Quartier Lorge

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Quartier Lorge
Image illustrative de l’article Quartier Lorge
Porte de la grande écurie

Lieu Caen, Basse-Normandie
Construction XVIIe au XXe siècles
Matériaux utilisés Pierre de Caen
Utilisation Depuis 1792
Utilisation actuelle Services administratifs
Archives
Trivia Première caserne de Remonte
Protection  Inscrit MH (1988)
Coordonnées 49° 10′ 53″ nord, 0° 22′ 47″ ouest

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Le Quartier Lorge est la dernière base militaire encore occupée par l'armée (hors gendarmerie) à Caen. Aménagée à partir de 1792 dans l'ancien couvent de la Visitation de Caen construit au XVIIe siècle, il fut agrandi au XIXe siècle pour accueillir le premier dépôt de remonte de France. Depuis 1992, il abrite également le Bureau des archives des victimes des conflits contemporains.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le monastère de la Visitation sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Le , les sœurs de l'Ordre de la Visitation, installées à Caen l'année précédente, achètent dans le Bourg-l'Abbé un terrain de cinq acres entouré d'une muraille et dans lequel se trouvait une maison, une cour, un colombier et un jardin. Elles étendent leur propriété et se font construire un monastère.

La caserne[modifier | modifier le code]

En , l’ordre de la Visitation, comme tous les ordres, est interdit en France. Les communautés sont donc dispersées. Le monastère caennais est transformé en caserne pour accueillir la 73e brigade de Cuirassiers, puis le 8e régiment de Dragons[1]. L'église est transformée en magasin, en salle d'armes, en remise pour voiture et enfin en magasin d'alimentation[2].

Le dépôt de remonte[modifier | modifier le code]

Le , le premier dépôt de remonte est créé à titre expérimental à Caen[3] en vue d'acheter des chevaux directement au propriétaire ou aux éleveurs, de les élever et de les préparer au régime militaire[4]. Le corps de la Remonte est créé au niveau national le 11 avril 1831[5] ; le dépôt de remonte de Caen, avec ses 150 hommes[6], est alors le plus grand de France. La Première circonscription de Remonte, celle de Caen, couvre le Calvados, l'Eure et la Seine-Maritime. Deux succursales (Falaise et le Bec-Hellouin) dépendent du dépôt de Caen[7]. En 1835, la municipalité verse 30 000 francs au ministère de la guerre qui fait construire dans les anciens jardins du monastère de la Visitation des écuries spacieuses, pouvant accueillir 700 chevaux, et des services annexes comme des forges pour les maréchaux-ferrants[1]. Le dépôt de remonte était chargé d'améliorer et d'assurer la reproduction des chevaux[8],[9] ; il est donc équipé d'un cabinet de vétérinaires et d'une pharmacie vétérinaire. En 1841, la caserne de la Visitation est rebaptisée caserne de la Remonte ; par la suite, la caserne prend son nom actuel de Quartier Lorge en l'honneur de Jean Thomas Guillaume Lorge, général de la Révolution française né à Caen en 1727[1]. Le préfet propose toutefois d'acquérir la caserne afin d'agrandir la prison ; en 1843, le Conseil général du Calvados rejette le projet qui est alors abandonné[10].

La Première compagnie des cavaliers de remonte, créée en 1852[4], est stationnée à Caen[11]. À partir de 1874, le Quartier Lorge est utilisé comme poste de commandement pour la 10e brigade, puis, à partir de 1925, pour la 5e D.I[1]. En 1939, le dépôt de remonte de Caen n'est plus qu'un détachement de la Compagnie de Saint-Germain-en-Laye[4].

Le quartier Lorge pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le , pendant la bataille de Caen, l'état-major de la 12e Division de Panzergrenadiere SS se réfugie dans la caserne qui est alors bombardée[12]. Les anciens bâtiments conventuels sont endommagés et l'ancienne église est totalement détruite.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'usage militaire du cheval est totalement abandonné et le Quartier Lorge devient le siège de la subdivision militaire du Calvados (zone de défense de Rennes) qui prend en 1966 le nom de 32e division militaire territoriale, puis de 32e groupement divisionnaire. En 1991, cette circonscription est finalement dissoute[1].

