Quintus Lutatius Catulus (consul en -102)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Quintus Lutatius Catulus.

Quintus Lutatius Catulus (v.150 av. J.-C. - 87 av. J.-C.) est un homme politique romain. En 102 av. J.-C., il devient consul avec Caius Marius ; l'année suivante, ils battent et anéantissent ensemble les Cimbres, une peuplade teutone, à Verceil. Il prend le parti de Sylla dans sa lutte contre Marius, mais est poussé au suicide par les partisans de ce dernier. Catulus est connu aussi comme orateur et comme écrivain, mais il ne reste pratiquement rien de ses écrits.

Biographie[modifier | modifier le code]

Catulus appartient à la gens Lutatia, famille plébéienne qui s'illustre à partir de la Première Guerre punique. Il est le fils d'un autre Q. Lutatius Catulus et de Poppilia. Poppilia s'étant remariée avec Lucius Julius Caesar II, il est le frère utérin de Caius Julius Caesar Strabo Vopiscus et de Lucius Julius Caesar III[1].

Il est consul en 102 av. J.-C. avec Caius Marius ; Tandis que Marius affronte les Teutons, Catulus est chargé de barrer la route du Brenner aux Cimbres, mais ne disposant que de deux légions, il doit battre en retraite dans la plaine du Pô. L'année suivante, prolongé dans son commandement comme proconsul et aidé par le légat Sylla, il est rejoint par l'armée de Marius. Ensemble, ils affrontent les Cimbres à bataille de Verceil en Italie du Nord (30 juillet 101 av. J.-C.). Marius qui dirige en tant que consul place Catulus et Sylla au centre du dispositif romain, qui supporte l'effort décisif de la bataille. Mais Marius s'arroge la victoire aux yeux de la postérité, provoquant une polémique et une inimitié définitive entre les deux chefs[2]. Néanmoins, Catulus se voit décerner avec Marius le triomphe[3].

Pierre Boyancé attribue à Catulus la fondation du temple B du Largo di Torre Argentina sur le Champ de Mars, dédié selon Plutarque[2] en remerciement à la déesse Fortuna pour sa victoire à Verceil[4].

A partir de 101 av. J.-C., Catulus se situe du côté des aristocrates conservateurs, les optimates, en lutte contre les populares : il fait partie des adversaires de Saturninus[5], puis en 91 av. J.-C., il soutient le tribun Drusus[6].

En 88 av. J.-C., Catulus soutient toutefois Sylla dans la guerre civile contre Marius. Quand, en 87 av. J.-C., les partisans de Marius prennent le contrôle de Rome, Catulus est accusé de haute trahison par le tribun de la plèbe M. Marius Gratidianus, le neveu de Marius. Plutôt que de comparaitre dans une humiliante parodie de justice, et ne parvenant pas à obtenir la pitié de son ancien collègue Marius, Catulus se suicide par asphyxie en s'enfermant dans une pièce de sa demeure avec un réchaud de charbon de bois[7].

L'orateur et l'écrivain[modifier | modifier le code]

Catulus était admiré de Cicéron pour l'ampleur de sa culture hellénique ; il parlait et écrivait parfaitement le grec[8]. Son éloquence était pleine de douceur et de charme[9]. Cicéron en fait l'un des interlocuteurs des livres II et III du De oratore et l'évoque dans les Tusculanes[10].

Il est, avec Valerius Aedituus, le fondateur de ce que l'on appellera « la poésie sentimentale ». Il a composé aussi des Mémoires sur son consulat (Liber de consulatu et de rebus gestis[11]).

Il est encore apprécié au IIe siècle, et présenté comme un poète érotique par Pline le Jeune et Apulée[12],[13].

Il ne subsiste de ses écrits que quelques citations.

