )
  15. a et b (en) « Webinar discussing the economic impacts Opens in new window of the Bloor St bike lane », sur Zoom Video Communications, (consulté le )
  16. Olivier Morneau, « N'ayons pas peur du Réseau Express Vélo - Vivre en Ville - la voie des collectivités viables », sur vivreenville.org, (consulté le )
  17. Alain McKenna, « Le vélo bien plus efficace que l'auto électrique pour réduire vos émissions », sur www.protegez-vous.ca, (consulté le )
  18. European Cyclists' Federation, « Cycling more often 2 cool down the planet : Quantifying CO2 savings of Cycling », N/A,‎ , p. 9-15 (lire en ligne)
  19. Organisation mondiale de la santé, « La promotion du vélo peut sauver des vies et faire progresser la santé dans toute l’Europe grâce à l’amélioration de la qualité de l’air et à l’augmentation de l’activité physique », sur euro.who.int, (consulté le )
  20. (en) The Lancet Diabetes & Endocrinology, « Harnessing cities for metabolic health », The Lancet Diabetes & Endocrinology, vol. 2, no 7,‎ , p. 527 (ISSN 2213-8587 et 2213-8595, PMID 24999254, DOI 10.1016/S2213-8587(14)70158-5, lire en ligne, consulté le )
  21. « Où fait-il le plus chaud à Montréal… et le plus frais? », sur ICI Radio-Canada.ca (consulté le )
  22. « Îlots de chaleur - Mon Climat, Ma Santé », sur monclimatmasante.qc.ca (consulté le )
  23. Jonathan A. Patz, Howard Frumkin, Tracey Holloway et Daniel J. Vimont, « Climate Change: Challenges and Opportunities for Global Health », JAMA, vol. 312, no 15,‎ , p. 1565–1580 (ISSN 0098-7484, DOI 10.1001/jama.2014.13186, lire en ligne, consulté le )
  24. Zone Politique- ICI.Radio-Canada.ca, « Des commerçants s'indignent de la création de pistes cyclables sur Saint-Denis », sur Radio-Canada.ca (consulté le )
  25. « Le Réseau express vélo a aussi des appuis chez les commerçants », sur Le Devoir (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles

  • (en) European Cyclists' Federation, « Cycle more often 2 cool down the planet : Quantifying Co2 savings of Cycling », N/A,‎ , p. 28 (lire en ligne)
  • (en) The Lancet Diabetes & Endocrinology, « Harnessing cities for metabolic health », The Lancet Diabetes & Endocrinology, vol. 2, no 7,‎ (lire en ligne)
  • (en) Jonathan A. Patz, Howard Frumkin et Tracey Holloway, « Challenges and Opportunities for Global Health », Journal of the American Medical Association, vol. 312, no 15,‎ , p. 1565–1580 (doi:10.1001/jama.2014.13186)

Sites internet

Ouvrages

  • Priscilla Parard, Réenchantons le vélo - Pour une mobilité libre et joyeuse, Paris, Terres vivantes, , 95 p. (ISBN 978-2-36098-627-9)
  • Stein van Oosteren, Pourquoi pas le vélo?, Montréal, Écosociété, , 200 p. (ISBN 9782897197131)

Rapports

  • Gabrielle Rancourt, En route vers des environnements bâtis favorables à la mobilité durable : Actes de la journée thématique tenue dans le cadre des 22es Journées annuelles de santé publique (JASP), Québec, Gouvernement du Québec, , 43 p. (ISBN 978-2-550-85366-4, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]