Rédaction technique

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Guide utilisateur imprimé, années 1980.

La rédaction technique est la conception de documents accessoires à l'utilisation ou la maintenance de machines, instruments, logiciels, pièces détachées, sur support imprimé ou informatique. Les rédacteurs techniques préparent des modes d'emploi, des notices d'utilisation, des aides en ligne (Mallender 2002), aussi bien pour du matériel informatique que des logiciels, de l'électroménager, des pièces d’aéronautique et d’astronautique, à l'intention d'utilisateurs de toute compétence technique, du débutant à l'expert.

Aperçu[modifier | modifier le code]

La rédaction technique est la forme de communication technique qui utilise l'écriture. La STC (Society for Technical Communication) définit la communication technique comme un domaine qui inclut toute forme de communication présentant une au moins des caractéristiques suivantes[1] :

  1. communiquer sur des sujets techniques ou spécialisés, tels que les applications logicielles, les procédures médicales ou les réglementations environnementales ;
  2. communiquer par des biais technologiques, tels que les pages Internet, les fichiers d’aide ou les médias sociaux
  3. fournir des instructions sur la manière d’accomplir une tâche (aussi appelée documentation procédurale ou howto), même si celle-ci n’est pas technique.

La communication technique intègre le travail des rédacteurs avec celui des illustrateurs, des documentalistes, des techniciens audiovisuels, et autres, qui participent aux mêmes objectifs.

La rédaction technique est l’œuvre d’un rédacteur technique, qui peut être professionnel ou occasionnel. Le rédacteur commence généralement par se renseigner sur la finalité du document qu’il va créer, et sur le produit qu'il doit documenter, en rassemblant des informations à partir de documents existants et auprès d’experts.

Style[modifier | modifier le code]

La rédaction technique exige un travail considérable sur le style. Celui-ci est entièrement soumis à l'objectif utilitaire du texte. Il s'agit de créer des documents qui pourront être lus et compris clairement et sans ambigüité. Tout effet qui attirerait l'attention sur le texte distrait le lecteur et l'éloigne de cet objectif[2]. Les figures de style de la rhétorique sont proscrites, puisqu'il ne s'agit ni de séduire, ni de convaincre ou de persuader, mais de guider une personne qui a déjà choisi d'utiliser l'objet auquel le texte se rapporte.

Cette simplicité et cette sobriété exigent un travail sur le style qui peut être ardu (Mallender 2002). Elles n'excluent pas l'exercice d'un jugement esthétique (Charrier 2012, p. 25) puisqu'un un contenu agréable à consulter et à comprendre sera plus utilisé qu'un contenu abscons ou illisible (taille des caractères, qualité d'impression, qualité de la langue...). Le texte technique est susceptible d'être entendu plutôt que lu, comme c'est le cas lors d'une consultation par téléphone, ou avec les voix synthétiques des ordinateurs pour les mal voyants. Les rédacteurs doivent vérifier que le texte reste parfaitement clair dans ces conditions.

Le texte technique doit souvent sacrifier l'élégance au profit de la facilité de compréhension : on répète le mot exact autant de fois que nécessaire, plutôt que d'avoir recours à des pronoms ou à des synonymes[3].

La grammaire, l’orthographe et la ponctuation ne doivent présenter aucune surprise. Les textes techniques utilisent souvent des artifices de présentation comme les listes à puces, les listes numérotées, les listes de définitions, les tableaux. Un petit nombre de pictogrammes et des mises en forme particulières peuvent souligner des parties du texte ayant un statut spécial, avertissement, renvoi à une autre partie, explication facultative, et notamment les avertissements de sécurité.

Une rédaction technique de qualité doit définir les termes du jargon, s'il est employé et s'il ne fait pas partie des connaissances préalables de l'utilisateur. Elle peut s'accompagner d'un glossaire. C'est souvent nécessaire quand le public visé est divers, et que des mots font partie du langage courant de certains utilisateurs, mais sont obscurs pour les autres.

