Rémy Julienne

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Rémy Julienne
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Rémy Julienne en 2014, en promotion de son livre Silence… on casse !, préfacé par Jean-Louis Trintignant.
Nom de naissance Rémi Lucien Ernest Julienne
Naissance
Cepoy, Loiret, France
Nationalité Drapeau de la France Français
Décès (à 90 ans)
Amilly, Loiret, France
Profession Cascadeur
Concepteur de cascades
Films notables La Grande Vadrouille
L'aventure c'est l'aventure
L'As des as
Octopussy
Il était une fois en Amérique
Site internet remy-julienne.fr

Rémy Julienne, né le à Cepoy (Loiret) et mort le à Amilly (Loiret)[1], est un cascadeur et concepteur français de cascades.

« Casse-cou du cinéma français », il a plus de 1 400 productions à son actif (environ 400 films cinématographiques, des séries télévisées, des publicités, des shows mécaniques…).

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Rémy Julienne est le fils de Paul Julienne et de Lucienne Pavas, qui tiennent un café-bistrot devant une écluse à Cepoy près de Montargis. Son père est également transporteur[2],[3].

Rémy Julienne suit les cours de l'école primaire à Cepoy, puis à Gien[2].

Il épouse Antoinette Pedrocchi le . De ce mariage naissent deux fils : Michel et Dominique[2].

Carrière[modifier | modifier le code]

Rémy Julienne aux 22e Rencontres cinématographiques de Cannes en 2009.

Pilote[modifier | modifier le code]

En 1957, il devient champion de France de moto-cross, en catégorie 500 cm3. Il termine deuxième de la coupe de France en 1960 et en 1962. Il est plusieurs fois sélectionné en équipe de France. Vingt ans plus tard, en 1982, il gagne la course des 24 Heures motonautiques de Rouen, puis les courses automobiles du Star Racing Team en 1983 et le Speedy Stars Challenge en 1997[2].

Cascadeur[modifier | modifier le code]

Rémy Julienne est considéré comme « le casse-cou du cinéma français »[4].

Il commence sa carrière de cascadeur en 1964 dans le film Fantômas d’André Hunebelle où il double Jean Marais. Il est recruté par le responsable des effets spéciaux du film, Gil Delamare pour des cascades mécaniques dans La Grande Vadrouille[S 1].

La Renault 11 "décapitée" par James Bond.
La Renault 11 "décapitée" par James Bond. L'une des voitures qui ont servi pendant le tournage de Dangereusement vôtre.

Rémy Julienne règle les cascades pour plusieurs grosses productions ou des films populaires français parmi lesquels on peut retenir : La Grande Vadrouille, Le Cerveau, Le Pacha, L'aventure c'est l'aventure, Le Grand Bazar, Les Aventures de Rabbi Jacob, La Menace, Trois Hommes à abattre, Le Marginal, Taxi, et la série des Gendarmes de Saint-Tropez où il double notamment la scène de la religieuse en 2 CV[5]. Pour le film d’Henri Verneuil Le Casse, sorti en 1971, une course-poursuite de neuf minutes est filmée dans un quartier d’Athènes sans que l'équipe de tournage ne fasse arrêter la circulation. Rémy Julienne est finalement obligé de s’encastrer dans une bordure pour éviter la voiture d’un inconnu arrivant en face[6]. Il a également travaillé pour six James Bond : Rien que pour vos yeux, Octopussy, Dangereusement vôtre, Tuer n’est pas jouer, Permis de tuer de John Glen et GoldenEye de Martin Campbell.

Sa vie devant la caméra, comme celle de ses équipiers, est réglée au millimètre, à la seconde près, sinon « c'est là-haut dans une caisse en sapin. Quelquefois, il aurait suffi de peu pour que ça arrive »[réf. nécessaire]. « La base du métier de cascadeur, c’est identifier le risque, puis le maîtriser. Il faut rester humble, redescendre après l’euphorie de la réussite, et tous les matins repartir de zéro », confie-t-il un jour à la RTS[réf. nécessaire].

Il met son ingéniosité et les services de sa fine équipe de techniciens au service du 007 de Rien que pour vos yeux, ce qui lui vaut, en 1981, l'Award du meilleur concepteur de cascades décerné par la Motion Picture Hall of Fame à Hollywood[réf. nécessaire], une cérémonie au cours de laquelle Roger Moore déclare : « Sans lui, James bond n'aurait pas existé »[réf. nécessaire].

Ayant travaillé avec Sergio Leone sur quelques publicités, le fameux réalisateur le contacte pour coordonner une cascade d’Il était une fois en Amérique, le plongeon depuis un ponton d'une voiture d'époque avec ses occupants : Leone, lui faisant confiance, n'est même pas présent le jour du tournage et laisse Julienne réaliser lui-même la scène[7].

