Question royale

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Manifestation favorable au retour du Roi - Courtrai

La question royale désigne, en Belgique, les événements politiques qui eurent lieu entre le et le à propos du retour au pays du roi Léopold III après la Seconde Guerre mondiale. Cette question fut à l'origine d'un soulèvement insurrectionnel principalement dans le sillon Sambre-et-Meuse de la Wallonie, qui fut le théâtre d'événements sanglants, d'une campagne d'attentats entre le 20 et le , puis d'une grève générale violente. La crise aboutit à l'abdication de Léopold III au profit de son fils Baudouin, le .

Origines de la question royale[modifier | modifier le code]

La Question royale trouve ses origines dans les divergences de vues entre le monarque et ses ministres, les incidents de la bataille de la Lys et la réaction du ministre des affaires étrangères français, Paul Reynaud qui, dans un discours, fit du roi le bouc émissaire de la défaite, engendrant ainsi, en France, une situation extrêmement hostile, voire dangereuse, envers les Belges et leurs représentants. Le premier ministre belge, Hubert Pierlot, fustige également le comportement du Roi et interpelle les Belges sur la radio française:

« Passant outre à l'avis formel du gouvernement, le Roi vient d'ouvrir des négociations et de traiter avec l'ennemi. La Belgique sera frappée de stupeur, mais la faute d'un homme ne peut être imputée à la Nation entière. Notre armée n'a pas mérité le sort qui lui est fait. L'acte que nous déplorons est sans valeur légale et n'engage pas le pays. Aux termes de la Constitution que le Roi a juré d'observer, tous les pouvoirs émanent de la Nation ; ils sont exercés de la manière prévue par la Constitution. Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet s'il n'est contresigné par un ministre. Ce principe est absolu. Il est une règle fondamentale de nos institutions. Le Roi, rompant le lien qui l'unissait à son peuple, s'est placé sous le pouvoir de l'envahisseur. Dès lors, il n'est plus en situation de gouverner, car de toute évidence la fonction de chef d’État ne peut être exercée sous contrôle étranger. Hubert Pierlot sur les ondes de la radio française, le [1]. »

On peut lire ce discours en ligne dans la revue Toudi où deux passages en lettres grasses sont le fait du secrétariat royal [2] : l'accusation selon laquelle le roi a ouvert des négociations avec l'ennemi, la déclaration selon laquelle officiers et fonctionnaires sont déliés de leur devoir d'obéissance à son égard auquel les obligeait leur serment de fidélité au chef de l'Etat.

La capitulation de mai 1940[modifier | modifier le code]

Le roi, comme le lui permet sa fonction de chef des armées, capitule le . Il confie néanmoins des étendards de régiments belges à l'abbaye de Saint-André-lez-Bruges et à son père-abbé Dom Nève qui les y cachera jusqu'à la fin de la guerre. Le 31, et avec l’accord du gouvernement, réfugié à Poitiers, mais toujours sous une pression française extrêmement hostile, les deux tiers des parlementaires, provisoirement déménagés à Limoges, votent une motion condamnant cette capitulation. Le contreseing ministériel n'avait pas été obtenu, ce qui engendra la contestation.

Le mariage du Roi[modifier | modifier le code]

Une fois la reddition signée, le Roi fut placé en résidence surveillée au château de Laeken. C'est dans la chapelle de ce château qu'il épouse, le 11 septembre 1941, la jeune Lilian Baels, à laquelle il avait avoué son amour au mois de juillet de la même année. L'union fut célébrée religieusement, et l'on décida que le mariage civil officiel n'aurait eut lieu qu'après la libération du pays, ce en raison de la situation délicate due à l'occupation[3]. Mais, lorsque peu de temps après, Lilian Baels attendit un enfant, son père insista vivement pour que le mariage civil soit célébré au plus vite afin de se conformer à la constitution et que l'enfant soit reconnu comme légitime. La cérémonie eut lieu le 6 décembre de la même année et fut annoncée publiquement le jour suivant[4]. Cette décision personnelle, incitée par l'envie du roi de ne pas rester veuf et de garantir à ses enfants une présence féminine et maternelle provoquera des réactions contrastées parmi la population[5].