La documentation prend souvent la forme d'un algorithme décomposant des opérations techniques complexes en une série d’étapes. Suivies patiemment, ces étapes permettent à l’utilisateur d’atteindre l'objectif et de connaître l'état d'avancement de son travail. Les modules dotés d'un titre mnémotechnique facilitent la reconstitution du cheminement sans consulter le document.

Techniques[modifier | modifier le code]

La rédaction technique implique d'avoir une notion claire du ou des publics visés. Une documentation à l’attention de spécialistes hautement qualifiés comportera moins d’explications des termes savants qu’une documentation destinée à un public indéfini. Le texte fourni aux utilisateurs doit répondre à leurs difficultés.

Une recommandation de bonne pratique préconise de se renseigner sur les attentes effectives d'utilisateurs réels[4]. Si la documentation se construit alors que le produit n'est pas diffusé, on peut utiliser des personnages fictifs (ou persona), comprenant des éléments de personnalité qui ne soient pas inspirés uniquement par le cahier des charges[5] mais plutôt basés sur l'analyse des besoins d'utilisateurs réels.

Selon la diffusion des produits et du public auquel ils s'adressent, la documentation technique est souvent adaptée d'un texte rédigé dans une langue de base — souvent en anglais. Ces adaptations vont au-delà de la traduction, notamment lorsque des réglementations ou des recommandation de bonne pratique différentes s'appliquent dans chaque région.

La rédaction technique recherche une présentation claire permettant une lecture et une compréhension plus aisées. Un rédacteur doit comprendre le moyen d’expression utilisé pour que l'utilisateur puisse avoir un accès efficace à l'information qui l'intéresse avec un effort minimal. Les contenus peuvent être imprimés, mis en ligne, ou communiqués à un centre d'appel dédié à l'assistance utilisateurs : ce mode de diffusion influence le produit final.

Une page web présente très souvent une mise en page différente d’un document imprimé. L’utilisation d’éléments tels que les liens hypertexte et les animations affecteront le fond et la forme de la rédaction. Le document doit respecter les bonnes pratiques de diffusion web et d'accessibilité sur le web.

La rédaction technique est une activité de communication. Les industriels se sont mis d'accord sur de nombreuses normes concernant la conception et la formulation des documents techniques[6]. Plusieurs domaines d'activité, comme l'automobile ou l'aéronautique, mettent en œuvre des normes[7] en vue de présenter partout le même classement des très nombreuses informations qui s'y échangent et une même présentation de ces informations.

Documents techniques[modifier | modifier le code]

La documentation technique comprend deux types de textes qui diffèrent par le style de rédaction, le niveau de connaissance transmis et le public visé :

  1. Les documents grand public. Ceci comprend les modes d’emploi pour les programmes informatiques, les produits ménagers, les équipements médicaux, les téléphones mobiles et les autres produits électroniques grand public.
  2. La documentation technique traditionnelle qui communique vers un public spécialisé. Une telle documentation comprend les guides de maintenance, les manuels de réparation, de transport, de mise en œuvre, d'opération, de maintenance, de configuration, les spécifications techniques, les documents de recherche, les ouvrages de référence, nomenclatures, guide de pièces détachées, etc.

Outils et logiciels[modifier | modifier le code]

Les types d’outils suivants sont utilisés pour concevoir et mettre en page des documents techniques :

  1. Les outils de gestion de la documentation (Gestion Électronique des Documents) et de gestion des versions des documents.
  2. Les outils de publication assistée par ordinateur (PAO) ou de traitement de texte produisent des manuels imprimés ou des documents numériques dans un format imprimé. En plus des systèmes courants de traitement de texte, les rédacteurs techniques utilisent des outils dits « single-source », comportant les éléments communs à toutes les déclinaisons et leurs variations, dont les fonctions éditoriales permettent l'édition automatique de plusieurs versions, notamment longue ou abrégée, ou bien statique (imprimée) ou dynamique (en ligne). Des outils facilitent la traduction en liant les paragraphes homologues.
  3. Les outils graphiques pour la création des schémas, illustrations et instructions graphiques et les outils de création et d'édition vidéo, de sous-titrage et de text-to-speech.

