Répons

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Un répons (le s ne se prononce pas) est à l'origine un chant alterné entre un chantre soliste et un chœur, utilisé dans un office liturgique, et participant en particulier du chant grégorien.

Cette forme, qui remonte aux premiers siècles du christianisme, devint musique savante, à partir de la Renaissance, à la suite du grand développement de la polyphonie.

Avec l'antienne, ce genre demeure toujours chant officiel dans la liturgie de l'Église.

Antiphonaire de Hartker (bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall manuscrit no 391, vers 1000), le meilleur antiphonaire grégorien, folio no 9. On y trouve 2 répons (Ṝ) avec leurs versets (Ṽ) ainsi que plusieurs antiennes (Ā) sans verset. À la fin du premier répons, le deuxième verset se présente sous l'aspect de la doxologie de fin : Gloria patri et filio et spiritui sancto. Amen.

Terme[modifier | modifier le code]

Le mot répons ainsi que celui du latin responsorium sont issus du terme latin respons, qui signifie aussi réponse. Donc, il s'agissait, à l'origine, du chant avec réponse[1].

Dans la langue française, les deux s devinrent muets, et le premier fut remplacé par un accent aigu, tel l'accent circonflexe. De fait, les deux premiers dictionnaires de l'Académie française (1694 et 1718) employaient encore respons tandis qu'à partir de 1740, l'orthographe répons fut établie[2].

Signes typographiques V/ et R/.

L'emploi dans les documents français au XIIe siècle ne possédait pas encore le sens strict et n'était pas encore distingué du mot antienne[2]. Au contraire, les livres de chant tel l'antiphonaire utilisaient leur signe typographique «  », afin de distinguer plus facilement la fonction des chants : antienne (A/ ou Ā), répons (R/ ou Ṝ) ou verset (V/ ou Ṽ). Très utiles, ces signes restent en usage jusqu'ici.

Historique[modifier | modifier le code]

Le musicologue grégorien Peter Wagner considérait que l'origine du répons remonte aux premiers siècles du christianisme et qu'il s'agit du chant le plus ancien de la messe[od 1]. Durant ces trois siècles, la célébration chrétienne n'était en effet autre que l'imitation de celle du judaïsme : lecture de la Parole de Dieu, suivie de la réponse ainsi que du chant par soliste[3].

Ces réponse et chant se composaient, notamment selon saint Augustin d'Hippone, des psaumes[od 2].

Une fois la célébration en latin établie au IVe siècle, le chant très orné après la lecture était cependant toujours assuré par soliste. Toutefois, en 595, saint Grégoire Ier († 604) ordonna avec son décret que les chantres n'exécutent plus ce chant mélismatique en vieux-romain après la lecture, car ceux-ci avaient tendance à oublier une autre obligation, distribution des aumônes aux pauvres[4].

Pareillement, l'usage du répons dans les offices fut établi, surtout dans la règle de saint Benoît (vers 530), soutenue et recommandée tardivement par saint Grégoire. Au contraire, l'antiphonaire de Bangor (vers 680), manuscrit le plus ancien selon la règle de saint Colomban, ne contient aucun répons[5].

Donc, le répons, chant développé et exécuté par soliste, était effectivement établi auprès du rite romain.

Grâce à ses œuvres en détail, Amalaire de Metz († 850) demeure un autre témoin important, celui du répons en vieux-romain et du chant grégorien, tous les deux[od 3]. Surtout, ce prêtre-musicologue s'aperçut que le répons en vieux-romain ne répétait que la seconde moitié de leur refrain initial ((B) au lieu de (A) / (B)), une troisième fois, à savoir après le verset Gloria Patri[od 4]. En revanche, selon lui, les chantres romains répétaient entièrement le répons des matines de Noël Hodie vobis cœlorum alors que les religieux de Francs ne le reprenaient que la deuxième moitié, à partir de Gaudet[od 5]. Il n'existait pas de règle concrète.

En raison de ses qualité musicale et caractéristique théologique, le répons grégorien commença à remplacer d'autres chants liturgiques. Ainsi, un certain nombre de répons grégoriens, composés au royaume carolingien, furent adoptés même à Rome, entre 840 et 1140 environ[od 5], à l'exception du Vatican.

Ensuite, l'exécution du répons par plusieurs chantres fut constatée à Rome au XIIe siècle. Il s'agissait de ceux qui pratiquaient le chant grégorien[od 6]. Au début du XIIIe siècle, ce dernier dont son répons devint finalement le chant officiel du Saint-Siège.