Il sera par la suite fait remarquer que le Roi, en agissant de la sorte, enfreint tout de même la constitution belge, selon laquelle le mariage civil doit toujours précéder le mariage religieux, comme indiqué à l'article 16 de la constitution en vigueur à l'époque. Cependant, l'article se termine par « sauf les exceptions à établir par la loi s'il le faut »[6]. Or, l'article 267 du Code pénal de l'époque prévoyait que « aucune peine ne peut intervenir lorsque la bénédiction nuptiale a été donnée à des conjoints dont l'un était en danger de mort »: étant prisonnier de guerre, il se peut que Léopold III se considérait en danger et n'y vit donc pas une effraction à la loi[7].

Deuxième remarque que fut faite à l'égard de ce mariage fut la décision du Roi que les enfants à naître de son union avec Mlle Baels n'auraient pas accès au trône[8]: cette décision fut prise, au dire des défenseurs du Roi, afin de ne pas placer le pays devant le fait acquis, et de ne pas évincer de leurs droits les enfants de la reine Astrid de Suède, son ancienne femme décédée en 1935 et à laquelle l'opinion publique restait très attachée[9].

Enfin, reproche récurrente adressée au Roi et concernant ce mariage, fut celle de s'être marié pendant la guerre, alors que les soldats belges prisonniers, auxquels il avait juré de partager leur sort, vivaient les privations plus atroces et étaient séparés de leur famille. Alors que les défenseurs du Roi se demandent en quoi ce mariage aggrave leur situation, les anti-léopoldistes soulèvent, en réponse, le point de vue moral, et la frustration de savoir que le Roi jouissait d'un plaisir qui leur était nié[10].

Ces remarques adressées à l'égard de ce mariage montrent que l'opinion publique fut particulièrement sensible à cet acte fort chargé symboliquement, mais qui ne provoquait pas de conséquences sur leur situation personnelle. Le fait de voir leur souverain jouir d'un droit qui était nié aux soldats prisonniers (auxquels le Roi avait promis de partager le même sort) a été perçu comme une promesse non tenue, et donc eut des répercussions sur sa popularité et la confiance du peuple en son souverain.[11]

La libération par les Américains de Léopold III captif en Allemagne[modifier | modifier le code]

Le , le débarquement de Normandie venant d'avoir lieu, la famille royale est emmenée en captivité en Allemagne. L'armée américaine la libère le , soit un peu moins d'un an après son arrivée en Allemagne. Depuis la Libération, intervenue en , le Parlement avait décidé de confier au prince Charles la régence du royaume.

L’impossibilité du retour du roi en Belgique[modifier | modifier le code]

Le roi Léopold III souhaite rentrer en Belgique. Les ministres catholiques y sont favorables, tandis que leurs collègues des partis non confessionnels y sont opposés. Cette situation provoque l'éclatement de la coalition du Gouvernement du premier ministre Achille Van Acker. Cet événement suspend provisoirement la crise, le syndicat socialiste FGTB annonçant la grève générale.

La loi sur la fin de l'impossibilité de régner[modifier | modifier le code]

Le , le Parlement adopte une loi n'autorisant pas le retour du roi sans que le Sénat et la Chambre ne se prononcent sur la fin de l'impossibilité de régner de Léopold III, une impossibilité de régner déclarée en qui, en fait et en droit, n'avait pas pris fin.

Au vu de l'attitude neutraliste du roi durant l'occupation, différents points de vue s'opposent. Les sociaux-chrétiens sont favorables au retour du roi aux affaires, les libéraux souhaitent un effacement du roi, tandis que socialistes et communistes exigent son abdication.

L'organisation en 1950 d'une consultation populaire[modifier | modifier le code]

De 1947 à 1949, une coalition composée de socialistes et de chrétiens (PSB et PSC) dirigée par Paul-Henri Spaak dirige le pays. Elle n'a pas de position commune face à la question royale. Après les élections de 1949, auxquelles les femmes participent pour la première fois, une coalition entre sociaux-chrétiens (PSC) et libéraux se met en place. Ce gouvernement organise le une Consultation populaire, soit un référendum consultatif sur le retour du roi sur le trône (le référendum n'est pas permis par la Constitution belge).

Les résultats de la Consultation divisent Wallons et Flamands[modifier | modifier le code]

Le résultat est que 2 933 382 Belges (57,68 %) se déclarent pour le retour du roi contre 2 151 881 (42,32 %) qui sont contre, mais une fracture apparaît : si 72,2 % des Flamands se montrent favorables au souverain, 58 % des Wallons y sont opposés, comme aussi une majorité des Bruxellois.

