Quartiers d'Amiens

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Amiens est composée de vingt-six quartiers administratifs. Les quartiers les plus anciens portent généralement le nom de l'église autour de laquelle ils sont implantés. Dans les évolutions plus récentes, avec l'intégration de villages ou des faubourgs, ce sont eux qui ont donné leur nom aux quartiers. Ils se structurent sur les axes majeurs que sont les boulevards dits intérieurs et extérieurs, en cercles concentriques, et les bras du fleuve.

Le quartier Saint-Leu[modifier | modifier le code]

Au pied de la cathédrale, parcouru de canaux, ce quartier pittoresque a été en grande partie réhabilité pendant les années 1990. Il s'étend jusqu'au canal de la Somme situé plus au nord au pied du coteau Saint-Pierre sur lequel la forteresse de Jean Errard, appelée Citadelle, a été construite. Historiquement, il s'agissait du quartier pauvre de la ville, où se regroupaient tanneurs, bouchers et teinturiers.

La faculté des sciences, présente depuis les années 1960 a été pour l'occasion rénovée et agrandie. La faculté de droit et d'économie a été également transférée au milieu des années 1990 depuis le campus (excentré au sud de la ville) vers sa nouvelle situation au pied de la cathédrale. Le parking à ciel ouvert qu'elle remplace était une « fracture » dans le paysage datant de la Seconde Guerre mondiale. Il permettait toutefois d'avoir une vue dégagée de la cathédrale[Note 1]. La plupart des bâtisses ont été rénovées et transformées en logement dont une grande partie pour les étudiants, nombreux dans le quartier.

Ce quartier est devenu le cœur des soirées amiénoises, avec de nombreux établissements (bars, restaurants, etc.) place du Don et quai Bélu.

Rue Saint-Leu se trouve l'église éponyme, sise juste entre la faculté des sciences et celle de droit-économie (UPJV).

Deux théâtres sont établis dans le quartier, celui des Cabotans et la Maison du Théâtre, au pied de l'église Saint-Leu.

Le quartier Saint-Maurice[modifier | modifier le code]

Situé à l'ouest de la Citadelle, et à l'est du cimetière de La Madeleine, ce très ancien quartier populaire d'Amiens, haut lieu industriel du XVIIIe siècle, est en cours (2006) de réhabilitation avec la construction et la rénovation de nombreux logements.

Bordé par le canal de la Somme, il offre une escale pour les plaisanciers, qui doivent y passer une écluse.

Le quartier abrite l'ancienne teinturerie d'Amiens, transformée pour accueillir l'École supérieure d’art et de design (ESAD) et la faculté des Arts. Non loin se trouve l'École supérieure d'ingénieurs en électrotechnique et électronique (ESIEE), quant à la Citadelle elle sera rénovée par l'architecte Renzo Piano afin d'y accueillir en 2015 l'UFR de lettres, l'UFR d’histoire-géographie, l'UFR de langues, l'École supérieure du professorat et de l'éducation (ESPE), la Maison des Langues, la Maison de la recherche et la bibliothèque universitaire.

Le Jardin des plantes dit « le Jardin du Roy » intra muros est aussi situé dans ce quartier.

Le quartier Henriville[modifier | modifier le code]

Le quartier d'Henriville naît au XIXe siècle, après la démolition des remparts de la ville. On y trouve des maisons bourgeoises, avec une prédominance de la brique, mêlant les styles néoclassique, troubadour et néogothique. S'y trouvent également des hôtels particuliers, comme celui d'Acloque et la maison Jules-Verne.

Les quartiers populaires[modifier | modifier le code]

Barres HLM[modifier | modifier le code]

Amiens, comme d'autres grandes villes, possède ses grandes barres HLM :

  • au nord de la ville les quartiers : du Pigeonnier, Messager, Mozart, Fafet-Brossolette-la Cité, Balzac, Léo Lagrange-Schweitzer, etc. ;
  • au sud-est de la ville : Philéas-Lebesgue, Condorcet, Pierre-Rollin ;
  • à l'ouest : Étouvie, Montières (un écoquartier est prévu dans cet espace industriel, où sont présents des bâtiments en briques construits au XIXe siècle)[1] ;
  • à l'est : Saint-Acheul-la-cité et le clos de l'Avre.

