Référendum macédonien de 2018

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Référendum macédonien de 2018
Corps électoral et résultats
Votants 666 743
36,91 %
Êtes-vous pour l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN, en acceptant l'accord entre la République de Macédoine et la République hellénique ?
Oui
91,46 %
Blancs et autres
2,89 %
Non
5,65 %

Un référendum a lieu le en République de Macédoine, ou Ancienne république yougoslave de Macédoine. La population est amenée à se prononcer sur l'accord conclu avec la Grèce, entraînant notamment un changement du nom du pays en Macédoine du Nord[1]. Un taux de participation minimal de 50 % est requis pour en valider le résultat, non contraignant, qui devra par la suite être approuvé par les deux tiers au moins des membres du parlement.

Plus de 90 % des votants se prononcent favorablement. Néanmoins, sur un peu plus de 1,8 million d'inscrits, un peu moins de 667 000 se sont déplacés, soit un peu plus de 36 % de participation, bien en deçà du quorum de 50 %. Le résultat est ainsi constitutionnellement invalide faute d'une participation suffisante, ce que l'opposition met en avant pour proclamer sa victoire, tandis que le gouvernement fait de même en mettant en avant l'aspect non contraignant pour affirmer que le quorum ne s'applique pas[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Affiche inscrite en albanais et appelant à voter en faveur du référendum.
Affiche inscrite en macédonien et incitant au boycott du référendum.

Ce référendum est lié au conflit de plus de 27 ans entre la Macédoine et la Grèce à propos du nom de la Macédoine et à l'accord signé le entre les ministres des affaires étrangères grec, Níkos Kotziás, et macédonien, Nikola Dimitrov, incluant entre autres l'adoption d'un nouveau nom pour le pays, de « Macédoine du Nord »[3]. La signature de l'accord a lieu au lac Prespa, qui marque la frontière commune entre les deux pays ainsi qu'avec l'Albanie.

Le nom est en accord avec ceux des périphéries (régions) grecques existantes appelées Macédoine-Occidentale, Macédoine-Centrale et Macédoine-Orientale-et-Thrace. La nouvelle Macédoine du Nord renoncerait à utiliser le Soleil de Vergina, symbole royal de la dynastie macédonienne, et retirerait de sa constitution et de son système éducatif toute possibilité d'irrédentisme en épurant les références explicites à un héritage de la population et de l'État par rapport au royaume de Macédoine de l'Antiquité[4],[5]. Un comité veillerait également à en retirer les mentions dans les textes et cartes des manuels scolaires[6]. En échange, la Grèce reconnaîtrait le nouveau nom du pays, accepterait la reconnaissance de la langue macédonienne à l’international et cesserait tout blocage de son entrée dans l'Union européenne et l'OTAN.

L'Assemblée de Macédoine ratifie l'accord le 20 juin 2018 par 69 voix pour et 51 abstentions, le parti d'opposition Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure - Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne (VMRO-DPMNE) boycottant la séance à l'encontre du gouvernement mené par l'Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM)[4]. Le président de la République proche du VMRO-DPMNE Gjorge Ivanov refuse de signer l'accord, le considérant inconstitutionnel. Le parlement décide de ne pas porter le contentieux devant la Cour constitutionnelle et procède à la place à un second vote le 5 juillet, que le président de l'Assemblée, Talat Xhaferi signe à la place d'Ivanov. Le VMRO-DPMNE tente de ralentir tout au long du mois de juillet la poursuite du processus parlementaire sur le projet de loi référendaire en ne désignant pas de représentants à la commission électorale, mais l'Assemblée l'approuve finalement le 30 juillet par 68 voix pour. La question posée ne mentionne notamment pas le terme Macédoine du Nord, mais uniquement les négociations d'adhésion à l'UE et à l'OTAN. Des changements constitutionnels inclus dans l'accord impliquent de modifier des passages de la Constitution. Ces amendements constitutionnels nécessiteront une majorité des deux tiers à l'Assemblée, en accord avec l'article 131 de la constitution[4].

