Quinze Marins

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Quinze marin trouve son origine dans l'œuvre de Stevenson : L'île au trésor publié en 1883.

Quinze Marins (Dead Man's Chest) est une chanson de marin dont la création a été initié par Robert Louis Stevenson dans son roman de L'île au trésor (1883). Il a été, par la suite, développé dans un poème intitulé Derelict de Young E. Allison, publié dans le Courrier-Journal de Louisville en 1891. Il a depuis été utilisé dans de nombreuses œuvres postérieures sous diverses formes, dont une interprétation par Michel Tonnerre[1].

Origine du chant[modifier | modifier le code]

Les origines de R.L. Stevenson[modifier | modifier le code]

Dead Chest Island (Peter Island) vue depuis Deadman's Bay,

Robert Louis Stevenson a trouvé le nom Dead Man's Chest parmi une liste de noms d'îles vierges dans un livre de Charles Kingsley, probablement en référence à l'île Dead Chest située au large de Peter Island, dans les îles Vierges britanniques[2],[3],[4]. Ce nom est à l'origine du chant crée par Stevenson, comme il l'a dit : "Treasure Island came out of Kingsley's At Last : A Christmas in the West Indies (1871); where I got the 'Dead Man's Chest'—that was the seed"[5],[6],[7].

Cette chanson de marin est fictive, dans ce sens, elle est apparue pour la première fois dans une œuvre de fiction et non une chanson de mer authentique[8]. Cependant, cela ne signifie pas que la chanson n’a pas été chantée plus tard par de vrais marins[8].

Dans L'île au trésor, édité en 1883, Stevenson n'a écrit que le refrain, laissant le reste de la chanson non écrit, et à l'imagination du lecteur :


Fifteen men on the dead man's chest
Yo-ho-ho, and a bottle of rum !
Drink and the devil had done for the rest
Yo-ho-ho, and a bottle of rum !


Avec une variante de fin :


But one man of her crew alive,
What put to sea with seventy-five.

Stevenson ne précise pas si ces deux vers font partie de Dead Man's Chest ou d'une autre chanson totalement fictive. Quoi qu'il en soit, les mots des paroles aident à faire avancer le scénario.

Reprise en 1891 par Y.E. Alisson[modifier | modifier le code]

Le texte a par la suite été repris et complété dans un poème intitulé Derelict de Young E. Allison, un poète américain, publié dans le Courrier-Journal de Louisville en 1891[9],[10].

Le texte parle d'un navire retrouvé à la dérive. L’équipage s’est entre-tué mutuellement et a laissé un navire vide, chargé de pillage. Les découvreurs de ce naufrage de flotsam et de jetsam ont jeté les morts à la mer avec un Yo-Heave-Ho! et un fare-thee-well, et ont ensuite pris le butin pour eux-mêmes. En fait[10], Yo hoeve est un chant de marin qui était couramment employé pour synchroniser le travail de rameur ou les activités de transport de l'équipage du gang avec tout le monde travaillant ensemble sur le mot soulèvement. Stevenson aimait tellement la phrase rythmique qu'il en faisait maintenant le mot ho ho familier[10].

Multiples reprises[modifier | modifier le code]

D'autres variantes du poème ont été imprimées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, qui prétendaient être du folklore, mais n'étaient en réalité que de nouvelles extensions de l'original de Stevenson[8]. L'un d'eux est apparu dans le Chicago Times-Herald nommé Stevenson's Sailor Song par un auteur anonyme, qui a prétendu l'entendre chanter sur les "quais de Chicago" par un groupe de "marins d'autrefois"[8]. L’histoire était conçue comme un canular, mais certains l’ont prise au sérieux[8].

Par un souci de rime et de pieds, des variantes sur le nombre de marins dans la chansons comme en allemand "17 Mann auf des toten Manns Kiste", ou parfois "13 Mann" dans les récits de Jim Knopf de Michael Ende[8],[11]. De même, la traduction hongroise de L'île au trésor, mentionne "sept hommes sur la poitrine d'un homme mort".

Utilisations[modifier | modifier le code]

1900-1950[modifier | modifier le code]

La chanson est largement utilisée dans les arts depuis plus d'un siècle. En 1901, la musique fut ajoutée aux paroles de "Derelict" de Henry Waller pour une interprétation à Broadway de L'île au trésor. Dans Le Secret de la Licorne, bande dessinée d'Hergé publiée en 1942-1943, le capitaine Haddock entonne le refrain de la chanson.

1950-1980[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'auteurs ont écrit des prequels et des suites à L'île au trésor comme dans The Adventures of Ben Gunn (1956) de R.F. Delderfield, dans lequel Ben raconte à Jim Hawkins que la chanson est une référence à "une île des Leewards" qui "n'était guère plus qu'un long rocher haut, en forme de cercueil". "qui a été surnommé "le coffre du mort ". Dans la version de R.F. Delderfield, la chanson parle d'une quinzaine de pirates qui ont font naufrage et qui avaient récupéré de nombreux tonneaux de rhum, mais presque pas de nourriture, et qui étaient «tous ivres» lors de leur sauvetage.