Fonction et catégories[modifier | modifier le code]

Dans les célébrations de l'Église catholique, le répons demeure toujours non seulement important mais également officiel depuis le Moyen Âge. Sa fonction ressemble à celle de l'antienne et ces deux genres se trouvent souvent dans le même document liturgique, tel l'antiphonaire. De fait, tous les deux chants accompagnent, à l'origine, aux textes bibliques importants.

Alors que l'antienne s'accompagne normalement de la psalmodie, le répons est exécuté après la lecture de la Bible. De surcroît, le répons se distingue en raison de son verset effectivement développé. Il existe quelques exemplaires entre les deux catégories. Ainsi, le chant vieux-romain comptait au moins 38 antiennes de communion avec verset, malgré peu de manuscrits restants. Mais, on classifie ceux-ci en tant qu'antiennes, faute de lecture précédente[6].

D'après leurs fonctions, les répons sont normalement classifiés en trois catégories : usage en faveur de la messe, il s'agit du répons graduel ; pour les offices, le répons prolixe ainsi que le répons bref.

Répons graduel[modifier | modifier le code]

Répons graduel Oculi omnium[7], notation accompagnée des neumes sangallien et de ceux du manuscrit Laon 239, dans laquelle l'articulation raffinée est immensément précisée (Graduale triplex (1979)).

Le répons graduel ou graduel grégorien est la pièce exécutée entre la première lecture et l'Évangile de la messe[8]. Le terme graduel est issu du latin gradus, qui signifie marche, degré, mot destiné aux psaumes graduels (de 119 à 133), lors des pèlerinages vers Jérusalem, montrants[8].

En conséquence, pour le répons, ce terme graduel indique une solennité pour l'emplacement un peu élevé, lorsque l'on chante le répons graduel à l'ambon. Littérairement, il s'agit d'une procession en faveur de l'Évangile vers les degrés[8].

Ce répons est chanté, pour la première partie, par toute l'Assemblée ou le chœur, grand ou petit, et suivi d'un verset par le chantre. Il est possible de reprendre la première partie après le verset, afin de respecter mieux la nature responsoriale[8].

Au regard du dimanche, le répons graduel est exécuté entre la première lecture et la deuxième, à l'exception du temps pascal durant lequel un premier alléluia remplace le répons[8].

Bien entendu, les œuvres se trouve dans le graduel et leurs textes sont normalement issus du psautier. Exécuté avant l'Évangile, tel le jubilus de l'alléluia, le répons graduel est la pièce la plus ornée du répertoire du chant grégorien[8],[ve 1]. Il est normal que le soliste soit seulement capable de chanter correctement celui-ci.

Répons prolixe[modifier | modifier le code]

Parmi les répons réservés aux offices, le répons prolixe est celui qui est consacré aux matines[9].

S'il est probable que la pratique du répons est effectivement ancienne, c'était saint Benoît de Nursie qui précisait sa pratique dans la règle de son ordre, établie vers 530. À la différence d'autres offices du jour, lors des matines (appelés vigiles dans la règle), les trois lectures s'illustrent avec des commentaires des docteurs orthodoxes et des pères de l'Église, sauf la période entre Pâques et le 1er novembre en raison de la brièveté des nuits (chapitres XII - XIII). C'est la raison pour laquelle les répons des vigiles se distinguent particulièrement.

La fonction et la structure du répons prolixe rassemble à celles du répons graduel et restent assez importantes dans cette célébration[od 7]. Ce répons comporte un texte d'une certaine étendue et d'une grande richesse musicale[1]. Tout comme le répons graduel, celui de l'office a parfois tendance à une forme écourtée[od 8]. Mais normalement, le répons prolixe était plus développé, avec plus de répétition de phrase, l'adoption de plusieurs versets ainsi que la doxologie Gloria Patri[od 8].

D'après la règle de saint Benoît, les trois leçons suivies des répons, en semaine, sont surtout remplacées par trois séries de quatre textes bibliques (y compris donc 12 répons) lors de l'office du dimanche et des fêtes sans travail. Avec cette augmentation, l'importance du répons se distinguait.

Répons bref[modifier | modifier le code]

Tout comme sa dénomination bref, il s'agit d'un court chant de méditation après la lecture brève (capitule), dans les offices des laudes, vêpres, donc offices principaux, ainsi que complies. Ce sont normalement des répons psalmiques[1],[2]. L'usage du répons était de même précisé dans la règle de saint Benoît. Saint Benoît de Nursie ne mentionnait pas cependant de répons au regard des complies. Mais, tardivement établi, la Présentation de la liturgie des Heures actuelle, article 89, indique que, lors de la célébration des complies, on exécute le répons bref In manus tuas (En tes mains, Seigneur) après la lecture et avant le cantique[10].