Le Bureau des archives des victimes des conflits contemporains[modifier | modifier le code]

Dans le cadre du plan de restructuration des forces armées, le terrain est progressivement libéré par l'armée[13].

En 1992, Louis Mexandeau, secrétaire d'État aux anciens combattants et victimes de guerre de 1991 à 1993, fait installer le bureau des archives des victimes des conflits contemporains dans le Quartier Lorge. Le fonds de 7 km de linéaire est constitué de documents réunis par l’administration centrale des anciens combattants à la suite des différents conflits du XXe siècle, en France et à l'étranger en vue d’établir les droits des victimes de guerre[14] :

Le bureau, qui dépend du Service historique de la Défense, est chargé notamment de collecter les documents relatifs à la déportation en France, à l'exception des déportés juifs dont les archives sont conservées par le Mémorial de la Shoah. Le ministère de la Défense a toutefois passé une convention avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah afin de travailler de concert[15].

La maison des associations[modifier | modifier le code]

En 2005, le Centre de ressources pour les associations, rebaptisé maison des associations en septembre 2009, est ouvert dans l'ancien mess des cadres, bâtiment construit en 1844-1858 et rétrocédé en 2003 à la ville de Caen[1].

Les projets d'aménagement[modifier | modifier le code]

Philippe Duron, alors maire de Caen, souhaitait transformer l'ancienne caserne en « atelier du livre d'art et de l'estampe » organisé autour des fonds de l'Imprimerie nationale[16]. Mais il est ensuite envisagé de créer ce musée sur le site de l'abbaye d'Ardenne, puis le projet caennais est abandonné en mars 2013[17].

En 2011, le transfert du Fonds régional d'art contemporain Basse-Normandie dans le Quartier Lorge est inscrit dans le contrat de projet État-Région[18]. Les travaux d’aménagement des anciens bâtiments autour du cloître et la construction d'un nouveau bâtiment sont confiés à Rudy Ricciotti[19]. Le Quartier Lorge sera ainsi intégré au pôle culturel d’intérêt régional en cours de constitution à l'ouest du centre-ville (Centre chorégraphique national de Caen Basse-Normandie, dans la Halle aux Granges, mais devant déménager à terme dans la chapelle du Bon-Sauveur, le Conservatoire à rayonnement régional de Caen et l’Artothèque dans le Palais ducal de l'abbaye aux Hommes). Les travaux ont commencé en décembre 2015[20] et l'équipement culturel devrait ouvrir à la rentrée 2019[21].

Les anciennes écuries devraient être reconverties en ateliers culturels accueillant des activités théâtrales et musicales. Les travaux devraient commencer au début de l'année 2018 pour une ouverture envisagée en 2019[22]. L'espace central devrait être aménagé en parc urbain[23].

Les Services du ministère de la Défense[modifier | modifier le code]

Plusieurs services de l'armée demeurent toutefois[24] :

  • direction des statuts, des pensions et de la réinsertion sociale ;
  • service départemental de l'Office national des anciens combattants ;
  • direction interdépartementale des anciens combattants ;
  • direction de la mémoire, du patrimoine et des archives ;
  • délégation militaire départementale du Calvados (DMD) ;
  • centre du service national (CSN) ;
  • quelques services déconcentrés de la Base de défense de Cherbourg (services administratifs et sociaux) (BdD) ;
  • des centres d'informations des forces armées de chacune d'elle ;
  • d'une brigade de surveillance du littoral de gendarmerie maritime (BSL).

Monuments historiques[modifier | modifier le code]

Maison du Grenadier

Actuellement, l'emprise du camp est de 64 536 m². Ce camp a été construit sur un terrain légèrement en pente, ce qui engendre des différences de niveau à l'intérieur de l'enclos. L'emprise est divisée en deux parties bien distinctes : la partie basse à l'est, qui comprend l'ancien monastère du XVIIe siècle, et la partie haute à l'ouest, correspondant aux anciens jardins dans lesquels ont été construits les bâtiments du XIXe siècle. Les deux parties sont séparées par un mur de soutènement. La parcelle haute en terrasse est elle-même subdivisée en deux sous-parties : au centre de la caserne, le champ d'exercice pour les chevaux entouré par les écuries, et à l'extrémité occidentale les bâtiments annexes autour d'une cour légèrement surélevée.

