Querelle du coloris

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La querelle du coloris est un débat esthétique qui anima les peintres en France dans le dernier quart du XVIIe siècle.

Le débat[modifier | modifier le code]

La question est de savoir si la peinture est une activité de l'esprit, dans laquelle prédomine le dessin, expression d'une forme idéale, ou bien si elle influence l'esprit au moyen de la sensualité du regard, séduit par la couleur et l'apparence du réel. C'est à Paris, sous le règne de Louis XIV que les conférences de l'Académie royale de peinture et de sculpture donnent l'occasion aux deux opinions de s'exposer et de s'opposer.

La Vierge au lapin du Titien (Musée du Louvre).

Philippe de Champaigne lance le débat en 1671 dans une conférence de l'Académie royale de peinture et de sculpture où il fait l'éloge de la couleur d'un tableau du Titien, en déplorant qu'« on ne sait pas que trouver de beau quand on le cherche bien. Il est vrai que cette recherche (...) la correction et la justesse des proportions (...) est plus à acquérir par l'effort de l'étude qu'à attendre de la nature[1] ». Cette doctrine, qui oppose à la séduction de la couleur et du dessin d'un « beau corps » la difficulté de rendre visible la justesse des proportions, vient en réponse à des débats qui se sont jusque là déroulés hors de l'Académie, dont tous les peintres et critiques ne sont pas membres[2]. Le peintre Gabriel Blanchard répond quelques semaines plus tard, suscitant une réponse plus vigoureuse de Jean-Baptiste de Champaigne qui soutient la position de son oncle.

La direction de l'Académie, Charles Le Brun en tête, est favorable au dessin, qui constitue l'essentiel de l'enseignement de l'institution.

Le théoricien de l'art Roger de Piles publie en 1673 un essai intitulé Dialogue sur le coloris. Il y fait l'éloge de l'œuvre peint de Rubens, construit par la couleur plutôt que par le dessin. Ses arguments convainquent notamment le duc de Richelieu, neveu du cardinal Richelieu, de céder ses peintures de Poussin pour se constituer une collection de peintures de Rubens.

Ce débat avait été précédé, à la Renaissance, par l'affrontement entre la Florence néo-platonicienne (la beauté est une idée spirituelle) de Michel-Ange et la Venise aristotélicienne (la beauté est substantielle, matérielle) de Titien[3]. Dans le milieu artistique parisien, engagé dans des luttes de pouvoir autour de l'Académie, dont les membres ont le monopole des commandes royales, et qui se trouve divisée entre les membres de l'ancienne Corporation des peintres et sculpteurs et les partisans de la nouvelle Académie sous contrôle royal[4], le débat s'enflamme, passant de la controverse théorique à des polémiques accompagnées de pamphlets d'une certaine violence verbale, où les partisans de la couleur affirment que c'est « l'Envie, l'Ignorance et l'Intérêt » qui anime leurs adversaires[5].

La dispute s'est achevée au bénéfice des tenants de la couleur, contre ceux du dessin, ouvrant la voie à des peintres tels que Antoine Watteau, François Boucher, et Jean-Honoré Fragonard. Les mêmes questions ressurgiront au siècle suivant, avec l'opposition entre le néoclassicisme de David et d'Ingres, opposés au romantisme de Delacroix et de Géricault.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documents[modifier | modifier le code]

  • Roger de Piles, Dialogue sur le coloris, Paris, Langlois, (lire en ligne) réédition 1699
  • Henry Jouin (éd.), Conférences de l'Académie royale de peinture et de sculpture, Paris, A. Quantin, (lire en ligne)
  • André Fontaine (ed.), Conférences inédites de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture : d'après les manuscrits des archives de l'Ecole des Beaux-arts : La Querelle du dessin et de la couleur, Discours de Le Brun, de Philippe et de Jean-Baptiste de Champaigne, (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Manlio Brusatin, « 4. Dessin, couleur, peinture », dans Histoire des couleurs, Paris, Flammarion, coll. « Champs arts » (no 626), (1re éd. 1986), p. 79-102
  • Jacqueline Lichtenstein, La Couleur éloquente : rhétorique et peinture à l'âge classique, Paris, Flammarion,
  • Thomas Puttfarken, Roger de Piles' theory of art, 1985.
  • Bernard Teyssèdre, Roger de Piles et les débats sur le coloris au siècle de Louis XIV, Paris, Bibliothèque des Arts, .
  • Catalogue d'exposition : Rubens contre Poussin. La querelle du coloris dans la peinture française à la fin du XVIIe siècle, Éditions Ludion.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fontaine 1903, p. 12
  2. Pierre Mignard refusait d'y adhérer et Roger de Piles n'y avait pas encore été admis.
  3. Brusatin 2009
  4. Ludovic Vitet, L'Académie royale de peinture et de sculpture : étude historique, Paris, Michel Levy Frères, (lire en ligne)
  5. Lettre d'un François à un gentilhomme flamand, cité par Alexis Merle du Bourg, Peter Paul Rubens et la France, 1600-1640, Presses universitaires du Septentrion, (lire en ligne), p. 111 ; voir aussi Le débat sur le coloris à la fin du XVIIe siècle (17 janvier 2007).