Quartier Saint-Michel (Bordeaux)

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Vue cavalière de Bordeaux en 1899 (détail) par Hugo d'Alesi

Saint-Michel est un quartier du centre ancien de Bordeaux construit autour de l'imposante basilique de style gothique du même nom. Le clocher de cet édifice, communément appelé la flèche, est par ailleurs le monument emblématique du quartier.

D'abord faubourg de pêcheurs, puis quartier artisan où se sont développés une culture populaire et un langage propres, Saint-Michel devient, à partir de la première moitié du XIXe siècle, le principal point de chute dans la ville pour les personnes immigrantes venues, notamment, d'Espagne, du Portugal, du Maghreb, de Turquie et du Kurdistan, de l'Afrique subsaharienne et des Balkans.

Le phénomène de concentration des populations et des activités qui touche les grandes métropoles régionales en Europe telles que Bordeaux, a amorcé un processus de gentrification souvent dénoncé par les habitants du quartier. Toutefois, Saint-Michel demeure, à ce jour, un quartier populaire de marchés et de brocantes et sans conteste le plus cosmopolite de la ville.

Présentation[modifier | modifier le code]

Il s'organise autour de la place Canteloup et de la place des Capucins, consacrées toutes les deux à des activités commerciales. Saint-Michel accueille des activités de brocante en particulier le dimanche matin et les Capucins, longtemps un marché de gros alimentaire, est aujourd'hui un marché de quartier. Dernier bastion populaire du centre-ville, ce quartier est en pleine mutation. Ce quartier garde malgré tout une vocation d'intégration. On y trouve ici bon nombre d'épiceries et autres boutiques africaines et nord africaines.

Dans les années 70, les familles maghrébines ont rejoint les espagnols et portugais installés quelques décennies plus tôt.Tous profitaient alors des loyers avantageux de cet ancien quartier d'artisans du port (charpentiers, tonneliers...). Désormais arrivent des populations d'Afrique subsaharienne et d'Europe de l'est. En 2009, 17 % des habitants étaient de nationalité étrangère, selon l'INSEE, soit 10 points de plus que l'ensemble de la commune. Cosmopolite, le quartier voit dorénavant arriver de nouveaux "immigrés" architectes, informaticiens, artistes qui joue davantage sur une mixité sociale que culturelle.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

Saint-Michel est situé sur une hauteur que borde, au sud, les paluds formés par les esteys de l'Eau Bourde, à l'est, la Garonne et au nord, les berges du Peugue (affluent canalisé de la Garonne) avant que celui-ci ne se jette dans le fleuve. Ce tertre, ne dépassant guère une dizaine de mètres, est appelé Pichadey. Ce nom, qui désigne aussi le gascon argotique parlé par anciens habitants de Saint-Michel, dériverait du mot puyaduy, forme gasconne du latin pujatorium, le monticule.

Par rapport aux aménagements contemporains, Saint-Michel se situe au sud du cours Victor Hugo, entre la Porte de Bourgogne, le lycée Montaigne, le marché des Capucins et la porte de la Monnaie. Le quartier est inscrit partiellement dans le secteur sauvegardé.

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'époque gallo-romaine, il semble que l'espace accueillant aujourd'hui le quartier Saint-Michel fut peu occupé. Entre le IIe et le IIIe siècle, une importante nécropole existait entre l'actuelle rue des Menuts et l'emplacement de l'église Saint-Michel. Elle marquait la limite sud d'une ville alors sans enceinte[1] et le point de départ de la route d'Agen.

C'est certainement durant la période carolingienne et malgré les raids vikings de 847 et 855, qu'un quartier extérieur à la cité murée, peuplé de pêcheurs, d'artisans et de commerçants attachés au port[2] s'est développé en lieu et place de la nécropole et qu'une première chapelle surplombant la Garonne et dédiée à l'archange Michel fut construite, occupant ainsi l'espace entre l'enceinte de la ville et l'abbaye Sainte-Croix déjà existante[1].  

Durant le XIIe siècle, l'activité du port se développe et le faubourg situé immédiatement au sud du Peugue (bourg Saint-Eloi) se peuple rapidement autour du village de la Rousselle et de l'actuelle place Fernand Lafargue où s'établit le grand marché de la ville. En 1119, le duc Guillaume X fait construire l'hôpital-prieuré Saint-James donnant sur l'actuelle rue du Mirail. En 1181, après que l'Aquitaine fut passée sous domination anglaise, l'hôpital a vocation à réserver « six lits pour les pauvres pèlerins, passants nécessiteux auxquels ils administreront du pain et du vin et le chauffage jusqu'à deux nuits, s'il est besoin »[3]

En dépit des importantes destructions provoquées par le siège qu'Alphonse VIII de Castille fait subir à Bordeaux en 1206[4], l'extension de la ville vers le sud se poursuit et bénéficie à la paroisse suburbaine constituée autour de la chapelle Saint-Michel, alors placée sous la juridiction de l'abbaye Sainte-Croix. Un port, essentiellement consacré au commerce du sel, du blé et du poisson est créé aux Salinières. Plus tard, un autre port dédié au commerce du vin sera installé à La Grave. Ces installations sont modestes durant tout le XIIIe siècle : elle ne sont que des plateformes sur lesquelles des sacquiers, des rouleurs de tonneaux et des charrettes déchargent péniblement le contenu de petites gabares faisant le lien avec le vaisseau de gros tonnage amarré au milieu du fleuve.