Conditions[modifier | modifier le code]

En accord avec l'article 73 de la constitution, le projet de loi ne sera considéré comme approuvé de manière valide que si le oui l'emporte à la majorité absolue, exprimée par le terme « 50% +1 » par la Commission électorale nationale (CEN)[7], et que le quorum de participation de 50 % des inscrits est franchi[4],[8].

Objet[modifier | modifier le code]

L'intitulé de la question soumise aux votants est[9] :

« Êtes-vous pour l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN, en acceptant l'accord entre la République de Macédoine et la République hellénique ? »

Campagne[modifier | modifier le code]

Dès juillet 2018, le gouvernement macédonien débute sa campagne sur les réseaux sociaux[10].

Le président Ivanov appelle au boycott du scrutin[11].

Sondages d'opinion[modifier | modifier le code]

Date du sondage Oui Non Indécis Ne votera pas Marge d'erreur Échantillon Sondeur Méthode
28 juin - 15 juillet 2018 49% 22% 13% 16% ± 3.0% 1100 sondés âgé de plus de 18 ans IRI Entretien en face à face
24 juillet - 1er août 2018 41.5% 35.1% 9.2% 12.4% ± 3.1% 1026 votants potentiels MCIC Entretien téléphonique assisté par ordinateur

Résultats[modifier | modifier le code]

Plus de 90 % des votants se prononcent en faveur de la proposition, pour un total de 609 813 votes Oui sur 666 743 votants, bien au dessus du seuil de la majorité absolue de 50 % +1 établi à 333 572 votants par la CEN[7]. Cependant, le référendum n'est pas validé dans la mesure où moins de 50 % des inscrits se sont déplacés aux urnes. Outre le succès de la campagne de boycott de l'opposition — bien que non assumée ouvertement en tant que telle sous la pression des gouvernements européens —, le caractère périmé des listes électorales vieilles de seize ans aurait participé à grossir l'abstention, entre 300 000 et 400 000 Macédoniens ayant émigrés depuis, soit entre 17 et 22 % du total des inscrits[2].

Votes favorables par municipalité
Participation par municipalité
Référendum macédonien de 2018[4],[7]
Choix Votes % Quorum
Pour 609 813 91,46
Blancs et autres 19 221 2,89
Contre 37 700 5,65
Total 666 743 100
Abstentions 1 139 593 63,09
Inscrits / Participation 1 806 336 36,91 Non 50 %

Répartition des votants :

Votes
Pour
(91,46 %)
Majorité absolue

Répartition des inscrits :

Taux de
participation
(36,91 %)
Taux
d'abstention
(63,09 %)
Majorité absolue

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Macedonia sets Sept. 30 as date for referendum on the name deal with Greece Channel NewsAsia, le 30 juillet 2018
  2. a et b Benoît Viktine, « En Macédoine, une victoire en demi-teinte pour le changement de nom du pays », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. « Macédoine. Un accord historique met fin à 27 ans de querelle avec la Grèce », sur Ouest France,
  4. a, b, c, d et e (de) Mazedonien, 30. September 2018 : Beitrittverhandlungen zu EU und NATO (als Republik Nordmazedonien) Démocratie directe
  5. [1]
  6. Македонија Заев: Решението е Република Северна Македонија
  7. a, b et c Résultats officiels Commission électorale nationale
  8. Article 73 Constitution de la Macédoine
  9. Macédoine: référendum sur le nom du pays le 30 septembre sur francesoir.fr, le 30 juillet 2018
  10. Macedonia Govt Starts 'Name' Referendum Campaign Balkan Insight, le 2 juillet 2018
  11. La-Croix.com, « Référendum sur le nom de la Macédoine: le président Ivanov appelle au boycott », sur La Croix (consulté le 29 septembre 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Igor Janev, Legal Aspects of the Use of a Provisional Name for Macedonia in the United Nations System, AJIL, Vol. 93. no 1, 1999.
  • Nikos Kalampalikis Les Grecs et le mythe d’Alexandre. Étude psychosociale d’un conflit symbolique à propos de la Macédoine. Paris, L’Harmattan (Préface de Denise Jodelet), 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]