Dans le film de 1954, Return to Treasure Island, mettant en vedette Robert Newton, la chanson était chantée dans le générique d’ouverture et instrumentalement comme arrière-plan thématique de l’action. Dans la série télévisée The Adventures of Long John Silver de 1959 (également avec Robert Newton), la version instrumentale est utilisée au début et à la fin de chaque épisode. En 1967, les scénaristes de Walt Disney Productions trouvèrent l'inspiration dans Derelict pour la chanson en mer Yo Ho (A Pirate's Life for Me) interprétée pour l'attraction Pirates des Caraïbes à Disneyland. Astrid Lindgren a développé le couplet de Robert Louis Stevenson différemment dans le scénario de la série télévisée Fifi Brindacier de 1969. En 1970, Michel Tonnerre fait une reprise de la chanson en français[12]. Son groupe Djiboudjep la chante parmi divers chants de marins ce qui fera passer cette création pour un chant traditionnel et donnera un nouveau souffle au genre[13].

Après 1980[modifier | modifier le code]

Alan Moore a fait une pièce de théâtre sur la chanson dans le roman graphique de 1986 Watchmen ; le chapitre s'appelle One man on fifteen dead men's chests. En 1993, le groupe vocal The Jolly Rogers, enregistra l'arrangement des paroles de Young E. Allison de Mark Stahl, réédité en 1997 sur l'album Pirate Gold. Une interprétation a été enregistrée par le groupe steampunk Abney Park comme The Derelict. Dans le deuxième film Pirates des Caraïbes : Pirates des Caraïbes: Le coffre du mort, sortie en 2006, Joshamee Gibbs a chanté la version originale.

Paroles complètes de la chanson[modifier | modifier le code]

Illustration originale de L'ile au trésor.

La version française de Quinze Marins compte 4 strophes entre lesquelles s'intercale un refrain[14],[15] :


Refrain

Quinze Marins sur le bahut du mort
Hop là ho ! une bouteille de rhum
A boire et l'diable avait réglé leur sort
Hop là ho ! une bouteille de rhum

1

Long John Silver a pris le commandement
Des marins, et vogue la galère
Il tient ses hommes comme il tient le vent
Tout l'monde a peur de Long John Silver.

2

C'est Bill, le second du corsaire,
Le capitaine Flint en colère
Qu'est revenu du royaume des morts
Pour hanter la cache au trésor.

3

"Essaie un peu de me contrecarrer
Et tu iras où tant d'autres sont allés
Quelqu's uns aux vergues et quelqu's uns par d'sus bord
Tout l'monde pour nourrir les poissons d'abord".

4

Nous finirons par danser la gigue
La corde au cou, au quai des pendus
Toi, John Forest, et toi, John Merigue
Si près du gibet qu'j'en ai l'cou tordu.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « http://www.chansonsdemarins.com/index.php?param1=MA00161.php »
  2. Frank Wilson Cheney Hersey, Stevenson's Treasure Island, Boston, Ginn, , 214–215 p. (lire en ligne)

    « …the Dead Man's Chest is the name of one of the Virgin Islands in the West Indies. »

    Remarque: Hersey dit à tort que Stevenson a tiré la chanson de Fancy de Billy Bones, plutôt que Fancy est dérivé du chœur original de Stevenson à Treasure Island.
  3. The relevant quote from At Last
  4. There is also a Dead Man's Chest Island in Puerto Rico, not one of the Virgin Islands but close to them, and with the same name.
  5. Charles Kingsley, At Last : A Christmas in the West Indies, CreateSpace, (ISBN 978-1-4812-7832-4, lire en ligne)
  6. David Cordingly, Under the Black Flag : The Romance and the Reality of Life Among the Pirates, , 296 p. (ISBN 978-0-679-42560-1 et 0-679-42560-8)
  7. Robert Louis Stevenson, Selected Letters of Robert Louis Stevenson (lire en ligne), « To Sidney Colvin. Late May 1884 », p. 263
  8. a b c d e et f (en) Vincent Starrett, Buried Caesars : Essays in Literary Appreciation, , p. 189–204
  9. (en) « https://www.everything2.com/index.pl?node_id=642753 »
  10. a b et c (en) « https://www.everything2.com/index.pl?node_id=642753 »
  11. [vidéo] Stalin-17 Mann auf des Totenmannskiste Disponible sur YouTube
  12. Collectif, Guide des chants marins, Le Chasse Marée, , p. 125
  13. Gilles Le Morvan, « A travers chants : Quinze Marins », sur France 3 Bretagne, (consulté le )
  14. « www.cnlr.asso.fr - Quinze_marins »
  15. Collectif, Guide des chants marins, Le Chasse Marée, , p. 109

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vincent Starrett, Buried Caesars : Essays in Literary Appreciation, , 189–204 p. (lire en ligne)
  • Collectif, Guide des chants marins : Répertoire pour chanter à bord ou au port, Le Chasse Marée, , 127 p. (ISBN 2-903708-73-8)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]