Parallèlement à son activité cinématographique, le groupe Disney fait appel à Rémy Julienne pour la conception d'une attraction liée à Disneyland Paris et située dans la nouvelle partie du parc. C'est ainsi qu'il imagine et propose pour le nouveau parc Walt Disney Studios le spectacle à connotation cinématographique Moteurs, Action! présenté depuis 2002. Il travaille en collaboration avec son fils Dominique, chargé de l'étude et de la conception de tous les éléments techniques (véhicules, infrastructures cascade), la formation des pilotes, cascadeurs et techniciens, l'étude et la mise au point des cascades et la mise en scène du spectacle. Pour ce projet, il crée même un centre de formation pour les jeunes cascadeurs. Le succès est tel que depuis 2005 le spectacle est reproduit de manière identique à Orlando en Floride où il remporte un succès permanent au Disney-MGM Studios[8],[9].

Il est sollicité par la justice pour superviser techniquement la reconstitution du meurtre d'Isabel Peake par Sid Ahmed Rezala[3].

La Mini Marcos GT 1300 de 1966 pilotée par Rémy Julienne lors de l’édition de 2016 du Mans Classic.

Il se fait retirer son permis à 87 ans pour excès de vitesse[10]

Le , il confie ses archives personnelles à la cinémathèque de Toulouse[11].

Mort et hommages[modifier | modifier le code]

Rémy Julienne le , avec, vissée sur la tête, une casquette frappée du logo de sa société de production.
« Mais quel âge j’ai ? J’ai pas d’âge moi ! Dans ma tête, je suis encore comme un gamin, j’entends une Harley Davidson, je suis obligé de m’arrêter pour entendre le « poutouf poutouf poutouf ». Et je veux me tenir en forme, éviter de me laisser pousser le bide et puis que ça dure le plus longtemps possible. Mais bon, maintenant, s’il m’arrive un accident ou un truc comme ça, c’est pas un drame, j’ai vécu. Mais si ça peut durer, ça ne me dérange pas non plus, alors on fait tout pour ça. Mais je suis bien aidé. Merci les copains ! »

Rémy Julienne à propos de son éternelle adolescence.

Le , Jean-Pierre Door[a] annonce sur son compte Facebook l'hospitalisation et la mise en réanimation de Rémy Julienne[12]. Il est touché sévèrement par la Covid-19[13]. Il meurt le au centre hospitalier de l'agglomération montargoise (CHAM) des suites de la maladie qu’il a tenté de vaincre après quinze jours de lutte contre le virus.[14].

Ses obsèques ont lieu le le vendredi , suivies de son inhumation dans le caveau familial au cimetière communal de Cepoy (Loiret).

Affaire judiciaire[modifier | modifier le code]

Vers la fin de sa carrière, un accident survient sur le tournage de Taxi 2, le . Le cadreur Alain Dutartre meurt tragiquement après avoir été percuté par la Peugeot 406 du film, lancée trop vite et de trop haut, avec un atterrissage très au-delà des marques prévues au sol.

En tant que responsable des cascades, il est jugé et condamné à dix-huit mois de prison avec sursis et 13 000 € d'amende[15], 5000 euros de dommages et intérêts à la famille Dutartre et 1 euro à la production. En appel, il est condamné le à six mois de prison avec sursis et 2 000 € d'amende[16],[17]. La société de production est déclarée coupable du délit d'homicide involontaire et à payer une amende de 100 000 euros. Ils sont tous deux condamnés à payer 30 000 euros de dommages à la famille Dutartre.

Lors de ces deux procès, Rémy Julienne n'était pas présent à la barre. Les deux fois, il avait demandé le report des procès, en justifiant de son état de santé alarmant (deux infarctus du myocarde)[18]. Sa requête a été refusée. La Cour de cassation, dans un arrêt du 11 mai 2010 casse et annule la peine prononcée contre Rémy Julienne et confirme celle de la production[19].

« Si la mort fait partie du quotidien du cascadeur, elle se doit d'épargner tous les autres. Je ne cesse de penser à Alain Dutartre, qui n'aurait jamais dû mourir ce jour-là », écrira plus tard Rémy Julienne dans ses Mémoires[20], un livre publié en 2009 et préfacé par Georges Lautner et Claude Pinoteau, qu’il dédiera au cadreur.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Icône signalant une information Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données IMDb.

Années 1960[modifier | modifier le code]

Années 1970[modifier | modifier le code]

Années 1980[modifier | modifier le code]

Années 1990, 2000 et 2010[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Rémy Julienne est titulaire de plusieurs prix et médailles d'honneur :

Hommages[modifier | modifier le code]

Depuis 1999, un prix Rémy-Julienne est remis chaque année lors du Festival du film d'aventures de Valenciennes à « un comédien capable d’aborder avec le même talent des rôles physiques et des personnages intimistes dans des films d’auteur »[32].