Quartiers Nord[modifier | modifier le code]

En 1959, la ZUP Nord est créée, et en 1960, le groupe scolaire du Pigeonnier est mis en chantier. En 1961, le quartier du Pigeonnier est achevé.

Le 5 juillet 1962, la préfecture apprend que mille rapatriés algériens doivent être logés le soir même à Amiens. Le colonel Pierre Rocolle confirme par écrit que l'armée a décidé de cet envoi par la SNCF, et suggère au préfet de réquisitionner la Citadelle de Paroix, une prison fermée pour humidité[2],[3]. La prison est réquisitionnée pour trois mois, mais l'occupation des lieux dure jusqu'en mai 1965. En janvier 1964, un médecin en inspection écrit un rapport affirmant que « cette collectivité vivant entassée, sans confort, sans contact extérieur, aura du mal à s’assimiler et à s’intégrer »[3].

En 1963, l'ensemble Flesselles est construit. En 1964, c'est le quartier Michelis. De 1965 à 1967, le centre commercial du Pigeonnier fait son apparition[3].

En 1982, lors de l'enterrement d'un habitant du quartier tué dans un accident de voiture, les policiers verbalisent les voitures devant le cimetière. Un agent insulte un harki du quartier, lui sommant de « dégager dans votre pays ». Ce sont les habitants de la deuxième génération qui bloquent la chaussée : deux heures plus tard, quatre cents personnes se dirigent vers la préfecture pour s'opposer à la verbalisation[3].

En 1984, Amiens-Nord s'inscrit dans les programmes de développement social des quartiers (DSQ), financés par l’État et la municipalité. Les immeubles sont rénovés, des maisons de jeunes sont installées, on aide les associations et on ajoute des clubs sportifs. Une télévision locale, Canal Nord, est mise en place. Enfin, la piscine municipale est installée dans le quartier pour favoriser la mixité sociale. Enfin, Amiens est dotée d'un « plan de prévention et de sécurité » pour faciliter la communication entre la police et les habitants du quartier[4].

En 1994, sept jeunes de la région assassinent Abderaman Rabah, 23 ans. Il faut une manifestation en septembre pour que l'affaire, d'abord considérée comme un accident, soit requalifiée en homicide volontaire par le juge d'instruction. Trois des auteurs de la ratonnade, dont un militaire et le fils d'un gendarme, sont incarcérés[4]. Le 12 novembre 1994, une demi-compagnie de CRS présente en ville depuis le 4 novembre pour une opération de sécurisation fait une descente dans un local associatif des quartiers nord pendant une fête d'anniversaire regroupant une cinquantaine de jeunes du quartier. Les CRS ont pour consigne explicite d'éviter le quartier pour ne pas causer de heurts. Seize policiers sont blessés pendant une émeute une semaine plus tard. Les CRS affirment d'abord ne pas être allés à la cité Fafet, malgré les témoignages des habitants du quartier. Finalement, un voisin qui a filmé l'intervention par hasard fournit la vidéo au préfet de la Somme, Michel Desmet. Charles Pasqua déclenche une enquête de l'IGS[4].

Elle a commencé dans la soirée du samedi 12 novembre par la «descente musclée», lacrymogènes à l'appui, d'une demi-compagnie de CRS dans un local associatif des quartiers nord, où une cinquantaine de jeunes fêtaient tranquillement un anniversaire. Les hommes de la CRS 16, présents en ville depuis le 4 novembre dans le cadre d'une opération de «sécurisation», avaient précisément pour consigne d'éviter ce quartier sensible, où vivent 4 000 harkis et leurs familles, ainsi que de nombreux jeunes Français d'origine maghrébine - une communauté disparate secouée par l'Histoire et touchée de plein fouet par la crise. L'intervention des policiers a enflammé aussitôt les cités Fafet et Brossolette...

En 1996, Amiens-Nord est ajouté à la liste des zones franches urbaines.

En décembre 1999, trois policiers sont blessés par des jets de pierres[5].

En 2006, le journaliste François Ruffin, originaire des quartiers pavillonnaires d'Amiens, publie un livre sur ses deux années passées à Amiens-Nord, dans les cités Balzac, la Citadelle et le Pigeonnier[2]. Dans ce livre, il qualifie un habitant de « président couscous aux pieds de cochon » et résume la population en décrivant des « paumés, des camés, des rangés, des dérangés et des RG ». Il est condamné pour diffamation[6],[7]. En 2017, il revient pour une campagne électorales, et est renvoyé du quartier par les habitants[8].

