Rémi Brissiaud

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Rémi Brissiaud
Description de l'image Photo Rémi Brissiaud.png.
Naissance (71 ans)
Domicile Paris
Nationalité Française
Domaines

Psychologie

Didactique
Diplôme Thèse de doctorat en psychologie
Formation

Mathématiques à l'université de Paris 7

Psychologie à l'université de Paris 8
Directeur de thèse Jean-François Richard

Rémi Brissiaud, né à Paris le 6 août 1949, est un chercheur et pédagogue français, maître de conférences de psychologie, spécialisé dans l’étude de l’acquisition et du développement des compétences arithmétiques chez l’enfant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après une maîtrise de mathématiques obtenue en 1972 à l’université Paris VII, il commence sa carrière professionnelle comme professeur certifié de mathématiques au Lycée Technique d’Etat Jean Jaurès à Argenteuil. En 1976, il devient professeur de mathématiques à l’École Normale d’Instituteurs du Val d’Oise qui vient d’être créée. En 1990, il continue à enseigner dans cet établissement qui devient l’IUFM de Versailles.

En 1994, il soutient une thèse de doctorat en psychologie[1] et il accède en 1997 à un poste de maître de conférences de psychologie à l’IUFM de Versailles. Il occupe la même fonction à l’ESPE de Cergy-Pontoise entre 2008 et 2013[2]. Il est depuis retraité.

Travaux de recherche[modifier | modifier le code]

D’après Nicolas Gauvrit[3], il est l’un des rares chercheurs français publiant à la fois dans des revues de psychologie et de didactique des mathématiques.

Concernant les apprentissages numériques concomitants à l’entrée de l’enfant dans le langage, il publie une monographie[4] montrant que la construction du nombre peut se fonder sur l’étude successive des décompositions des premiers nombres (2, c’est 1 et encore 1 ; 3, c’est 2 et encore 1, c’est aussi 1 et encore 2 ; 4, c’est 3 et encore 1, etc.) plutôt que sur le comptage-numérotage des unités (4, c’est 1, 2, 3, 4 en pointant avec le doigt les différentes unités). Le parcours vers le nombre qui s’appuie sur leurs décompositions fait un usage des doigts très différent du parcours classique, à l’aide du comptage-numérotage[5],[6].

Lors du débat ayant précédé l’élaboration des programmes 2015 pour l’école maternelle française, il défend l’idée d’une approche scolaire des nombres à partir de leurs décompositions. Il le fait notamment sur le site du Café pédagogique et sur celui de la Commission Française pour l’Enseignement des Mathématiques (CFEM)[7]. C’est finalement ce point de vue qui sera retenu[8]. On peut lire en effet dans ces programmes[9] que « les activités de dénombrement doivent éviter le comptage-numérotage et faire apparaître, lors de l’énumération de la collection, que chacun des noms de nombres désigne la quantité qui vient d’être formée ».

Le rapport Villani-Torossian[10] souligne le rôle qui a été le sien dans la prévention d’un enseignement des nombres fondé sur la pratique du comptage-numérotage.

Concernant la résolution des problèmes arithmétiques élémentaires (addition, soustraction, multiplication et division), il a montré que leur difficulté ne dépend pas seulement de la sémantique de l’énoncé (celui-ci parle-t-il d’un ajout ?, d’un retrait ?, d’une comparaison ?, etc.), ni de la taille des nombres (les problèmes avec de petits nombres sont plus faciles à résoudre). Il met en évidence l’importance d’un autre facteur : une simulation mentale de la situation décrite dans l’énoncé conduit-elle directement à la solution numérique ou faut-il faire usage de l’un des principes de l’arithmétique (commutativité de l’addition et de la multiplication, réversibilité de l’addition et de la soustraction, etc.)[11] ?

Traditionnellement, pour enseigner un principe arithmétique comme la commutativité de la multiplication (5 fois 3 est égal à 3 fois 5, par exemple) les professeurs commencent par organiser les unités en un quadrillage de 5 lignes de 3 unités. La quantité est alors codée sous la forme 3+3+3+3+3. Ils amènent ensuite leurs élèves à changer de point de vue sur cette situation : le même quadrillage peut être vu comme formé de 3 colonnes de 5 unités, ce qui se code 5+5+5. En 2002, il montre que pour enseigner les principes arithmétiques de la soustraction, de la division avec reste ou des fractions, le même schéma de leçon peut être utilisé : trouver une situation telle qu’un changement de point de vue suffise pour faire émerger le principe arithmétique[12]. Cette perspective de recherche est aujourd’hui poursuivie par l’équipe d’Emmanuel Sander à l’UNIGE de Genève[13],[14] qui parle de « recodage sémantique ».

Innovations pédagogiques[modifier | modifier le code]

Dans la lignée de Maria Montessori, Suzanne Herbinière-Lebert, Georges Cuisenaire[15]…, il est également connu pour être l’inventeur d’un outil pédagogique largement utilisé dans les écoles françaises :« la boite de Picbille » et pour le rôle important qui est le sien dans l’élaboration d’un outil numérique : « Les Noums »[16].

