Rédoine Faïd

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Rédoine Faïd
Braqueur
Image illustrative de l’article Rédoine Faïd
Information
Naissance (46 ans)
Creil, Drapeau de la France France
Surnom « L'Écrivain »[1]
Sentence 10 ans de prison pour son évasion de la prison de Sequedin (mars 2017)
18 ans pour le braquage d'un fourgon blindé dans le Pas-de-Calais (octobre 2017)
25 ans en appel pour avoir organisé un braquage avorté qui avait abouti à la mort d'une policière (avril 2018)
Actions criminelles Braquages, vols à main armée
Pays France
Arrestation 28 décembre 1998[2] (1re arrestation après trois ans de cavale)
28 juin 2011[3] (2e arrestation après un an de cavale)
29 mai 2013[4] (3e arrestation après six semaines de cavale)
3 octobre 2018 (4e arrestation après treize semaines de cavale)

Rédoine Faïd, né le à Creil dans l'Oise (Picardie), est un criminel français, auteur de vols à main armée, spécialisé dans l'attaque de fourgons blindés. Il est aussi connu pour avoir réussi à s'évader de prison à deux reprises, en 2013 puis en 2018.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

D'origine algérienne, sa famille s'installe dans le quartier Guynemer à Creil en 1969[5].

Enfance[modifier | modifier le code]

Dès son enfance, il est passionné de cinéma, en particulier de films de gangsters[5], et souhaite devenir gendarme ou voleur, selon les dires de son éditeur Pierre Fourniaud (directeur de La Manufacture de livres)[5]. Il dit avoir volé pour la première fois des bonbons à l'âge de six ans dans un centre commercial de Creil, puis dans une boutique avec trois amis, selon un mode opératoire qu'il comparera à une scène du film Sleepers où un adolescent vole un objet dans le magasin, attirant le boutiquier à sa poursuite tandis que ses camarades pillent la boutique restée non surveillée[5].

Premiers braquages[modifier | modifier le code]

C'est en 1990 qu'il tombe dans la criminalité sérieuse – Alors qu'il est en terminale, Rédoine Faïd braque une agence du Crédit du Nord[6]. Ce sera la première fois qu'il sera placé en garde à vue[5]. Au fur et à mesure de son avancée en âge, il est passé selon ses propres dires des « casses » aux attaques de fourgons blindés. Il utilise l'argent qu'il vole afin de se présenter auprès de ses amis du quartier de Barbès (à Paris) comme menant une vie luxueuse et flambante[5] ; une partie de l'argent sert également à financer un voyage à Las Vegas spécialement pour dormir dans la suite vue dans le film Rain Man[5].

C'est en 1995 qu'il entre dans la clandestinité, quand la Brigade de répression du banditisme, qui enquête sur onze braquages de sociétés informatiques, arrête son frère Fayçal, impliqué avec lui dans une attaque armée à Aulnay-sous-Bois[7]. Il passe d'abord inaperçu en adoptant le mode de vie d'un VRP afin de se "fondre dans la masse" comme il l'expliquait lui-même[7]. Puis en 1996, un des complices de Rédoine est arrêté par la police et le dénonce[7]. Il passe alors en "pré-cavale", et il s'en va en Algérie en passant par la Belgique afin de faire croire aux enquêteurs qu'il restera au Maghreb[7]. Mais il revient quelques jours plus tard en France, avec des faux papiers et en faisant un détour par Londres[7].

En 1995, il prend en otage la famille du directeur de la BNP de Creil et force ensuite le banquier à ouvrir le coffre de l'agence ; pour cette opération minutieusement préparée, les malfaiteurs avaient revêtu des masques à l'effigie de politiciens français[8]. En 1997, il attaque pour la première fois un fourgon blindé à Villepinte[5], lui et ses complices portant des masques de hockey. Faïd est blessé par balle à l'épaule par la police, mais lui et ses complices repartent avec l'équivalent de 3 millions d'euros. Le sang perdu par Faïd permettra aux policiers de l'identifier et de le faire rentrer dans les fichiers de la PJ[7]. Une fois son ADN identifié, la police l'utilisera afin d'accumuler les indices contre lui[7].

Il aurait suivi une formation en Israël (où il séjourne dans les années 1990 durant sa cavale[9]), liée à la manipulation des explosifs[10].