Sur l'ensemble du terrain s'élèvent 24 bâtiments[13]. Certains de ces bâtiments ont une valeur patrimoniale. Le , l'ancienne chapelle et le cloître ont été inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. L'ancienne église ayant été détruite en 1944, elle a été radiée de la liste des monuments historiques par l'arrêté du . En revanche, les façades et toitures des anciens bâtiments conventuels ont été inscrites à leur tour le , en même temps que les bâtiments à usage militaire construits au XIXe siècle[25].

Sont donc inscrits :

  • l'ancien cloître, ainsi que les façades et toitures des bâtiments conventuels et du pensionnat des demoiselles ;
  • la maison dite du Grenadier sur la rue Caponière ;
  • l'infirmerie vétérinaire ;
  • la pharmacie vétérinaire reliée par un préau à la forge des maréchaux encore aujourd'hui équipée ;
  • la grande écurie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Mairie de Caen
  2. Christophe Collet, Caen, cité médiévale : bilan d’histoire et d’archéologie, Caen, Caen Archéologie, 1996
  3. Ferdinand de la Combe, « La question des haras » dans Le Spectateur militaire, 34e volume, 1861, p. 403 [texte intégral]
  4. a b et c Luc Binet (adjudant-chef), « Armée de Terre : Le corps de la Remonte », Revue historique des armées, no 239,‎ , p. 130-131 (ISSN 1965-0779 et 0035-3299) « [Lire en ligne] »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  5. Ordonnance du roi du 11 avril 1831 portant organisation du service général de la remonte, Corps du droit français, Paris, Beauvais aîné, 1835, t. 4, pp. 324–330, [lire en ligne]
  6. Journal des sciences militaires, tome 25, Paris, J. Corréard, 1831, p. 109
  7. Abel Hugo, France pittoresque, tome 1, Paris, Delloye, 1835, p. 41-42
  8. AUCAME
  9. Alexis de Tocqueville, Mémoire sur l'amélioration des chevaux normands, Cherbourg, 1838 [texte intégral]
  10. Tableau analytique des délibérations du conseil général du Calvados d'après l'annuaire du département (Sessions de 1833 à 1863), Caen, Pagny, 1864, pp. 243–244
  11. www.casernes-militaires.com
  12. Alexander McKee, « Destruction de Caen : massacre en masse pour rien », dans Louis Garros (dir.), La bataille de Normandie, Neuilly-sur-Seine, dossier Historama no 2, 1975, p. 170
  13. a et b Ministère de la Défense
  14. Service historique de la Défense
  15. Ouest-France, 4 août 2008
  16. Ouest-France, 19 mai 2009
  17. « L’atelier du livre de l’Imprimerie nationale transféré à Douai » sur le site Pointypo, 22 juillet 2013 [lire en ligne]
  18. Rapport d'activité de la DRAC Basse-Normandie 2011, p. 7
  19. « Un architecte de talent pour le quartier Lorge », Ouest-France, édition de Caen, 27 mars 2013 [lire en ligne]
  20. « Ouverture du futur fonds d’art contemporain en janvier 2018 », sur https://www.ouest-france.fr, (consulté le 8 novembre 2016)
  21. « Le Frac de Caen ouvrira ses portes début 2019 », Tendance Ouest, 11 avril 2018 [lire en ligne]
  22. Tendance Ouest, 13 avril 2017 [lire en ligne]
  23. Tendance Ouest, 10 mai 2016 [lire en ligne]
  24. Ouest-France, 13 juin 2008
  25. « Ancien couvent de la Visitation et ancienne caserne de cavalerie », notice no PA00111129, base Mérimée, ministère français de la Culture

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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