« Picbille » est le nom du personnage principal d’une méthode de mathématiques destinée aux élèves de l’école primaire : « J’apprends les maths avec Picbille »[17], série d’ouvrages diffusée par les éditions Retz. Il en est l’auteur principal et dirige la collection depuis 1991. L'autre coauteur principal était André Ouzoulias (1951-2014)[18].

La boite de Picbille est formée de deux compartiments de 5 cases séparés par un trait noir. Chaque compartiment dispose d’un couvercle permettant de masquer les 5 jetons du compartiment dès que celui-ci est rempli. Ainsi, chaque nombre peut être représenté sous une forme proche de celle que l’on obtient avec les doigts : 8, par exemple, correspond à une boite contenant un groupe de 5 sous le couvercle d’un compartiment (analogue de tous les doigts d’une main), 3 jetons visibles (analogue de 3 doigts levés sur l’autre main) et 2 cases vides (analogue des 2 doigts baissés sur cette main). L’existence des cases vides est importante parce qu’elle permet d’enseigner des stratégies de calcul mental d’additions ou de soustractions qui s’appuient sur les repères 5 et 10. Pour 8+4, par exemple, il suffit d’imaginer que l’on ajoute 4 jetons à une boite en contenant déjà 8 pour être conduit à calculer le résultat sous la forme 8+2+2 (stratégie d’appui sur la dizaine supérieure).

En 2016, DragonBox, société de jeux éducatifs numériques[19], le sollicite afin d'élaborer une solution pédagogique scolaire, aujourd'hui connue sous le nom « Les Noums ». Dans cet outil numérique, les nombres sont représentés par des personnages de longueurs différentes : le Noum 2 est grand comme 2 Noums unité, le Noum 3 comme 3 Noums unités, etc. En première approximation, un tel matériel ressemble aux « nombres en couleurs » de Georges Cuisenaire. Cependant, Rémi Brissiaud introduit deux éléments qui différencient ces deux environnements pédagogiques. Le premier réside dans le code utilisé pour les yeux : le grand Noum ayant 1 seul œil est le Noum 6 (5+1), le grand Noum ayant 2 yeux est le Noum 7 (5+2), etc. Cela permet aux élèves et aux enseignants de reconnaître rapidement chaque Noum sans avoir à mémoriser un code de couleur complexe. La seconde différence réside dans la présence d’un scanner : le Noum 4 s’appelle ainsi parce qu’au scanner, on voit qu’il a 4 unités dans le corps. Ce matériel permet ainsi de mettre en relation les longueurs (quantités continues) et les nombres (quantités discrètes), préparant à la mesure des longueurs. Signalons enfin que la nature numérique des Noums permet de les faire se manger (travail de l’addition) et de les couper (travail de la soustraction). Ce matériel est déjà diffusé en Norvège et en Finlande, il a reçu en 2019 le prix du meilleur logiciel éducatif finlandais de l’année[20]. En France, il est diffusé à partir de la rentrée scolaire 2020 par les éditions Retz.

Hommage[modifier | modifier le code]

En 2008, la commune de Savigny-en-Sancerre (18) décide de nommer son école primaire du Bourg « école Rémi Brissiaud »[21],[22].

Principaux ouvrages et contributions[modifier | modifier le code]

  • Comment les enfants apprennent à calculer : au-delà de Piaget et de la théorie des ensembles, Paris, Retz, 1989. Traduction en castillan : El aprendizaje del calculo : mas alla de Piaget y de la teoria de los conjuntos. Madrid, Visor, 1993. Traduction en portugais : Como as crianças aprendem a calcular, Lisboa, Instituto Piaget, 1994.
  • « Psychologie et didactique : choisir des problèmes qui favorisent la conceptualisation des opérations arithmétiques » dans Jacqueline Bideaud et Henri Lehalle (dir.), Traité des sciences cognitives : le développement des activités numériques chez l’enfant, Paris, Hermès, 2002, p. 265-291.
  • Comment les enfants apprennent à calculer : le rôle du langage, des représentations figurées et du calcul dans la conceptualisation des nombres, Paris, Retz, nouvelle édition, 2003.
  • Premiers pas vers les maths : les chemins de la réussite à l’école maternelle, Paris, Retz, coll. « Savoirs pratiques éducation », 2007.
  • Apprendre à calculer à l’école : les pièges à éviter en contexte francophone, Paris, Retz, coll. « Savoirs pratiques éducation », 2013.
  • « Situations, interprétation, stratégies et conceptualisation : le cas des opérations arithmétiques », Bulletin de psychologie, 2016/6 (no 546).