L'article 172 précise que le répons bref est exécuté, même si plus simplement, de sorte que la parole de Dieu pénètre plus profondément dans l'esprit de l'auditeur ou du lecteur[11]

Au regard de sa forme musicale, le répons bref n'est autre qu'un chant assez simple, caractérisé du type syllabique et à la rythmique élémentaire[12]. Mais celui-ci possède quasiment la même structure.

Au IXe siècle, son exécution était plus solennelle. Amalaire de Metz († 850) précisait : un soliste chantait le texte principal duquel la phrase et la mélodie étaient décomposables en deux membres ; le chœur la repondait tout entière ; le soliste chantait le verset, que le chœur conclut par la seconde phrase de répons ; soliste chantait le doxologie Gloria sur la mélodie du verset ou sur la mélodie semblable ; le soliste puis l'Assemblée ou le chœur reprendait le texte tout entière[13].

  • exemple, Scuto circumdabit te :
  1. chantre : Scuto circumdabit te (A) / Veritas ejus (B)
  2. chœur : (A) / (B)
  3. chantre : Non timebit a timore nocturno (c, verset)
  4. chœur : (B)
  5. chantre : Gloria patri et filio et spiritui sancto (d, doxologie)
  6. chantre : (A) / (B)
  7. chœur : (A) / (B).

De nos jours, il comprend normalement le texte principal, puis un verset, et un doxologie Gloria patri. Ces trois parties sont chantées sur une ligne mélodique (une « corde ») récitative, avec des inflexions stéréotypées et fixes. D'où, le répons bref est une forme proche de la psalmodie. Parfois une même mélodie est attribuée à plusieurs répons[13], en dépit d'une forte tendance du chant grégorien, variée.

Ainsi, lorsque l'on chante l'Ave Maria en répons bref (mode VI), son exécution est différente de celle de l'antienne (mode I), plus fréquemment chantée et sans refrain[14] :

  1. Ave Maria, gratia plena (A) / Dominus tecum (B)
  2. (A) / (B)
  3. Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui (verset)
  4. (B)
  5. Gloria patri et filio et spiritui sancto
  6. (A) / (B).

Certains musicologues considèrent que le répons bref peut être l'origine du rondeau, en raison de quelques caractéristiques identiques, y compris sa composition. De fait, certains répons brefs tel le Salve virgo virginum possède une structure mélodique semblable[13].

Répons monodique[modifier | modifier le code]

Caractéristique du répons en grégorien[modifier | modifier le code]

Le texte principal du répons (dit corpus du répons[9]) est suivi de verset(s), chanté par le(s) soliste(s). Puis, le chœur retient le texte principal en refrain (dit réclame[9]). D'ailleurs, le répons lui-même se divise normalement en deux parties, distinguées par un astérisque dans la notation.

À l'exception du jubilus, mélisme sans paroles développé pour l'alléluia, le répons demeure chant le plus orné et le plus développé dans le répertoire du chant grégorien[ve 1]. C'est la raison pour laquelle le répons conserve une immense musicalité.

Normalement réservé à la schola ou aux chantres (solistes), le répons se compose fréquemment de la mélodie mélismatique. Cette caractéristique se trouve non seulement dans le chant grégorien mais également auprès du chant ambrosien et du chant vieux-romain. En 1891, Dom André Mocquereau de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes comparait ces trois traditions dans la revue Paléographie musicale tome II (p. 6 - 8). Par ailleurs, à cette époque-là, le chant vieux-romain n'était pas identifié. C'est pourquoi Dom Mocquereau employait le manuscrit Vatican 5319 :

  • répons A summo celo, notations en ambrosien (A.), en grégorien (G.) ainsi qu'en vieux-romain (V.) : [notation en ligne]

Mais, la musicalité du répons était plus aisément améliorée dans le chant grégorien, plus tardivement composé. Confié aux solistes, les compositeurs grégoriens n'hésitaient pas à accroitre l'ampleur mélodique en faveur des versets des répons[ve 1]. Les courbes mélodiques se développaient notamment aux finales des versets. Il ne s'agissait plus l'amplification simple sur un ou deux accents quelconques. Mais, il s'agit du développement sur le cursus planus formé de deux paroxytons, dont le second est un trisyllabe[ve 1].

Au regard des modes, le répons s'illustre souvent de deux cordes et parfois trois alors que l'antienne respecte toujours une seule corde en raison de sa cohérence avec la psalmodie[ve 1]. Il existe donc plus de musicalité dans le répons, s'il demeure toujours diatonique.

