Réseau Shelburn
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Réseau ou mouvement de la Résistance française, Escape and evasion lines |
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Le réseau Shelburn ou la ligne Shelburne (Shelburne line) est une organisation de résistance active en France occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est financé par le MI9, le service de renseignement britannique, et organise une filière d'évasion permettant à des aviateurs alliés abattus au-dessus de la France à échapper à la capture par les Allemands et à regagner la Grande-Bretagne par bateau depuis les côtes bretonnes.

Contexte
Des milliers de pilotes alliés sont abattus au-dessus de l'Europe occupée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. La plupart sont tués ou capturés par les Allemands, mais plus de 5 000 d'entre eux, en Europe de l'Ouest, parviennent à échapper à la capture grâce à des filières d'évasion et à rejoindre la Grande-Bretagne. Parmi les plus importantes de ces filières figuraient, le réseau Comète et le réseau Pat O'Leary. Cependant, au printemps 1943, ces deux filières sont affaiblies par des infiltrations allemandes et la capture de nombreux de leurs chefs et « helpers », nom donné aux volontaires qui y œuvraient. Parallèlement, la guerre aérienne en Europe s'intensifie et un nombre croissant de pilotes abattus ont besoin de l'aide de ces filières pour échapper à la capture. La Shelburne Line est ainsi créée et financée par le MI9. La plupart des autres filières, bien qu'ayant pu bénéficier d'un soutien financier du MI9 et d'autres organisations alliées, étaient le fruit des efforts de citoyens français, belges, néerlandais, basques et d'autres pays ayant résisté à l'occupation allemande[1].
La mission Oaktree
L'ancêtre de la ligne Shelburne était la ligne Oaktree, créée par Airey Neave et James Langley (en) du MI9 comme filière d'évacuation pour les aviateurs abattus, par bateau, de Bretagne à Dartmouth . Le chef choisi pour Oaktree était Vladimir Bouryschkine, un Américain d'origine russe plus connu sous le nom de Val Williams qui avait auparavant travaillé pour la ligne Pat O'Leary. Le Canadien Raymond Labrosse accompagna Bouryschkine en France en tant qu'opérateur radio. Le , ils furent parachutés sans qu'un accueil ait pu être organisé en France. Leur radio est endommagée lors du saut et ils ne peuvent dès lors plus communiquer avec le MI9 à Londres. Ils avaient été priés de ne pas tenter de contacter les survivants de la ligne Pat, infiltrée et démantelée par les Allemands, un avertissement que Bouryschkine décide d'ignorer. Il se rend à Paris et y crée une organisation pour héberger et prendre soin des aviateurs abattus dans des planques , puis gagne la Bretagne où 90 aviateurs attendaient d'être évacués. Trente-neuf d'entre eux séjournent dans le château d'une Américaine, la comtesse Roberta « Betty » de Mauduit[2],[3].
Les tentatives d'évacuation par la mer échouent car la mission Oaktree ne disposait toujours pas de radio. Bouryschkine mène alors un groupe d'aviateurs vers le Sud, avec l'intention de rejoindre la Ligne Françoise de Marie-Louise Dissard et de traverser les Pyrénées à pied pour gagner l'Espagne. Bouryschkine (notoirement négligent en matière de sécurité[4]) et son groupe sont capturés par les Allemands le à Pau. Labrosse parvient, quant à lui, à regagner l'Angleterre sain et sauf. Oaktree est un échec et de nombreux complices à Paris et ailleurs, dont Betty de Mauduit, sont faits prisonniers. Bouryschkine et Mauduit survivront à leur captivité. La Ligne Oaktree avait été infiltrée et trahie par l'agent de la Gestapo Roger Le Neveu[5],[6].