En Flandre[modifier | modifier le code]

Le Limbourg donne 83 % de oui, suivi de la Flandre-Occidentale avec 75 %, de la Flandre-Orientale avec 72 % et d'Anvers avec 68 % d'opinions favorables. Tous les 16 arrondissements flamands ont exprimé une majorité pour le « oui » .

À Bruxelles[modifier | modifier le code]

On enregistre une légère majorité favorable dans l'ancienne province de Brabant (50,15 %, mais à Bruxelles 48 % de « oui » contre 52 % de « non »).

En Wallonie[modifier | modifier le code]

En Wallonie, les provinces de Luxembourg et de Namur disent « oui » avec respectivement 65 % et 58 %.

Le Hainaut s'oppose au retour du roi avec 64 % de « non » et Liège avec 58 % d'opposants.

Mais au sens actuel, ce sont trois provinces wallonnes sur cinq qui se prononcèrent contre le roi, l'arrondissement de Nivelles, coïncidant avec l'actuelle Province du Brabant wallon, avec 65 % de « non ».

Cependant, dans la province de Liège, l'arrondissement de Verviers vota « oui » (60 % de « oui ») et dans la province de Namur, l'arrondissement de Namur vota « non » de justesse (51 % de « non »).

Au total 9 arrondissements wallons sur 13 se prononcèrent pour le « non ». Ou encore (au sens actuel), 10 arrondissements francophones (les 9 wallons et Bruxelles), ou à majorité francophone sur 14.

La victoire du PSC aux élections législatives nationales de juin 1950[modifier | modifier le code]

Les élections de amènent les sociaux-chrétiens du PSC seuls au pouvoir et mettent fin à l'impossibilité de régner du roi (grâce à leur majorité au Parlement).

Le retour de Léopold III et l'insurrection wallonne[modifier | modifier le code]

Dès juin et juillet d'importantes manifestations, des grèves, des dépôts de fleurs aux monuments aux morts expriment en Wallonie l'opposition au retour du roi. Ces grèves sont lancées par la FGTB, le PSB, le PCB, dans une certaine mesures les libéraux, quelques chrétiens de gauche, le Mouvement wallon, les anciens cadres de la Résistance.

Une vague d'attentats, le réveil de la Résistance[modifier | modifier le code]

Léopold III revient à Bruxelles le . La veille, à Boussu (Mons), un premier attentat à l'explosif avait déjà eu lieu. Une centaine de ceux-ci visèrent les voies de chemin de fer et les centrales électriques. La réaction au retour du roi fut effectivement très violente dans les bassins industriels wallons, surtout en région liégeoise.

La grève générale, le drame de Grâce-Berleur[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative de la fusillade sur la façade du bistrot à l'enseigne de "La Boulle Rouge".

La grève y est générale dès le 26 juillet. Les manifestations se succèdent. La tension est à son comble, lorsque, le , trois hommes furent abattus par la gendarmerie lors d'un meeting à Grâce-Berleur, en banlieue liégeoise. Un quatrième mourut de ses blessures. Le monument érigé en 1952 à Grâce-Berleur est de l'architecte Joseph Moutschen alors directeur des Beaux-Arts[12]

Article détaillé : Fusillade de Grâce-Berleur.

Projet de marche sur Bruxelles et d'un gouvernement wallon séparatiste[modifier | modifier le code]

Les socialistes, les communistes, les opposants au roi dans le mouvement wallon avaient décidé de marcher sur Bruxelles. Cette marche se mettait en branle. On craignit le pire. À Liège on note la tentative de formation d'un gouvernement wallon séparatiste.

Léopold III se retire[modifier | modifier le code]

Léopold III, face aux violences suscitées par ses opposants et cédant aux conseils de la plupart des ministres du Gouvernement Jean Duvieusart, décide de transmettre ses pouvoirs à son fils Baudouin le , le lendemain de la fusillade de Grâce-Berleur. Celui-ci prête serment comme Lieutenant général du Royaume, le . Léopold III se dit prêt à abdiquer dans une année si un consensus voit le jour autour de son fils. Léopold III abdique ainsi, le , Baudouin devient le cinquième roi des Belges, le , à presque 21 ans, et en une période où fait rage la deuxième guerre scolaire.