Le cercle littéraire de Lutatius Catulus[modifier | modifier le code]

L'idée qu'il existait un véritable cercle littéraire autour de Lutatius Catulus a été avancée à la fin du XIXe siècle par le philologue allemand Richard Büttner[14] et reprise par de nombreux historiens de la littérature latine après lui. Elle a été mise en doute notamment en 1948 par Henry Bardon[15]. Aujourd'hui, les opinions sont nuancées, mais l'existence d'un groupe dont Lutatius Catulus aurait été le protecteur est admise par certains[16].

Ce cercle aurait compris les poètes Valerius Aedituus et Porcius Licinus, cités à côté de Catulus par Aulu-Gelle et Apulée[17]. Dans l'entourage de Catulus, il y avait aussi le poète Archias[18] et le poète A. Furius[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ses deux frères furent comme lui victimes des marianistes en 87 av. J.-C. ; on peut noter aussi que Strabo Vopiscus est comme lui l'un des interlocuteurs du De Oratore de Cicéron. C'est peut-être en rapport avec cette parenté que s'explique le fait qu'on trouve sur le web la mention qu'il était un Julius Caesar, adopté par Q. Lutatius Catulus le père, à la suite, semble-t-il, d'une erreur, voulue ou non, de Colleen McCullough, dans ses Masters of Rome. Cette mention n'est appuyée par aucune source ni chez les auteurs anciens, ni chez les historiens modernes de Rome.
  2. a et b Plutarque, Vie de Marius, XXV et XXVI
  3. François Hinard, Sylla, Fayard, 1985, (ISBN 2-213-01672-0), pp. 43-46
  4. Pierre Boyancé, « Aedes Catuli », Mélanges d'archéologie et d'histoire, T. 57, 1940. pp. 64-71 [1].
  5. Cicéron, Pro Rabirio, 7, 2& et 9, 26
  6. De oratore, II, 54
  7. François Hinard, Sylla, Fayard, 1985, (ISBN 2-213-01672-0), p. 151
  8. Cicéron, De Orat., II, 7, 28.
  9. Cicéron, De oratore, II, 18, 74. ; III, 8, 29.
  10. Cicéron, Tusculanes, Livre V, XIX, (56)
  11. Martine Chassignet, L'Annalistique romaine. L'annalistique récente. L'autobiographie politique (Collection des universités de France), Paris, Les Belles Lettres, 2004.
  12. Pline le Jeune, Lettres, 5, 3, 5 ; Apulée, Apologie, 9
  13. Pierre Boyancé, « Caton... ou Catulus? », article cité en bibliographie
  14. (de) Richard Büttner, Porcius Licinus und der literarische Kreis des Q. Lutatius Catulus, Leipzig, 1893.
  15. « Réflexions sur les "poètes nouveaux" », Revue belge de philologie et d'histoire, 1948, pp. 947-960 ; « Q. Lutatius Catulus et son "cercle littéraire" », Les Études classiques, 1950, pp. 145-164.
  16. Par exemple, Gian Biagio Conte, Latin Literature: A History, trad. Joseph Solodow, 2e éd., Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1999, p. 139 (En ligne). Voir aussi Luigi Alfonsi, « Sul "Circolo" di Lutazio Catulo », Hommages à Léon Herrmann, Bruxelles, coll. Latomus n° 44, 1960, pp. 61-67.
  17. Aulu-Gelle, Nuits attiques, XIX, 9, 10. Apulée, Apologie, 9.
  18. Selon Cicéron, Pro Archia, III, 5-6, Archias vivait dans la maison de Catulus.
  19. A. Furius était le familier (familiaris) de Catulus selon Cicéron, Brutus, 35, 132.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Pierre Boyancé, « Caton... ou Catulus? », Revue des Études Grecques, tome 68, fascicule 319-323, Janvier-décembre 1955, pp. 324-325 lire en ligne.
  • Adam Ziolkowski, « Les temples A et C du Largo Argentina : quelques considérations », Mélanges de l'Ecole française de Rome, Antiquité T. 98, N°2. 1986. pp. 623-641 lire en ligne