C'est à cette période également qu'au village du Maucaillou s'installèrent l'ordre mendiant des franciscains, aussi appelés cordeliers. Au milieu du XIIIe siècle, ces derniers déplacèrent leur couvent plus au nord, approximativement entre les actuelles rues Leyteire, Permentade, des Menuts et Saint-François et y constituèrent un imposant ensemble religieux comprenant une église, un cloître, un cimetière et des jardins. Le couvent qu'ils ont quitté au Maucaillou sera attribué aux Clarisses[1] (d'où, peut-être la rue Clare tire son nom), appelées, à Bordeaux, Sors Menudas (d'où la rue Saumenude)[5].

Les trois enceintes de Bordeaux

Le XIVe siècle est, malgré la peste qui décime le quart de la population de Bordeaux en 1348, celui qui voit Saint-Michel prendre un essor significatif, à l'aune de son intégration, durant le premier quart du siècle, au sein de la troisième enceinte construite à la demande de la jurade. Grâce à cette protection, des "lotissements" vont apparaître au milieu des vignes et des jardins qui dominent toujours largement le paysage (notamment rue des Bouviers et rue des Vignes). C'est probablement au cours de ce siècle que la vocation artisanale de cette aire s'affirme, comme le suggère le fait qu'à la veille du XVe siècle, l'église Saint-Michel abrite 9 des 27 fraternités, confréries de prières et groupements d'assistance mutuelle que compte Bordeaux. Aujourd'hui encore, des rues portent les noms gascons de ces artisans : rues des Faures (forgerons), de la Fusterie (fûtiers) ou Carpenteyre (charpentiers).

Bordeaux vers 1450 telle qu'imaginée par Léo Drouyn

L'église profite de cette urbanisation mais également du grand engouement que connaît à cette époque le culte voué à l'archange Michel : à partir du milieu du siècle débute sa transformation gothique. Toutefois, seuls le chevet et le chœur sont achevés lorsque Bordeaux devient française à la fin de la guerre de Cent ans. C'est dans une église toujours en chantier mais devenue une étape importante sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, qu'un collège de chanoines est installé en 1466. En 1472 est entreprise la construction de la flèche, qui durera vingt ans.

Sur les quais des Salinières et de la Grave, l'activité portuaire demeure, mais a peu évolué pendant le XVe siècle, et l'administration royale encourage davantage l'aménagement des berges se trouvant à proximité du couvent des chartreux (l'actuel quai des Chartrons) qui ne tarderont à devenir la principale infrastructure d'export du pastel languedocien vers le nord de l'Europe.

Pour les clarisses du Maucaillou, ce début du XVIe siècle est difficile. Alors que leurs bâtiments, se situant de part et d’autre de la troisième enceinte, sont dans un état de délabrement avancé, et que le nombre de soeurs demeure faible, l’abbesse connaît, en 1525, sa cinquième ou sixième grossesse. La jurade décide, la même année, de la démolition du couvent. Après plusieurs décennies de décadence, les clarisses de Bordeaux seront intégrée au couvent des Annonciades, dans la paroisse de Sainte-Eulalie.

Monuments[modifier | modifier le code]

  • La basilique Saint-Michel flanquée de la Flèche Saint-Michel.
  • La fontaine de la Grave est située quai des Salinières face à la rue des Faures.
  • Le monument à Ulysse Despaux, dessinateur et comédien, qui a contribué à laisser des traces écrites du pichadey.
  • L'hôtel Raba, 67 cours Victor Hugo, hôtel particulier du XVIIIe siècle.
  • L'hôtel de la Perle, à l'angle des rues Saint-François et du Mirail, XIXe siècle.
  • La place Bir-Hakeim et les quais des Salinières et de la Grave, avec la Porte de Bourgogne et les façades à programme donnant sur la Garonne, XVIIIe siècle.

Personnalités liées au quartier[modifier | modifier le code]


À voir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Lerat, Serge. et Higounet, Charles., Histoire de Bordeaux, Privat, (ISBN 2708947117 et 9782708947115, OCLC 7022683, lire en ligne)
  2. Annick Bruder, Guide du Bordeaux médiéval, Édition Sud Ouest, 2005, (ISBN 978-2-87901-647-4)
  3. Modèle {{Lien web}} : paramètre « titre » manquant. http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1979x013x002/HSMx1979x013x002x0175.pdf
  4. « Le combat homérique et légendaire qui sauva Bordeaux de l’invasion espagnole ! »
  5. Bernard Guillemain, « Une contribution originale à l'histoire de Bordeaux : Dedieu (Hugues), L'ordre de Sainte-Claire à Bordeaux avant la Révolution (1239-1580), Grottaferrata, Collegio S. Bonaventura, Editiones Archivum franciscanum historicum, 1996 », Annales du Midi, vol. 110, no 223,‎ , p. 405–406 (lire en ligne, consulté le 18 avril 2019)