Emprisonnement et médiatisation[modifier | modifier le code]

En Suisse, il est arrêté et menotté une première fois dans un train pour détention de faux-papiers, en septembre 1998[7]. Il parvient à s'échapper, mais il est rattrapé car il s'est blessé à cause d'une chute et doit être hospitalisé[7]. Il s'échappe à nouveau en volant l'arme d'un des policiers suisses qui l'escortaient à l'hôpital[7]. Mais le billet de train qu'il avait lors de sa première arrestation en Suisse permettra à la police française de remonter la trace jusqu'à l'agence de voyage à Paris qu'il utilise pour organiser ses déplacements[7].

Arrêté le [11] en sortant de cette agence de voyage[7] (il prévoyait de retourner en Israël[7]), après trois ans de cavale, il est condamné à 18 ans de prison pour vol à main armée et bénéficie d'une libération conditionnelle pour bonne conduite, le après 10 années de détention[12],[13]. Peu après sa libération, il interpelle en public le cinéaste Michael Mann, à la Cinémathèque française, en lui disant que ses films ont participé à son instruction de gangster[14].

Il publie en 2010 un livre sur son expérience de braqueur repenti (Braqueur : Des cités au grand banditisme) qu'il présente au Grand Journal de Canal+[15]. Il effectue même le tour des plateaux télévisés pour faire la promotion de son livre, où il indique notamment sur LCI que « ses démons sont complètement morts » et qu'il en a fini avec le banditisme[16].

Nouveaux braquages et évasions[modifier | modifier le code]

Cependant, il est à nouveau soupçonné dans une attaque à main armée d'un convoi de fonds par quatre hommes encagoulés à Villiers-sur-Marne dans le Val-de-Marne, au cours de laquelle une policière municipale de 26 ans, Aurélie Fouquet, est tuée le par Redoine, alors que son équipier, Thierry M, un homme de 40 ans très expérimenté, parviendra à blesser un malfaiteur, avant d'être touché à son tour à l'épaule. De nombreux noms ont circulé sur les possibles complices de cette attaque à main armée : Kelan V[17],[18], Marco C, Alain B, Philippe L, mais à ce jour, aucun de ces potentiels complices n'a été inquiété. Rédoine Faïd est arrêté le [19],[20].

Il s'évade le au matin de la maison d'arrêt de Lille-Sequedin (Nord) à l'aide d'explosifs et après avoir pris quatre personnes en otage[21], utilisant une arme introduite dans un paquet de linge sale. Un mandat d'arrêt européen est émis le jour même. Rédoine Faïd, habitué de la cavale avec trois ans de « belle » à son actif, est également recherché par Interpol dans 190 pays membres.

Alors qu'il cherche à se procurer une fausse identité pour rejoindre Israël, son vendeur de faux papiers pose son téléphone portable dans la voiture où se déroule la transaction, ce qui permet à la police de géolocaliser Faïd[22]. Un mois et demi après son évasion, le , il est interpellé à trois heures du matin dans un hôtel B&B de Pontault-Combault en Seine-et-Marne. Il est alors incarcéré au quartier d'isolement de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis et encourt la réclusion criminelle à perpétuité[23].

Le s'ouvre, devant la cour d’assises de Paris, son procès ainsi que celui de neuf personnes impliquées dans le projet avorté de braquage et la fusillade de Villiers-sur-Marne de 2010. Il est condamné à dix-huit ans de prison le . Son frère Fayçal est condamné le à vingt ans de réclusion criminelle par la justice algérienne pour avoir abattu la fonctionnaire de police Aurélie Fouquet lors de cette fusillade[24].

Redoine Faïd est également condamné le à dix ans de réclusion pour son évasion avec prise d'otages de la prison de Sequedin en 2013. L'avocat général avait requis de douze à quatorze ans de prison pour le braqueur récidiviste. Le , Rédoine Faïd fait appel de sa condamnation[25].

Enfin il est condamné le à 18 ans de réclusion par les assises du Nord pour le braquage d'un fourgon blindé dans le Pas-de-Calais en 2011[26]. C'est un véritable commando qui avait été constitué pour la réalisation de cette attaque particulièrement violente où des armes de guerre avaient été utilisées. Redoine Faïd se serait associé avec une équipe expérimentée menée par Kelan V (dont le nom sera une nouvelle fois évoqué dans l'attaque à main armée de Villiers-sur-Marne).

Le , la cour d’assises de Paris aggrave en appel la peine de Rédoine Faïd, en portant à 25 ans la durée de sa réclusion pour le braquage avorté et la fusillade de Villiers-sur-Marne en 2010[27].