En 2016, la municipalité de Cepoy, sa commune de naissance, donne son nom à une place[33]. Elle a été inaugurée en présence de l’intéressé, de Jean-Paul Belmondo et de Charles Gérard, grands amis de Rémy Julienne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Door, député du Loiret et ancien cardiologue à l'hôpital de Montargis, est un ami de Rémy Julienne

Références[modifier | modifier le code]

Source primaire (son ouvrage Silence… on casse !)[modifier | modifier le code]

  1. p. 7.

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  1. Edouard Pflimlin, « Le cascadeur Rémy Julienne est mort à l’âge de 90 ans des suites du Covid-19 », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 22 janvier 2021)
  2. a b c d et e Who's Who in France, édition 2015, p. 1219.
  3. a et b Rémy Julienne, 50 ans de cascades, documentaire de Vincent Perrot, 53 minutes, 2013.
  4. Dictionnaire du cinéma populaire français, p. 457.
  5. Rémy Julienne : « Louis de Funès a apporté un vent nouveau », ville-saintraphael.fr, 9 décembre 2019.
  6. Frédéric Potet, « Sécurité routière : en 1972, la France à tombeau ouvert », sur le site du quotidien Le Monde, (consulté le 22 janvier 2021).
  7. Philippe Lombard, « Plonger pour Sergio Leone », sur histoiresdetournages.devildead.com, (consulté le 4 février 2021).
  8. http://stuntshowdisneyland.com/mespages/preparation.php
  9. http://www.fifa-mons.be/archives/parcourir?edition_id=25&page=2&voir=communiques&communique_id=151
  10. « Rémy Julienne : Le cascadeur n’a plus le permis ! », sur le site du magazine France Dimanche, (consulté le 31 janvier 2021).
  11. Bertrand Guyard, « Rémy Julienne confie une cascade d'archives à la cinémathèque de Toulouse », sur le site du quotidien Le Figaro, (consulté le 31 janvier 2021).
  12. « Covid-19: le cascadeur Rémy Julienne en réanimation », sur lefigaro.fr (consulté le 12 janvier 2021).
  13. Antoine Denéchère, « Covid-19 : le cascadeur Rémy Julienne hospitalisé "dans un état sérieux" à Montargis », sur le site de la chaîne France Bleu, (consulté le 31 janvier 2021).
  14. Bertrand Guyard, « Rémy Julienne, l’as des as de la cascade, est mort du Covid-19 à 90 ans », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  15. https://www.20minutes.fr/article/180102/France-Dix-huit-mois-avec-sursis-pour-l-ancien-chef-cascadeur-de-taxi-2.php.
  16. Dominique Verdeilhan, Les sombres vérités du juge Michel Legrand sur le site de France 2, 13 février 2015
  17. « Cascade mortelle sur Taxi 2 : la société de Luc Besson condamnée pour homicide involontaire », sur Ouest-France.fr (consulté le 4 octobre 2010).
  18. « Rémy Julienne : de gros frissons en cascades au festival du film d’Angoulême », sur CharenteLibre.fr (consulté le 15 juillet 2020).
  19. « Quand une cascade ratée tue un caméraman sur le tournage de Taxi 2 », sur BFM BUSINESS (consulté le 2 février 2021)
  20. Ma vie en cascades, éditions N° 1
  21. « Great leapin’ Fiats! », sur www.hemmings.com (consulté le 25 novembre 2019).
  22. « Annual Award de la Motion Picture Hall of Fame », sur remy-julienne.org.
  23. « Prix et nominations : Tickets d'Or », sur AlloCiné.
  24. Centre France, « Rémy Julienne compte ouvrir son parc », sur www.larep.fr, (consulté le 25 novembre 2019).
  25. « Rouen. Rémy Julienne reçoit la médaille d'honneur », sur actu.fr (consulté le 25 novembre 2019).
  26. « Prix et nominations : Rencontres Internationales du Cinéma de Patrimoine - Prix Henri Langlois », sur AlloCiné.
  27. admin-ape, « Les plumes d’or – Association de la Presse Étrangère » (consulté le 25 novembre 2019).
  28. AlloCine, « Dinard 2016 : Sing Street enchante le Festival du Film Britannique et remporte tous les prix », sur AlloCiné (consulté le 25 novembre 2019).
  29. « Le cascadeur Rémy Julienne veut créer un parc d'attractions dans le nord Franche-Comté », sur France Bleu, (consulté le 25 novembre 2019).
  30. Guillaume Sauzer., « Rémy Julienne : l'homme de l'ombre est devenu une star », sur Ouest France,
  31. « Pollestres/ Festival du film : retour en images », sur Ouillade.eu,
  32. Site officiel du Festival.
  33. Centre France, « Une journée de fête pour Rémy Julienne et son ami Jean-Paul Belmondo », sur www.larep.fr, (consulté le 25 novembre 2019).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Rémy Julienne, 50 ans de cascades, documentaire de Vincent Perrot, 53 minutes, 2013.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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