Les conséquences de la question royale[modifier | modifier le code]

La société belge restera longtemps marquée par ces événements. Avec la question scolaire et sans doute plus qu'elle encore, elle fut le plus grand révélateur de la division des Belges. Il y eut aussi d'autres conséquences : les néerlandophones eurent conscience de constituer la majorité de la population et virent un déni de démocratie dans le refus d'accepter le résultat de la consultation populaire par les Wallons. En Flandre, les mouvements flamands se radicalisèrent. En Wallonie, c'est le monde ouvrier qui se radicalisa, estimant que les Wallons étant une minorité, ils avaient besoin d'une protection, et donc d'une autonomie plus large.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait du texte de ce discours publié le Secrétariat du roi dans son Livre Blanc, 1936-1946 pp. 119-120, ouvrage imprimé par l'imprimerie Saint-Paul au Luxembourg en 1946
  2. Discours de Pierlot du 28 mai 1940
  3. CLEEREMANS, J., Léopold III. Sa famille, son peuple sous l'occupation, Bruxelles, 1987, pp. 85-86.
  4. KEYES, R., Échec au Roi. Léopold III 1940-1951, Bruxelles, 1986, pp. 93-94.
  5. CLEEREMANS, J., Léopold III. Sa famille, son peuple sous l'occupation, Bruxelles, 1987, p. 86 sv.
  6. Constitution Belge du 7 février 1831, http://mjp.univ-perp.fr/constit/be1831.htm (page consultée le 14 août 2014).
  7. STEPHAN, A., Léopold II. Roi Belge, Louvain-Bruxelles-Paris, 1942, p. 27
  8. CLEEREMANS, J., op. cit., p. 88.
  9. STEPHAN, A., Léopold II. Roi Belge, Louvain-Bruxelles-Paris, 1942, p. 28.
  10. STEPHAN, A., op. cit, p. 26.
  11. CERRA, L.-F., Travail réalisé dans le cadre du cours d'initiation à la rédaction d'un travail scientifique. Controverses sur les actions politiques et privées de Léopold III lors de la Deuxième Guerre mondiale, Université de Namur, 2014 [Travail de Fin d'Unité].
  12. Thierry Gossens, "Comment sont morts les morts de Grâce-Berleur", Toudi mensuel no 1, février 1997.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • H. Dorchy, Histoire des Belges: des origines à 1991, 7e édition, Be Boeck-Wesmael, bruxelles, 1991, p. 193–195.
  • V. Dujardin, M. Dumoulin et M. Van den Wijngaert (dir.), Léopold III, Bxl, 2001.
  • M. Dumoulin, E. Gérard, M. Van den Wijngaert et V. Dujardin, Nouvelle Histoire de Belgique Volume II : 1905-1950, ISBN 2804800784
  • Léopold III, Pour l’Histoire, Bxl, 2001
  • Jean Duvieusart (Premier Ministre lors des faits), La Question royale. Crise et dénouement, juin, juillet, août 1950', Bxl, 1976 (qui cite les rapports remis par la Sûreté de l'État, notamment p. 100 et p. 187–213).
  • P. Theunissen, 1950, le dénouement de la question royale, Bxl, 1986.
  • S. Deruette, La phase finale de la question royale, une question populaire, in Les faces cachées de la monarchie belge, Bxl-Quenast, 1991, p. 230–231.
  • J. Gérard-Libois et J. Gotovitch, Léopold III. De l’an 40 à l’effacement, Bxl, 1991, p. 323.
  • Jean Stengers, Aux origines de la question royale. Léopold III et le gouvernement. Les deux politiques belges de 1940, Paris-Gembloux, 1980.
  • Van Doorslaere et Verhoyen, L'assassinat de Julien Lahaut, EPO, Bruxelles, 1987
  • Velaers et van Goethem, Leopold III. Het Land. De Koning. De Oorlog, Lannoo, Tielt, 1994.
  • Article Gouvernement wallon dans Encyclopédie du Mouvement wallon (voir le 2e tome (F-N), publié le 15 décembre 2000, (ISBN 2-87035-019-8), Institut Destrée, Charleroi, 2000, p. 740–742.
  • Jean Vanwelkenhuyzen, Quand les chemins se séparent. Aux sources de la question royale, Gembloux, Duculot, 1988.
  • André de Staercke, Mémoires sur la Régence et la Question royale, Éditions Racine, Bruxelles, 2003 (ISBN 978-2-87386-316-6)
  • Jacques Pirenne, Mémoires et notes politiques, Verviers, André Gérard, , 461 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]