D'autres émeutes ont lieu en 2006 et 2008 suite aux émeutes en banlieue parisienne[9].

En août 2012, une soixantaine de jeunes sont contrôlés par la brigade anti-criminalité pendant la cérémonie de deuil d'un jeune homme de vingt ans mort d'un accident de moto. Le contrôle se transforme en affrontement, et la police tire des flashballs et des gaz lacrymogènes. La tante du défunt témoigne : « Un des policiers a insulté mon beau-frère en disant : « Ton Lucky Luke n'est plus là pour te défendre, on va casser de l'Arabe ». Les mères sont sorties de la maison, qui est tout près du kiosque, pour calmer le jeu. Mais ça n'a rien changé. Les policiers ont appelé du renfort et ont commencé à gazer »[10]. Une enquête administrative est lancée par la préfecture[11]. Quelques jours plus tard, une émeute oppose une centaine de jeunes du quartier et de policiers. On retrouve sept douilles de cartouches calibre 12 confirmant que les habitants ont tiré avec des armes à feu sur les forces de police, blessant dix-sept policiers[11]. Une demande de marche blanche à la préfecture est refusée[10]. L'école maternelle Voltaire est incendiée pendant la nuit, ainsi qu'un centre sportif communal et un bureau de la police nationale[11]. Visitant les quartiers Nord de la ville, Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, est hué par les riverains[11]. Il s'étonne de la violence des personnes impliquées dans l'émeute auprès des policiers : « Rien n'excuse qu'on puisse utiliser des armes, tirer sur les forces de l'ordre et brûler des équipements publics. Le message que je suis venu faire passer ici, que j'adresse aux élus, avec qui je souhaite travailler, est un message d'ordre républicain. La loi, l'ordre républicain et la justice doivent retrouver toute leur place, ici, à Amiens »[11]. 250 agents de police sont envoyés en renfort à Amiens, tandis que le maire d'Amiens, Gilles Demailly, indique demander des moyens supplémentaires « depuis des mois »[11].

Le quartier Saint-Acheul[modifier | modifier le code]

Le quartier Saint-Acheul (API : /aʃœl/) existait avant Amiens puisque les hommes y vivaient dès la préhistoire. Les recherches archéologiques ont donné le nom d'Acheuléen (API : /aʃØleɛ̃/) à une période de la préhistoire. Un jardin archéologique peut y être visité librement.

C'est aussi le quartier des hortillonnages, de l'église Saint-Acheul, d'une nécropole militaire de 1914-1918 et de l'ancienne École normale d'instituteurs devenue le lycée Robert-de-Luzarches. Une partie du quartier comprend des maisons au style purement anglais, d'où son nom de « Quartier anglais ».

Nombre de personnages célèbres sont inhumés dans le cimetière Saint-Acheul ancien comme J.-P. Pinchon (dessinateur de Bécassine) et de nombreux Résistants.

Article détaillé : Cimetière Saint-Acheul.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les travaux avaient d'ailleurs été retardés, car d'aucuns voulaient « préserver la cathédrale », la situation étant exceptionnelle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Amiens, Un écoquartier en projet à Montières, E.G, Le Moniteur no 5510 du 3 juillet 2009.
  2. a et b François Ruffin, Quartier nord, Fayard, (ISBN 9782213629018, lire en ligne)
  3. a b c et d « Amiens-Nord « des paumés des camés des rangés des dérangés des RG » », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  4. a b et c « Amiens: tout allait si bien », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  5. « Incidents dans les quartiers nord d'Amiens. », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  6. « Qui est vraiment François Ruffin, le petit soldat de l'anticapitalisme ? », FIGARO,‎ (lire en ligne)
  7. « Qui est vraiment François Ruffin, le petit soldat de l'anticapitalisme ? », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  8. « François Ruffin indésirable à Amiens-Nord », sur courrier-picard.fr,
  9. « Picardie - Manuel Valls a visité le quartier d'Amiens Nord suite aux incidents - Ina.fr », sur Picardie (consulté le 26 novembre 2017)
  10. a et b « Amiens-Nord : Fafet, un quartier resté au bord de la route », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  11. a b c d e et f « VIDEOS. Emeutes à Amiens : 100 policiers envoyés en renfort cette nuit », leparisien.fr,‎ (lire en ligne)