la ligne Shelburne
À son retour en Angleterre, Raymond Labrosse persuade le MI9 qu'une filière d'évasion depuis la Bretagne est toujours possible. Le MI9 désigne alors le Canadien Lucien Dumais pour diriger l'Oaktree reconstituée désormais sous le nom de« Shelburne ». Lucien Dumais se révèle être un chef efficace. Le , Lucien Dumais et Raymond Labrosse atterrissent en France sur un aérodrome clandestin. Cette fois, Raymond Labrosse est équipé d'une radio fonctionnelle pour communiquer avec le MI9. Le plan qu'ils mettent au point avec Paul Campinchi et d'autres collaborateurs français consiste à cacher des aviateurs abattus à Paris, où ils recevaient de fausses cartes d'identité, des vêtements, une formation et des laissez-passer spéciaux pour les zones côtières interdites de Bretagne. Les hommes sont cachés dans des safe houses, des greniers, des granges et des bâtiments abandonnés. Durant la période sans lune du mois, les aviateurs sont ensuite transportés par train jusqu'à la ville de Plouha, près de la côte bretonne. Là, ils attendent dans une safe house un message codé les informant de leur prise en charge la nuit suivante sur la plage Bonaparte et emmenés à Plymouth, en Angleterre, par une canonnière de la Royal Navy[6].
Les évacuations planifiées sont risquées. Les Allemands offrent des récompenses substantielles à ceux qui trahiraient les aviateurs abattus. Plus de vingt habitants de Plouha et des environs participent aux évacuations. Un boucher, François Le Cornec, dirige l'organisation locale de la résistance[5]. La côte bretonne est fortifiée par les Allemands. La plage de Bonaparte est également bordée de falaises abruptes. Un blockhaus d'artillerie allemand se trouvait à 1 200 mètres au nord de la plage. La canonnière à moteur doit mouiller au large pendant plusieurs heures, tandis que des marins rament jusqu'à la plage pour récupérer les aviateurs. Malgré les risques, la ligne Shelburne réussit à organiser cinq évacuations totalisant 118 aviateurs, ainsi que quelques civils depuis la plage de Bonaparte entre janvier et mars 1944. Après mars 1944, les évacuations par la mer sont suspendues. Le personnel de Shelburne est informé que la suspension était due au « raccourcissement des nuits », mais en réalité, elle était due à la crainte des Alliés que la poursuite des évacuations ne perturbe les plans du débarquement de Normandie du [2],[7]. De plus, les Allemands commencentà cette époque à miner les plages de Bretagne et à fortifier les défenses en prévision d'un éventuel débarquement allié, ce qui rendait la poursuite de l'opération Shelburne impraticable. Les volontaires français de Shelburne avaient en effet découvert 17 mines terrestres sur la plage Bonaparte et enavait marqué l'emplacement en prévision d'une nouvelle utilisation de la plage pour les évacuations[6].
Parmi les derniers évacués se trouvait Vladimir Bouryschkine, chef d'Oaktree, qui avait échappé aux Allemands et qui, comme à son habitude, parlait sans réfléchir. À un moment donné avant l'évacuation, Lucien Dumais pointa un pistolet sur Bouryschkine et le menaça de mort s'il ouvrait encore la bouche[5].
Après le jour J
Trois évacuations supplémentaires, appelées Crozier I, II et III, sont menées depuis la plage Bonaparte en juillet et août 1944, permettant d'évacuer 27 personnes supplémentaires vers l'Angleterre. En août, la Bretagne est libérée par les forces alliées et Shelburne réalise sa dernière opération le 9 août. Après le Jour J, 115 aviateurs de l'US Air Force et 21 de la Royal Air Force sont évacués par bateau. Quelques civils sont également évacués, portant le nombre total d'évacués par bateau à 145. Fait unique dans le domaine périlleux des organisations d'évasion, et contrairement à l'expérience antérieure du MI9 avec la ligne Oaktree, aucun membre de la ligne d'évasion de Shelburne ne fut capturé ni tué au cours de ses opérations[7].
La branche parisienne de l'opération Shelburne, la « Ligne François » dirigée par Paul Campinchi – à ne pas confondre avec la « Ligne Françoise » dirigée par Marie-Louise Dissard – a également aidé des évadés à fuir la France occupée vers l'Espagne neutre et, à partir de mai 1944, a envoyé des équipages évadés au camp de« Sherwood Forest », près de Fréteval, établi par la mission Marathon comme alternative aux évacuations terrestres et maritimes. Les aviateurs envoyés au Camp de Fréteval sont libérés par un petit contingent commandé par Airey Neave le 14 août, après le retrait des Allemands de la zone proche de la forêt[6].