Plusieurs mois avant juillet 2018, des drones sont aperçus en train de survoler la prison de Réau, ce qui est rétrospectivement interprété comme des vols de repérage[28]. Le , il s'évade en hélicoptère Alouette du centre pénitentiaire du sud-francilien à Réau en Seine-et-Marne, aidé par trois complices cagoulés, armés de fusils d'assaut kalachnikov, alors qu'il se trouvait au parloir avec son frère Brahim[29]. Pour cela, ils aveuglent des caméras de surveillance avec des fumigènes et découpent à la disqueuse les portes qui menaient au parloir, avant de s'enfuir avec l'hélicoptère dont le pilote avait été pris en otage par les complices du braqueur[28]. Le pilote est relâché après l'évasion[28]. L'hélicoptère, puis les deux véhicules suivants utilisés par les fugitifs, seront retrouvés incendiés dans divers lieux du Val-d'Oise et de l'Oise.

De ces différentes détentions, du au , du au et du à sa dernière évasion, le , Rédoine Faïd aura passé 17 ans et deux mois privé de liberté.

Le 24 juillet, des gendarmes le repèrent dans un véhicule à Sarcelles (Val-d'Oise). Surpris en train d'effectuer du repérage à proximité d'entreprises sur la commune de Domont, il prend la fuite avec son frère aîné Rachid mais doit abandonner un véhicule contenant des explosifs factices[30], des produits de la vie courante et de l'anti-moustique[31],[32], sur le parking d'un centre commercial[33].

Après trois mois d'évasion, il est finalement arrêté le 3 octobre au matin, dans sa ville natale de Creil[34]. Durant sa cavale, Redoine se dissimulait derrière une burka pour ne pas être reconnu[35] [36].

Profil psychiatrique[modifier | modifier le code]

L'expertise psychiatrique réalisée pour le procès en mars-avril 2016 à Paris, pour le braquage avorté et de la fusillade de 2010 à Villiers-sur-Marne, le décrit comme « un prédateur social », « doué pour la manipulation » : « Il utilise les qualités de sa personnalité, charme, intelligence, courage, réactivité... pour contrôler les autres et obtenir ce qu'il souhaite. »[5]. L'expert psychiatre qui intervient durant le procès de 2017, pour l'évasion de 2013, le qualifie « d'histrion à la recherche de sensations fortes », il affirme que Rédoine Faïd n'est ni antisocial ni psychopathe et que « sur une échelle de 40, il se trouve dans la zone limite entre 20 et 27, au-delà de laquelle on est considéré comme psychopathe. »[22].

Son éditeur, Pierre Fournaud, qui l'a rencontré de nombreuses fois pour écrire sa biographie, dit que Faïd n'est pas motivé seulement par l'argent, mais surtout et avant tout par un besoin de reconnaissance, d'où son besoin de se faire médiatiser par des actions spectaculaires et de faire écrire un livre sur lui[5]. Le journaliste spécialiste du grand-banditisme, Jérôme Pierrat, qui a aussi participé à l'écriture de la biographie, parle de lui en ces termes :

« il essayait de modéliser ses coups sur ses héros de cinéma et puis c'était un garçon plutôt charmant, c'était l'antithèse du gangster sociopathe comme on peut l'imaginer. Ce n'était pas du tout le profil des gens qu'on va trouver à Marseille et qui s'entre-tuent à coups de kalachnikov pour du haschich, lui c'était plutôt un type affable, poli, bien mis comme on dit et portant un costume bien coupé. Il n'avait pas du tout le profil d'un caïd de banlieue comme on pourrait l'imaginer et ça n'était d'ailleurs pas un caïd de banlieue, il s'est bien gardé de frayer dans cette mouvance et dans ces territoires[37]. »