Selon la nature du document et le nombre de personnes qui y participent, on utilise aussi

Origines[modifier | modifier le code]

La rédaction technique fut considérée comme une discipline à part entière pour la première fois durant la Première Guerre mondiale. L'armée et les industries manufacturières avaient alors besoin de documentation technologique, pour permettre la production de matériel militaire compatible sur deux continents.

Le grand public commence à utiliser largement la documentation technique lors des avancées technologiques des années 50 et 60 autour des nouvelles technologies déployées sur l'électroménager et les loisirs, en particulier la télévision.

En 1953, deux organisations soucieuses d’améliorer la pratique de la rédaction technique furent fondées aux États-Unis : la Society of Technical Writers, et l’Association of Technical Writers and Editors (TWE). Ces organisations fusionnèrent en 1957 pour former la Society of Technical Writers and Editors, ancêtre de l’actuelle STC (Society for Technical Communication).

Les techniques de création de contenu sont passés également par deux étapes importantes :

  • Le typage d'information, développé en 1965, ou séparation des contenus selon leur objectif : procédures et descriptions par exemple. Technique développée dans la méthodologie STOP (Sequential Thematic Organization of Proposals) de l'entreprise Hughes Aircraft et de l'architecture d'information de Robert Horn.
  • Le minimalisme, en 1990, adaptation des contenus aux besoins effectifs des utilisateurs, popularisé par le livre de John Carolll The Nurnberg Funnel: Designing Minimalist Instruction for Practical Computer Skill. Le minimalisme continue d'évoluer et est à la base de recherches et d'articles sur la conception d'instructions.

Associations[modifier | modifier le code]

Voici quelques associations professionnelles de rédaction technique :

Voir également[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Charrier, « La rédaction technique : expertise, métier et formation », dans La rédaction technique - Actes du séminaire de Bruxelles des 24 et 25 novembre 1997, De Boeck Supérieur, (lire en ligne)
  • Ganier Frank Comprendre la documentation technique PUF, 2013
  • Ariane Mallender, ABC de la rédaction technique : Modes d'emploi, notices d'utilisation, aides en ligne, Paris, Dunod,
  • Madeleine Akrich, « Comment décrire les objets techniques », Techniques et cultures,‎ , p. 49-63
  • Madeleine Akrich, « Les formes de la rédaction technique », Réseaux, no 60,‎ , p. 87-98

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Defining technical communication », sur stc/org (consulté le ).
  2. (en) United States Office of Research Integrity, « Writing skills - technical writing » (consulté le ).
  3. (en-US) pallep, « Welcome - Microsoft Style Guide », sur docs.microsoft.com (consulté le )
  4. « ISO/IEC 26514:2008 - Ingénierie du logiciel et des systèmes -- Exigences pour les concepteurs et les développeurs de la documentation de l'utilisateur » (consulté le ), article 7.1.3.
  5. (en) Alan Cooper, The inmates are running the asylum : Why high-tech products drive us crazy and how to restore the sanity, Sams, .
  6. Notamment « IEC 82079-1:2012 - Établissement des instructions d'utilisation -- Structure, contenu et présentation -- Partie 1: Principes généraux et exigences détaillées », sur iso.org (consulté le ).
  7. Jean-Pierre Sintes, Nolwenn Kerzreho et Jean-Jacques Thomasson, « 2. Le défi des normes », Documentaliste-Sciences de l'Information, vol. 51, no 1,‎ , p. 46 (ISSN 0012-4508 et 1777-5868, DOI 10.3917/docsi.511.0046, lire en ligne, consulté le )