On estime à 307 le nombre total d'aviateurs qui ont échappé à la capture allemande grâce à la filière d'évasion de Shelburne. L'opérateur radio Raymond Labrosse attribuait le succès de Shelburne à l'expérience acquise lors des mésaventures souvent tragiques des filières pionnières. Lors d'une réunion des évadés en 1964, le courage des Français ayant aidé Shelburne fut salué : « Leurs exploits, d'une audace et d'une témérité calculées, furent accomplis sous le regard même des forces d'occupation allemandes[6]».
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Shelburne Escape Line » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) Airey Neave, The Escape Room, Garden City, NY, Doubleday & Company, , ix–xiv, 229–238
- 1 2 Neave 1970.
- ↑ (en) Sherri Greene Ottis, Silent Heroes: Downed Airmen and the French Underground, Lexington, University Press of Kentucky, (ISBN 0813121868), p. 146–149
- ↑ (en) Oliver Clutton-Brock, RAF Evaders, London, Grub Street, (ISBN 9781906502171), p. 162, 165
- 1 2 3 Hemingway-Douglass 2014.
- 1 2 3 4 5 Ottis 2001.
- 1 2 Clutton-Brock 2009.
Voir aussi
Bibliographie
- Roger Huguen, Par les nuits les plus longues: réseaux d'évasion d'aviateurs en Bretagne, 1940-1944, Coop Breizh, (ISBN 978-2-909924-08-3).
- Claude Bénech (préf. Jeanne-Andrée Huot-Campinchi (fille de Paul "François" Campinchi)), L'incroyable histoire du réseau Shelburn: chemin de liberté 1943-1944, Saint-Brieuc, Guingamp, Plouha le miracle Shelburn, Coop Breizh, (ISBN 978-2-84346-880-3).
- Article de Luc Rudolph "Avatar canadien pour le réseau Shelburn" HSCO ( Histoire Scientifique et Critique sous l'Occupation°
- (en) Tim Spicer, A Dangerous Enterprise: Secret War at Sea, Barbreck Publishers, , 312 p. (ISBN 978-1999589134).
- (en) Reanne Hemingway-Douglass, The Shelburne Escape Line : Secret Rescues of Allied Aviators by the French Underground the British Royal Navy and London's MI-9, Cave Art Press, (ISBN 9781934199039).
- Dominique-Martin Le Trividic, Une héroïne de la Résistance: Marie-Thérèse Le Calvez, du réseau Shelburn, Éd. "Ouest-France", coll. « Ecrits », (ISBN 978-2-7373-3073-5).
- Colonel Rémy, La Maison d'Alphonse : la ligne de démarcation, Perrin, 372 p. (ISBN 9782262004088).
- Colonel Rémy, Autour de la plage Bonaparte, Perrin, 355 p. (ISBN 9782262004095).
- (en) Keith Janes, Express delivery, Troubadour publishing Ltd.
- Alain Lozac'h, Passeurs de l'ombre, éditions Coop-Breizh, , 256 p. (ISBN 9782843469664).
- Alain Stanké et Jean-Louis Morgan, Le réseau Shelburne, ces héros québécois méconnus, préface de Jane Birkin. Éditions L’Archipel, 272 pages.
- Claude Bénech, L'incroyable histoire du réseau Shelburn, Coop Breizh, , 172 p. (ISBN 978-2-84346-880-3, OCLC 1140857046, BNF 46883005).
- (en) The Air Forces Escape & Evasion Society Volume 16, Number 3 Fall 2002 communications.
- Lorraine Colin, De Châteaux en prison,la vie d'Elisabeth de La Panouse-Debré, L’Harmattan, .
- Hélène Staes, « Lire un récit et découvrir un lieu de mémoire : l'exemple du réseau Shelburn », Les cahiers de la Fondation de la Résistance, Fondation de la Résistance, vol. 1, , p. 22.
- Keith Janes (trad. Alain Prujiner et Line Ross), Les Colis du réseau François-Shelburn. Les Aviateurs alliés de retour en Angleterre et les héros qui les ont sauvés, L’Harmattan, .
Articles connexes
- Le réseau Shelburn (film).