Sa compagne le décrit comme quelqu'un d'attentionné mais capable de s'énerver pour un rien[5]. Rédoine Faïd se définit lui-même comme pathologiquement dépendant de l'adrénaline, se décrivant ainsi comme « une sorte de malade »[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Nouvelle évasion spectaculaire du braqueur Redoine Faïd en hélicoptère », sur Le point, (consulté le 1er juillet 2018)
  2. "Rédoine Faïd, le braqueur qui vivait sa vie comme dans un film", France Info, 2 mars 2016.
  3. "Policière tuée en 2010 : l'ex braqueur Rédoine Faïd interpellé près de Lille", L'Obs, 28 juin 2011.
  4. "Rédoine Faïd : 13 avril-29 mai 2013, 6 semaines de cavale", France 3, 29 mai 2013.
  5. a b c d e f g h i j k et l Violaine Jaussent, « Redoine Faïd, le braqueur qui vivait sa vie comme dans un film », sur France TV info, (consulté le 1er juillet 2018)
  6. Stéphane Sellami, "Rédoine Faïd, le manipulateur", Le Parisien, 23 avril 2013.
  7. a b c d e f g h i j k l et m « Perruques, faux papiers, siestes au ciné... Comment Redoine Faïd organise ses cavales », sur francetvinfo.fr, (consulté le 5 juillet 2018)
  8. "Redoine Faïd, parcours d’un anti-héros au service du crime", 20 minutes, 6 mars 2017.
  9. Cécile Bouanchaud, "Mort d’Aurélie Fouquet : Redoine Faïd, le ‘repenti’ médiatique", Europe 1, 1er mars 2016.
  10. "Rédoine Faïd, le manipulateur", Le Parisien, 23 avril 2013.
  11. Céline Rastello, "Redoine Faïd, caïd aux deux visages ?", Nouvel obs, 16 avril 2013
  12. "Rédoine Faïd, évadé explosif", Libération, 14 avril 2013.
  13. Redoine Faïd, le braqueur aux trois cavales, Europe 1, 2 juillet 2018
  14. Redoine Faïd, le «braqueur écrivain», roi de l’évasion, AFP, Libération, 1er juillet 2018. Voir son intervention à la Cinémathèque sur Dailymotion.
  15. "Rédoine Faïd : après son évasion, le braqueur est traqué dans toute l'Europe", Pure break, 15 avril 2013.
  16. "Rédoine Faïd : "Mes démons sont complètement morts"", LCI, 1er juillet 2018.
  17. « Coup de filet contre des braqueurs de dépôts de fonds », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  18. « Gang de Lille : un policier et deux fonctionnaires mis en examen », leparisien.fr,‎ 2013-04-11cest16:33:00+02:00 (lire en ligne)
  19. "Rédoine Faïd réincarcéré pour huit ans", Le Point, 1er juillet 2011.
  20. « La PJ coffre Rédoine Faïd, le braqueur médiatique », Marianne,‎ (lire en ligne)
  21. "Nord : évasion spectaculaire à l'explosif", Europe 1, 13 avril 2013.
  22. a et b « Évasion de Redoine Faïd : braqueur, «sa vocation» », sur lefigaro.fr, (consulté le 7 juillet 2018)
  23. "Fin de cavale en Seine-et-Marne pour le braqueur Rédoine Faïd", Le Parisien, 29 mai 2013.
  24. "France : le frère de Redoine Faïd condamné à 20 ans de prison en Algérie pour le meurtre d’Aurélie Fouquet", Jeune Afrique avec AFP, 12 juillet 2016.
  25. Plana Radenovic, "Rédoine Faïd fait appel de sa condamnation pour évasion de la prison de Sequedin", La Voix du Nord, 6 avril 2017.
  26. "Redoine Faïd condamné à 18 ans de prison pour le braquage d'un fourgon blindé", France TV info, 19 octobre 2017.
  27. "Mort d'Aurélie Fouquet : Redoine Faïd condamné en appel à 25 ans de réclusion criminelle", France TV Info, 14 avril 2018.
  28. a b et c « RECIT. "Ça a duré dix minutes en tout" : comment Redoine Faïd s'est une nouvelle fois évadé de prison », sur frantvinfo.fr, (consulté le 2 juillet 2018)
  29. "Le braqueur Redoine Faïd s'évade par hélicoptère de la prison de Réau", Le Parisien, 1er juillet 2018.
  30. « Evasion de Redoine Faïd: Les explosifs trouvés dans sa voiture étaient factices », sur www.20minutes.fr (consulté le 25 août 2018)
  31. « Les explosifs trouvés dans la Laguna de Redoine Faïd étaient factices », sur leparisien.fr, .
  32. Ces produits de la vie courante et anti-moustique font supposer aux enquêteurs que Redoine Faïd privilégie dans sa cavale des camping. D'après Damien Delseny, dans l'émission radiophonique « Dr Rédouane et Mr Faïd », L'Heure du crime de Jacques Pradel sur RTL, 29 août 2018, 43 min. 30 sec.
  33. « En fuite depuis 24 jours, le braqueur Redoine Faïd aperçu mardi à Sarcelles », sur europe1.fr, (consulté le 25 juillet 2018)
  34. La braqueur Redoine Faïd arrêté à Creil après trois mois de cavale, www.nouvelobs.com, consulté le 3 octobre 2018.
  35. « Pendant sa cavale, le braqueur Redoine Faïd utilisait une burqa pour se cacher »,
  36. « La burqa qui a perdu Redoine Faïd »,
  37. « Evasion de Redoine Faïd : "Il n'a fait que la moitié du chemin car l'évasion est compliquée à réaliser mais derrière il faut tenir" », sur francetvinfo.fr, (consulté le 2 juillet 2018)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]