Quatre Coursiers afghans

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Quatre Coursiers afghans
Horse Chaoni'er.jpg
Chao'ercong (超洱骢), le premier des quatre coursiers afghans
Artiste
Date
1763
Type
Peinture sur rouleau horizontal
Localisation

Quatre Coursiers afghans est une série de quatre portraits de chevaux afghans offerts en 1763 à l'empereur Qianlong, et peints sur un rouleau de soie par le missionnaire jésuite milanais Giuseppe Castiglione (alias Lang Shinin en pinyin), durant son séjour à la cour. Ces peintures, commandées peu avant la mort de Castiglione, présentent des informations détaillées sur chacun des chevaux, en quatre langues : ouïghour, chinois, mandchou et mongol. Elles sont désormais conservées au musée national du Palais, à Taïwan.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'état afghan de l'époque est situé au nord de l'Afghanistan moderne, au sud-ouest du Badakhshan, constituant l’état vassal le plus à l'ouest dans les confins musulmans de l'empire Qing[1]. Au cours du douzième mois lunaire de la 28e année du règne de l'empereur Qianlong, soit en 1763[2], Ahmad Shah Durrānī paie son tribut en envoyant quatre excellents chevaux[2]. Il envoie aussi un émissaire lui présenter un certificat diplomatique en feuille d'or, contenant les informations à propos de ce don de chevaux de race pure, puis compose une chanson à propos de ces « Quatre Coursiers Afghans »[1]. Il échoue cependant dans sa mission de laisser une bonne impression à l'empereur[3]. À l'époque, l'empire Qing est une entité politique multiethnique[1].

En 1762, l'empereur Qianlong, alors âgé de 50 ans, commande à Castiglione, qui en a 74, le portrait des quatre chevaux que ses vassaux afghans viennent de lui offrir[4]. Il est possible que l'empereur ait été inspiré par la peinture des Cinq chevaux offerts en tribut réalisée par Li Gonglin[5]. Il s'agit d'une des ultimes œuvres de Castiglione, et de son dernier portrait de chevaux connu[6].

Description[modifier | modifier le code]

Les peintures de Giuseppe Castiglione montrent les corps des chevaux en plein, leurs crinières étant d'une teinte différente du corps[1]. Il les a représentés sous différents angles[1], en suggérant du mouvement grâce aux levés des membres[6]. Il a également indiqué une source de lumière pour atténuer les teintes, et donner ainsi aux chevaux un effet volumétrique[1].

Les chevaux représentés sont d'un modèle plus fin, plus fringant et moins rond que ceux de la série des Dix coursiers[6].

Ces peintures comportent des inscriptions en chinois, en mandchou en mongol et en ouïghour, indiquant le nom, la hauteur et la longueur des chevaux[2]. Prises individuellement, ces inscriptions semblent n'être que des traductions les une des autres[7]. Cependant, elles ne donnent pas les mêmes informations et sont en étroite interaction[7]. Les inscriptions en ouïghour n'ont été traduites qu'en 2013[2].


Chaoercong[modifier | modifier le code]

Chaoercong (超洱骢),
« Pie excessif ».

Ce cheval, qui est le premier à apparaître lorsque l'on déroule le rouleau, marche vers la droite et présente une robe de couleur gris pommelé[6].

Laiyuanlua[modifier | modifier le code]

Laiyuanliu (徕远骝),
« Bai très étendu ».

Ce cheval est représenté de trois-quart arrière, tourné vers la droite, et porte une robe alezan brûlé[6].

Yuekulai[modifier | modifier le code]

Yuekulai (月骨騋),
« Cheval lune de sept chi ».

Ce cheval marchant vers la gauche est dépeint de couleur jaune, peut-être une robe palomino[6]. Son membre antérieur gauche est très relevé[6].

Le nom du cheval Yuekulai, a fait l'objet d'interprétations et de traductions. Yueku est employé dans les textes en chinois classique pour désigner le lieu où se trouve la lune, ou bien la lumière de la lune[7]. Lai désigne un cheval de sept chi de haut[7].

L'inscription en mandchou est argatu sirha ; argatu désigne un cerf ou un chevreuil mâle, et sirha est une variante de sirga, désignant une couleur dans les rouge-brun chez les chevaux et les cervidés[7]. La référence au cerf est probablement à comprendre comme un renvoi à la couleur de robe pâle du mâle[7]. Le mot sirga semble renvoyer à une couleur claire[7].

Lingkunbai[modifier | modifier le code]

Lingkunbai (凌昆白),
« Blanc glace ».

Représenté de face, ce cheval est de robe grise[6].

Analyse[modifier | modifier le code]

Ces peintures et le texte qui les accompagnent soulignent la situation de l'état afghan comme vassal de l'empire Qing[1]. Les chevaux représentés n'ont pas de sexe identifiable, ce que Jean-Louis Gouraud attribue à la pudeur de Castiglione, qui a reçu une éducation jésuite[6]. Les crins et le bas des membres de ces chevaux semblent teints au henné, ce qui semble cohérent avec la tradition afghane, indienne et perse[6].

Parcours des peintures[modifier | modifier le code]

Ces quatre peintures sont désormais considérées comme l'une des œuvres les plus fameuses de Castiglione[3]. Elles sont conservées au musée national du Palais à Taïwan[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g (en) « 郎世寧 畫 愛烏罕 四 駿 », cityu.edu.hk (consulté le 8 novembre 2018).
  2. a b c et d Ai-li 2013, p. 240.
  3. a et b (en) L. J. Newby, The Empire And the Khanate: A Political History of Qing Relations With Khoqand C1760-1860, vol. 16 de Brill's Inner Asian Library, BRILL, , 297 p. (ISBN 9004145508 et 9789004145504), p. 35.
  4. Jean-Louis Gouraud, « Jésuite italien et peintre chinois » dans Cartier 2004, p. 46.
  5. (en) Anna Grasskamp et Monica Juneja, EurAsian Matters: China, Europe, and the Transcultural Object, 1600-1800, Springer, coll. « Transcultural Research – Heidelberg Studies on Asia and Europe in a Global Context », , 253 p. (ISBN 3319756419 et 9783319756417), p. 164.
  6. a b c d e f g h i et j Jean-Louis Gouraud, « Jésuite italien et peintre chinois » dans Cartier 2004, p. 47.
  7. a b c d e f et g Schäfer, Sterckx et Siebert 2018, p. 213.
  8. (en) Jos Gommans, The Indian Frontier: Horse and Warband in the Making of Empires, Routledge, , 352 p. (ISBN 1351363565 et 9781351363563).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Ai-li 2013] (en) Luo Ai-li, « Interpretations of the Uyghur Inscriptions of the Painting of Four Steeds of Afghan », The National Palace Museum Research Quarterly, vol. 30, no 4,‎ (lire en ligne)
  • [Beurdeley et Beurdeley 1971] (en) Cécile Beurdeley et Michel Beurdeley, Giuseppe Castiglione: a Jesuit painter at the court of the Chinese emperors, C.E. Tuttle Co., , 204 p. (ISBN 0804809879 et 9780804809870)
  • [Cartier 2004] Michel Cartier (dir.), Giuseppe Castiglione dit Lang Shining (1688-1766), Lausanne, Éditions Favre, coll. « Grande écurie de Versaille », .
  • [Schäfer, Sterckx et Siebert 2018] (en) Dagmar Schäfer, Roel Sterckx et Martina Siebert, Animals Through Chinese History, Cambridge University Press, , 284 p. (ISBN 1108428150 et 9781108428156)