Reprises musicales[modifier | modifier le code]

Renaissance[modifier | modifier le code]

L'intense musicalité des répons grégoriens inspira, à la Renaissance, un certain nombre de compositeurs et donna naissance à de nombreux chefs-d'œuvre polyphoniques.

Il s'agissait notamment des répons en usage dans les célébrations de la semaine sainte :

Répons Plange quasi Virgo de Carlo Gesualdo [écouter en ligne].

Outre-Manche, Thomas Thallis, William Byrd, compositeurs restés catholiques, écrivaient leurs répons sur le chant grégorien, en dépit d'une situation difficile sous le règne d'Élisabeth Ire, qui manifestait cependant une certaine tolérance religieuse. John Sheppard, quant à lui, composa ses œuvres selon les deux rites, rite de Sarum et rite anglican. Ainsi, Sheppard compta lui aussi parmi les compositeurs de répons :

Musique baroque[modifier | modifier le code]

Les répons étaient encore, à l'époque de la musique baroque, modernisés surtout par plusieurs compositeurs français. En effet, c'était sous le règne de Louis XIV que les musiciens développèrent la version française Leçons de ténèbres. Maintenant, leur musique obtint le style du motet, à savoir le chant accompagné des instruments. On trouve de nombreux compositeurs réputés, mais notamment ces trois musiciens demeurent les plus importants. Les œuvres de De Lalande étaient bien documentées, mais perdues sauf les troisièmes leçons de mercredi, de jeudi et de vendredi (S118, 121 et 124).

Période classique[modifier | modifier le code]

Au contraire des époques plus anciennes, la musique de la période classique compte peu de compositions. De surcroît, l'œuvre de Haydn est considérée comme un cas particulier, étant donné que le répons Libera me, Domine n'est autre que l'un des pièces de la messe de Requiem sur le texte de laquelle de nombreux compositeurs avaient écrit leurs œuvres.

Musique contemporaine[modifier | modifier le code]

Ce genre a inspiré des compositeurs contemporains. Toutefois, lorsqu'il s'agit de musique sacrée, l'œuvre est plus destinée au concert qu'à la liturgie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Dictionnaires en ligne[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e p.  10
  • Peter Wagner, Origine et développement du chant liturgique jusqu'à la fin du Moyen Âge, traduction par abbé Bour, Desclée, Tournai 1904 [lire en ligne] 337 p.
  1. p.  87
  2. p. 87 - 88
  3. p. 135 - 138
  4. p.  137
  5. a et b p.  139
  6. p.  141
  7. p.  135
  8. a et b p.  136

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c http://www.liturgiecatholique.fr/Repons.html
  2. a, b et c http://www.cnrtl.fr/definition/répons
  3. http://palmus.free.fr/session_2005.pdf
  4. http://palmus.free.fr/session_2004.pdf
  5. https://archive.org/stream/antiphonarybang00ambrgoog#page/n46/mode/2up
  6. [PDF]regardssurunevissansfin.hautetfor.com/media/02/00/462456323.pdf Les chants de la messe catholique romaine, consulté le 18 juillet 2016
  7. http://gregorien.info/chant/id/5898/0/fr
  8. a, b, c, d, e et f http://www.liturgiecatholique.fr/Graduel.html
  9. a, b et c http://www.larousse.fr/archives/musique/page/919#t169829
  10. http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gpa.htm#bd
  11. http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gpb.htm
  12. http://www.universalis.fr/encyclopedie/chant-responsorial
  13. a, b et c http://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1976_num_19_75_2046
  14. Liturgie latine, mélodies grégoriennes, p. 75 - 76, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2005
  15. https://books.google.fr/books?id=pNZ-8Ha2zAsC&pg=PA162
  16. http://data.bnf.fr/13951036/tomas_luis_de_victoria_officium_hebdomadae_sanctae__1585/
  17. http://gregorien.info/chant/id/721/0/fr
  18. (en)https://books.google.fr/books?id=LcCsAgAAQBAJ&pg=PT1768
  19. http://gregorien.info/chant/id/2891/0/fr
  20. http://data.bnf.fr/14039047/marc_antoine_charpentier_lecons_de_tenebres__h_91-144/
  21. http://data.bnf.fr/14826445/joseph_haydn_libera_me__domine__voix__4___violons__2___basse_continue__hob_xxiib_1/
  22. http://data.bnf.fr/13917122/francis_poulenc_sept_repons_des_tenebres__fp_181/
  23. http://data.bnf.fr/14013569/pierre_boulez_repons/
  24. https://www.universaledition.com/sheet-music-and-more/responsorium-fuer-frauenstimme-und-ensemble-rihm-wolfgang-ue31111
  25. http://brahms.ircam.fr/works/work/20359/

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