Quelques interventions (depuis 2010)[modifier | modifier le code]

  • « Le nombre à l’école maternelle : des changements en vue, mais dans quel sens ? », Café pédagogique, 16 mars 2012[23].
  • « L’enseignement du comptage en débat », Cahiers pédagogiques, 2012, no 498[24] .
  • « Mathématiques : pourquoi le niveau a-t-il baissé ? », France Culture, émission Rue des écoles, 8 décembre 2012[25] .
  • « Pisa : pour les maths, le redressement commence avec les programmes du primaire », Café pédagogique, 5 décembre 2013[26].
  • « Maths : l’Asie domine, la France décroche », France Culture, émission Rue des écoles, 18 décembre 2013[27].
  • « École, programmes et neurosciences : évitons un nouveau dogmatisme ! », Café pédagogique, 21 mars 2014[28].
  • « Lecture : une autre façon d’aller vers une éducation basée sur la preuve (1) et (2) »,  Café pédagogique, 4 et 7 avril 2014[29],[30].
  • « Le nombre dans le nouveau programme maternelle : quatre concepts clés pour la pratique et la formation », Café pédagogique, 7 octobre 2015[31].
  • « Les performances en calcul hier, aujourd’hui et demain », Café pédagogique, 3 avril 2019[32].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rémi Brissiaud, Enseignement et développement des représentations numériques chez l'enfant : penser les divers chemins vers le nombre, Nanterre, Université de Paris 8 (thèse de doctorat en Psychologie), 1994.
  2. « L’art de parler des nombres à l’école », sur SudOuest.fr (consulté le 5 avril 2020)
  3. Nicolas Gauvrit, « Didactique des mathématiques et psychologie : l’impossible débat ? », Revue ANAE (Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant), nos 120-121,‎ , p. 525-528
  4. Rémi Brissiaud, « A tool for number construction : finger symbol sets » (traduit par C. Greenbaum) dans Jacqueline Bideaud, Claire Meljac et Jean-Paul Fischer (dir.), Pathways to number : children's developing numerical abilities, Hillsdale, Lawrence Erlbaum Associates, 1992, p. 41–65.
  5. Ibid.
  6. « Rémi Brissiaud, des chiffres et des lettres », Le Monde de l'Éducation,‎ , p. 70
  7. « Sur les premiers apprentissages scolaires des nombres — Commission française pour l'enseignement des mathématiques », sur www.cfem.asso.fr (consulté le 13 mars 2020)
  8. « Le calcul mental et les jeux pour sauver les maths », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 5 avril 2020)
  9. Bulletin officiel de l’Education nationale, n° spécial 2,  26 novembre 2015 [lire en ligne http://cache.media.education.gouv.fr/file/MEN_SPE_11/35/1/BO_SPE_11_26-11-2015_504351.pdf].
  10. Cédric Villani et Charles Torossian, 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques, Ministère de l’Education nationale, 2018, p. 29 [lire en ligne http://cache.media.education.gouv.fr/file/Fevrier/19/0/Rapport_Villani_Torossian_21_mesures_pour_enseignement_des_mathematiques_896190.pdf].
  11. Rémi Brissiaud et Emmanuel Sander, « Arithmetic word problem solving : a situation strategy framework », Developmental Science, 2010, n° 13, p. 92-107.https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1467-7687.2009.00866.x
  12. « Psychologie et didactique : choisir des problèmes qui favorisent la conceptualisation des opérations arithmétiques » dans Jacqueline Bideaud et Henri Lehalle (dir.), Traité des sciences cognitives : le développement des activités numériques chez l’enfant, op. cit., p. 265-291.
  13. « E. SANDER Relations entre résolution de problèmes et opérations - Vidéo Dailymotion », sur Dailymotion (consulté le 31 mars 2020)
  14. https://www.unige.ch/fapse/idea/fr/equipe/
  15. « Les Noums de Brissiaud : ancêtres et enjeux », sur à tâtons (consulté le 5 octobre 2020).
  16. « Le site compagnon destiné aux enseignants qui utilisent le manuel + l’application Les Noums CP. », sur noums.fr (consulté le 5 octobre 2020).
  17. Isabelle Cotton, « Le papa de Picbille inaugure son école » et « Parcours brillant... », La Nouvelle République du Centre-Ouest,‎ , p. 3
  18. Luc Cédelle, « André Ouzoulias (1951-2014), psychopédagogue et formateur d'enseignants », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  19. https://dragonbox.com/
  20. (en) « EEemeli Competition - eOppimiskeskus », sur eOppimiskeskus (consulté le 5 octobre 2020).
  21. « Ecole primaire Rémi Brissiaud », sur Ministère de l'Education Nationale et de la Jeunesse (consulté le 13 mars 2020)
  22. Isabelle Cotton, « Le papa de Picbille inaugure son école » et « Parcours brillant... », La Nouvelle République du Centre-Ouest,‎ , p. 3
  23. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/16032012_RBrissiaud.aspx
  24. http://www.cahiers-pedagogiques.com/L-enseignement-du-comptage-en-debat
  25. « Mathématiques : Pourquoi le niveau a-t-il baissé ? », sur franceculture.fr, (consulté le 5 octobre 2020).
  26. http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2013/05122013PisaRBrissiaud.aspx
  27. « Maths : L'Asie domine, la France décroche - Etat des lieux. », sur franceculture.fr, (consulté le 5 octobre 2020).
  28. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/03/21032014Article635309778291938360.aspx
  29. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/04/04042014Article635321946980819517.aspx
  30. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/04/07042014Article635324487489828633.aspx
  31. http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2015/10/07102015Article635798003968263974.aspx
  32. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/04/03042019Article636898719474337156.aspx

Liens externes[modifier | modifier le code]